‹ Nouveau manuel du physionomiste et du phrénologiste, ou les caractères dévoilés par les signes extérieursChapitre 33 sur 133 · N° 24. IMAGINATION · texte numérisé non relu

N° 24. IMAGINATION

Talent poétique. ( Gall. ) Idéalité. ( Spurzheim. )

L'organe de la poésie, selon Gall, et que Spurzheim, son élève (qui s’est institué Son Correcteur), a surnommé idéalité, a élé récemment partagé en deux facultés par M. Vimont qui appelle l’une sens du goût dans les arts, et l'autre esprit poétique,

Les phrénologiens étrangers ont admis l’idéalité, cependant partout et de tout temps on s’estaccordé à reconnaître que la poésie est fille de l’imagination. Le peintre, le sculpteur, le graveur, le musicien, l'architecte, en un mot tous les artistes qui sont doués d'imagination mettent de la poésie dans leurs œuvres,

Les philosophes anciens et modernes ont toujours attribué la faculté poétique à l’imagination, c’est peut-être le motif qui a déterminé les phrénologiens à rejeter cette dénomination; elle est pourtant claire, vraie et comprise par tout le monde; mais nouvelle science, nouveau langage, dirait Victor Hugo : d’ailleurs il paraît que Spurzheim avait un fort développement de l’estime de soi, protubérance, ou organe si l’on veut, dont l’influence « produit le sentiment de » supériorité qui nous porte à nous préférer aux autres, » et à croire que nous faisons mieux qu'eux; car c’est par lui que, contradictoirement à Gall, la phrénologie est dotée d’un amas de dénominations toujours baroques, souvent fausses et parfois inintelligibles,

Lorsque Fourcroy, conjointementavyec lesautres chimistes, sans outrager la langue, inventait des mots nouveaux et nécessaires, il lui était permis de dire comme Horace : « nous » autres savans, nous avons le privilège de créer des expres- » sions, et de forcer l’académie à les admettre dans son » dictionnaire comme françaises. » Mais tout le monde ne peut pas jouir du même privilége.

La position de l'organe de l’imagination présente une particularité qui nous force à rapporter ici l'exposé que monsieur le docteur Broussais en à fait, page 418 de son Cours :

€ Siluation. — Sur les parties latérales de la tête, entre » le merveilleux et la construction, près de la ligne du bord » inférieur de l’os frontal, où s’insèrent les derniers filets » du muscle crotaphite ou temporal; c’est précisément là » qu'il devient saillant, à l’extérieur du merveilleux, au- » dessus de la construction et de la propriété, en avant de la » circonspection, Tels sont les rapports de cet organe; il » Offre une forme allongée, On a soustrait une partie de cet ? €Space pour la réunir avec la portion supérieure de la construction, afin d’en faire le sens du goût dans les arts, et la partie supérieure est restée au sens poélique, »

Dans l’exposé ci-dessus, M. Broussais rapporte ce qui été fait par d’autres, les réflexions suivantes ne peuvent dé point le concerner sous aucun rapport.

Vouloir prendre une portion de deux organes pour en ft mer un troisième, est une idée aussi nouvelle qu’ingénieut mais dont l'exécution paraît difficile à ceux qui ne sont } suffisamment versés dans l'étude de la phrénologie. Diffic ou non, les phrénologiens ont eu le talent de faire, aux « pens de l'imagination et de la construction, un nouvel orga qu’ils ont chargé d’inspirer le goût dans les arts, mais ne disent pas s’ils ont eu soin de placer sur le crâne une pet saillie pour indiquer l'existence de cet organe deleur façon; c point d’organe phrénologique sans protubérance. Elle existi depuis long-temps cetle protubérance, s’écrie avec aigreur! le fabricant du nouvel organe! Ah! nous vous prio de vous rappeler qu’elle n'existait pas, puisque vous aw pris en haut et en bas pour intercaler votre jeune orgar: — Mais il est étonnant, Monsieur, que vous prétendiez ca tester... — De grâce, ne vous fâchez pas; nous ayvouons qu est indiscret de demander si la nature s’est empressée de conformer à votre plan : nous avions oublié qu’un saya professeur a dit et même répêté qu’en phrénologie il y a à choses inexplicables ; celle-ci doit l'être plus que toute autr: ainsi n’en parlons plus.

Un jour Gall aperçut une saillie à la partie latérale | la tête d’un de ses amis qui, très-souvent, improvisait d vers decirconstance, Cette remarque suflit pour diriger les r! cherches du père de la plirénologie, et de nombreuses ok servations le convainquirent de l'existence de l'organe « limagination, de la poésie, à la place que nous avons ind quée.

L’imagination se manifeste parfois dès la plus tendre jer nesse : à l’âge de sept ans Voltaire faisait des vers; aus tous ces écoliers qui ont fini leur réthorique, se croyan pour le moins le talent de Voltaire, entreprennent une tre gédie en vers bien ampouiés. Heureusement, parmi ces poèt4 imberbes, il en est très-peu qui aient le talent d'invention l'inspiration nécessaire; s’ils réussissaient, la France ne sera peuplée qe de poètes tragiques.

Lorsque la faculté de l’idéalité est puissante, elle donr une manière de penser el de sentir plus convenable au:

régions de l’imagination qu'aux demeures terrestres de l’homme.

Un développement convenable de cet organe, dit Georges Combe, agrandit les autres sentimens et les conceptions, les porte à s’occuper d’abjets plus élevés que ceux qui suffiraient pour les satisfaire, et imprime ainsi une tendance au perfectionnement en donnant les moyens d'y arriver.

