‹ Nouveau manuel des dermatoses ou, maladies de la peau, classés d'après la méthode de M. le Professeur Alibert, avec la synonymie de Willan. Et la concordance des différentes méthodes employées par nos meilleurs auteurs, suivi d'un formulaire pour la préparation des médicaments. Employés à l'Hôpital Saint-Louis a l'usage des hôpitaux des et des élèves en médecineChapitre 47 sur 79 · MILIAIRE · texte numérisé non relu

MILIAIRE

Elle se montre dans certains cas comme une éruption critique.

La miliaire complique souvent la variole , la rou= geole et la scarlatine , sans paraître exercer la moindreinfluence sur la marche de ces divers exanthèmes.

Plusieurs pathologistes contestent à la miliaire son. caractère contagieux.

La miliaire ne peut être confondue avecaucune des dermatoses qui précèdent.

Son pronostic varie suivant qu’elle est aiguë ou chronique, simple ou compliquée.

Espèces et variétés. — M. le professeur Alibert admet deux espèces de miliaire : 1° la miliaire normale; 2° la miliaire anormale, |

Traitement. — La miliaire idiopathique et non compliquée réclame l’emploi des moyens les plus, simples, comme la diète, le repos, les boissons délayantes , et même alors la médecine expectante est souvent la meilleure, Dans la miliaire chronique, lon; recourra souvent avec avantage ‘aux toniques et aux. sudorifiques , si toutefois l’on tient compte de l’état, général de la constitution. La miliaire périodique devra être combattue par le sulfate de quinine. |

L’on conseillera l’emploi de tous les excitants externes lorsqu'il s’agira de prévenir les rétrocessions sil souvent funestes de cet exanthème. La miliaire symp-| tomatique mérite rarement l'attention du praticien.

DERMATOSES TEIGNEUSES. 105

TROISIÈME GROUPE

DERMATOSES TEIGNEUSES.

Les affections qui constituent le groupe des dermaoses teigneuses offrent pour principaux caractères : ° d’appartenir à l’enfance et à la première jeunesse ; » de se montrer dans la plupart des cas comme des naladies véritablement dépuratoires , ou comme les ets critiques des efforts salutaires de la nature. Les teignes, malgré ces points d’analogie avec les lermatoses du groupe précédent , s’en distinguent épendant par la constance du siége de leur dévelopjément, par leur longue durée, ‘par la résistance welles opposent si souvent aux diflérents moyens hérapeutiques. (

Les teignes, presque toujours observées à la face et ü cuir chevelu, tourmentent pendant plusieurs mois \bquelquefois même pendant plusieurs années les su- Jets qui en sont atteints.

Un des caractères les plus remarquables de ces af-

106 DERMATOSES TEIGNEUSES.

fections souvent si opiniâtres, est de disparaître ordinairement par les seuls efforts dela nature à l’époque de la puberté.

Les dermatoses teigneuses présentent en outre un certain nombre de caractères communs qui justifient leur rapprochement : ainsi, chacune d’elles est accompagnée d’une inflammation plus ou moins vive des parties qu’elles occupent ; la douleur qu’elles font éprouver au malade ne diffère généralement que par son degré d’intensité. Les produits morbides de ces différentes affections exhalent tous une odeur plus ou moins forte et désagréable ; enfin, toutes les teignes portent le trouble dans les mêmesfonctions cutanées: la sécrétion.

Leurs produits morbides sont le plus ordinaire ment des croûtes plus ou moins épaisses, diversement colorées, de forme et d’étendue variables, toujours dues à l’excrétion abondante ou de fluides visqueux dans la composition chimique desquels prédomine tantôt l’albumine , tantôt la gélatine, ou bien encore d’humeurs sébaciformes.

Bien que l’observation nous porte à regarder les teignes comme liées dans la plupart des cas à un état tout particulier de l’économie, nous devons noter ces pendant que leur apparition et leur développement ; loin d’être accompagnés de symptômes généraux plus ou moins graves, sont, au contraire, le plus souvent

DERMATOSES TEIGNEUSES. * 407 suivis d’un sentiment de bien-être et de l’exercice facile et régulier des plus importantes fonctions.

L’on ne connaît pas encore d’une manière positive le siége anatomique de chaque dermatose teigneuse : lon sait cependant qu’elles occupent tantôt le corps muqueux, tantôt le système capillaire, tantôt les bulles pilifères, tantôt les follicules sébacés.

Enfin, les maladies qui constituent le groupe des dermatoses teigneuses méritent encore toute l’attention du médecin par la longueur et la difficulté de leur traitement, par le dégoût et l’aversion qu’inspirent si généralement ceux qui en sont affectés, par la nécessité de s’opposer aux ravages profonds et étendus que causent sisouvent cesredoutables affections, quand on les abandonne à elles-mêmes.

| Ce groupe renferme lesgenres : 1° Achore; 2° Porrigine; 3° Favus; 4° Trichoma.

108 ACHORE. …

PREMIER GENRE

ACHORE (ÂAlibert); Pithyriasis capitis, Porrigo Larvalis (Willan). Aywp (1).

