PHYSIOGNOMONIE CARACTÉRISTIQUE DES PASSIONS
Lorsque l’âme est tranquille, dit Buffon, toutes les parties du visage sont dans un état de repos, leur proportion, leur union, leur ensemble, marquent encore la douce harmonie des pensées et correspondent au calme de l’intérieur; mais lorsque l’âme est agitée, la face humaine devient le tableau vivant où les passions sont rendues avec autant de délicatesse que d'énergie, où chaque mouvement de l’âme est exprimé par Un trait, chaque action par un caractère dont l’impression vive et prompte devance la volonté, et rend au dehors, par des signes pathétiques, les images de nos secrètes agitalions.
Hyppocrate recommande de connaître avec soin les chang mens extérieurs qui surviennent et qui dépendent de l’ef des passions ou des impressions. Par exemple, les dents so agacées par le frottement de la méule d’un moulin, les jamh tremblent à la vue d’un précipice près duquel on passe, . vue soudaine et inattendue d’un serpent couvre le visage d’u pâleur verdätre ; il faut savoir comment les terreurs, la p: deur, les chagrins, le plaisir, la colère et autres sentim agissent, car alors certains organes sont plus particulièreme affectés, et on observe des sueurs, des palpitations, qui dépe dent de ces causes morales.
« Les passions, dit l'éditeur de Lavater, considérées rela » vement à la physiognomonie et aux arts, doivent être r > gardées comme des phénomènes de l’économie vivante, q; » commencen!{ en dedans et s’achèvent en dehors, soit da: » les traits de la physionomie, soit par l’ensemble du mou » vement de tout l’intérieur de l’organisation.
& Tous les mouvemens du visage et de l’extérieur du cory » hümain, dans les passions, ne peuvent avoir lieu que de tra » manières, par convulsion, par resserrement, par expañ D S20N. » ;
Ainsi, selon leur expression, les passions peuvent être ray portées à trois classes, savoir :
19 Les passions... Convulsives ;
20 Les passions... Oppressives ;
50 Les passions... Eæpansives.
« Les changemens organiqnes qui constituent les caractère » des passions, sont de différente nature ; les uns consister » dans des mouvemens réguliers des muscles du visage, sou » l'empire de la volonté ; les autres sont primitifs, involon » taires, compliqués, et se passent dans plusieurs organe » différens que la passion a plus ou moins intéressés, suivan » que dans son développement elle a été plus ou moins lenté » ou plus où moins prompte, plus ou moins profonde at » énergique, plus ou moins liée à l'intelligence et au sentii » ment, Ou à la vie animale et aux besoins physiques.
« Les signes simples, primitifs et involontaires, sont les dif » férentes contractions des muscles du visage, et les mouvé » mens, les changemens de forme de diverses parties de 1 » face par l'effet de ces différentes contractions.
« Les mouvemens calculés et volontaires des muscles de
« différentes parties du visage, de la tête, des bras, des « jambes, de la totalité du corps, sont évidemment des phé- » pomènes secondaires ajoutés à la passion. » - Dans chacun de ces signes, le mouvement qui s'opère ne vient pas immédiatement des organes où la passion est plus vivement éprouvée, mais du cerveau qui agit régulièrement sur les muscles mis en mouvement et employés à l'expression, Examinons maintenant les caractères particuliers qui distinguent les diverses espèces de passions.
Première classe... Les passions convulsives sont ainsi nommées, parce que non-seulement elles déterminent des mou-
yemens dans les muscles, mais qu’en outre elles produisent q
des altérations très-marquées dans la circulation et dans la respiration. Ces altérations sont caractérisées par la rougeur - ou la pâleur du visage et des oreilles, par le rire convulsif, l'oppression, les sanglots, le hoquet, l’étouffement, l’angoisse. Nous avons conou un sepluagénaire qui avait conservé toute la vivacité de la jeunesse, et dont les mains ainsi que les ongles pâlissaient subitement, lorsqu'il éprouvait un mouvement de colère,
On doit ranger dans cette classe la colère, la fureur, l'emportement, l’effroi, la douleur physique, le désespoir, la fureur érotique, et toutes les autres passions dont l’expression est convulsive, involontaire, égarée, et parfois sem— blable à un accès de manie.
La figure 18, planche 2me, offre un exemple de passion conxulsive ; elle représente le transport de rage d’un homme grossier, souffrant et sans énergie.
» Les expressions convulsives sont toutes violentes, subitcs.
Les signes primitifs involontaires dominent dans ces expressions, composées en général de véritables attaques de nerfs, d'accès de délire et de rage; de regards égarés et enflammés, de changement de couleur; de décomposition des traits.
Les expressions convulsives ne sont pas exclusivement Propres aux passions violentes et à la douleur physique. Elles appartiennent aussi à plusieurs sentimens agréables, très-vifs ; et la joie, l'amour, ont leurs signes involontaires, leurs spasmes, leurs transports, quelquefois aussi dangereux que ceux de la fureur et du désespoir.
