‹ Nouveau manuel de phrénologieChapitre 54 sur 70 · IS · texte numérisé non relu

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FACULTÉS aÉFLECTlTES.

dence dans les événements et non la causalité. Ces personnes sont souvent admirablement propres aux situations ordinaires, et à exécuter les plans conçus par des intelligences supérieures; mais si elles sont investies des fonctions législatives, ou chargées d’une afiaire publique où il soit question de causalité , il est difficile de leur faire comprendre les dépendances naturelles des choses, et de les faire agir suivant elles. Aveugles sur les conséquences éloignées, elles traitent de visionnaires toutes les perceptions intellectuelles que lenrs esprits ne peuvent saisir; elles rejettent les principes comme de vaines théories; elles préfèrent les expédients , et les représentent comme le beau idéal de la sagesse pratique. — L’organe parait largement développé sur les portraits et les bustes de Bacon, Locke, Franklin, Kant, Voltaire, Thomas Brov^n , et sur les moules de Gall, Franklin, Burke, etc. 11 est petit chez Pitt, sir J. E. Smith, le général Lamarqueet chez M. Cousin i il y a absence marquée chez les Caraïbes et les habitants delà Nouvelle-Hollande. Il est en général plus prononcé chez les Anglais et les Allemands que chez les Français. — Etabli.

Harmonies du monde extérieur avec les facultés intellectuelles de l’homme.

L’esprit humain et le monde extérieur , tirant

HARVOmES.

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leur origine du tnême créateur, doivent présenter à l’intelligence des rapports intimes : c’est en effet ce qui parait exister à un très-haut degré. Si le lecteur veut porter son attention vers un objet naturel ou artificiel, et considérer : 1“ son existence; 2" sa forme; son étendue; 4“ son poids; 5” sa localité, ou ses rapports dans l’espace avec les autres objets; 6” le nombre de ses parties; 7“ leur ordre ou leur arrangement physique; 8“ les changements qu^il subit; 9“ le période de temps que ces changements exigent; 10“ les analogies et les différences entre tel individu et tel autre; 11“ les effets qui en résultent; et enfin s’il veut désigner cet assemblage d’idées par un nom, il reconnaîtra qu’il a sur le sujet des connaissances presque complètes.

Tel est aussi l’ordre qui doit être suivi dans l’étude des sciences. Pourquoi la botanique et la minéralogie sont-eUes sans charme et même insupportables pour un grand nombre de personnes qui ont toutes les qualités nécessaires pour les apprendre ? c’est qu’on leur représente, à tort, les noms et les classifications comme le but principal de ces sciences. Une meilleure méthode serait de faire connaître à l’élève ses facultés intellectuelles, de lui enseigner, par l’expérience, qu’elles sont dans des rapports définis avec les objets extérieurs, et qu’elles éprouvent un plaisir réel à les contempler. — Son attention doit également être dirigée vers l’existence de

FACULTÉS RÉFLBCTIVE8.

l’objet, comme intéressant l’individualité; vers sa forme, sa couleur et ses autres qualités, commeliées aux facultés respectives, tandis qu’il ne doit apprendre qu’en dernier lieu le nom, l’ordre, le genre et l’espèce, comme simple désignation des qualités dont il a acquis la connaissance, La pra-> tique démontrera tous les avantages de ce mode d’instruction. L’esprit sans culture, qui examinait avec indifférence toutes les formes qui ne frappaient point par leur laideur ou leur beauté, éprouvera bientôt du plaisir à distinguer de faibles degrés d’élégance et d’expression; les mêmes effets auront lieu en suivant cette marche à l’égard des autres facultés. Plus les organes seront développés, plus la jouissance sera grande; beaucoup de choses même pourront être faites avec un développement modéré. Il n’est point nécessaire d’aller dans les classes et les collègespour se livrer à cet exercice de l’intelligence. Les productions de la nature et de l’art, calcu- ; lées pour stimuler nos facultés, nous environnent de toutes parts : et si l’observateur, lorsqu’il marche dans la campagne ou dans la ville, veut' fortement appliquer ses facultés dans ce sens, il trouvera à sa portée des sources innombrables de plaisir, bien qu’il ignore les noms et les classifications scientifiques.