Affection non contagieuse et principalement carac- | térisée par le développement de pustules petites et blanchâtres, dont le nombre et la disposition sont, extrêmement variables; ayant le plus souvent leur | siége à la face et au cuir chevelu, et fournissant abon: ! damment une humeur visqueuse, qui forme, en se desséchant, des croûtes minces, lamelleuses, cendrées, | jaunes ou brunâtres. L

Causes. —L’achore se montre principalement dans. les premiers temps de la vie, à l’époque de la première |

(4) Aywp, ulcére de la tête, qui flue par les pores de la peau | Le mot achores a été consacré depuis Hippocrate ; jusqu ’à nous pour désigner une dermatose dont le cuir chevelu et la face sont le siége le plus ordinaire. 2

Mais il règne dans les anciens une grande obscurité sur l'espèce de dermatose qu’ils ont voulu désigner sous ce nom C’est M. le professeur Alibert qui, par ses belles recherches sur les teignes , a de nos jours parfaitement éclairei ce poi de dermatologie , et réservé le mot achores pour les aflec: tions réunies sous le.genre qui nous occupe. :

L ACHORE, 109 ft.de la seconde dentition, chez les enfants doués Œune constitution molle et lymphatique, ou pourvus de trop. d’embonpoint ; le printemps, l’automne, les | hivers froids et humides, paraissent favoriser son dé- | veloppement.

L'on attribue généralement cette dermatose à une nourriture malsaine ou trop abondante, à l'abus des sucreries , aux mauvaises qualités du lait de la nourrice, à la malpropreté , au défaut d’air et d'exercice, quelquefois, enfin, à une disposition héréditaire, Sÿmptômes et marche. — L’achore survient le plus ordinairement sans aucun prodrôme, sous la forme | de petites pustules blanches ou jaunâtres , dépassant | à peine le niveau des téguments, disposées en groupes lirréguliers ,-et répandues sur le front, les joues, les | tempes et le cuir chevelu. La peau qui les supporte

| Il . . F Fr

ne tarde pas à offrir une teinte érythémateuse plus ou de: LA , 7

Moins prononcée. Ces pustules, constamment accom- | pagnées d’une très-vive démangeaison , se rompent Lau bout de quelques jours, soit d’elles-mêmes, soit “qu'elles se trouvent déchirées parles ongles du .ma- Made, et laissent écouler, avec plus ou. moins d’abondance, un liquide visqueux, blanc ou jaunâtre , qui

verdâtres, généralement minces et molles à la pression. I" L'éruption est tantôt bornée à Ja face ou au cuir | Chevelu , tantôt envahit à la fois l’une et l’autre de ces | 0 FE 10

410 ACHORE.

régions ; tantôt, enfin, se propage jusqu'aux or eilles, à la nuque, aux épaules, sur le tronc.

L’inflammation achoreuse , abandonnée à ellemême , continue de se manifester par le développement de nouvelles pustules, qui se rompent à leur tour et laissent épancher, comme les premières, le fluide visqueux qu’elles renferment. La concrétion de cette humeur donne lieu à la formation de nouvelles croûtes, lesquelles peuvent se multiplier au point d’envelopper, pour ainsi dire, la face sous une espèce de masque (Porrigo larvalis de Willan), ou de cacher tout le cuir chevelu sous une calotte épaisse, molle et jaunâtre. |

Sous ces croûtes s’amasse une nouvelle quantité de liquide, d’où résulte une distension douloureuse qui: augmente jusqu’à ce qu’une issue lui ait été donnée. Dans l'intervalle des croûtes, la peau peut offrir, suivant que l’éruption s’observe à la face ou au cuir chevelu , tantôt des gerçures , des excoriations ou des ulcérations; tantôt des bosselures, des inégalités, de petits abcès. Les cheveux sont ordinairement collés en masse ou par couches.

A la chute naturelle ou provoquée des croûtes de l’achore, la peau qu’elles laissent à découvert devient souvent le siége d’une exsudation albumineuse* plus ou moins abondante et exhalant l'odeur du lait

aigri,

ACHORE. ait

L’inflammation qui accompagne constamment cette érmatose peut atteindre les couches profondes du erme, s'étendre jusqu'aux bulbes des cheveux et rovoquer leur chute; mais dans ce cas l’alopécie St toujours partielle.

L'achore abandonné à lui-même affecte le plus ouvent une marche chronique ; mais sa longue durée ent beaucoup moins à la persistance de ses divers roduits morbides qu’à leurs chutes et à leurs reproluctions successives.

Aux phénomènes propres à l’éruption peuvent ncore se joindre des douleurs nocturnes, des abcès, engorgement des glandes lymphatiques voisines, le onflement de l'oreille externe et des paupières, la liminution de l’embonpoint et des forces , la sus- Jension de l’accroissement.

* L'achore n'existe pas toujours avec les caractères ranchés que nous venons d'exposer : cette dermatose st quelquefois seulement caractérisée par de petites cailles irrégulières, généralement imbriquées, hunides et acculées les unes aux autres (croûtes de lait les auteurs) ; ces écailles tombent et se reproduisent Vec la plus grande facilité ; la peau qui les supporte Xhale également une humeur visqueuse ayant l'odeur lu lait aigri. | La terminaison de l’achore s'annonce par une Xhalation cutanée moins abondante , par la formation

112 ACHORE.

d’un épiderme mince et érythémateux à la place des croûtes caractéristiques de l’éruption : ce nouvel épiderme devient bientôt le siége d’une desquamation furfuracée.

L’achore peut être suivi d’une alopécie plus où moins étendue , mais, du reste , ne laisse jamais après lui de cicatrices sensibles. :

L’achore ne peut être confondu avec aucune des affections qui précèdent.

Son pronostic offre généralement peu de gravité : on peut même, dans certains cas où cette affection coïncide avec une diminution de quelque inflammation intérieure, regarder son développement comme un phénomène plus ou moins favorable.

