FACULTÉS RÉFLECTIVE
tion de l’iraage d’agir comme signe pour mettre la faculté de la vénération en activité , nous ne réussirons jamais à déterminer l’intelligence à examiner les attributs réels de l’objet lui-même, et à constater dans lui l’absence des qualités qui sont véritablement dignes de respect. De même, lorsque l’amour s’est emparé de l’imagination , la perception ou la conception de l’objet aimé développe si vivement les facultés qui sentent cette émotion , celle-ci est elle- même si agréable, et l’esprit a si peu la conscience de la source réelle de la fascination , qu’il est impossible de lui faire voir l’objet avec les yeux d’un spectateur désintéressé. Si nous pouvons rompre à la fois l’association entre l’objet et les facultés sentantes, les facultés réflectives rempliront fidèlement leurs fonctions, et l’objet apparaîtra sous ses véritables couleurs. Mais tant que nous ne pourrons détruire cette liaison, et prévenir l’illusion, nos conclusions ne seront jamais justes, parce que les prémisses, c’est-à-dire l’aspect de l’objet, ne sera jamais le même pour la partie la plus intéressée et pour nous.
Ainsi , les associations qui égarent le jugement et perpétuent les préjugés, sont des associations de mots ou de choses avec les sensations et les sentiments, et non simplement desassociations d’idées avec les idées. Toutes les classes d’idées formées par les facultés perceptives et réflectives peuvent être associées à l’infini , et si ces idées ne
MODES D’ACTlVltÊ. 161
sont pas liées avec les penchants et les sentiments, il n’en résultera aucun préjugé moral. Les idées de forme, de couleur, d’ordre, et les impressions de mélodie, peuvent être énoncées de dix mille manières, et des fautes de goût peuvent en être la conséquence; mais à moins que l’association n’embrasse les sensations et les sentiments, ces idées n’égareront pas le cœur, pour nous servir d’une expression ordinaire.
Le plaisir et la peine , la^o/e et le chagrin, sont des afi'ections de l’esprit provenant de l’exercice de chaque faculté. Livrée à son action naturelle, toute faculté éprouve du plaisir; lorsqu’elle est désagréablement affectée, elle ressent de la peine ; par conséquent les genres de peine et de plaisir sontaussi nombreux que les facultés. Ainsi l’homme chez lequel domine la bienveillance se plaît à pardonner généreusement les injures; celui , au contraire , qui a les organes de la destructivité et de l’estime de soi très-développés, éprouve du plaisir à se venger. Le plaisir et la peine sont donc un résultat des facultés, mais ne les engendrent pas.
\>dL passion est le plus haut degré d’activité de chaque faculté, et les passions sont aussi diverses que les facultés. Ainsi la passion de la gloire est le résultat d’une grande énergie et d’une grande activité de la faculté de l’amour de l’approbation ; il en sera de même des passions de l’argent, delà musique, de la métaphysique : elles seront dues
162 FACULTÉS BÉFLECTIVES.
à la prédominance de l’acquisivité, des tons et de la causalité. Il ne peut donc y avoir de passions factiees, quoiqu’il en soit question dans plusieurs ouvrages. L’homme ne peut changer son organisation, et chaque objet qu’il désire doit être désiré d’après sa tendance à satisfaire quelque faculté naturelle.
La sympathie n’est ni une faculté ni un synonyme d’approbation morale. — Les mêmes notes, exécutées par dix instruments du même genre, en s’harmonisant et en se mêlant doucement ensemble , forment une masse de mélodie. Ce résultat doit être attribué à la similitude de la eonstitution et de l’état des cordes. — Chaque faeulté de l’esprit humain a une constitution spécifique; cette organisation , à son tour , donne lieu à des genres déterminés de sensations, produit ou suggère des genres spécifiques d’idées ; et toutes les ibis que des faeultés semblables sont aetives chez diversindividus, chacun d’eux éprouve des sensations analogues , et la sympathie n’est autre chose que la similitude des sensations. — L’homme qui est doué d’un fort penchant de destructivité se joindra avec délices aux projets de ceux qui veulent se livrer à la dévastation. Celui chez lequel domine l’organe de la vénération s’unira avec ferveur aux prières des fidèles, etc., et ainsi de suite. La raison deda sympathie dans chacun de ces cas doit être cherchée dans la similitude de la eon-
MODES d’activité. 163
stitution des facultés, chez les divers individus qui sympathisent.
Mais, dans l’esprit humain, les facultés propres à l’homme l’emportent sur celles qui sont communes à l’homme et aux animaux : il en résulte que, si un individu a l’acquisivité prononcée et la conscienciosité faible, tandis qu’un autre a ces facultés également développées, ces deux individus ne sympathiseront pas dans les manières de satisfaire leur penchant inférieur; car, la conscienciosité produira chez l’un des sentiments de justice, que l’autre n’éprouvera pas, d’après la faiblesse de cette faculté.
La sympathie, avons-nous dit, n’est pas synonyme d’approbation morale. — Nous approuvons les aetions produites par les facultés inférieures des autres, quand elles sont guidées par les facultés propres à l’homme. Par exemple, nous n’approuvons jamais la combativité, lorsqu’on s’y abandonne pour le seul plaisir de se battre , ni la destructivité, lorsqu’on s’y livre pour la seule jouissance d’être féroce. Mais nous donnons notre approbation à toutes ces facultés, lorsqu’elles sont dirigées par la justice et l’intelligence. Au contraire, nous applaudissons à l’action des sentiments propres à l’homme, lors même qu’elle est sans mélange de tout autre motif. ’ Ainsi , nous louons la bienveillance par le seul amour de la charité ; la vénération, par le sentiment intérieur de la dévotion ; la justice , par les inspirations de
16i FACÜLTÉS BÉFLECTIVES.
la conscience. A la vérité , les actions faites ostensiblement d’après l’impulsion de ces facultés, perdent dans notre estime leur caractère de pureté et d’excellence, en proportion directe de leur combinaison avec les facultés inférieures. — La bonté, mue par l’intérêt, est toujours moins appréciée que lorsqu’elle est pure et sans mélange. L’activité dans les affaires publiques perd son mérite à nos yeux , à mesure que nous découvrons que l’amour de l’approbation en est le motif, et qu’elle n’est pas dirigée par la consciensciosité et la véritable bienveillance.
