III. Troisième race, dite des Capétiens
§ \. Branche des Capétiens directs (987-1328).
1° De Hugues Capet aux Croisades.
1 . Combien de branches y a-t-il eu dans la troisième race ? —
2. Quels sont les rois de la branche des Capétiens directs? —
3. Que comprenait, en 987, le domaine de la couronne, et qu’entend-on par les pairs de France? — 4. Que firent les premiers Capétiens pour consolider leur dynastie? — 5. Que fit Hugues Capet et quel fut l’esprit et le caractère de son règne ? — 6. Que sc passa -t-il sous Robert? — 7. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Robert? — 8. Que devint la Bourgogne sous Henri 1 er ? — 9. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de
Henri 1 er ? — 10. Qu’esl-ce que la pais de Dieu et la trêve du
Seigneur? — 11. Que se passa-t-il en France et en Angleterre
sous le règne de Philippe I er ? — 12. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Philippe I er ?
1. — La troisième race a fourni quatre branches : 1“ la branche des Capétiens directs (987-1328) ; 2° et 3° la branche double des Valois (1328-1389); 4° la branche des Bourbons (1589).
2. — Les Capétiens directs sont : Hugues Capet (987), Robert le Pieux (996), Henri I" (1031), Philippe P r (1060), Louis VI le Gros (1108), Louis VII le Jeune. (1157), Philippe II Auguste (1180), Louis VIII { 1^23), Louis IX ou saint Louis (1226), Philippe III le Hardi (1 270) , Philippe IV le üe/ (1 285), Louis X le Ilulin (1314), Jean I"[ 1516), Philippe V le Long (1316) et Charles IV te Bel (1322).
Hugues Capet (987-996).
3- — Par l’avénement de Hugues Capet , le domaine de la couronne comprit le duché de France, l’Orléanais, la Touraine , l’Anjou et quelques places fortes dans d’autres provinces. Le reste appartenait à de grands feudataires qu’on appelait pairs de France : c’étaient les comtes de Vermandois , de Flandre , de Toulouse , et les ducs de Bourgogne, d’Aquitaine ou de Guyenne et de Normandie; six autres pairs étaient ecclésiastiques. Les douze pairs assistaient au sacre des rois.
4. — Au lieu du partage usité dans les deux premières races , le domaine de la couronne passa tout entier au fils aîné ; de plus , les premiers Capétiens firent sacrer leur héritier de leur vivant : cette double disposition consolida leur dynastie.
Q. — Hugues Capet fixa sa résidence à Paris, et y moti- *.rut en 996. L’esprit et le caractère de son règne, c’est que pour s’attacher les grands , auxquels il devait son élévation, il leur laissa à perpétuité les gouvernements et les seigneuries qu’ils avaient usurpés , en sorte que le changement de dynastie, loin d’affaiblir la puissance féodale, ne fit que l’augmenter.
Robert le Pieux (996-1031).
6. — Robert régna saintement : il a été canonisé , quoiqu’il eût été excommunié pour avoir épousé Berthe, sa
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pareille 11 épousa alors Constance, fille du comte de Toulouse.
7. — L’esprit et le caractère du règne de Robert, c’est la piété , la charité et la clémence.
Henri I" (1031-1060).
8- — Henri I ", fils de Berthe , eut à combattre Robert , lils de Constance ; il le vainquit et lui donna le duché de Bourgogne , que ses descendants possédèrent jusqu’en 1361.
9. — L’esprit et le caractère du règne de Henri I er , c’est que, dans un siècle de violences et d’injustices, il ne fut souillé ni par la perfidie ni pur la cruauté.
10. — La France était en proie aux plus affreuses calamités : la Famine et la peste décimaient les habitants : les vassaux se faisaient une guerre continuelle; plus de sécurité ni de commerce; on ne voyait nul remède à tant de maux. Enfin les conciles firent décider que , depuis le mercredi soir de chaque semaine jusqu’au lundi matin , on ne pourrait attaquer sou ennemi , noble , moine , clerc , marchand , artisan ou laboureur : c'est ce qu’on appelle la paix de Dieu ou la trêve du Seigneur.
Philippe 1" (1060-1108).
if. — Deux grands événements signalèrent le règne de Philippe I er : la conquête de l’Angleterre par les Normands et la première croisade. L'an 1066, (.uillaume le Bâtard, duc de Normandie, vainquit à Hastings le Saxon Harold, son compétiteur à la couronne d’Angleterre, se fit couronner à Londres , et devint ainsi plus puissant que le roi de France , son suzerain. De là naquit l’inimitié qui pendant huit siècles a presque toujours mi$ aux prises les deux nations rivales.
