CINQUIÈME GROUPE
DERMATOSES CANCÉREUSES.
Le
Les affections qui constituent le groupe des dermatoses cancéreuses se distinguent par l'obscurité le leur étiologie, par leur marche généralement lente it insidieuse, par les douléurs vives et variées quiles 1Ccompagnent dans le plus grand nombre des cas, par là désorganisation constante des parties qu’elles attaquent, par leur fâcheuse influence sur toute léconomie, par leur fréquente incurabilité et leur terminaison presque toujours funeste,
Ces redoutables maladies sont propres à Page mûr plus communes chez les femmes, et paraissent encore dues aux écarts de la civilisation : du reste, leurs causes premières sont des plus difficiles à assigner, et nous en sommes presque toujours réduits à observer et combattre leurs ravages.
Le cancer peut exister dans toutes les parties du Corps, mais ilse montre beaucoup plus souvent à la peau, surtout dans les points abondamment pourvus
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de filets nerveux et doués par conséquent d’une plus vive sensibilité. |
L’inflammation cancéreuse suit une marche extrémement variable: ordinairement lente et progressive, On la voit dans quelques cas s'étendre avec une effrayante rapidité : souvent aussi, à un état d’anxiété succède tout-à-coup un calme plus ou moins complet et parfois de longue durée : quoi qu’il en soit, les phé= nomènes qui l’accompagnent se montrent constam= ment avec un caractère sui generis, et ne peuvent jamais être confondus avec ceux d’uné affection sim plement inflammatoire,
M. Alibert regarde la gaîne celluleuse des nerfs comme le siége anatomique de l’inflammation cancé-. reuse.
Cette inflammation, outre les douleurs vives et va= riées qu’elle provoque si fréquemment dans les parties. qu’elle affecte, détermine encore un certain nombre | d’altérations morbides, qui sont, dans l’ordre de leur | importance : 1° l’induration et ses différents degrés ; 2° l’affaissement ; 3° l’ulcération ; 4° lafonte putride,
Enfin, les dermatoses cancéreuses, contre lesquel= les viennent si souvent échouer toutes les ressources de l’art, finissent toujours par être accompagnées d’une fièvre Cconsomptive, d’abord intermittente, puis continue; alors les forces des malades diminuent
CARCINE. 155 apidement ; leur physionomie s’altère, et la mort ne de pas à mettreun terme àleurs longues souffrances.
PREMIER GEN RE
CARCINE (Alibert). Kæpxrvos (1).
Dermatose chronique non contagieuse, se monrant habituellement dansles parties les plus sensibles é la peau, et principalement caractérisée par des iches ou des tumeurs de forme et de couleur variales : ces productions morbides, d’abord indolores, accompagnent bientôt d’une démangeaison plus ou ñoins vive, et finissent presque toujours par devenir * siéve de douleurs lancinantes que suivent souvent ulcération et la dégénérescence des parties malades.
Causes. — Le sexe féminin, l’âge mûr, l’époque le la cessation des règles, un tempérament nerveux ü lymphatique, certaines professions, comme celles le gaveurs et de ramoneurs, paraissent favoriser le léveloppement de la carcine. | |
(4) Kæpxuvos désigne en grec un crabe ou écrevisse de ner. Ce nom a été donné à la maladie qui nous occupe, soit cause de la ressemblance qu’elle offre dans certain cas avec e crabe ; soit parce que ses ulcères sont phagédéniques et que es tissus paraissent détruits et comme dévorés successivement; vit enfin à cause du caractère presque constant de la douleur qui l'accompagne.