Ces faits démontrent l’exactitude de ces principes phrénologiques : que les facultés les pltis élevées sont faites pour gouverner celles qui le sont moins; et que l’bomme a la conscience des sentiments , sans doute nécessaires en eux-mêmes , mais dont il blâme la satisfaction , lorsqu’elle n’est pas guidée par des pouvoirs supérieurs. Les sentiments plus nobles doivent cependant agir conformément à l’intelligence, pour être approuvés ; et l’excès de vénération , de bienveillance ou de scrupule, est toujours regardé comme une faiblesse, de la même manière que l’excès de tout penchant inférieur est considéré comme un vice.
Il y a des facultés qui , par leur constitution, ne peuvent sympathiser chez les divers individus chez lesquels elles sont également actives. Ainsi deux hommes, sous l’influence de vives impulsions de l’estime de soi ou de l’amour de l’appro-
MODES d’activité. 165
bation, ne sympathiseront point ensemble; deux êtres orgueilleux ou vains se repoussent l’un et l’autre , comme les pôles qui ont la même électricité. Ces deux facultés sont si exclusives, que les individus soumis à leur influence illimitée seront très-hostiles l’un à l’autre.
Après l’association, l’habitude jouele principal rôle dans la philosophie de M. Stewart; mais en phrénologie on la considère différemment. Le docteur Johnson définit l’habitude : le pouvoir dans l’homme de faire une chose acquise par un acte répété. Mais avant d’y parvenir, la faculté et l’organe dont elle dépend doivent être convenablement développés; plus ils sont énergiques , plus sera grande la force avec laquelle l’individu fera d’abord la chose, et la facilite avec laquelle il apprendra à la répéter. George Bidder, le fameux calculateur, avait acquis l’habitude de résoudre dans son esprit, sans le secours de notes et avec une rapidité incroyable, les questions d’arithmétique et d’algèbre les plus étendues et les plus embarrassantes; mais pour atteindre ce but, il avait besoin d’un large organe des nombres; eet organe et la faculté mentale correspondante étant développés, il fit de grands et rapides progrès dans cette science , et à sept ans il avait acquis cette habitude qui frappait d’étonnement les esprits ordinaires. Il y a d’autres individusqui, n’ayant qu’un petit organe 4es nombres, ont travaillé pendant des années à
FACULTÉS RÉFLECTIVES.
acquérir l’habitade de calculer juste et rapidement, sans pouvoir y réussir. C’est encore ainsi qu’un enfant qui prend l’habitude de se quereller et de se battre en classe , manifeste des facultés énergiques de combativité, de destructivité et d’amour de soi ; mais si ces penchants font défaut, il aura toutes les peines du monde à contracter cette habitude , si même il la contracte. L’habitude est donc le résultat de la facilité acquise par l’usage. L’organe acquiert une activité et une facilité extrêmes à remplir ses fonctions , par un usage convenable , de la même manière que les doigts d’un musicien deviennent d’une agilité remarquable par l’habitude de jouer.
Le goût est le résultat de l’action harmonique des facultés en général , au moins à un degré modéré d’énergie. La plus belle poésie est celle qui charme les sentiments et les facultés nobles de l’esprit, sans recourir à aucune extravagance, qui puisse les offenser. L’idéalité en excès produit le pathos ; la causalité , les finesses inintelligibles ; l’esprit de saillie , les concetti , les épigrammes et les impertinences. Un tableau est excellent lorsqu’il fiatte les facultés perceptives, réflectives et les sentiments moraux, sans les blesser. — Ainsi , si le coloris est trop fort ou trop faible , le tableau péchera par les ombres ; si la forme est faible, le dessin sera mauvais ; si l’idéalité et le coloris l’emportent sur la composition, il pourra attirer et frapper , mais il manquera
HODES d’aCTITITÉ.
de dignité et d’intelligence. Si le langage est trop prononcé chez un individu, son style sera redondant et verbeux; dans le cas contraire, il sera sec, dur et maigre; si l’individualité est excessive , il racontera sans réflexion; si la réflexion est trop forte , il raisonnera sans prémisses ou sans faits.
Effets de V étendue et de l'activité dans les organes ; considérations pratiques pour observer leur développement.
De même ^ue la conviction intime ne peut être obtenue que par sa propre observation , de même aussi quiconque désire devenir phrénologiste doit apprendre à observer. Un cerveau sain , à une période de la vie en état de vigueur, est un véritable sujet d’observation; et comme le principe fondamental de la science est que le pouvoir ou V énergie des manifestations de l’esprit est dans un rapport parfait, toutes choses égales d’ailleurs, 2L\ec V étendue des organes, nous devons éviter de ne pas confondre cette qualité de l'esprit avec celle de la simple activité dans les organes; l’étendue étant un signe de la première de ces qualités, mais n’indiquant aucunement la seconde.
En physique, la puissance est distinguée de l’activité. La roue du balancier d’une montre se
ÉTENDCE ET ACTIVITÉ
meut avec beaucoup de rapidité , mais son choc est si léger, qu’un cheveu suffirait pour l’arrêter ; le piston d’une machine à vapeur traverse lentement et pesamment l’espace , mais sa puissance est prodigieuse.
La différence de ces qualités se reconnaît trèsfacilement dans l’action musculaire. Le lévrier franchit les collines et les vallons avec une rapidité inconcevable, mais un léger obstacle contrebalancerait son impétuosité et arrêterait ses progrès; l’éléphant marche lentement et pesamment, mais le choc de son mouvement renverserait un obstacle suffisant pour arrêter cinquante lévriers dans toute la force de leur course.