Espèces. — M. le professeur Alibert admet deux espèces d’achore : 1° l’achore muqueux ; 2° l’achore lactumineux (1).

Traitement. — Suivant que l’achore s’accompagne d’excès d’irritation ou d’atonie, l’on conseillera les boissons rafraîchissantes, les sangsues, les appli-

(1) Le genre Achore de M. Alibert paraît composé de deux espèces de maladies cutanées que l’on retrouve chez les au: teurs anglais dans deux ordres différents, savoir : le porriga larvalis, que M. Gibert regarde comme une variété de l’impe: tigo (ordre des pustules); et le pityriasis capitis (ordre des squammes). |

PORRIGINE. 413

cations émollientes, huileuses, narcotiques , les bains et les ablutions tièdes et mucilagineuses ;

Ou bien la décoction des plantes amères, l’apphication de feuilles de poirée ou de laïtue, les lotions sulfureuses , les émétiques par doses fractionnées, les laxatifs, les exutoires. On entretiendra la plus grande propreté ; on évitera avec soin les répercussifs, et lon opposera à chaque complication les moyens appropriés.

DEUXIÈME GENRE

PORRIGINE (Alibert) ; Porrigo (4). Porrigo (Willan).

Dermatose non contagieuse, propre à l’enfance et à l’âge adulte, ayant exclusivement son siége au cuir chevelu , et caractérisée, tantôt par une simple desquamation ou furfuration épidermatique , tantôt par la présence de croûtes de forme et de grandeur variables : ces croûtes paraissent constamment dues à la concrétion d’une humeur visqueuse et odorante que fournissent de petites pustules blanches ou jaunâtres qui les ont précédées.

(4) Porrigo, «crasse, ordure qui tombe dela tête» ; le nom de Porrigo est donné par les anciens à une affection du cuir chevelu caractérisée par une desquamation furfuracée plus “ow moins abondante, et que les Grecs paraissent avoir désignée sous le nom de reruprusts.

11% PORRIGINE.

Causes. — La porrigine se montre généralement comme un acte critique de l’organisme, comme un phénomène de dépuration : cette affection est souvent liée à une diathèse scrofuleuse ou lymphatique.

On lattribue le plus ordinairement à la respiration habituelle d’un air insalubre , à la misère, à la malpropreté, à l’usage d’aliments grossiers et indigestes.

Sympiômes et marche. — La porrigine , quelque-: fois précédée des symptômes de l’eczémation , est le plus ordinairement simplement annoncée par une démangeaison plus ou moins vive dans la partie qui va. devenir le siége de l’éruption.

À ces premiers phénomènes se joint, au bout de quelques jours, une légère desquamation de l’épiderme, avec suintement d’une matière ichoreuse qui, en se desséchant, forme des écailles adhérentes, blanches ou roussâtres, généralement imbriquées et réunies autour de la racine des cheveux ; tantôt ces produits morbides se détachent assez promptement sous forme de poussière farineuse; tantôt on les voit persister plus ou moins long-temps, tenir les cheveux agglutinés, et former.sur la tête un couvercle qui se laisse facilement déprimer (porrigine furfuracée).

Dans d’autres cas, l’exsudation visqueuse du cuir chevelu fournit par sa concrétion des écailles trèsminces , de couleur argentine et nacrée; ces écailles entourent les cheveux, les suivent dans tout leur

PORRIGINE. 115 rajet, et, par leur aspect soyeux et chatoyant , resemblent beaucoup à l’amiante (porrigine amyantaée) ; les cheveux ne sont plus alors cachés sous une alotte unique, mais disposés par paquets distincts et ylindriques : ce qui donne à la tête des malades un ispect tout particulier. |

L’humeur visqueuse de la porrigne peut encore tre fournie par de petites pustules jaunâtres, irréulièrement disséminées sur les parties postérieures t supérieures de la tête, et peu profondément enchàsées dans l'épaisseur du derme. Les croûtes auxquelles a dessiccation donne lieu sont alors petites, brunes u grises, et ressemblent à des fragments de mortier ju de plâtre tombés des murs et salis par la poussière * l'humidité : elles sont dures et exhalent, comme les précédentes, mais d’une manière beaucoup plus prononcée, une odeur nauséabonde et que l’on a comparée à celle du beurre rance.

Enfin, la porrigine se montre dans quelques cas particuliers avec des caractères remarquables qu’il importe de signaler : bornée à une étendue peu considérable du cuir chevelu, elle affecte une forme tout- \-fait circulaire ; la partie malade, d’abord plus ou moins enflammée, devient le siége d’une‘exsudation peu abondante à laquelle succède bientôt la furfuration de l’épiderme : la peau devient alors d’une sécheresse extrême, prend une teinte légèrement vio-

£16 PORRIGINE.

lacée, et se couvre d’un grand nombre d’aspérités plus! sensibles au toucher qu’à la vue; les cheveux se, cassent à une ou deux lignes au-dessus de l’é épiderme, | et laissent constamment, par leur chute, une calvitie partielle et circulaire (porrigo decalvans, Willan).

L’éruption porrigineuse peut n’occuper qu’une! partie du cuir chevelu , ou envahir toute son étendue ; | les phénomènes locaux qui l’accompagnent sont :! une démangeaison presque toujours très-vive, et une: inflammation tantôt superficielle, tantôt pénétrant jusqu’aux couches profondes du derme.

Outre les produits morbides que nous avons indiqués, la peau peut offrir des gerçures et des ulcéra-| tions de forme et d’étendue variables.