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On attribue cette dermatose aux coups et violences extérieures, à l’action habituelle d’une cause ir= ritante, à une habitation insalubre, au passage d’ün climat sec et chaud à un climat froid et humide , à une nourriture malsaine ou insuffisante, aux travaux excessifs, aux peines et chagrins domestiques, à une disposition héréditaire, souvént à un état particulier et inconnu de me |
Symptômes et marche. — La carcine se manifesté le plus ordinairement par un bouton rouge et dur (carcine tuberculeuse). Petit d’abord, ce bouton aug mente peu à peu, et devient le siége d’une vive dé= mangeaison à laquelle succède bientôt un prurit ins supportable, Maintenue dans cet état à l’abri de toute irritation , la carcine pourrait rester long-temps stationnaire : mais, irrésistiblement écorché par les ongles du malade, le bouton qui la caractérise voit son sommet se couronner d’une petite croûte noirâtre qui, bientôt enlevée elle-même, laisse d’abord à nu ‘une simple gercure qui se change ensuite en un petit ulcère à bords élevés et à fond grisâtre.
Plus tard, lorsque le mal a fait des progrès , Pul= cère s’entoure d’un cércle violacé où s’apercoivenit des veines variqueuses, et laisse suinter une suppura tion ichoreuse ou fétide. Sous cette forme, la carcine ( vulgairement appelée Noli me tangere) tend à s’a= grandir sans cesse, rongeant et détruisant les tissus
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dans tous les sens : c’est aux lèvres, au nez ou sur toute autre partie du visage qu’elie se montre le dé fréquemment.
Dans d’autres cas, la carcine débute par une tache noirâtre (carcine mélanée ) qui ne tarde pas à présenter des granulations que l’on a comparées au fruit du murier : bientôt il s’y développe des tubercules qui perdent peu à peu leur couleur noire primitive et finissent par présenter tous les signes du cancer. Sous cette forme, la carcine a une fàcheuse tendance à repulluler après son extirpation.
La carcine peut aussi se montrer sur le scrotum sous la forme d’un poireau ordinairement solitaire, comme cela se voit souvent en Angleterre chez les ramoneurs ( Carcine FSRAUeUS ou poireau de la suie ).
Dans la carcine dite éburnée, c’est le tissu cellulaire sous-cutané qui s’engorge, se durcit et finit par acquérir, ainsi que la peau quile recouvre, la dureté de l’ivoire.
La carcine peut enfin être caractérisée, à son début, par une tumeur à surface douce, molle, inégale, et donnant souvent au toucher la fausse sensation d’un liquide (carcine médullaire ).
On ne doit pas confondre cette affection avec le fongus hemaitodes, où tumeur fongueuse sanguine,
158 CARCINE.
dont la conversion en cancer n’est le plus souvent qu’accidentelle. |
La carcine est toujours une maladie de longue du-! rée, et a le plus souvent, lorsqu'on l’abandonne à ellemême, une terminaison funeste. |
Les douleurs lancinantes qui accompagnent con: stamment et l’aspect tout particulier de ses ulcérations rendent son diagnostic facile.
On la distinguera toujours des tubercules syphilitis. ques qui se développent parfois autour des ailes du nez, par la teinte rouge de cuivre qu’offrent ces derniers; par leur développement en général plus rapide et exempt de douleurs lancinantes, enfin par la cir= constance commémorative d’une affection antérieure:
On la distinguera de l’esthiomène par l’absence des eroûtes qui accompagnent constamment cette dernière affection.
Le bouton chancreux ne sera jamais confondu avec le simple varus, toujours exempt de prurit et de dou= leur.
M. Alibert place le siége de la carcine dans l’enveloppe celluleuse des nerfs cutanés.
Ce professeur admet six espèces de carcine: 1° là carcine tuberculeuse ; 2° la carcine verruqueuse; 5° la carcine mélanée ; 4° la carcine éburnée ; 5° la carcine globuleuse ; 6° la carcine médullaire ( Mono graphie des Dermatoses ).