Dans les manifestations de l’esprit (considérées à part de l’organisation), la distinction entre la puissance et l’activité est également palpable. Sur le théâtre, madame Siddons, l’aînée, et M. John Kemble étaient remarquables par la solennité de leurs manières dans la déclamation et dans l’action, et ils étaient doués à un haut degré de la puissance; ils captivaient à la fois les sympathies et l’intelligence des spectateurs; ils faisaient sentir davantage à chaque homme l'étendue de ses facultés, et, sous l’influence de leurs énergies, il voyait son esprit s’agrandir : c’était le résultat de la puissance, D’autres acteurs sont remarquables par la vivacité de l’action et de l’élocution , et cependant ils ne peuvent faire naître des émotions dans l’auditoire : l’activité sans puissance
DES ORGANES
est le caractère distinctif de leur talent. Au barreau, dans la chaire, au sénat, la même distinction prévaut. Beaucoup de savants montrent un heureux choix d’exemples, une grande facilité • d’élocution, ils nous surprennent par la vivacité de leurs qualités, sans cependant produire d’impression sur nous, ni nous paraître profonds : ils ont de la finesse sans puissance, de l’ingénuité sans étendue et profondeur d’intelligence , toutes choses dues à l’activité combinée à une puissance médiocre. Il y a d’autres orateurs publics qui ouvrent pesamment un débat, leurs facultés agissent lentement mais avec force, comme le premier effort d’une vague énorme; ■leurs mots résonnent à l’oreille comme le bruit du canon, et pour les hommes superficiels, ils paraissent avoir terminé avant d’avoir commencé leurs efforts; mais le premier accent qu’ils font entendre est celui du pouvoir, il fait naître et fixe l’attention; leurs pauses mêmes sont expressives et indiquent l’énergie qui se recueille pour passer tout entière dans la phrase qui va suivre. Lorsqu’ils sont réellement animés, ils sont impétueux comme un torrent, brillants comme l’éclair, ils s’emparent des esprits et les subjuguent, en les frappant d’une manière irrésistible par le sentiment de leur pouvoir gigantesque.
Nous avons dit dans l’introduction que le volume, toutes choses égales d’ailleurs, était une mesure de puissance. Les conditions qui modi-
ÉTENDUE ET ACTIVITÉ
fient le plus généralement les effets du volume sont : 1“ la constitution ou la qualité du cerveau; 2® les combinaisons particulières des organes; et â® l’exercice.
1® La constitution ou la qualité du cerveau a une grande influence sur les effets du volume, parce que les dimensions de deux cerveaux peuvent être égales, et cependant l’un peut être distingué par sa texture plus fine et sa constitution plus vigoureuse, tandis que l’autre peut être inferieur en qualité et naturellement inerte. La conséquence sera que le cerveau le mieux constitue manifestera les qualités de l’esprit avec une énergie entièrement proportionnée à son volume.
On peu prouver que le volume est la mesure de la puissance en comparant les manifestations de deux cerveaux également bien constitues, mais dont l’un est petit et l’autre grand ; la puissance sera plus prononcée dans le dernier. Ici se présente naturellement la question de savoir si nous possédons quelques signes des qualités constitutionnelles du cerveau; l’examen des tempéraments va nous fournir quelques données à ce sujet.
Nousconserveronsl’ancienne division des quatre tempéraments, en faisant observer qu’ils sont accompagnés de différents degrés d’activité dans le cerveau. Le premier ou le lymphatique est caractérisé par des formes arrondies , le peu de force du système musculaire, l’abondanee du
DES ORGANES
tissu cellulaire, des cheveux blonds et une peau pâle claire. Il est accompagné d’action s vital es languissantes , de faiblesse et de lenteur dans la circulation. Le cerveau , comme partie du système , est aussi lent, mou et faible dans son action, et les manifestations de l’intelligence sont proportionnellement faibles.
Le second tempérament, ou constitution sanguine , est indiqué par des formes bien définies , un embonpoint modéré , une fermeté convenable des chairs, des cheveux clairs, inclinant vers le châtain, des yeux bleus et une belle complexion, et une certaine rudesse de contenance. Il est marqué par une grande activité des vaisseaux sanguins, la passion pour l’exercice et une physionomie animée. Le cerveau participe de l’état général , et il est actif.
Le tempérament bilieux se reconnaît à des cheveux noirs, à une peau épaisse, à un embonpoint modéré , à des chairs très-fermes, à des traits fortement prononcés de toute la personne. Les fonctions participent de la grande énergie d’action qui s’étend au cerveau, et l’aspect de l’individu est, en conséquence, fort et les traits décidés.
Le tempérament se caractérise par une
peau et des cheveux fins, des muscles grêles, de la vivacité dans les mouvements musculaires, une physionomie pâle et une santé souvent délicate ; tout le système nerveux , y compris le cerveau , est d’une extrême activité, et les manifestations
ÉTENDUE ET ACTIVITÉ
de l’intelligence jouissent d’une vivacité proportionnelle.
On suppose que les tempéraments dépendent de la constitution des systèmes particuliers du corps : si le cerveau et les nerfs sont doués d’une prédominance d’activité par l’action des causes internes , il en résulte le tempérament nerveux ; le tempérament sanguin est du à l’activité des poumons , du cœur et des vaisseaux sanguins ; les systèmes musculaire et fibreux produisent le tempérament bilieux ; les glandes et les organes semblables donnent naissance au tempérament lymphatique.
Le docteur Thomas de Paris pense que tous les systèmes des corps agissent avec un degré d’énergie proportionné à leur volume, et que les diflerents tempéraments doivent leur origine à la prédominance des systèmes particuliers,. Par exemple , la fonction des viscères de l’abdomen est de digérer la nourriture et de nourrir le corps : si ces viscères sont volumineux, ce qui est indiqué par un gros ventre, et si les poumons et le cerveau sont relativement petits, alors les fonctions abdominales prédomineront, et l’individu ressemblera au bœuf dans ses dispositions; il mangera, digérera, engraissera, mais il évitera avec le plus grand soin l’activité musculaire et intellectuelle. Telle est, suivant le docteur Thomas, l’origine du tempérament lymphatique.
L’office des poumons et du cœur , qui rem-
DES ORGANES
plissent la cavité de la poitrine , est de réparer les pertes du sang et de le faire circuler. Lorsque le thorax est large , et le cerveau et l’abdomen relativement petits, tout le système est parcouru par un sang bien oxigéné et qui est chassé avec force ; aussi la vie et l’activité sont-elles très-prononcées. Le ventre étant petit, il n’y a pas de tendance à engraisser, et le volume relatif du cerveau étant moindre , il n’y a pas de forte disposition à penser. Aussi l’organisation portera-telle aux exercices musculaires, et les individus éprouveront du plaisir à vivre et à se mouvoir. Parmi les animaux, le lion, le tigre, le lévrier représentent ce tempérament. Cette constitution est regardée comme la cause du tempérament sanguin.
La fonction du cerveau est de manifester l’intelligence ; lorsqu’il est large , et le thorax et l’abdomen petits, il y aura une grande vivacité de l’intelligence , de faibles facultés digestiveset peu de tendance à l’action musculaire. Les individus ainsi constitués se plairont dans des émotions de l’esprit, dans des travaux de l’intelligence. Ces attributs appartiennent spécialement au tempérament nerveux.