12. — L’esprit et le caractère du règne de Philippe I er , c’est qu’il fut sans gloire, mais sans troubles intérieurs , si l’on en excepte l’excommunication que lança contre lui le pape Urbain II, pour avoir répudié Berthe, sa première femme , et épousé Bertrade, femme du comte d’Anjou.
2" De Philippe I er à Philippe III ou temps des Croisades.
I . Quelle fut la cause et l’issue de la première croisade ? —
2. Quelle est l’origine des armoiries? — 3. A quels ordres les
croisades donnèrent-elles naissance? — 4. Quels furent les résultats généraux des croisades? — • 5. Que 'fît Louis VI le Gros ?
DE FRANCE. lit
Sous quel roi furent établies les communes? — 6. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Louis VI le Gros? — 7. Que lit Louis Vil le Jeune, et comment perdit-il la Guyenne, le Poitou, le Limousin, etc.? — 8. Quels nommes illustres parurent sous Louis VII ? — 9. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Louis VII? — 10. Que fit d’abord Philippe II Auguste? — 11. Quels furent les succès de Philippe II Auguste contre les Anglais, les Allemands et les Flamands ? — 12. Quels furent les travaux de Philippe II Auguste? — 13. Sous qui et par qui fut faite la quatrième croisade? — 14. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Philippe II Auguste? — 15. Qu’est-ce que la guerre des albigeois ? — 10. Que fit Louis VIII ? — 17. Quel fut l'esprit et le caractère du règne de Louis VIII ? — 18. Quelle fut la minorité de Louis IX ? — 19. Quelle fut la cause et l’issue de la croisade en Egypte? — 20. Que fit Louis IX à son retour, et comment mourut-il ? — 21. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Louis IX?
f. — Les pèlerinages à Jérusalem s’étaient multipliés, dans ces temps de crimes, comme moyen d’expiation; mais les mahométans, maîtres de la ville sainte, opprimaient les pèlerins. Un gentilhomme picard , Pierre l'Ermite, excila les chrétiens à s’armer contre les infidèles. Le pape Urbain II, dans le concile de Clermont (1095), fit résoudre l’expédition. Dieu le veut! s’écrièrent tous les auditeurs; on adopta pour signe de ralliement une croix rouge sur l’épaule droite: ae là les noms de croisés et de croisades. Six à sept cent mille hommes se croisèrent, mais la plupart périrent en route; vingt-cinq mille seulement parvinrent en Palestine, sous les ordres de Godefroy de Bouillon, et prirent Jérusalem en 1099.
2. — La difficulté de se reconnaître dans l'immense rassemblement des croisés donna naissance aux armoiries. Chaque seigneur mit un emblème sur sa bannière et sur son écu (bouclier), et le blason devint une langue de reconnaissance entre les diverses familles.
3. — Les croisades firent naître trois ordres religieux et militaires, qui avaient pour but la défense des pèlerins, le soin des croisés infirmes, etc. : c’étaient les Hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem, depuis chevaliers de Malte, les Templiers et l’ordre Teutonique.
4. — Les croisades firent périr sans doute beaucoup de monde, mais la société fut débarrassée d’une foule de brigands qui se mêlèrent aux croisés; les seigneurs, pour subvenir aux frais du voyage, vendirent leurs domaines aux roturiers et affranchirent des serfs; l’autorité royale
s’accrut , le goût des beaux-arts se réveilla par la communication de l'Occident avec l’Orient, on retrouva le code romain , et tout prit une nouvelle face.
Louis VI le Gros (1108-1137).
а. — Louis FI le Gros, fils et successeur de Philippe !« r , passa sa vie à batailler (d’où son surnom de Batailleur) contre ses grands vassaux, et surtout contre les rois d’Angleterre. ducs de Normandie. C’est sous lui que furent établies les premières communes, ou réunions de bourgeois, formées pour résister à l'oppression féodale. Les communes pouvaient choisir leur maire et les officiers municipaux ; elles furent les plus zélés soutiens de la couronne.
б. — Le caractère du règne de Louis le Gros, c’est qu’il porta le premier coup à l’oppression féodale par l’affranchissement des communes , l’institution du droit d’appel , dans plusieurs cas, aux juges royaux, et l’établissement de là solde des troupes.
Louis VII le Jeune (1137-1180).