La porrigine peut être simple ou se compliquer d’un mouvement fébrile plus ou moins prononcé, de! l’engorgement des ganglions lymphatiques voisins, d’une affection thoracique ou abdominale : une grande: quantité de pous peuvent aussi se joindre aux croûtes, de la porrigine et augmenter la démangeaison déjà si si pénible. |

La durée de la porrigine est extrêmement HS cette dermatose peut disparaître au bout de quelques mois, comme aussi se prolonger pendant plusieurs années. |

Lorsque cette affection est pour se terminer, les croûtes tombent et ne se renouvellent plus; l’on voit:

PORRIGINE, 117 également cesser l’exsudation du cuir chevelu ou la reproduction des pustules ; l’épiderme reprend ses caractères normaux; mais il reste parfois, surtout après une porrigine de longue durée, une alopécie plus ou moins étendue.

… Ce genre se distingue du précédent par des pustules en général plus volumineuses , par des exhalations albumineuses toujours moins abondantes, par la sécheresse et la configuration différente de ses croûtes.

La longue durée de la porrigine et sa ténacité en font une affection grave et qui réclame les soins les plus assidus.

Espèces. — M. le professeur Alibert admet quatre espèces de porrigine : 1° la porrigine furfuracée; 9° la porrigine amyantacée ; 3° la porrigine granulée ; 4e la porrigine tonsurante (1).

Traitement. — Suivant que la porrigine est avec

ou sans inflammation, simple ou compliquée, l’on à recours aux topiques émollients, huileux ou mucila-

(4) Willan admet six espèces de porrigo , savoir: le porrigo larvalis, le porrigo furfurans, le porrigo lupinosa, le por- rigo scutulata, le porrigo decalvans et le porrigo favosa.

On voit que les espèces qui constituent le genre Porrigo des auteurs anglais sont loin de répondre à celles admises par Pillustre dermatologiste français. La première , le porrigo Jarvalis, figure dans les achores ; les troisième et quatrième

| constituent le genre suivant, etc.

118 FAVUS.

gineux , aux boissons délayantes ou légèrement sudé-

rifiques; ou bien aux amers, aux antiscorbutiques ,* aux préparations sulfureuses, antimoniales, mercu-1|

rielles, aux carbonates de potasse ou de soude, aux

laxatifs doux , aux exutoires. L’on recommandera un!

- régime plus ou moins sévère, une extrême propreté

et l’observation scrupuleuse de toutes les lois de” l'hygiène. Nous devons à MM. Mahon de ne plus. employer le moyen barbare, quoique souvent efficace,

de la calotie; du reste, on opposera à chaque complication les moyens appropriés.

TROISIÈME GENRE

FAVUS. Favus (1).

Affection chronique, eyant le plus ordinairement son siége au cuir chevelu, mais pouvant se manifester sur d’autres parties-du corps, et principalement caractérisée par le développement d’incrustrations petites, jaunâtres , arrondies, très-adhérentes et déprimées en godet; ces incrustations sont en nombre

(4) Le nom de Favus, sous lequel on désigne la dermatose qui nous occupe , lui a été donné à cause de l’analogie qui

existe entre la forme de son produit morbide et celle des al-

véoles où les abeilles déposent leur miel : le mot Favus répond au Kapuy des Grecs.

FAVUS. 119 variable, discrètes ou confluentes, et l'affection qu’elles caractérisent est constamment suivie de désordres locaux plus ou moins graves.

Causes, — Le favus, plus commun dans la jeunesse et l’âge adulte que dans les premiers temps de la vie, s’observe quelquefois même chez les vieillards.

L’on attribue généralement cette redoutable affection à toutes les causes capables d’altérer les fonctions cutanées : comme l'habitation d’un pays malsain et marécageux , le séjour habituel dans des lieux encombrés et ne renfermant qu’un air méphytique, une mauvaise alimentation , toutes les privations de la misère , une grande malpropreté, enfin, une disposition héréditaire.

| Symptômes et marche. — Le favus se manifeste le plus souvent sans aucun symptôme précurseur, par Le développement successif de petites incrustations jaunâtres dépassant à peine le niveau des téguments, et offrant généralement à leur centre une dépression en godet : ces incrustations font des progrès plus ou moins rapides et peuvent acquérir un diamètre de cinq ou six lignes ; bien que le cuir chevelu soit leur siége le plus ordinaire , on peut cependant les observer sur les tempes, le front, les sourcils, et, plus rarement , sur les épaules, le dos , les coudes et les avantbras ; elles peuvent être peu nombreuses et discrètes, ou en nombre considérable et plus ou moins con-

120 FAVUS.

fluentes : cette disposition est même la plus commune; elles forment alors, par leur réunion, de larges incru= stations, et quelquefois une vaste calotte croûteuse qui couvre toute la tête, et par ses nombreuses alvéoles ressemble, jusqu’à un certain point, à l’intérieur d’une ruche à miel.

Les incrustations du favus n’affectent pas toujours la disposition que nous venons d’exposer : elles for: ment dans certains cas des anneaux plus ou moins réguliers dont le diamètre peut acquérir d’un pouce à un pouce et demi, et dont le centre est ordinaire= ment traversé par un poil ; du reste, ces anneaux sont en nombre variable, peuvent se montrer isolés, se toucher par leurs bords, et parfois se confondre au point de ne plus former que des plaques croûteuses dans lesquelles il est souvent difficile de reconnaître la disposition annulaire.