La colère est la plus violente des passions convulsives. Dans le chapitre suivant on verra ce que Lebrun a dit de
cette passion; mais auparavant voici comment Cureau de Chambre l’a décrite :
La colère entre avec impéluosité dans l'âme, ou plut elle n'y entre pas, elle y tombe comme la foudre qui frapp à l’impourveu, et qui ne met point de temps entre la chu et l’embrasement qu’elle cause. Ce qui reste de raison | d'esprit alors est employé pour saisir et rapprocher tout « qui peut exagérer l’offense et l’injure; il y a des passage subits des vociférations et d’une volubilité insolente à un si lence farouche : la tête est violemment et irrégulièremer agitée ; il y a des grincemens de dents, des serremens con vulsifs des mâchoires, les yeux se meuvent avec rapidité sont souvent tournés de travers; tantôt ils semblent tour ner, tantôt ils semblent s'arrêter : on y voit une tristess farouche, une sécheresse étincelante, une inquiétude fièr et hagarde ; les lèvres sont quelquefois tuméfiées et renve sées, couvertes de l’écume de la rage. La voix d’abord aiguë devient sourde et affreuse; la parole est entrecoupée. Enfin l’homme en colère a le visage enflammé et boursoufflé A veines du front, du col et des tempes, enflées et tendues: 1 pouls lui bat avec promptitude et véhémence ; la poitrint s'élève par grandes secousses et fait une respiration vio4 lente et précipitée ; ensemble de signes et d'expressions, q offre la réunion de ce qu'il y a de plus difforme dans les plus cruelles maladies, et de ce qu’il y a d’horrible dans le animaux les plus farouches.
2€ Classe. Les passions oppressives naissent d’un sentiment profond, qui se concentre à la région du cœur € semble le comprimer. Cette classe comprend la tristesse qu est la douleur de l’âme, la timidité, la crainte, la jalousie l'envie, la dissimulation, l'abattement, l'inquiétude.
La fig. 19, pl. 2e, est celle d’un homme en proie à la tris2 tesse, mais qui supporte sa douleur avec résignation, espoif et confiance dans l’avenir.
» Dans un grand nombre d’expressions oppressives, lee Signes volontaires et les signes involontaires se trouvenh réunis; et les signes involontaires ne dominent que dans lé cas où l'expression est plus vive, plus forte, comme dans lé pleurer, les sanglots, les transports de la haine et de jalousie: qui lient en quelque sorte les expressions oppressives aux expressions spasmodiques et violentes. »
» Les passions correspondantes aux expressions oppressives, sont en géneral tristes, chagrines, haineuses, timides et sombres. »
- Le soupir est le degré le plus faible de ces expressions pressives.
… Lorsque l’on vient à penser tout-à-coup à quelque chose que l’on regretie vivement, dit Buffon, on ressent un res— serrement, un tressaillement intérieur. Ce mouvement du iaphragme agit sur les poumons ; les élève, et occasionne ne inspiration vive et prompte qui forme le soupir; et orsque l’âme a réflechi sur la cause de son émotion, et qu’elle ne voit aucun moyen de remplir son désir, ou de faire cesser ses regrets, les soupirs se répètent, et la tristesse succède à ces remiers mouvemens.
. 5° Classe. Les passions expansives procurent une douce sensation, une sorte de dilatation agréable de l’organisation ; elles ont un attrait particulier, un charme qui épanouit l'âme etembellit l'existence. Telles sont l'amour, les affections le famille, la piété, l'admiration, l'ambition généreuse, la déolion, qui est une espèce de tendresse.
* La figure 20, planche 2e, « représente une femme pieuse, 5 d'attention, qui promet une grande droiture de sens tune fidélité à toute épreuve. Elle écoute avec simplicité, ans finesse et sans malice; elle s’abandonne tranquillement ux idées agréables qui l’occupent, et y réfléchit à son aise. B'attitude aussi est celle de l'amour attentif, qui ne connaît lbprojet, ni intrigue, et que rien ne peut détourner de son tlâchement. »
Les deux caractères généraux que l’on retrouve dans Oüles les expressions de ce genre, sont l’afflux d’un sang ar- 1 dans le réseau des vaisseaux capillaires du visage, et ‘épañouissement de la face par la contraction des muscles ul agrandissent transversalement les traits. Les muscles Y80matiques (grand et petit zigomato-labial) ont, dans l’exression de ces passions, un rôle non moins important que lui des muscles sourciliers (naso-surcilier) dans les passions pressives ; et il est à remarquer que ces muscles ont dans urs fibres et leurs mouvemens une direction opposée. » La joie et l’amour sont les deux passions expansives dont As caractères peuvent le mieux servir de terme de comparain pour toutes les autres.