7. — Louis VII le Jeune, fils et successeur de Louis VI, entreprit la deuxième croisade avec l’empereur Conrad ; leur armée n'alla pas plus loin que Damas (1149). A son retour, Louis répudia sa femme Eléonore, à cause de sa mauvaise conduite ; mais il perdit la Guyenne, le Poitou, le Limousin, etc., dot de la princesse, qui les porta à Henri Plantagenet , roi d’Angleterre.
8- — Sous Louis VII, parurent Abailard, moine si célèbre par son éloquence et ses malheurs ; saint Bernard. autre moine, son adversaire, oracle de la chrétienté et prédicateur de la deuxième croisade; Suger, abbé de Saint- Denis, instituteur et ministre de Louis VII, qui, revenu de Palestine, lui décerna le titre de Père de la Patrie pour la sagesse de son administration.
9. — L’esprit et le caractère du règne de Louis VII , c’est qu’à l’exemple de son père il s’efforça d’améliorer l'état politique de la nation en favorisant les communes , et l’état civil , en protégeant les écoles.
Philippe II Auguste (1180-1223).
10- — Philippe II Auguste, fils et successeur de l.ouis VII, entreprit la troisième croisade avec l’empereur Frédéric Barberousse et Richard Cœur de Lion , roi
DE FRANCE. il<J
d’Angleterre (H89). Frédéric périt avec son armée en Cili- « cie; Philippe, après quelques succès, revint en France et laissa l’orgueilleux Richard épuiser inutilement sa valeur en Palestine. Richard mourut en 1199. Son frère Jean Sans- Terre lui succéda.
11. — Philippe Auguste enleva à Jean Sans-Terre, pour cause de félonie, la Normandie, l’Anjou, le Maine, le Poitou, reçut l’hommage du duc de Bretagne, et vainquit à la bataille de Bouvines, près de Lille, une armée d’Allemands et de Flamands double de la sienne ( 1214 ) , tandis que son fils Louis battait les Anglais dans la Touraine.
12 . — Philippe Auguste acheva Notre-Dame, agrandit et fortifia Paris , fit paver de dalles la cité , bâtit des halles et favorisa l’université naissante.
13 . — Sous le règne de Philippe Auguste, la quatrième croisade fut entreprise par Boniface , marquis de Montferrat , Baudoin , comte de Flandre, et Dandolo , doge de Venise; mais, au lieu de Jérusalem, les croisés prirent Constantinople , y fondèrent l'empire Latin , qui dura cinquante-sept ans (1204-1261), et s’en partagèrent les proviuces.
14- — L’esprit et le caractère du règne de Philippe Auguste, c’est d’avoir allié la gloire de la guerre à celle de la paix, et formé la compagnie des serpents d’armes, la première garde royale dont il soit parlé dans notre histoire.
ilî. — Les albigeois étaient des hérétiques manichéens, répandus dans le midi de la France. Innocent III prêcha contre eux une croisade; Simon de Montfort, général des croisés, gagna la bataille de Muret (1213), qui fit perdre à Raymond de Toulouse tous ses Etats. La guerre dura néanmoins jusqu’à saint Louis; mais dès lors l’autorité du roi de France fut reconnue dans le Languedoc.
Louis VIII le Lion (1223-1226).
IG. — Louis VIII le Lion, fils et successeur de Philippe Auguste , après avoir enlevé tout ce qui restait aux Anglais en deçà de la Garonne, prit part à la guerre des albigeois; mais il mourut bientôt d’une maladie contagieuse qui décimait son armée (1226).
-17. — L’esprit et le caractère du règne de Louis III, c’est d’avoir agrandi le territoire royal et favorisé les progrès de la chevalerie.
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Louis IX ou saint Louis (1226-1270). •
Ig. Louis IX ou saint Louis, fils et successeur de
M>uis VIH, étant mineur, Blanche de Castille, sa mère, gouverna l'Etat comme régente , déjoua les complots des grands feudataires, et termina la guerre des albigeois par le mariage de l’héritière de Raymond avec Alphonse, frère de saint Louis (1229).
19 . —Saint Louis, étant tombé dangereusement malade, tit vœu de se croiser s’il guérissait. Il dirigea la croisade contre le sultan d’Egypte, maître de Jérusalem, prit Damiette et marcha contre le Caire ; mais la fougue du comte d’Artois, son frère, lui fit perdre la moitié de ses troupes à la Massoure. Les Sarrasins, maîtres de la campagne, arrêtaient tous les vivres; la peste se joignit à la famine; saint Louis tomba malade et fut pris avec toute sa suite. Sa grandeur d’âme frappa les infidèles, qui lui rendirent la liberté pour la ville de Damiette ; cinq cent mille livres rachetèrent les autres prisonniers (1250).