“Les anneaux du favus, ou les groupes irréguliers qui résultent de leur entrelacement, présentent ra= rement la dépression en godet que nous avons déjà signalée : ce phénomène nous paraît dépendre du rapprochement trop intime des incrustations primi= tives, qui peuvent ainsi se comprimer et se déformer mutuellement. | Hier

Les croûtes-du favus sont d’abord jaunes et deviennent ensuite blanches ; leur portion superficielle se détache d’elle-même sous forme d’écaille , tandis que

FAVUS+ 121 leur portion profonde adhère fortement au cuir chevelu, et ne peut. en être séparée sans faire couler le sang avec plus ou moins d’abondance.

Des crevasses profondes se forment quelquefois-au milieu de ces croûtes et laissent suinter un liquide purulent; elles exhalentune odeur de souris ou d’urine de chat toujours très-prononcée, et causent une extrême démangeaison, souvent augmentée encore par la production d’un grand nombre de pous.

Le favus est toujours accompagné d’une inflammation plus ou moins vive du cuir chevelu; celle-ci peut être superficielle ou pénétrer jusqu’aux couches profondes du derme; simplé ou se compliquer de gerçures et d’ulcérations de profondeur et d’étendue variables : les parties du cuir chevelu nouvellement débarrassées des incrustations faveuses présentent , avec l’inflammation commune , une disposition mamelonnée tout-à-fait remarquable. |

L’éruption faveuse détermine rarement un trouble général de l’économie; ses complications les plus ordinaires sont l’engorgéement des ganglions lymphatiques voisins, l’inflammation des cystes pilifères, l’altération ou même la destruction d’une partie des téguments , la formation d’abcès sous-cutanés , enfin l'inflammation du périoste et des os du crâne : le favus peut en outre coïncider avec Paltération d’un

organe interne plus ou moins important. Une alopécie

192 FAVUS.

parfois générale et toujours étendue est la suite pres: que inévitable du favus. Cette redoutable affection | porte souvent aussi sa funeste influence sur lesfacultés | physiques etmorales des individus qui en sont atteints. depuis long-temps.

La sécrétion faveuse s'effectue le plus ordinaire= ment dansles follicules sébacés. Cette affection, aban= donnée à elle-même , peut persister pendant plusieurs années ; il arrive cependant quelquefois de la voir gué= rir beaucoup plus tôt par les seuls efforts dela nature.

Le favus ne peut être confondu avec aucune des! dermatoses qui précèdent lorsque ses incrustations conservent la dépressioñ en godet que nous avons si= onalée : il se distinguera toujours de la porrigine gra nulée par la disposition annulaire de ses groupes et. par leur mode d’extension.

Le favus est toujours une affection grave à Cause de sa longue durée. Le pronostic de cette dermatose. devient plus sérieux encore si elle existe chez un sujet d’une constitution réfractaire , ou si elle se trouve liée à la lésion d’organes importants.

Espèces. —M. le professeur Alibert admet deux espèces de favus : 1° Le favus commun ou alvéolaire; 2° le favüs scutiforme ou annulaire (1).

pe (4) Aux deux espèces du genre Favus répondent le por rigo scutulata, est le porrigo lupinosa des auteurs anglais, ”

FAVUS. 123 Traitement. — Suivant que le favus est récent ou invétéré , l’on se contentera d’un bon régime, de boissons rafraîchissantes, de bains prolongés, tantôt amylacés ou gélatineux, tantôt sulfureux ou alcalins , de l’usage intérieur des crucifères et des eaux de Barèges. | Ou bien , après avoir fait tomber les croûtes à l’aide de cataplasmes émollients , on aura recours aux pommades de soude ou de carbonate de chaux, aux poudres de manganèse, de charbon de terre, de cinabre, incorporées dans de l’axonge ; aux iodures de soufre et de plomb, aux pommadesde goudron et de fleurs de zinc , rarement aux opiacés.

. L’on pourra joindre à ces différentes préparations les cautères et les exutoires. L’on devra conseiller Pisolement des malades, malgré quele caractère contagieux du favus né soit pas évidemment établi; enfin, chaque complication sera combattue Lt les moyens appropriés.

4124 TRICHOMA.

QUATRIÈME GENRE

TRICHOMA (Alibert) ; Taxopa (1). Plique des auteurs.

Dermatose endémique, ayant le plus ordinaire ment son siége au cuir chevelu, et principalement

caractérisée par l’exsudation plus ou moins abon-

dante d’une matière visqueuse et gluante. Cet écoule=,

ment morbide est constamment accompagné d’un

feutrage inextricable des cheveux ou des poils, auquel, se joint souvent une altération évidente dans la tex-,

ture de ces organes. % Causes, — Une constitution éminemment lympha= tique, l’existence antérieure de la syphilis, de la scro-

fule ou du scorbut, paraissent favoriser le dévelop-.

pement du trichoma.

L'on attribue généralement cette affection à l’ha= bitation des lieux bas et humides, à l’usage d'eaux.

croupies et malsaines , à une mauvaise alimentation,

à l’abus des alcooliques’, à l’habitude de se tenir la. tête enveloppée de bonnets de peaux ou de laine , et. par-dessus tout à l’oubli des lois de l’hygiène et à la.

malpropreté.

(4) Trou signifie simplement cheveux , chevelure, et désigne ici l'affection vulgairement connue sous le nom de Plique (de æzxav, mêler, entortiller).