MODES d’activité. ■»

Modes d’activité des facultés.

Toutes les facultés, à un degré convenable d’ao tivité, produisent des actions bonnes, convenables ou nécessaires : l’abus vient de l’excès d’activité. Il est probable que la phrénologie a été découverte chez des individus dont certains organes, très-fortement développés, les portaient à la manisfestation de leurs penchants les plus prononcés. Lapetitesse d’un organe n’en entraîne point l’abus comme conséquence : ainsi l’organe de la bienveillance peut être petit sans qu’il en résulte la cruauté. — Jl peut conduire à l’omission des devoirs, lorsqu’il est accompagné de l’indifférence pour les misères d’autrui. — Quand un organe est petit, l’abus peut résulter de ce qu’un autre organe n’est point convenablement dirigé : — ainsi, des facultés énergiques d’acquisivité et de sécrétivité, combinées avec de faibles facultés de conscienciosité et de réflexion, pourront porter au vol. Dos facultés puissantes, de combativité et de destructivité, unies à un organe faible de bienveillance , pourront donner lieu à des actions cruelles et féroces.

Toute faculté mise en action par quelque cause que ce soit, produit le genre de sentiment, ou' forme l’espèce d’idées déjà définies comme résul tant de sa constitution naturelle.

FACDITÉS KÉFLECTIVKS.

Les facultés qui engendrent les penchants et les SENTIMENTS ne pcuvent être mises en activité par un simple acte de la volonté : — par exemple, nous ne pouvons conjurer les émotions de la peur , de la compassion ou de la vénération , par la seule volonté de les éprouver. — Ces facultés , cependant, peuvent entrer en action par une excitation intérieure des organes, et alors l’émotion ou le désir, dû à chacune de ces facultés, est ressenti, soit que nous voulions ou que nous ne voulions pas l’éprouver. — Ainsi , l’excitation interne du cervelet donne lieu aux effets ordinaires, et on ne peut les éviter si l’organe est excite. — Il est en notre pouvoir de permettre ou d’arreter la manifestation active; mais si l’organe est excité, nous n’avons pas le choix d’éprouver ou de ne pas éprouver le sentiment lui-même. Il en est de même des organes de la peur, de l’espérance, de la vénération, etc. II y a des époques où nous sentons des émotions involontaires de crainte, d’espérance ou de respect, sans que nous puissions nous en rendre compte. — Ces sentiments dépendent de l’activité intérieure de leurs facultés.

« Nous ne pouvons gouverner la nature par nos vœux, et notre volonté est sans force contre ses manifestations énergiques, » dit Crabbe dans ses vers.

En second lieu , ces facultés peuvent devenir actives indépendamment de la volonté, à la vue

MODES d’activité. 147

des objets extérieurs destinés par la nature à les exciter. L’esprit est-il frappé par un spectacle digne de pitié, la faculté delà bienveillance entre en activité , et le sentiment qui en est la conséquence est aussitôt produit. S’agit-il d’un danger, la circonspection fait naître à l’instant une émotion de frayeur. Lorsqu’on est frappé par la eontemplation de quelque merveille, l’idealite reveille le sentiment de la grandeur, de l’élévation. Dans tous les cas, le pouvoir d’agir ou de ne pas agir est complètement dépendant de la volonté; il n’en est plus ainsi du pouvoir de sentir on de ne pas sentir.

En troisième lieu , les facultés dont noos parlons maintenant peuvent être mises en activité ou suspendues indirectement par un effort de la volonté. Ainsi , les facultés perceptives et réflectives ont la fonction de former les idées ; elles sont employées à concevoir intérieurement les objets destinés par la nature à exciter les penchants et les sentiments ; ceux-ci deviendront également actifs , mais non pas à un degré aussi énergique que s’ils étaient stimulés par leurs objets extérieurs. La vivacité du sentiment, dans ce cas, sera proportionnée à la force de la conception et à l’energie des penchants et des sentiments. Par exemple , si nous avons en dedans de nous-mêmes l’idée d’un objet malheureux , et que la bienveil lance soit puisante , nous éprouvons de la compassion , et l’émotion qui en est la conséquence

PACCLTÉS RÉFLECTITEâ.

fera quelquefois couler des larmes de nos yeuï. Si nous désirons pareillement suspendre l’activité de l’idéalité, nous ne pouvons pas, par un simple acte de la volonté , faire que ce sentiment reste calme; mais si nous concevons des objets propres à exciter la vénération , la peur , l’orgueil ou la bienveillance, ces facultés seront alors mises en jeu, et l’idéalité sera complètement inactive.

