‹ Nouveau manuel du physionomiste et du phrénologiste, ou les caractères dévoilés par les signes extérieursChapitre 31 sur 133 · N° 91. CONSCIENCE · texte numérisé non relu

N° 91. CONSCIENCE

Sens moral, sentiment du juste et de l’injuste. (Gall.) Justice. (Spurzheim.)

Conscienciosité. (Combe.)

C’est à la partie postérieure et latérale de la voûte du crâne, que se manifeste l’organe de la conscience par une protubérance allongée transversalement d’arrière en avant. Sur les planches de Gall sa fonction est désignée comme In— cerlaine : i{ n’a point admis cel organe, parce qu’il pensait que le sentiment du juste et de l'injuste devait se rapporter à une modification de l'organe de la bienveillance. En 1815 Spurzheim , dans son ouvrage publié en anglais, l'a seulement déclaré probable; mais un grand nombre d'observations à autorisé Georges Combe à le regarder comme certain , et tous les phrénologiens ont suivi son exemple.

La différence d'opinion de Gall, de Spurzheim et de Combe, est tellement étonnante qu’on demande siles recherches anatomiques des phrénologiens leur font voir, dans le cer-

veau, Ces organes sur lesquels est fondé tout leur systè IL est bien permis d’en douter, quand le fondateur de science n’admet point un organe qu'un de ses disciples di clare probable, et qu'un autre regarde comme certain, ( dernier, en disséquant et examinant l’encéphale, a-t-il aper çu l’organe dont il s’agit? Non, cent fois non! car ils 5e Contenterait pas de le croire certain, il dirait je l’ai vu, il le ferait voir aux autres, Sur quoi donc se fonde l’espèe de certitude qu’annonce Georges Combe?... Sur le gran nombre de têtes de gens consciencieux, qui toutes lui on présenté la même protubérance. Loin de rejeter ce genre d Preuve, on doit l’admettre comme le seul digne de confiance Mais alors il faut qu’abandonnant cette multiplicité d’organe dont l'existence dans le cerveau est au moins douteuse, le phrénologiens constatent seulement avec soin la forme, le dé veloppement de la tête, les saillies, les éminences qui s trouvent sur le crâne, selon les vertus, les penchans, les se timens, les qualités, les vices ou les défauts des individus Ce mode de recherches plus simple, qui offre un résulta; beaucoup plus positif, et surtout très-facile à vérifier, de: viendra d’une haute importance pour la physiognomonie.

L'opinion que nous manifestons à cet égard n’est pag nouvelle : voici ce que M. le docteur Moreau (de la Sarthe écrivait, il y a vingt ans, relativement aux recherches nécess saires au perfectionnement de la physiognomonie.

« Nul anatomiste ne serait plus en état de suivre aujour- » d’hui ce genre de recherches que M. Gall, si, renoncant ? AVEC Courage à un système que la morale et la science re- » poussent également, il voulait se borner à recueillir deg » faits, des observations, et à voir la nature sans en être sé- » paré par le prisme toujours trompeur de l’hypothèse et de » Ja théorie. »

Si la conscience n’existait pas, il faudrait l’inventer, ca sans elle la terre ne serait peuplée que de brigands. L’impulsion de la conscience porte les hommes vers ce qui est juste, , et chacun d’eux éprouve cette impulsion qui l'élève à une: hauteur incalculable au-dessus de tous les animaux. Qui, du: japonnais au mexicain, de l’australien au lapon, de l’antro-pophage à l’européen, tous les hommes sont doués de con-. Science; mais dans chaque pays elle parle avec quelques: nuances particulières, déterminées par les lois, les mœurs, les :

habitudes. A Sparte, où l’on encourageait le voleur adroit, la conscience ne pouvait pas blâmer le vol, excepté pourtant celle des hommes qui trouvaient la loi injuste. En Angleterre elle trouve très-bien qu’on pende les voleurs, parce que, grâce à cette juste sévérité, les assassins sonttrès-rares. Autrefois en France on pendait aussiles voleurs, la conscience s’éériait : la loi doit protéger la propriété de chacun, et quiconque ÿ attente est un être sans conscience, par conséquent capable de tous les crimes et qui mérite la mort. Depuis larévolution, les voleurs ne sont punis que d’un emprisonnement plus ou moins prolongé; la conscience applaudit à cette indulgence qui fait pulluler ces brigands d’une manière effrayante, et les assassinats deviennent plus fréquens par la raison que la conscience des jurés hésite à condamner les assassins à mort. Enfin on parle de supprimer la peine capitale, et la conscience répète encore, c’est très-bien, c’est juste !..…. Ainsi le juste et l’injuste dépendent parfois des lois, des mœurs, des circonstances; ce qui est juste dans un pays est injuste dans un autre; ce qui était injuste hier est juste aujourd’hui, et aa milieu de toutes ces variantes de juste et d’injuste, la conscience est comme un thermomètre qui, sou— mis aux impressions de l'atmosphère, indique le degré de froid ou de chaud.

Ce que nous venons de dire est exact, vrai et malheureusement confirmé par tout ce qu'on voit : cependant on ren— contre parfois des hommes dont la conscience est toujours ferme au même degré, inébranlable, inamovible. Carnot possédait une conscience de cette trempe, on peut l'indiquer comme conscience modèle. (Voyez pl. 1re, fig. 22.)

Tous les phrénologiens s’accordent à refuser la conscience aux animaux. « Cependant je pense, moi (c’est M. le doc- » teur Broussais qui parle), que l’esquisse de ce sentiment » existe chez l'éléphant, le chien et même le cheval. » Quelle que soit l’aveugle confiance que l’on doit avoir dans l’opinion d’un phrénologien, d’un philosophe aussi savant, aussi éclairé que M. le professeur Broussais, nous, pour l'honneur de l'humanité, nous aimons mieux croire que les animaux ne possèdent pas la plus petite parcelle, la plus légère es— quisse de conscience. Ils sont tous susceptibles d’attachement, de reconnaissance, quelques-uns montrent une très-grande intelligence, ils ont de la mémoire, mais de la conscience, ils

ne peuvent en avoir, il leur faudrait pour cela beaucov plus que de l'instinct, car la conscience est fille du reisonne ment, c'est par lui qu’elle distingue le juste et l’injuste, Pr. tendre que les animaux ont de la conscience, c’est prétendi qu'ils raisonnent : où est alors Ja ligne de démarcation ent eux et l’homme?... Oni, si l’animal, si le cheval avait de conscience, il serait doué de raisonnement, il sentirait tout l'étendue de sa force, l’homme serait trop faible pour |; dompter, et l’audacieux Martin eût été dévoré par chacu: des animaux qui tremblaient à ses pieds, et l’on a pu voi tout le contraire.

Page 1