Les différents tempéraments existent rarement à l’état de simplicité; les combinaisons les plus ordinaires sont le sanguin et le lymphatique, le nerveux et le lymphatique , le nerveux et le bilieux.
174 ÉTEIÎDOB BT ACTIVITÉ
Les modifications de tempérament, suivant le docteur Thomas, sont également fréquentes. Chez quelques personnes, le cerveau et le thorax sont larges, et l’abdomen petit, et alors, dit-il, une grande activité musculaire et une extrême puissance intellectuelle se trouvent réunies. Tel était le tempérament de Napoléon dans sa jeunesse.
Chez d’autres individus, le thorax et l’abdomen sont larges et le cerveau petit; il en résulte une belle santé physique; il y a beaucoup d’aptitude aux exercices musculaires, et de l’aversion pour les travaux de l’intelligence. Ou bien le cerveau, le thorax et l’abdomen peuvent être tous développés chez le même individu; il aimera alors à boire et à manger; ses mouvements musculaires seront modérés , et il sera porté à varier ses occupations par les exercices de l’esprit.
D’après le principe précédemment établi, que le volume est une mesure de puissance, les hémisphères cérébraux doivent varier dans leur volume général en proportion du degré d’énergie intellectuelle. Notre premier objet doit donc être de distinguer le volume du cerveau en général, afin de juger s’il est assez grand pour permettre les manifestations d’une énergie ordinaire; car, s’il est trop petit, l’idiotie en sera la conséquence inévitable.
Il y a plusieurs éminences osseuses sur le crâne qui n’indiquent pas le développement du cerveau; telles sont les apophyses mastoïdes, iramé-
0E3 OR6AHES.
diatement situées derrière la partie inférieure de l’oreille; l’épine cruciale de l’occiput, audessous de l’organe de la philogéniture; l’apophyse zygomatique , s’étendant des os molaires à l’os temporal ; et le sillon de la ligne médiane de la surface coronale du front, déterminé par le sinus longitudinal.
Notre second objet serait de 6xer les proportions relatives des différentes parties, afin de déterminer la direction dans laquelle la faculté est plus puissante.
Il convient de commencer par les observations des différences les plus sensibles en volume. « La tête doit être divisée en régions , en tirant une ligne verticale de l’ouverture extérieure du conduit auriculaire à l’endroit qui dans l’enfance correspond à la fontanelle (l’organe de la vénération); elle se trouve alors partagée en région frontale et occipitale. On tire une seconde ligne horizontale du milieu du front au bord supérieur de l’occipital, à l’endroit où l’organe de l’habitativité est situé , et la tête offrira alors une région basilaire et sincipitale. En suivant ce procédé, et en examinant les régions indiquées, chacun peut se convaincre lui-même de leur variation perpétuelle et de leur développement inégal. » {Esquisses de Phrénologie , par Spurzheim, p. 13).
En jugeant du volume des organes de l’intelligence, Spurzheim a fait observer que la portion
ÉTEKDVE ET ACTIVITÉ
du cerveau placée en avant des organes de la constructivité et de la bienveillance doit être spécialement étudiée. Dans ce dessein , une ligne doit être tirée du bord antérieur de la constructivité au bord antérieur de la bienveillance , et suivant que la portion du cerveau comprise entre ces lignes se projettera en avant, s’élèvera en haut, et ofifrira une large surface, l’intelligence présentera une énergie plus grande. — Si, en regardant de profil, on aperçoit une masse considérable de cerveau occupant la partie inférieure de l’espace, tandis qu’il s’en trouve peu en haut, les organes des facultés perceptives seront prédominants; cher, d’autres individus, la région supérieure sera plus large que l’inférieure, et cette configuration annoncera que les facultés réflectives sont plus fortes que les perceptives. — Il est important de faire attention à cette règle, parce que le front présente quelquefois une forme perpendiculaire due à l’absence des facultés perceptives; lorsqu’on examine alors cet organe, il peut paraître large et étendu, tandis que lorsqu’on l’observe de profil , on peut n’apercevoir qu’une petite portion du cerveau dans cette région, et en conséquence les manifestations de l’intelligence seront peu énergiques.
Dans quelques cas, la plus grande masse du cerveau se trouve entre l’oreille et le front ; dans d’autres, entre l’oreille et l’occiput; dans quelques-uns enfin perpendiculairement au-dessu.s
DES ORGANES
do l’oreille. De grandes différences se remarquent aussi pour la largeur; il y a en effet des cerveaux qui sont larges dans tous les sens, d’autres étroits : les uns sont étroits en avant et larges en arrière, et vice versâ. Si les proportions des parties différent assez pour que dans la tête plus large la plus grande quantité du cerveau existe dans les régions latérales et postérieures, et que , dans la tête plus petite, la prédominance soit en avant et en haut; la tête plus large, toutes choses égales d’ailleurs, manifestera alors l’énergie la plus grande dans les penchants animaux, et la plus petite l’emportera, au contraire, par les &icultés morales et intellectuelles. Ces qualités plus nobles peuvént être même manifestées plus énergiquement par la tête plus petite que par celle qui est plus large, parce que la première, quoique plus petite dans son volume général, est, dans ce cas, supposée plus large dans ces régions particulières; mais naturellement ses manifestations des penchants animaux seront moins prononcées que celles de la tête large, dont l’étendue est ici supposée plus grande dans cet organe.
11 est nécessaire de ne pas perdre de vue que l’étendue du volume peut consister en longueur et en largeur, ou dans les deux dimensions à la fois. ■ La longueur de l’organe, dit Spurzheim, dispose à une action fréquente, tandis que son épaisseur lui donne plus d’intensité. Les phrénologistes font trop peu d’attention à la dernière
ÉTERDDB £T ACTIVITÉ
dimension, et beaucoup trop à l’allongement de Vorgane. » La longueur d’un organe est fixée par la distance qui se trouve entre la moelle allongée et la surface périphérique. Une ligne passant à travers la tête d’une oreille à l’autre, toucherait presque la moelle allongée; aussi l’ouverture extérieure du conduit auditif externe est-elle prise comme un point convenable pour estimer la longueur. Les organes de l’intelligence, par exemple, sont situés en avant, et la longueur de ces organes est en proportion avec la longueur de la ligne depuis l’oreille jusqu’à la région antérieure. — La largeur d’un organe se juge par son expansion périphérique, et c’est une loi générale de physiologie, que la largeur d’un organe dans tout son cours est en rapport avec son expansion à la surface : les nerfs optiques et olfactifs en sont des exemples. Si donc la ligne tirée de l’oreille au front est plus large que celle de l’oreille à l’occiput, et la largeur à peu près la même, nous en inférons que les facultés intellectuelles sont dominantes: si, au contraire, le front est très-étroit, et le derrière de la tête très-large, nous sommes d’avis que les organes animaux l’emportent sur les autres, quoique la longueur soit la même dans les deux directions. La mesure avec le compas est utile pour fixer le volume général. Les mesures suivantes ont été prises d’après nature, indistinctement sur un nombre de
DES ORGANES. 179
viogt têtes d’hommes qui sont en ma possession, de l’âge de 25 à 50 ans, savoir :
Depuis la crête de l’occipital jusqu’à la partie inférieure de l’individualité. R.ésultal de la moyenne proportionnelle, pouces 7 | (mesures d’après le pied anglais).