Quiconque a un penchant ou un sentiment d’une activité prédominante par suite d’une excitation intérieure, aura son imagination souvent remplie d’idées propres à le satisfaire. Si la circonspection est plus prononcée , les pensées intérieures seront sinistres; la bienveillance portera àimaginer des plans pour écarter le malheur; la vénération donnera des idées religieuses ; l’acquisivité rendra économe et thésauriseur; enfin, si l’idéalité est dominante , les pensées seront entièrement fantastiques.

Puisque les facultés des penchants et des sentiments ne forment point les idées, et puisqu’il est impossible d’exciter ou de rappeler les sentiments ou les émotions qu’ils produisent, par un acte direct de la volonté , il s’ensuit que ces facultés n’ont pas les attributs de perception, de conception , de mémoire , d’imagination ; ils n’ont que l’attribut de sensation, c’est-à-dire qu’ils éprouvent une sensation ou une émotion , lorsqu’elles sont actives. La sensation est donc la

SODES d'activité.

suite de l’activité de toutesles facultés qui sentent, et du système nerveux en général ; mais elle n’est pas une faculté en elle-même.

• Les lois des facultés perceptives et réflectives sont différentes; celles-ci forment des idées et perçoivent des rapports ; elles sont soumises à la volonté, ou plutôt la constituent elles-mêmes, et elles servent à la satisfaction des autres facultés qui ne font que sentir.

1 ” Toutes ces facultés peuvent être mises en activité par des causes internes, et alors les séries d’idées qu’elles sont aptes à former se présentent involontairement à l’esprit : le musicien sent se former les notes sans les chercher ; l’individu chez lequel l’organe du calcul est développé et actif, compte par une impulsion naturelle; celui dont l’organe de la causalité est énergique et actif, raisonne sans effort, lorsqu’il pense. L’esprit (gaieté) est-il puissant et actif, des idées spirituelles l’inondent tout à coup, lors même qu’il voudrait les bannir.

2“ Ces facultés peuvent être excitées par la vue des objets extérieurs propres à les mettre en activité.

S" Elles peuvent entrer en activité par un acte de la volonté.

Lorsque la présence des corps extérieurs a causé l’excitation de l’organe, on perçoit les objets et il en résulte l’acte auquel on donne le nom de perception. La perception est le plus bas

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degré de l’activité de ces facultés; et si la présence de l’objet ne fait naître aucune idée, l’individu est privé de la puissance de manifester la faculté, dont la fonction est de percevoir les objets de cette espèce. Ainsi, lorsque des sons sont produits, l’homme qui n’en perçoit pas la mélodie, n’a pas le pouvoir de manifester la faculté des tons. Lorsque les prémisses d’un argument sont logiquement et distinctement établies, l’individu qui ne saisit point le rapport entre les prémisses et la nécessité de la conclusion , ne peut manifester la faculté de la causalité, et ainsi de suite. La perception est donc un mode d’action des facultés qui forment les idées; elle implique le plus bas degré d’activité, mais elle n’est point une faculté isolée.

Ces facultés sont-elles excitées par un acte de la volonté, les idées qu’elles avaient auparavant formées sont aussitôt rappelées. Cette opération constitue la mémoire , qui est le second degré d’activité de chacune de ces facultés; mais la mémoire n’est pas elle-même une faculté. Le ton se rappelle la musique, l’individualité les faits.