TRICHOMA. 4195 Symptômes et marche. — Le trichoma, souvent pré- | cédé d’un malaise général et d’un mouvement fébrile plus ou moins*prononcé, s’annonce le plus ordinairement par de l’enchifrènement , une violente céphalalgie, et surtout par un sentiment de refroidissement du cuir chevelu. À ces phénomènes se joint ‘bientôt un écoulement plus ou moins abondant d’une humeur viqueuse et gluante, d’une odeur de rance des plus désagréables, et quelquefois tout-à-fait san- guinolente. Cet écoulement est presque toujours suivi de la chute du mouvement fébrile et-de la disparition de tous les symptômes généraux.

Les cheveux ne tardent pas à subir eux-mêmes l'influence du virus trichomatique : leurs bulbes s’enflamment ; leur vitalité, si obscure dans l’état normal, se manifeste souvent alors par une sensibilité des plus vives; ils se cassent avec la plus grande facilité, leur accroissement devient plus rapide, et le fluide visqueux qui les baigne continuellement les tient agelutinés et leur imprime les dispositions Jes plus bizarres : ils présentent tantôt des mèches séparées plus ou moins longues et flexueuses (plique multiforme ou caput Medusæ des auteurs); ces mèches sont presque droites (plique en lanières), ou très-contournées (plique en | vrille); tantôtelles sont réunies en une seule masse "( plique solitaire ou à queue) ; et, selon que cette masse a la forme d’un

126 TRICHOMA.

fuseau , d’une faux ou d’une massue , la plique est dite fusiforme, falciforme, en massue ; enfin, les auteurs admettent encore une plique latérale simple où double.

Le trichoma ne se montre pas uniquement au cuir chevelu : on l’observe encore sur les parties naturellement garnies de poils, comme au menton, à la réoion sternale , aux aisselles , au pubis ; il étend même quelquefois sa funeste influence jusque sur les ongles, dont il détermine le ramollissement et la déformation.

Letrichoma constitue, dans la plupart des cas, une

affection purement locale. Les parties affectées sont

constamment le siége d’une démangeaison très-vive qui rend plus insupportable encore le développement simultané d’un grand nombre de pous. .,

Les symptômes généraux attribués à l’inflammation trichomateuse paraissent le plus souvent dus à la coexistence d’une affection organique plus ou moins rave.

Letrichoma, commun surtout en Pologne et dans les pays où règnent la misère et la malpropreté, attaque cependant quelquefois des personnes riches et qui prennent de leur corps un soin tout particulier.

Cette affection dégoûtante, abandonnée à elle--

À À ; Q 50e , es | même, paraît avoir une duréeinfinie ; sa guérison es |

toujours due au secours de l’art.

TRICHOMA. 127 - M. le professeur Alibert place le siége anatomique du trichoma dans les bulbes pilifères.

| Cette dermatose ne peut être confondue avec aucune de celles qui précèdent.

Un examen attentif fera toujours distinguer l’entrelacement des cheveux qui lui est propre de celui que l’on peut observer dans la convalescence des affections graves, ou chez les sujets qui négligent l’usage du peigne.

Espèces. —M. le professeur Alibert n’admet que deux espèces : 1° le vrai trichoma ; 2° lefaux trichoma.

Traitement. — L'on conseille la section des cheveux , la propreté, les bains de vapeur , des frictions sèches ou des onctions avec des pommades mercurielles et de fleur de zinc, l’application d’un exutoire. L’on secondéra l’effet de ces moyens locaux par un Vêtement convenable, un bon régime alimentaire et l'observation des autres préceptes de l’hygiène.

L’on devra, du reste, combattre chaque me tion par les moyens appropriés.

126 DERMATOSES DARTREUSES.

QUATRIÈME GROUPE

DERMATOSES DARTREUSES.

Le groupe des dermatoses dartreuses ne se distin= gue pas seulement par l’analogie frappante qui existe entre les différentes affections qui le constituent, mais encore par l'importance, par le grand nombre ;: par la longue durée, par le caractère si souvent rebelle. de ces mêmes affections. |

Ce groupe ne nous présente plus, comme le pré-. cédent, des maladies propres à l’enfance , résultats fréquents de laberration des sucs nutritifs, et que dans beaucoup de cas l’on peut regarder comme des dépurations salutaires. |

Les dartres attaquent l’homme à toutes les épo=| ques de son existence, et sont constamment dues, lors-! qu’elles ne tiennent pas à une disposition héréditaire, | à l'oubli des lois de l'hygiène et à tous les écarts da la civilisation.

Les dartres ne sont pas, comme les teignes, bornées presque exclusivement à la classe indigente :| elles se montrent aussi souvent peut-être dans les conditions aisées de la société.

DERMATOSES DARTREUSES, 129

Les dartres , comme l’indique le nom lui-même

sous lequel on les désigne, sont des maladies qui rampent à la superficie du derme, pouvant n’occuper qu’une région peu étendue, ou bien envahir successivement toute la surface des téguments ; souvent, aussi, on les voit disparaître et se reproduire alterhativement sur un grand nombre de points.

» L'apparition des dartres provoque rarement un trouble général de l’économie, et les phénomènes nerveux qui leur sont propres ont presque toujours le même siége que la maladie elle-même.

Les affections qui constituent ce groupe résument à elles seules tous les genres de sensations que l’inflammation est susceptible de déterminer.

Les produits morbides de l’inflammation dartreuse sont, dans l’ordre de leur importance : les pustules, les vésicules, les furfures, les squammes, les tubercules, les gercures et les ulcérations.

L’inflammation dartreuse paraît avoir le plus ordinairement son siége dans le tissu réticulaire du derme : presque toujours bornée au tissu tégumentaire , elle paraït dans certains cas s’étendre jusqu’au système muqueux.