Depuis la crête de l’occipital jusqu’à l’oreille, p. 4 I.
Depuis l’oreille jusqu’à la partie inférieure de l’individualité, p. 4
Depuis l’oreille jusqu’à l’organe de la fermeté, p. 5
Depuis la destructivité jusqu’à la destructivité.
Depuis la circonspection jusqu’à la circonspection, p. 5
Depuis l’idéalité jusqu’à l’idéalité, p. 5 (1).
Ces mesures sont prises au-dessus des téguments et des muscles, et montrent le volume des têtes dans ces directions; mais elles ne sont pas
(i) L’antenr a doimé un tableau détaillé des mesures prises par le compas, sur chacun des vingt individus. Nous avons omis tous ces détails, nous paraissant suffisante, pour nos lecteurs, la connaissance du résultat moyen de ces mesures, et surtout la connaissance des points entre lesquels elles Sont prises. Chaque phréuologiste peut maintenant répéter ces observations, qu’il notera avec les mesures du pied français ou métrique (F.)
ÉTEIlbllE ET ACTIVITÉ
données comme indications des dimensions absolues d’un des organes phrénologiques. Le compas ne saurait alors convenir, car il ne peut prendre son point de départ de la moelle épinière, ni indiquer la largeur des fibres. Le nouveau crâniomètre est préférable pour déterminer la longueur absolue; et la largeur peut être jugée à l’aide de la main ou de l’œil. — Les dimensions de ces vingt têtes sont plus élevées que celles des Anglais en général, parce qu’il y en a plusieurs grosses parmi elles, et qu’il ne s’en trouve pas de petites.
Lorsque l’élève a acquis la connaissance du volume et de la configuration générale des têtes, et qu’il sait apprécier les proportions relatives de la masse générales des trois ordres d’organes, il peutse livrer à l’étude organes en particulier,
et, en les examinant, il doit faire attention aux dimensions réelles et non à la simple proéminence de chaque organe. La pratique, unie à un développement convenable des organes de la forme, de rétendue et de la localité, sont nécessaires pour observer avec succès. Les individus dont les têtes sont très-étroites entre les yeux , et peu développées au sommet du nez , où ces organes sont placés, ont beaucoup de peine à distinguer les situations et les nuances légères dans les proportions des difierents organes. Si un organe est très-développé et l’organe voisin très-petit, lé premier présente une élévation ou une protu bc
DES OBGABES.
rance j mais si les organes contigus sont développés en proportion , on n’aperçoit aucune saillie et la surface est unie. L’élève doit apprendre par les livres, les gravures, les moules, et son instruction personnelle (et celle-ci est la meilleure de toutes), à distinguer la forme de chaque organe et son apparence, lorsqu’il est développé dans des proportions différentes des autres. Le buste phrénologique montre seulement les situations des organes et leur proportions sur une tête, et il est impossible qu’il donne des lumières plus étendues. — Les divers aspects , dans toutes les variétés d’étendue relative, doivent être découverts en examinant beaucoup de têtes , et surtout en comparant des exemples d’un grand développement avec d’autres remarquables par leur petitesse : on ne peut se faire aucune idée juste de la science sans cette règle de conduite. Lorsque de simples organes sont très-développés, la forme indiquée sur les bustes, est distinctement proéminente dans la nature.
Quand un organe est très-développé, il déplace quelquefois l’organe plus petit qui luie.st contigu. Cette disposition peut être reconnue à la plus grande saille qui existe près le centre de l’organe le plus développé, et qui s’étend sur une partie de l’autre (1). L’observateur doit apprendre, par
(i) Il faut, dans ces cas, faire attention à la figure ; car la forme de l’organe se distingue alors facilement, et elle est un indice sûr de l’organe qui est très-développé.
ÉTENDU* ET ACTIVITÉ
même rapport, les difiFérences étant également remarquables. Le moule du crâne de l’abbé La Clôture doit être rais en regard avec celui du poète Roland , pour l’amour de l’approbation , parce que l’un a l’organe large et l’autre petit. L’estime de soi , très-développé chez Spurzheim doit être comparé avec 1e même organe du docteur Hett, chez lequel l’amour de l’approbation est plus développé que l’estime de soi. L’organe de la constructivité dans Breguet peut être confronté avec le même organe sur les habitants de la Nouvelle-Hollande; celui de la destructivité chez Choffron avec le même organe sur les crânes des Indiens, dont le caractère est généralement très-doux. Le développement delà fermeté et l’absence de la conscienciosité chez le soldat français fusillé pour insubordination, doiventétre rais en parallèle avec les mêmes organes développés dans un sens inverse sur le moule de la tête marquée n“ 15 (1).
Dans l’observation de la nature, il faut commencer par l’étude des organes les plus développés; lorsque deux personnes présentent des dispositions opposées , d’après les points suivant
(i) Je cite ici un crâne de ma collection parce que je n’ai pas trouvé dans les collections que nous avons k Paris une tête qui exprime mieux les différences indiquées par l’autenr.
DES ORGANES
lesquels on les compare, il faut les placer l’un à côté de l’autre et examiner leurs têtes. Ainsi , si nous prenons l’organe de la circonspection, nous devons étudier son développement chez les personnes dont nous connaissons le caractère timide, incertain, plein d’hésitation; nous comparerons ensuite l’aspect de l’organe dans ces cas avec ce qu’il est chez les individus remarquables par 1 eur préci pitation, et chez ceux qui ne conçoivent ni le doute , ni la crainte. La personne qui est incapable de distinguer deux notes l’une de l’autre peut être comparée, sous le rapport de l’organe des tons, avec celle qui a un génie naturel pour la musique. Il n’y pas d’erreur plus grande à éviter, que de commencer l’étude de la phrénologie par l’observation des plus petits organes, et de les examiner sans comparaison.