Le docteur Watts semble avoir deviné par une conjecture très-spirituelle la philosophie réelle de la mémoire. Il est très-probable, dit-il, que les fibres du cerveau qui concourent à la première idée ou perception d’un objet sont lesraêraes qui concourent aussi à le rappeler, et il

MODES d’activité.

s’ensuit alors, que la mémoire n’a point de partie spéciale qui lui soit consacrée, mais qu’elle fait usage , en général , de toutes celles qui servent à nos sensations et à nos facultés pensantes et raisonnantes.

La mémoire, dans le sens philosophique , emporte avec elle l’idée du passé. Elle pourraitêtre supplée par la faculté du temps, agissant de concert avec les facultés particulières qui d’abord , perçoivent, et qui servent ensuite a rappeler les événemens passés. Aussi l’individualité, en se ressouvenant des circonstances sans le secours du temps, ne produirait que la conception; mais si l’idée du passé se joignait à ces notions, il en résulterait la mémoire.

Lorsque les facultés sont très-actives , par suite d’une excitation interne provenant de la volonté ou de l’activité naturelle, les idées qu’elles ont primitivement formées sont vivement et rapidement conçues, et l’acte qui les forme est appelé conception ou imagination. Dès que les conceptions d’objets extérieurs , absents , éloignés, deviennent vives et permanentes par la maladie des organes , l’individu croit à la présence actuelle des objets, et il est le jouet des fantômes ou des visions. Telle est l’explication des cas cités dans l’ouvrage sur les apparitions du docteur Hibbert. La maladie de l’organe de la merveillosité contribue surtout à ce résultat. Le flot continuel d’idées qui traversent l’esprit dépend de l’activité

1S2 FACDITÉS RÉFIECTIVES.

intérieure des facultés et des organes , et n’est point lié à l’association qui existe entre les idées particulières elles-mêmes. Lorsquè les facultés sont énergiques et actives, la succession des idées est rapide ; elle est lente, au contraire, lorsque les facultés sont faibles et inactives. Pendant un sommeil profond, tandis que les organes sont plongés dans un repos complet, elle cesse tout à fait. La conception et l’imagination ne sont donc pas elles-mêmes des facultés , maiselles résultent du troisième degré d’activité de chaque faculté qui forme les idées.

Le jugement, enfin, dans le sens philosophique, appartient aux seules facultésréâectives. On peut dire jusqu’à un certain point que les facultés perceptives jugent; ainsi, par exemple, la faculté des tons peut être agréablement oudésagréablement impressionnée, et l’on peut affirmer de cette manière qu’elle juge les sons; mais le jugement , dans la véritable acception du mot, est une perception de rapport, de convenance ou de connexion entre les moyens et la fin , et appartient à une classe de facultés entièrement sé' parées, c’est à-dire aux facultés réflectives. Elles jouissent également de la perception, de la mémoire et de l’imagination. Celui qui les possède à un haut degré perçoit et conçoit, se ressouvient et imagine avec une grande facilité les procédés de déduction, ou les idées de rapports abstraits..

Le jugement pratique dans les affaires de la via

mODES d’activité.

dépend de la eombinaison harmonique et dans de justes proportions de tous les organes et partieuHèrement des penchants et des sentiments. Pour agir convenablement, il faut sentir avec justesse et raisonner avec profondeur.

A l’aide de ces principes nous pouvons expliquer pourquoi des individus peuvent manifester une grande puissance de perception, de mémoire ou d’imagination, et peu de jugement.

Si les facultés perceptives sont très-développées dans un individu, il pourra manifester ces pouvoirs à un haut degré; tandis que, s’il est privé des facultés du raisonnement, son j ugement philosophique sera faible; avec un grand développement de l’intelligence, il sera dépourvu de jugement pratique, si les organes des penchants et des sentiments sont défectueux.

Uattention n’est pas une faculté de l’esprit, mais elle consiste simplement dans une application vive et soutenue des facultés qui forment les idées. A moins qu’on ne possède la faculté, les objets dont elle prend connaissance ne peuvent être suivis d’un effet de la volonté. L’individualité et l’éventualité donnent le talent de l’observation, qu’on appelle souvent attention. Les facultés intellectuelles sont fortement aidées dans l’acte de l’attention par la concentrativîté et la fermeté.