L’'organe esttrès-développé chez le Tasse, Goëthe, Henri IV, Voltaire; mais il est très-petit, dit-on, chez les habitans de la nouvelle Hollande: il est facile de s’en convaincre au moyen d’un pelit voyage en Océanie.

Vraisemblablement on ne contestera point à notre ami Pigault le Brun une assez forte dose d’idéalité et de talent poétique, ainsi l’on ne sera point étonné que nous le présentions comme ayant possédé l'organe de l'imagination : nous pourrions même en ajouter quelques autres, car il a prouvé par ses divers ouvrages qu'il savait passer du grave au doux, du plaisant au sévère.

Voyez planche 1re, fig. 25.

N° 25. GAIÏTE,.

Esprit caustique, esprit de saillies, ( Gall.) Esprit de saillies. ( Spurzheim. )

Esprit, ow gailé. { Georges Combe.)

« Piron (dit Grimm) était une machine à saillies, à épi- » grammes, à traits. »

A la place de grimm, nous nous serions bien gardés de faire une machine d’un homme d’esprit, et rejetant une métapbore inconvenante sous tous les aspects, nous eussions dit simplement : Piron était une mine inépuisable de saillies, d’épigrammes, de bons mots, de traits spirituels, de réparties fines aussi malignes qu’elles étaient libertines.

« En l’examinant de près, on voyait que ses traits s’entre- » choquaient dans sa tête, partaient énvolontairement, se » poussaient péle-mêle sur ses lèvres, et qu'il ne lui était

» pas plus possible de ne pas dire de bons mots, de ne} » faire des épigrammes par douzaine, que de ne pas res » pirer. »

En voulant fire de l'esprit, Grimm en a manqué :: Piron eût parlé involontairement, si ses pensées se fusse pressées pêle-mêle (péle-méle, confusément, diction. de LA démie) sur ses lèvres, il n’eût débité que du galimatias. C« Pourtant ce que Grimm a dit sans le vouloir, Voilà comm

L'esprit qu'on veut avoir, gâte celui qu'on a!

On rencontre assez souvent, dans la société, des petits sur cesseurs de Piron, gais, aimables, toujours disposés à ex tiquer, à blämer; la satyre, l'épigramme, le sarcasme, di coulent sans cesse de leur bouche sous la forme d’une pli santerie : ils font rire les uns aux dépens des autres, et pa fois à leurs propres dépens. De semblables personnages : pouvaient pas échapper à l’œil observateur d’un homn: constamment à [a recherche de nouveaux organes.

A côté de gens si gais, si malins, Gall en aperçe d’autres doués de bonnes qualités et de beaucoup d’intell: gence, mais qui sont toujours sérieux et qu’un trait sp rituel fait à peine sourire. Ce contraste frappe le père « la phrénologie, et devient pour lui la semi-—preuve de l’exi tence d’un organe particulier, Vite il recherche les bomm: d’un esprit caustique ; il rassemble les bustes, les portrai des hommes célèbres par leurs écrits saliriques el spirituels et tous ces personnages lui présentent la même conformatic de la tête, tous ont les parties antérieures, supérieures | latérales du front, très-fortement bombées en avant ét for mant comme deux segmens de sphère appliqués sur crâne.

Henri IV, Cervantes, Rabelais, Marcé, Boileau, Voltaire Piron, Sterne, on! servi de base aux observations de Gall qui les a reconnus gens d’esprit, doués d’une forte dos de gaité.

Pour donner une juste idée de la faculté de l'organe, Ga: prévient, dans son ouvrage, qu’il n’a pas trouvé de meilleur: méthode que de la décrire comme déterminant le caractèr

LA

intellectuel prédominant du caustique Rabelais, du satirique Boileau, du spirituel Piron, etc.

Nous n’avons pas la prétention de décrire mieux que Gail la saillie de l’esprit, en conséquence nous nous bornons à rappeler qu’il est situé aux parties antérieures, supérieures et latérales du front. C’est lui qui, « dans le masque de Vol- » taire, forme de chaque côté des espèces de cornes, presque » au haut du front. »

Néanmoins nous devons faire observer qu’elles ne sont pas constamment une preuve d'esprit, car dans la société on voit ässez souvent des fronts à cornes , dont les propriétaires n’ont ni gaité, ni saillies; en général ils sont moroses, toujours disposés à médire des femmes et du mariage. Paul de Kock à publié un ouvrage sur te genre de front.

Personne n’a possédé mieux que le philosophe de Ferney, l'art de répandre dans ses écrits une maligne gaité et un véritable esprit de saillie plein de causticite. A défaut descornes Phrénologiques dont nous venons de parler, son vaste front suflirait pour annoncer l’homme de génie.

Voyez planche 1re, fig. 26.

On présume sans doute que les phrénologiens n’ont point doté les animaux de l'esprit de saillies; cependant M. Brous-

sais pense « qu’il peut exister chez eux quelque chose d’ap- » prochant. J'ai, moi, dit-il, ma conviction qui me porte à » faire faire cette observation. Tous les jeunes animaux » jouent, plaisantent..…. Qui n’a pas vu de petits chiens, » de petits chats jouer ensemble? fl faut que l’on con- » vienne que dans leurs gestes, dans leur manière de mani- » fester leur joie intérieure, il y a quelque chose qui nous » fait rire. »

Oh! nous en convenons.

Il est étonnant que Spurzheim n'ait pas donné à l’esprit de saillies une de ces dénominations qui ont aussi quelque chose qui fait rire. Comment a-t-il laissé echapper l’occasion d'enrichir le vocabulaire phrénologique de quelque joli mot nouveau , il n’a donc pas songé à spirilutivité? quel

dommage! Bonus dormitat Homerus.

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