DES ARTS, DES MÉTIERS ET DES PROFESSIONS
« Tout métier, toute profession, dit Moreau (de la Sarthe » est une condition particulière de la vie, qui fait domine: » où qui du moins rend permanentes, certaines habitudi » physiques ou morales, certaines directions de l'esprit dob » l’expression profonde et sans cesse renouvelée donne: » tous les hommes du même état un air de famille.
C’est par cette raison que l’on voit des physionomies mr nistérielles, diplomatiques, militaires, sacerdotales, monacr les, médicales, académiques, artistiques, etc. On a dû remas quer, dans l’article précédent, que ces derniers et surtout I| poètes, ainsi que tout ce qui tient au sacerdoce, ont un genr! un caractère particulier de physionomie, qui est propre: leur profession.
& Si la profession, le métier, sont excercés en commun, , » se joint à leur effet la puissance incalculable de limitation » une sorte d'action sympathique de l’homme sur l’homma » (Voyez, page 76, tout ce que nous avons dit relativemer » à l’organe de limitation.)
En effet, les individus qui vivent, travaillent ensemble dam un espace resserré, prennent une physionomie uniforme, w caractère commun. Godwin, dans le roman de Flectyood ,, parfaitement décrit cette uniformité dépendante d’un métié exercé par un grand nombre de personnes, dans une filatun de soie de Lyon: là, dit-il, toutes les physionomies dé hommes, des femmes et des enfans occupés à la filature avaient la même expression, c’est-à-dire l’air d’une attentio stupide, d’une contrainte douloureuse, d’un emploi machin et monotone de leurs forces, et d’une intelligence aussi bort née qu’elle n’a jamais été que très-peu développée : tels sor! tous les canus. L'influence d’un même travail par un grans nombre d'hommes réunis est si puissante, qu’elle ne laiss:
plus de physionomie naturelle, toutes sont plus ou moins altérées. Dans cette circonstance, le physionomiste ne doit pas oublier que le caractère particulier est en quelque sorte masqué par le caractère général de la profession, ou par suite de la position dans laquelle l'individu s’est trouvé : par exemple le séjour dans un bagne laisse un caractère indélébile, une démarche, une tournure, une physionomie trèsremarquable , et nous pouvons citer un fait qui prouve cette indélibilité,
Pendant plusieurs années, nous avons constamment accompagné le professeur Chaussier dans ses visites, lorsqu'il était médecin des prisons à Dijon; il était spécialement chargé de vérifier si les prisonniers accusés de quelque crime avaient été marqués, soit en France, soit dans les pays étrangers : d’après cela, on conçoit que nous avons été à portée d'observer très-fréquemment la physionomie d'individus sortis des galères, et d’autres qui souvent y retournaient, |
En 1829, nous trouvant avec M. Grandin, commissaire de police du quartier de l'arsenal à Paris, nous eûmes occasion de lui dire que plusieurs fois nous avions aperçu un forçat à la porte d'un cabaret que nous lui indiquâmes : peu de jours après, M. Grandin nous apprit que l’homme dont nous lui avions parlé était arrêté comme auteur de plusieurs vols récens. « Je suis surpris, ajouta-t-il, que vous ayez pu le » reconnaître pour un forçat, car il y a plus de dix ans qu’il » est sortidu bagne de Toulon. » Après trente et quarante ans nous l’eussions encore reconnu... Le séjour au bagne im— prime sur toute la physionomie de l'homme un cachet ineffaçgable. :
Chaque métier, chaque profession imprime,’ comme nous Pavons dit, une influence marquée, non-seulement sur la physiônomie, mais encore sur la forme du corps et les mou— Yemens des différentes parties : ainsi les soldats peuvent avoir la poitrine saillante, le sternum sensiblement élevé, les muscles qui recouvrent le thorax beaucoup plus développés et plus saillans, les deux épaules plus volumineuses, un peu plus reculées, quoique rapprochées l’une de l’autre.
Ceux qui portent habituellement des fardeaux sont faciles à reconnaître, parce qu’ils ont le dos voûté: les épau-
les larges et portées en avant semblent rétrécir le thorax; enfin par le développement des muscles du dos et des reins.