Pour prouver la vérité de la phrénologie, il ne faut pas comparer le même organe dans les différentes espèces d’animaux , ni même dans les différents individus de la même espèce, parce que leur constitution et leurs exercices peuvent différer; mais on doit noter le volume de chaque organe proportionnellement aux autres sur la tête du même individu. La constitution de tous les organes, chez le même individu, est généralement mais non universellement égale, et les plus grands montrent plus de puissance et plus d’activité que les plus petits. Ce n’est pas le volume absolu des organes, ou leur volume par rapport à une tête
ÉTENDUE ET ACTIVITÉ
modèle , qui détermine la prédominance des talents ou des dispositions particulières. Ainsi , sur la tête de Ghoffron , la destructivité est très-large; les organes des sentiments moraux et de l’intelligence sont petits en proportion, et, d’après la règle que, toutes choses égales d’ailleurs, le volume détermine l’énergie, les penchants les plus puissants de Ghoffron doivent avoir été la cruauté et la rage. Sur les crânes de plusieurs Indiens, l’organe de la destructivité est petit relativement aux autres , et nous en concluons que les penchants de ces individus sont d’une nature tout à fait contraire à ceux de Ghoffron. Mais sur la tête de Boutillier, le meurtrier de sa mère, la mesure de la destructivité, d’un côté à l’autre, est de quelques lignes de moins que sur la tête de Benjamin Gonstant. Le volume absolu de l’organe est plus grand chez Benjamin Gonstant , et cependant c’est un homme aimable et de génie, tandis que Boutillier était un atroce meurtrier. Ges exemples font connaître la règle. Ghez Boutillier , les organes des sentiments moraux et dés facultés intellectuelles sont petits, et celui de la destructivité est le plus large du cerveau ; tandis que chez Benjamin Gonstant les organes moraux et intellectuels sont les plus larges. D’après le principe précédemment établi , les plus puissantes manifestations de l’esprit de Benjamin Gonstant doivent avoir été les sentiments moraux et l’intelli-
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gence, et celles de Boutillier la destructivité et les passions animales.
On objecte fréquemment que les personnes qui Oiit de grosses têtes ont peu d’esprit, tandis que celles qui ont de petites têtes sont très-souvent remarquables. Le phrénologiste ne compare jamais la capacité de l’esprit en général, avec le volume du cerveau en général ; car le principe fondamental de la science est que les difierentes parties du cerveau ont des fonctions différentes, et que la même quantité absolue de cerveau , si elle contient des organes intellectuels , peut être liée avec le génie le plus élevé , tandis que , si elle ne renferme que des organes animaux, immédiatement au-dessus et derrière les oreilles, ellepeutindiquer l’énergie la plus redoutable des penchants animaux. Les cerveaux des Caraïbes paraissent être égaux en volume absolu aven ceux des Européens ; mais le principal développement des premiers porte sur les organes animaux , tandis que chez les Européens ce sont les sentiments moraux et intellectuels qui dominent; etaucun phrénologiste ne pensera que les uns sont égaux aux autres en intelligence et en moralité , seulement parce que leurs cerveaux sont égaux en grandeur absolue.
Dans l’application pratique de la phrénologie, nous pouvons comparer divers individus. La première chose est de rechercher si leurs tempéraments sont les mêmes; la seconde . si le volume
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général de leurs cerveaux , excepté dans les organes particuliers qu’on veut comparer, est semblable; en dernier lieu enfin, si l’exercice de leurs facultés se fait également. Si nous trouvons chez une personne les organes des tons, de l’idéalité ou de la circonspection très-petits, et chez une autre les mêmes organes très-larges, nous découvrirons une différence analogue dans la puissance de la manifestation. Il peut cependant arriver naturellement que chez un individu un organe soit plus actif qu’un autre , sans qu’il soit en rapport avec le volume , de même que le nerf optique est quelquefois plus irritable que le nerf auditif; mais ces exemples sont rares.
Si nous prenons deux têtes d’individus ayant le même tempérament, le même âge, la même santé, tous les organes semblables dans leurs proportions, mais dont l’une soit large et l’autre petite; si les facultés ne sont pas plus énergiquement prononcées dans la première , la phrénologie doit être abandonnée comme n’ayant pas de fondement.
En comparant les cerveaux des animaux inférieurs avec celui de l’homme , le phrénologiste a surtout recours à l’analogie, pour le guider dans ses recherches, et il ne fait pas un argument direct en faveur des fonctions des differentes parties du cerveau , des faits observés chez les animaux inférieurs : la raison en est que ces différents genres d’animaux sont trop dissemblables soua
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le rapport de la constitution et des circonstances extérieures, pour l’autoriser à tirer des résultats positifs de leur comparaison. Beaucoup de philosophes, convaincus que le cerveau est l’organe de l’esprit, et ayant observé que chez l’homme cet organe est plus volumineux que celui de la plupart des animaux domestiques, tels que le cheval, le chien, le bœuf, ont attribué la supériorité intellectuelle de l’homme au volume absolu de son cerveau; mais la phrénologie n’admet point cette conclusion comme conforme aux principes de la science. Le cerveau d’un des animaux inférieurs peut être très-développé , et cependant, s’il est composé de parties appropriées à l’exercice de l’action musculaire , ou à la manifestation des penchants animaux, l’animal pourra être très-inférieur en intelligence ou en sagacité à celui qui a un cerveau plus petit, mais composé de parties destinées à la manifestation de l’intelligence. Les baleines et les éléphants ont un cerveau plus gros que celui de l’homme, et cependant leur intelligence est inférieure à la sienne; mais personne ne prétend que les parties, destinées à la manifestation de l’intelligence sont plus volumineuses, relativement aux circonvolutions destinées à la manifestation des penchants, dans ces animaux que chez l’homme ; l’intelligence supérieure de l’esprit humain n’est donc point une exception aux règles générales de la nature.