Lorsque le derme reste long-temps soumis à l’influence de l’inflammation dartreuse , il finit souvent par éprouver dans son organisation des altérations plus ou moins profondes.

130 HÉRPES.

Les dermatoses dartreuses ont presque toujours une longue durée, sont sujettes à de fréquentes et subites exacerbations, manifestent une extrême ten= dance à se reproduire , tourmentent souvent pendant la vie entière ceux qui en sont atteints, et peuvent enfin se transmettre par hérédité.

Mais nous devons ajouter, pour terminer ce tableau analytique, que +si les dartres résistent souvent à toutes les ressources de la thérapeutique, ces affec= tions ne compromettéent presque jamais l'existence.

PREMIER GENRE

HERPES (Alibert). eerns (1). Psoriasis, Pityriasis, Exbsua, Lepra vulgaris des Anglais.

L’herpes, ou dartre, est une affection éminemment chronique , souvent compatible avec l'exercice régulier des principales fonctions de l’économie , et principalement caractérisée par des furfurations et des

(4) Le mot Eprns. de epretv, ramper, convient parfaitement pour exprimer le phénomène de reptation offert dans leur marche par toutes les affections qu’il désigne ; les Grecs et les Romains attachaient au mot eprns le même sens que M. le professeur Alibert : c’est donc à tort qu’un auteur anglais a voulu changer son acception en l’appliquant à plusieurs maladies du genre Olophlyctis (7. OLoPHLYCTIS).

HERPES. os 131 desquamations épidermatiques : celles-ci peuvent être accompagnées d’une exhalation roriforme plus ou moins abondante, et s’effectuent tantôt sur toute la périphérie du derme, tantôt sur des surfaces limitées, et qui offrent une configuration plus ou moins régulière,

Causes. — L’herpes s’observe particulièrement dans la jeunesse, chez les personnes du sexe féminin, sur les sujets doués d’une peau fine et délicate , sur ceux qui ont éprouvé antérieurement des affections éxanthémateuses.

L'on attribue généralement cette dermatose aux écarts de régime et surtout à abus des alcooliques, à l’action dirécte des corps irritants , à l’exercice de certaines professions, à l’action prolongée d’une vive Chaleur , à la malpropreté, à une vie retirée et sédentaire, à la suppression d’une évacuation habituelle, aux émotions vives de l’âme, à l’hérédité, et souvent, enfin, à un-état particulier et inconnu de l’économie.

Symptômes ct marche. — La dartre se manifeste avec un certain nombre de caractères qu’il importe d'examiner séparément : c’est ainsi qu’elle peut être simplement caractérisée par un état de sécheresse et de rugosité dans les partiès qu’elle occupe. A ces phénomènes que précède parfois une eczémation , le plus souvent légère et superficielle, se joint bientôt

132 HERPES. | la formation de petites squammules blanchâtres, qui : se détachent avec une extrême facilité sous la forme | de molécules pulvérulentes analogues à celles dela fa= rine (pityriasis de quelques auteurs) : cette furfuration est générale ou bornée à certaines régions, et prend dans quelques cas les caractères d’une vérita= ble desquamation foliacée et lamelleuse ; les parties, affectées peuvent offrir une coloration d’un brun jaunâtre, et sont ordinairement le siége d’une démangeaison plus ou moins vive. |

La dartre peut aussi se développer sous la forme depetits points rouges ou rosés, au centre desquels on | aperçoit, dès le principe, une légèreécaille : ces points: peuvent se montrer sur toutes les parties du corps, | mais on les observe le plus souvent dans les régions | où la peau est d’une texture dense et serrée, doublée | de tissu aponévrotique, comme à la partie externe et, postérieure des membres, aux coudes, aux genoux, au dos , au cuir chevelu, etc. ; enfin, l’éruption peut | envabir toute la surface des téguments, ou se borner à , certaines régions. “a |

Les produits éléinentaires de la dermatose qui nous ! occupe peuvent rester long-temps isolés et, pour ainsi dire, à l’état natif ( psoriasis guttata, Bot. ); mais ils forment le plus souvent, en se développant, , des plaques rosées et légèrement proéminentes, re- | couvertes de squammes minces, nacrées, chatoyan-

à HERPES. 133 tes et d’un blanc argentin, tantôt arrondies et disposées en ‘cercles (lepra vulgaris, Bat. ), tantôt de forme variable et irrégulière.

Les cercles herpétiques circonscrivent ordinairement un space central où la peau se montre tout-àfait saine; mais ce phénomène peut tenir, soit à la guérison de l’herpes dans le centre: d’une plaque orbiculaire, soit à la disposition primitive des produits ‘élémentaires.

| Nous devons, du reste, noter ici que cette double disposition s’observe très-souvent chez le même sujet, et qu’il n’est pas rare de voir la même surface herpétique la présenter alternativement.

Les plaques de l’herpes ont des dimensions extrêmement variables ; elles peuvent être limitées à un petit espace, comme occuper toute Pétendue d’un membre, et dans ce dernier cas leur largeur dépend tantôt des progrès d’une plaque unique , tantôt de la réunion d’un plus ou moinsgrand nombre de plaques. La plaque dartreuse est couverte de squammes généralement minces et blanches qui se détachent avec facilité, sous forme de furfur, et laissent à découvert une surface constamment sèche et offrant une’injection mamelonnée plus ou moinsapparente ; dans quelques cas, les plaques de l’herpes simulent très-bien, par la couleur et l’aspect fendillé de leurs squammes, écorce de certains arbres.