KÉLOÏDE. 159 Traitement. — L’on a préconisé contre la carcine une foule de médicaments dont abondance même est une preuve de leur peu d'efficacité : l’on a essayé sans succès des substances tirées de tous les règnes, telles que le mercure, l’iode, l’arséniate de fer , vanté par les Anglais, les divers narcotiques, etc. + L’opium seul réussit à titre de palliatif pour calmer les douleurs : l’unique moyen efficace est l’ablation totale de la partie malade par le feu ou les caustiques.
DEUXIÈME GENRE
KÉLOIDE (Alibert). Kelis (1).
Dermatose non contagieuse, caractérisée par une excroissance ordinairement solitaire, tantôt carrée ou ovale, tantôt allongée et cylindrique, dure et rénitente au toucher , offrant parfois des prolongements semblables à des racines ou aux pattes d’un crabe.
C’est M. le professeur Alibert qui, le premier, a fait connaître cette singulière altération de la peau.
(4) Le mot kéloïde vient du grec xnls, qui signifie tache , ulcère, cicatrice, difformité , et non, comme le prétendent cértains auteurs, de yshus, tortue, ou de ynAn, pince d’écrevisse. |
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que la kéloïde attaque dé He les individus.
lymphatiques et surtout les femmes. |
Symptômes el marche. — La kéloïde, dont le siége le plus ordinaire est au tronc, surtout à la poitrine , quelquefois aux membres, mais rarement à la face , se manifeste sous la forme d’un petit tubercule pres que toujours solitaire, qui augmente graduellement de volume, et s’allonge en jetant des racines ou pro- | longements dans les parties voisines de la peau. |
Autour de ces excroissances on voit bientôt se développer une série de petits vaisseaux sanguins, COMparés par M. Alibert à ces lignes rougeûtres que l’on. aperçoit sur la rhubarbe de Chine.
Ces tumeurs, surtout pendant la nuit et lors des | variations atmosphériques, deviennent le siége de. picotements, de démangeaisons plus ou moins vives, d’un sentiment de chaleur incommode, et parfois des 4 véritables douleurslancinantes de la carcine; tandis que | dans quelques cas les malades ne se plaignent que d’un » léger sentiment de tension dans la partie affectée.
La kéloïde marche généralement avec beaucoup de lenteur ; elle peut même rester des années entières sans faire aucun progrès, Bien qu’elle se guérisse rarement d’elle-même, la science possède cependant plusieurs faits où le mal, après s’être amendé gra-
| KÉLOÏDE. 161 duellement, a fini par disparaître, ne laissant aprèslui qu’une cicatrice blanche et ridée.
Le pronostic de la kéloïde offre peu de gravité ; elle ne tend pas à s’ulcérer et ne compromet jam ais la vie du malade. |
Ces deux caractères suffisent pour la distinguer de là carcine , et même l’éloigner de cette dermatose, si sa résistance à toute espèce de traitement, et sa tendance continuelle à repulluler après l’opération , ne vehaient justifier la place que lui assigne M. Alibert.
On ne pourrait confondre la kéloïde qu'avec ces cicatrices allongées ou cylindriques ( fausse kéloïde ), suites fréquentes, soit d’une brûlure profonde, soit d’ulcérations strumeuses ou syphilitiques ; mais l’absence de douleurs dans ces dernières, et l’existence des affections antérieures, empêcheront toujours de commettre une telle erreur.
M. le professeur Alibert met le siége de la kéloïde dans la partie cellulo-nerveuse des téguments, et admet deux espèces : 1° la kéloïde vraie ( kelis genuina )}; 2° la fausse kéloïde (kelis spuria). Mais cette dernière, n’étant qu’un mode de terminaison d’une maladie de la peau, doit, selon nous, être rejetée du cadre dermatologique.
* Traitement. — Encore inconnu: seulement, on doit s'abstenir de tout topique irritant dont l’applica-
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tion répétée pourrait amener une fàcheuse dégénérescence.
L’extirpation et la cautérisation ont toujours été sans succès, le malrépullulant constamment ; les fondants et les narcotiques ne produisent qu’une amélioration momentanée,
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