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Les cerveaux du singe et du chien sont plus petits que ceux du bœuf, de l’âne et du cochou, et cependant les premiers se rapprochent beaucoup plus de l’homme par leurs facultés intellectuelles. Pour leur appliquer les principes de la phrénologie, il faudrait découvrir, dans chaque espèce , les parties qui manifestent l'intelligence, celles qui appartiennent aux penchants, et comparer ensuite la puissance de manifestation de chaque faculté avec le volume de son organe. Si l’étendue n’était pas une mesure de puissance , la règle dont il s’agit serait défectueuse; mais cela même ne nous autoriserait pas à conclure qu’elle n’est pas applicable à l’homme , car la phrénologie humaine est fondée non sur l’analogie, mais sur des observations positives. Quelques personnes prétendent que les cerveaux des animaux inferieurs offrent les mêmes parties que celui de l’homme , mais seulement sur une échelle plus petite : c’est une grave erreur. Si l’on se procure des cerveaux de mouton , de chien, de renard , de veau, de cheval ou de cochon, et qu’on les compare avec le cerveau humain , on verra manquer plusieurs parties, surtout dans les circonvolutions qui forment les organes des sentiments moraux et des facultés réflectives(l).
(i) Les principes exposés ci-dessus et les observations qu^ vont suivre doivent prouver an lecteur combien sontfondéea^
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L’étendue n’est pas la seule qualité néces^ire pour la manifestation d’une grande puissance intellectuelle ; le cerveau doit aussi avoir un tempérament favorable, une bonne constitution et ce degré d’activité qui est la compagne habituelle de la santé. Le cerveau, comme d’autres parties du corps, peut être affecté de certaines maladies qui ne diminuent ni n’augmentent sa grandeur , mais qui troublent ses fonctions. Dans ces cas, l’étendue peut exister et les manifestations être très-imparfaites; ou bien il peut être attaqué par d’autres maladies, telles que l’inflammation , ou une de ces affections particulières dont la nature est inconnue, mais à laquelle on donne le nom de manie selon la nosologie , et qui exalte considérablement son action. Un cerveau comparati- , veinent petit peut donner lieu à des manifestations énergiques; mais il n’en est pas moins vrai que lorsqu’un cerveau plus gros est excité au môme degré par les mêmes causes , la manifestâ-
tes critiques à la fois naïves et malveillantes de ce médecin, qui a pris à tâche de combattre la phrénologie devant l’Académie de médecine, en faisant dire aux phrénologistes des absurdités qu'ils n’ont jamais dites, supposant l’existence de faits qu’ils n’ont jamais reconnus ni admis , et en leur adressant de ces lourdes injures dont le bon sens du public sait faire heureusement justice. Voyez dans le Journal de la Société phrénologique de Paris, les réponses aux attaques de nos ad versaires. (F*)
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tion croit en énergie à mesure que le volume augmente lui-même. Ces cas ne forment donc point une objection puissante contre la phrénologie. Par un examen préliminaire , le phrénologiste s’assure que le cerveau est dans un état sain ; s’il ne l’est pas , il fait les réserves nécessaires pour tirer ses conclusions.
La nature n’admet point d’exceptions , et un seul exemple de manifestations énergiques , avec un petit organe , sans maladie, renverserait toutes les observations préalables en faveur de cet organe; mais les hommes sont sujets à errer, et quoiqu’un phrénologiste ait appelé petit un organe dont les manifestations sont puissantes, et vice versâ, on ne doit pas se hâter de faire un reproche à la nature de l’exception. Les chimistes manquent quelquefois leurs expériences; les mathématiciens se trompent dans leurs démonstrationset leurs calculs : les phrénologistes peuvent de même commettre des erreurs en observant le développement cérébral. La pierre de touclie, dans ces cas, est de comparer l’organe qui offre une diflérence apparente avec le même organe sur la tête d’une personne dont le tempérament général , l’étendue du cerveau , et le degré d’instruction sont semblables , mais dont les puis.sances de manifestation , relativement à cette faculté particulière, sont diamétralement opposées. — Si un œil ordinaire n’aperçoit pas la différence des organes, l’exception est alors prouvée. J’aî
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va cette, épreuve détruire la conviction d’un homme, lorsqu’il se croyait sûr du triomphe, par suite d’une erreur commise par un observateur.
Si chez deux individus les organes des penchants , des sentiments et de l’intelligence sont également balancés, la conduite générale de l’un peut être vicieuse , et celle de l’autre morale et religieuse. La question n’est pl us ici une question de puissance, mais simplement de direction, parce qu’on peut déployer beaucoup d’énergie dans le vice comme dans la vertu. Dans les cas où il existe un égal développement de tous les organes, la direction dépend des influences extérieures, et alors aucun phrénologiste n’aura la prétention de dire vers quels objets les facultés ont été dirigées, mais il se bornera à observer simplement le volume des organes.
La seconde cause (T activité est une combinaison particulière des organes. Plus un organe est développé , plus il a de tendance à une activité naturelle ; plus il est petit , moins l’activité est prononcée.
Cette loi de notre constitution est d’une haute importance pratique. Si un individu a de grands organes, ceux-ci donnent involontairement naissance à des désirs , à des sentiments ou à des c-onceptions intellectuelles vives. Si ces organes sont abondamment pourvus d’objets sur lesquels ils puissent exercer leur énergie , ils sont une source
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de jouissances, et les fondements de la plus grande utilité pratique. Dans le cas contraire , il en résulte les émotions les plus désagréables. Si l’amour de l’approbation est grand , il excite un ardent désir des applaudissements; mais s’il n’existe point de mérite qui commande l’estime, il ne saurait être satisfait, et un mécontentement pénible en est la conséquence. L’estime de soi , très-développée, porte à prendre des airs de grandeur, à s’exagérer sa propre importance, et lorsqu’on n’y met point de frein , elle expose à de nombreuses mortifications. La combativité et la destructivité très-fortes , n’étant pas combattues , portent l’esprit à chercher des occasions de vengeance, et remplissent d’amertume chaque heure de la vie , à cause des excès continuels de fureixr qu’elles font naître. La longue suite des maladies nerveuses est le résultat de l’inactivité des facultés mentales et des organes qui manquent d’aliments nécessaires. Si le cerveau est très-petit et inactif par sa constitution , il faut tâcher de l’occuper, autrement les organes en repos engendrent les sensations les plus fâcheuses : l’éducation et les lettres , comme moyen d’occuper et de diriger les facultés , sont d’une grande importance ; dans le cas contraire , les plaisirs des sens ou les folies de la vie fashionable viennent procurer une excitation momentanée.