134 HERPES. | Mais une longue durée finit par imprimer à cette forme de l’éruption dartreuse, des caractères encore plus tranchés : les squammes s’épaississent et deviens: nent quelquefois presque croûteuses ; on les voit se fendiller, ettantôtse détacher en écailles furfuracées; tantôtrester fortementadhérentes et tenir les membres enfermés dans une enveloppe solide et continue ; la peau sous-jacente est épaissie et rugueuse ; elle devient le siége d’une vive inflammation et se montre sillonnée par des gerçures plus où moins profondes. L'inflammation dartreuse peut encore se montrer avec des caractères différents de ceux que nous venons d'exposer : c’est ainsi que dans certains cas on la voit débuter par un suintement roriforme plus où moins abondant; ce fluide, quelquefois exhalé par les pores mêmes de Pépiderme, se trouve le plus souvent contenu dans de très-petites vésicules brillantes, gés néralementtrès-nombreuses, et dont le développement est accompagné d’une eczémation plus ou moins vive et superficielle.

Cette forme de l’herpes peut se montrer sur tout l'étendue du derme, ou se borner à certaines régions; comme la face, le cou, les avant-bras, le dos des mains et des doigts :.on la voit aussi siéger de préfé= rence aux parties où abondent les follicules sébacés, où la perspiration cutanée est plus active et plus odofante, aux oreilles , aux aisselles , aux aines ; au SCrO-

HERPES. 135 tum, au mamelon, à la vulve, à la partie supérieure les cuisses, à l'anus; elle s’étend parfois jusqu'aux membranes muqueuses du vagin, du rectum et du pénis, enfin jusqu’à l’oreille externe et à la membrane pituitaire. .

Cette éruption peut être accompagnée de douleurs plus ou moins vives, de chaleur, de cuisson, d’une démangeaison souvent insupportable.

Bientôt les vésicules se rompent, la cuticule enflammée se gerce dans tous les sens, et l’on voit s’écouler avec plus ou moins d’abondance un fluide séreux, lactescent ou séro-purulent; cette humeur, d’une odeur aigre et nauséabonde, est pleine d’âcreté et irrite les parties voisines , qui deviennent rouges, rudes et gercées; il ne tarde pas à se former des squammes tantôt d’un brun jaunâtre, laminées et même croûteuses ; tantôt d’un jaune plus prononcé, molles et offrant beaucoup d’analogié avec les croûtes de la mélitagre.

Dans quelques cas, cette forme de l’herpes est accompagnée de phénomènes inflammatoires encore plus prononcés : l'humeur exhalée est plus irritante, les squammes sont plus épaisses et plus humides, la peau elle-même est le siége d’une injection très-vive, et se trouve dans unerégion souvent étendue , colorée d’un rougeintense etuniforme (eczema rubrum, Bat. ).

Outre les principales modifications que nous ve-

136 . HERPES, nons de signaler, la dartre peut encore en présenter d’autres dépendant, soit du siége qu’elle occupe , soit | de la constitution du sujet affecté. | Les phénomènes concomitants de l’éruption dartreuse sont, le plus souvent, bornés aux surfaces mas, lades : elle peut cependant être accompagnée de symptômes généraux plus ou moins graves, lorsqu’elle | couvre une grande partie des téguments et qu’elle attaque des individus entourés de conditions hygiéni- | ques défavorables. | La dartre suit presque toujours une marche chronique, etsa longue durée peut dépendre, soit de la persis- | tance de l’éruption, soit de sa disparition et de son re= tour alternatifs ; dans beaucoup de cas elle tourmente | pendant toute la vieceux qui en sont atteints. Les traces de l’éruption dartreuse se bornent ordi | nairement à une injection superficielle à laquelle se joint, dans beaucoup de cas, un état de sécheresse et de rugosité de la surface du derme. | Diagnostic. —L’herpes se distingue, 1° dela por-| rigine furfuracée, par l’état de sécheresse dans lequel se montrent constamment les parties affectées; 2° de, l’'érythème, par son inflammation toujours superfi= cielle , légèrement proéminente, et ordinairement de peu d’étendue ; 3° de la miliaire, par la disposition! de ses vésicules en groupes isolés dans l'intervalle des- | quels la peau reste tout-à-fait saine ; 4° par la con- |

HERPES. 157 fluence que présentent fréquemment ses vésicules ; 5° par leur courte durée; par les excoriations suintantes et squammeuses qui leur succèdent promptement ; enfin, par son caractère chronique.

P ronostic. — L’éruption dartreuse compromet très-rarement l'existence, et paraît souvent compatible avec la santé.

Mais le dégoût qu’elle inspire généralement, bien qu’il soit le plus souvent impossible de lui reconnaître un caractère contagieux, joint à la longueur et aux difficultés-de son traitement, en font une affection grave et que l’on ne doit jamais abandonner à elle-même.

Espèces et variétés. — M. le professeur Alibert admet deux espèces de dartre : 1° la dartre furfuracée ; 2° la dartre squammeuse. La première espèce comprend : 1° la dartre furfuracée volante; 2° la dartre furfuracée arrondie.

= La seconde espèce comprend: 1° la dartre squammeuse humide , 2° la dartre squammeuse scabioïde , 5° la dartre squammeuse orbiculaire , 4° la dartre squammeuse centrifuge ; 5° la dartre squammeuse lichénoïde (1).

Traitement. — L’on peut ranger en deux séries bien distinctes les différents moyens mis en usage

(4) Se reporter à la synonymie pour les'espèces correspon-

dantes des auteurs anglais.

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