Association. Les métaphysiciens croient que nos pensées se suivent dans un ordre établi de

PACDLTÉS PERCEPTIVES.

succession, et ils ont essayé d’analyser les circonstances qui déterminent l’ordre et les causes en vertu desquelles une idée en introduit une autre dans l’esprit; enfin, en réfléchissant sur leur propre conscienciosité, ils ont cherché à découvrir les lois régulatrices de la succession des idées du genre humain en général. Une telle entreprise parait impossible au phrénologiste. Si nous plaçons un certain nombre de personnes sur le sommet d’une colline, je suppose Montmartre (l), pour regarder une campagne, une rivière, une grande cité; celle chez laquelle dominera l’idéalité, sera enchantée de la beauté et de la magnificence de la nature ; celle qui aura l’organe de l’acquisivité, pensera aux profits des fermes, des bateaux, ou aux ouvrages qu’il a fallu pour élever les cheminées qui jettent des nuages de fumée dans l’air; l’individu qui aura l’organe de la constructivité, critiquera les lignes des routes ou des rues et l’architecture des bâtiments; l’homme bienveillant et porté à la vénération pensera aux sources de jouissance répandues devant lui, et éprouvera de la reconnaissance et du respect pour un créateur plein de bontés,

(i) Le texte porte Arthur-S eat, qni doit être une colline élevée aux environs d’Edimbourg, où l’auteur a écrit. J’y ai substitué Montmartre, pour mettre nos lecteurs à même de suivre avec plus de facilités les belles et justes réflexions des l’auteur. (F.)

VODES d’activité.

dont l’idée s'élèvera tout à coup dans son esprit. Un métaphysicien qui se sera aussi placé sur la sommité de Montmartre, en réfléchissant sur les idées que cette vue fera naître dans son esprit, s’occupera à découvrir les lois de l’association, qui le mettront en état déjuger des idées qui se présenteront elles-mêmes aux esprits de toutes les personnes qu’on a ici supposées. Cette attente, cependant, est évidemment vaine, parce que les impressions originales reçues par chaque individu diffèrent entièrement de celles éprouvées par tous les autres ; et lorsque le souvenir est rappelé, l’association des idées et des sentiments de chacun doit être celle que la nature particulière de son esprit a formée à la première vue de la scène.

L’association n’exprime donc que l’influence réciproque des facultés. Ainsi , quoique l’organe de la causalité soit le seul qui perçoive le rapport des conséquenees nécessaires, il peut agir de concert avec la comparaison pour fournir des exemples propres à rendre l’argument clair; avec l’idéalité, pour donner de la magnificence et de l’enthousiasme aux conceptions; avec le ton et l’imitation , pour moduler la voix et animer les gestes; et le résultat de cette association sera la manifestation d’une brillante éloquence. — Bes associations peuvent être également formées entre les facultés et les signes. Par exemple , la nature a établi une association entre l’aspect ex-

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teneur de la misère et la faculté de la bienveillance , de telle sorte qu’à cette seule vue , la bienr veillance entre en activité et engendre l’émotion de la pitié. Elle a pareillement lié la faculté des tons avec l’impression appelée sons, de telle sorte qu’un certain son produit un certain sentiment et une perception analogue. La nature a aussi associé la faculté de l’esprit de saillie avec les objets extérieurs; c’est ainsi, par exemple, que la réunion de quelques circonstances produit un rire instantané. Le langage naturel repose sur cette association. Le signe a seulement besoin d’être présenté, et il est compris dans tous les pays et par toutes les nations.

Mais l’espèce humaine possède également le pouvoir d’inventer et d’établir des signes arbitraires pour exprimer des sentiments ou des conceptions particulières intérieures. Par exemple , les mots amour, compassion et justice sont des signes purement conventionnels, par lesquels nous convenons d’exprimer trois sentiments intérieurs; mais il n’y a aucune connexion naturelle quelconque entre les signes et les choses signifiées.

