ET BEAUTÉ MORALE
fort laid nous inspire une prévention très-favorable, en un mot il nous plaît. Ces deux impressions, qui semblent opposées aux effets que doivent nalurellement produire la beauté et la laideur, sont une preuve frappante de l'existence et du pouvoir des signes physiognomoniques : la belle femme déplaît, parce que la physionomie de tout son individu présente, malgré la beauté de son visage, des indices évidens - de la laideur de son âme, de la fausseté de son caractère ; tandis que des signes irrésistibles annoncent [a bonté, la beauté morale de cet homme qui nous plaît en dépit de sa laideur. Ainsi, dans ces deux cas, nous résistons à l'influence ordinaire de la beauté, à celle de la laideur , et nous ne sommes sensibles qu'a l'impression des indices physiognomoniques, tant il est vrai que les qualités morales ont des attraits pour tous les individus , et que « chacun des mouyemens de l’âme » se peint sur le visage en caractères clairs, évidens, aux— » quels nous ne pouvons nous méprendre. |
Interrogez-vous, dit le philosophe Diderot, à l'aspect d’un homme et d’une femme , et vous reconnaîtrez que c’est toujours l’image d’une bonne qualité, ou l'empreinte plus ou moins marquée d’une mauvaise, qui vous attire ou vous repousse.
Quel que soit le caractère d’un homme, si sa physionomie habituelle est conforme à l’idée que vous avez d’une vertu, il vous attirera; si sa physionomie habituelle est conforme à l’idée que vous avec conçue du vice, il vous repoussera,
Si l’âme d’un homme, ou la nature, a donné à son visage Vexpression de la bienveillance, de la Justice ou de la liberté, Yous le sentirez, parce que vous portez en vous-même des images de ces vertus, et vous accueillerez celui qui vous les ännonce. Ce visage est une lettre de recommandation, écrite dans une langue commune à tous les hommes.
Il peut arriver cependant à des personnes douées des plus heureuses qualités, d'inspirer d’abord un sentiment peu favorable; mais comme le remarque Bernardin de Saint-Pierre, Si quelquefois la vertu déplaît, c’est qu’elle se montre sous l’apparence de la dureté , de l'humeur, de l’ennui, ou de quelque autre vice qui nous rebute, car la laideur naît du vice, la beauté de a vertu, et seuvent ses caractères s’impriment dès la plus tendre enfance, par l’éducation.
On peut objecter qu'il y à des hommes beaux et vicieux,
d’autres laids et vertueux. En effet on a vu d’infâmes sc: rats ayant une superbe figure , mais ces exceptions, d’aill fort rares, ne contredisent point l'harmonie de la be morale et de la beauté physique, elles tiennent à des caà particulières, dont l'antiquité nous offre l’exemple et l'ex cation dans Socrate et Alcibiade,
Né pauvre, Socrate fut malheureux et viciéux dans so fance; lorsqu'il se corrigea, sa figure avait reçu l'empre de ses travers, et l’âge adulte l'avait rendue ineffaçable, Qu à l’heureux Alcibiade, né au sein de la fortune, les s& leçons de Socrate développèrent en même temps la beaut son âme et celle de son corps, leur harmonie fut parfaite le visage d’Alcibiade eut le temp$ d’en recevoir l'heure empreinte; mais plus tard, de mauyaises sociétés pervertii son caractère, et il ne lui resta que la physionomie d vertu.