SIXIÈME GROUPE
DERMATOSES LÉPREUSES.
Ce groupe se rapproche du précédent par plusieurs points d’analogie ; les affections qui le composent revêtent le même caractère de chronicité et d’incurabilité ; mais leurs ravages sont encore plus considérables; elles envahissent une grande partie des téguments, attaquent à la fois plusieurs tissus , les déforment et les dégradent; le mal, à cause de son étendue, ne peut être extirpé par le fer , et une fois acharné sur sa victime , il ne la quitte qu’à la mort; et, chose remarquable, pendant que la peau subit mille altérations , que le malade devient méconnaissable, les fonctions intérieures se font généralement bien; le malheureux frappé de la lèpre peut en suivre pas à pas les progrès, en observer toutes les nuances, et assister , pour ainsi dire, à son agonie.
«Il semble, en effet, dit un écrivain moderne , » que ce mal horrible en veuille moins à l’existence » de l’homme qu’à ses formes, et qu’il fasse plutôt » consister son triomphe à dégrader qu’à détruire. »
Les dermatoses lépreuses ont encore d’autres airs
164 DERMATOSES LÉPREUSES. | de famille : la plupart sont originaires des pays chauds, et c’est surtout à qu’on les retrouve encore aujour— d’hui ; il fut pourtant une époque où elles sévirent, dans toute l’Europe avec une extrême violence ; mais! la civilisation et avec elle l’aisance et les progrès de: J’hygiène les ont fait presqueentièrement disparaître, | Les dermatologistes sont généralement d’accord' sur l’hérédité delalèpre; mais il n’en est pas de même. pour son caractère contagieux. La contagion , admise! dans toute l’antiquité, et encore aujourd’hui dans la plupart des pays où la lèpre règne d’une manière én2 démique, trouve de sérieuses objections dans les cou: | rageuses expériences du docteur Pariset et dans l’in2 nocuité des rapports qui ont constamment existé entre. les lépreux de l’hiôpital Saint-Louis et les ‘autres | malades.
Les altérations pathologiques constituent un second” point d’analogie bien frappant entre les dermatoses lépreuses et celles du groupe précédent : ce sont également des indurations, des ulcérations, des fontes : putrides; mais il y a cette grande différence qu'ici la maladie poursuit ses ravages dans le silence et n’est | jamais accompagnée des douleurs atroces da cancer, Ea lèpre attaque tous les âges et tous les sexes ; on: cite bien comme prédisposant à cette redoutable af" fection , l’habitation d’un climat chaud ct humide , une mauvaise nourriture , la misère et la malpro- ‘
LEUCE, 165 preté ; mais son étiologie n’en est pas moins, la plupart du temps, très-obscure, et l’on ne peut s’é6tonner de l'horreur qu’inspire au vulgaire les malheureux qui en sent atteints, si l’on se rappelle leur état de dégradation physique , et l’inutilité de tous les moyens employés jusqu'ici pour les guérir.
PREMIER GENRE
LEUCE (Albert); Asuxn ; Lepre blanche, Lépre des juifs (1). | M. Dezesmeris, dans une savante dissertation sur la lèpre ( Dict. de Méd., 25 vol., 2° édit., tom. XI, p. 262 }), a prouvé que la lèpre des Juifs n’était autre chose que laleuce. Les signes caractéristiques de cette affection, donnés par Moïse, sont les suivants :
» «Spontanément ou à la suite de plaies, apparition de taches sur la peau ou de quelque chose de luisant, couleur blanche des poils et dépression de la peau à l’endroit des taches, contagion de la maladie par le contact médiat ou immédiat. »
(4) Nous avons eu l’occasion d’observer toutes les phases de cette singulière affection pendant notre séjour à l'hôpital Saint-Louis, et nous empruntons à notre observation, recueillie jour par jour, les principaux traits de notre description. :