Voici, maintenant, la manière dont nous apprenons la signification de ces signes. Si l’on nous montre une personne enragée , et si l’on exprime l’état de son âme par le mot rage , toutes les fois qu’on se servira de ce terme, nous comprendrons ce qu’on entend par cette excitation

MODES d’activité.

de l’esprit. Si l’on désigne par le mot table l’objet sur lequel j’écris, lorsque ce mot sera de nouveau prononcé je me représenterai la chose qu’il signifie. Ainsi , pour comprendre la signification d’un mot, nous devons sentir le penchant ou le sentiment, ou former la conception dont il est le signe. Un enfant de quatre ans est hors d’état de comprendre la signification du mot abstraction , parce qu’à cet âge il n’a pas le pouvoir de former l’idée qu’elle représente ; mais il peut concevoir la signification du mot table, lorsqu’on lui présente cette pièce d’ameublement; tandis qu’une personne qui manque de la faculté des tons ne peut concevoir pleinement ce que nous entendons par le mot mélodie.

L’esprit humain est ainsi constitué, qu’un objet indifférent peut être choisi et employé comme le signe arbitraire d’un penchant, d’un sentiment ou d’une conception quelconque. Je dis indifférent, car, si l’objet est déjà dans un rapport naturel avec une faculté , il ne peut devenir le signe arbitraire d’une émotion , d’une faculté opposée. Par exemple nous pouvons, par une intelligence réciproque, imaginer la figure carrée suivante CU , comme le signe artificiel de l’émotion appelée rage. Ce rapport établi, la figure nous suggérera l’idée aussi bien que les lettres R, A, G, E, qui ne sont que de simples marques placées dans un certain ordre. Mais si , par un caprice de l’imagination , nous supposons

1S8 FACULTÉS RÉFLECTIVES.

que cette figure représente une physionomie douce et souriante , qui est également une simple espèce de forme, nous ne pourrons par aucun effet parvenir à l’associer à l’idée de rage. Nous pouvons associer de la même manière des sentiments de vénération , de pitié , d’affection ou de peine, avec des notes douces et lentes de musique, parce que ces notes, qui excitent ellesmêmes des émotions d’une certaine espèce, peu** vent devenir des signes arbitraires d’autres sentiments d’une espèce homogène, que nous nous plaisons à y attacher. Mais il ne pourrait jamais se former une association telle que les tons doux , lents et tendres, pussent devenir le signe artificiel de rage, de jalousie et de fureur violente j parce que le caractère naturel de ces notes est directement opposé à celui de ces sentiments.

Lorsqu’un objet est déjà le signe naturel d’un penchant, d’un sentiment ou d’une conception d’une certaine espèce, il paraît ne pouvoir plus s’associer avec les penchants et les conceptions d’une autre espèce, de telle sorte que les signes artificiels puissent donner le sentiment ou la conception de la chose signifiée à ceux qui connaissent la convention.

La rapidité ou la vivacité avec laquelle un sentiment ou une conception est produite à la vue du signe, sera proportionnée à la perfection naturelle des facultés et à leur degré d’exercice.

MODES d’activité. 1ÎS9

mais ne se mesurera point d’après l’une ou l’autre de ces circonstances.

Si les considérations précédentes sont justes, on doit chercher les principes de l’association dans la constitution des facultés, et non dans les rapports d’idées particulières. — Toutefois, en employant l’association comme un instrument de mémoire artificielle , nous ne devons pas perdre de vue que chaque individu associera très-facilement les idées avec les choses dont la perception lui est plus aisée et plus fréquente. Par exemple, l’homme qui a l’organe des calculs très-développé , associera les mots plus aisément avec les nombres; il en sera de même de ceux qui auront les organes des formes, des localités ou des tons, qui associeront leurs mots plutôt avec des figures, ou des lieux ou des notes musicales.

L’influence de l’association sur notre jugement s’explique encore facilement. L’homme dont l’organe de la vénération est prononcé , et auquel on a présenté depuis son enfance comme un objet de respect l’image d’un saint, éprouve une émotion involontaire et instantanée de crainte et de respect , chaque fois qu’on lui offre cette image , ou qu’il s’en forme l’idée dans son esprit, parce qu’elle est maintenant un signe qui fait naître en lui ce sentiment, et celui-ci ne permet point aux facultés réflectives de remplir leurs fonetions. — Il en résulte que jusqu’à ce que nous puissions rompre cette association , et empêcher la concep-

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