Une certaine combinaison en volume des organes de la combativité, de la destructivité, de
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l 'espérance, de la fermeté, de l’acquisivité et de l’amour de l’approbation, très-développés, est ordinairement accompagnée d’une grande acti- Tité; une autre combinaison de la combativité, de la destructivité, de la fermeté et de l’acquisivité, petites ou modérées, avec les organes de l'espérance, de la vénération et de la bienveillance, très- forts, est fréquemment accompagnée de moins d’activité dans l’esprit.
La troisième cause de l'activité est l’exercice. Supposons que deux individus possèdent des organes et des tempéraments exactement semblables , mais que l’un ait reçu une éducation distinguée, tandis que l’autre a été entièrement abandonné aux impulsions de la nature : le premier manifestera ses facultés avec une énergie plus grande que le second ; aussi a-t-on objecté que le volume n’est point , dans tous les cas, une mesure de puissance.
Ici cependant l’axiome, toutes choses égales d’ailleurs, n’a point lieu. Une condition importante est changée, et tous les phrénologistes admettent les efiets de l’éducation, avant de tirer des conclusions positives. ^ — On peut pousser l’objection plus loin, et prétendre que si l’exercice augmente ainsi l’énergie, il est impossible d’établir la ligne de démarcation entre la puissance dérivée de cette cause et celle qui provient du volume des organes, et que les effets réels du volume ne peuvent^r conséquent être
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déterminées. On peut répondre à cette objection, que l’éducation donne la facilité aux facultés de se manifester avec les plus hauts degrés d’énergie que le volume des organes peut permettre , mais que le volume fixe néanmoins une limite que l’éducation ne peut dépasser. — Dennis reçut sans doute quelques perfectionnements de l’éducation, mais elle ne le rendit point égal à Pope, ni, à bien plus forte raison, à Sbakspeare, et à Milton; c’est pourquoi, si l’on prend deux individus dont les cerveaux soient égaux en tempérament et en santé , mais dont les organes diffèrent en volume , et qu’on leur donne la même éducation, tous les avantages seront pour le cerveau le plus volumineux. Ainsi l’objection se résume à cela , que si l’on compare des cerveaux dans des conditions opposées, on peut être induit en erreur, ce que personne ne conteste; mais ceci n’est point en opposition avec la doctrine que, toutes choses égales d’ailleurs, le volume détermine l’énergie. — En dernier lieu, l’extrême petitesse du volume produit l’incapacité par l’éducation, comme chez les idiots, tandis que son extrême développement, dans l’état sain, joint à un tempérament actif, comme chez Shakspeare, Burns, Mozart, prévient même ses effets; à plus forte raison lorsque les individus reçoivent les bienfaits de l’éducation , doivent-ils être supérieurs aux autres.
En disant alors ^ue, toutes choses égales d’ail-
DE3 ORGARES.
leurs, le volume est une mesure de puissance, les phrénologistes ne demandent point de concessions qu’on ne fasse aux physiologistes en général, parmi lesquels ils se rangent.
La doctrine que le volume est une mesure de puissance, n’implique pas avec elle l’idée que la puissance est la seule ou même la plus précieuse qualitéqu’un espritpuisse posséder danstoutesles circonstances. — Pour tirer l’artillerie sur une montagne , ou un char pesant dans les rues de Londres, on préférerait un éléphant ou un cheval d’une grande puissance musculaire , tandis que pour les mouvements gracieux , l’agilité et la légèreté, on donnera la préférence à un coursier arabe. — De même, pour conduire les hommes dans des entreprises gigantesques et difficiles, pour commander dans des temps dangereux, lorsque la loi est foulée aux pieds, pour rappeler l’énergie d’un peuple et la diriger contre un tyran domestique ouune alliance de tyrans étrangers, pour imprimer le cachet de son génie à une époque, pour donner de la force aux pensées, de la profondeur aux sentiments qui commandèrent l’hommage des hommes célèbres dans tous les âges , enfin pour être un Bruce, un Buonaparte, un Luther; un Démosthène, un Shakspeare, un Milton, un grand cerveau est indispensablement^nécessaire ; mais pour montrer de l’adresse , de l'audace, de la fidélité, dans les diverses professions de la vie civile , pour cultiver
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avec succès les branches moins ardues de la philosophie, pour exceller dans la finesse, le goût et le bonheur des expressions, pour acquérir une érudition étendue et des manières recherchées , un cerveau d’un volume modéré est peutêtre plus convenable qu’un cerveau très-grand : car toutes les fois que l’énergie est intense, il est rare que la délicatesse, le raffinement et le goût existent au même degré. Les individus qui possèdent des cerveaux d’un volume modéré peuvent facilement satisfaire leurs facultés et leurs penchants. Dans les circonstances ordinaires, ils se distinguent; mais ils tombent, quand les difficultés surgissent autour d’eux. Les personnes qui ont de grands cerveaux n’atteignent pas de suite leur place dans l’ordre social; les circonstances ordinaires ne les excitent point, et lorsqu’ils sont inconnus on ne leur confie point de grandes entreprises. Souvent aussi ils languissent et meurent dans l’obscurité; mais lorsqu’ils sont dans leur élément , ils ont le sentiment de leur grandeur, et se livrent avec confiance à l’action de leurs puissantes facultés. Leur énergie intellectuelle se développe en proportion des obstacles qui les environnent, et ils brillent dans tout l’éclat du génie, lorsque de faibles esprits meurent dans le désespoir.
Les hommes obéissent, en général, volontiers à ceux dont la tête est large et convenablement proportionnée, parce qu’ils voient une grandeur
DBS OKGANBS.
naturelle liée à une puissance accidentelle. Si , d’un autre côté , la tête est petite , ou seulement large dans les organes des penchants, l’indWidu est médiocre, malgré son élévation artificielle, et il y a contre lui l’opposition , le mépris ou la haine.
Buonaparte, le capitaine Parry et plusieurs autres sont des exemples de la première organisation, tandis que parmi les puissances actuelles de la terre on trouve de nombreux exemples de la seconde organisation.
Un grand volume général, lié à beaucoup d’activité, constitue les éléments naturels d’un puissant génie.
Un petit nombre d’observations pratiques justifiera les principes que nous venons d’exposer.
Combinaison en volume , ou effets des organes unis dans différentes proportions relatives.
Les fonctions primitives de chaque organe ont été découvertes en observant les cas où il était très-développé ou sans force ; d’autres organes , sous le rapport du volume, peuvent être également étudiés. La découverte faite , il faut prêter l’attention à son application pratique. Chaque homme possède tous les organes, mais ils sont combinés à différents degrés de volume relatif