Une actrice sauvée pas* Marie
Dans un quartier isolé de la ville de Dunkerque, quartier principalement fréquenté par les pêcheurs
de la côte qui viennent y débiter leur poisson, se trouve une statue de la Vierge, vénérée par ces pauvres gens.
Ce n'étaient pas eux cependant qui, pendant tout l'été de l'année 4854, venaient tous les jours apporter des fleurs nouvelles aux pieds de la Madone.
Cet acte de dévotion était, l'aurai t-on pensé ! l'œuvre d'une actrice de bas étage qui, au milieu de sa vie aventureuse, avait conservé, de tous les principes qu'une éducation pieuse avait pu lui donner, un profond sentiment d'amour et de confiance en la Mère de Dieu.
Par une nébuleuse soirée de l'hiver suivant, une famille du voisinage s'assemblait pour le repas du soir, après une laborieuse journée. On s'aperçut alors qu'un condiment assez essentiel manquait à table ; mais, comme il faisait un temps affreux, une de ces tempêtes que les ports de mer seuls connaissent, il fut unanimement décidé qu'on se passerait de cet assaisonnement plutôt que de faire sortir la domestique par une nuit aussi épouvantable. N'écoutant que son zèle, cette fille s'échappa néanmoins furtivement pour aller chercher ce qui manquait à ses maîtres. Elle ne tarda pas à rentrer, mais fort émue, ayant trouvé, dit-elle, une femme évanouie dans la neige, au pied de la statue de la sainte Vierge.
On courut aussitôt secourir l'infortunée, qui fut transportée dans la maison auprès d'un bon feu, où
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les soins les plus empressés la firent revenir de son évanouissement. « C'est Marie qui m'a sauvée! » s'écria-t-elle aussitôt qu'elle put articuler quelques mots.
Cette femme était la pauvre comédienne, réduite à la pius affreuse position par la faillite récente d'un directeur de théâtre. N'espérant trouver aucune ressource dans une ville où elle ne connaissait personne, et n'ayant pas le moyen de la quitter, elle était sortie de chez elle avec le funeste projet de se noyer dans le port ; mais il fallait passer devant la sainte image... Elle voulut y faire une suprême prière; ce fut là qu'elle perdit l'usage de ses sens.
La charitable famille qui l'avait recueillie pourvut à ses besoins les plus pressants, et lui fournit les moyens de se rendre à Paris. Puisse-t-elle s'y être souvenue de la protection providentielle de la Mère de Dieu, qui lui avait donné une preuve signalée de sa protection en l'arrêtant au passage, alors que, dans son désespoir, elle était sur le point d'abandonner aux ilôts sa vie et son éternité I
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«Voici, écrivait de Rome un officier, en mai 1850, voici un miracle arrivé dernièrement ici, et qui rappelle celui qui eut lieu pour M. Ratisbonne.
« Un de nos officiers, M. G..., se promenait aux environs du Vatican avec sa femme et ses deux en-
fants, âgés, l'un de douze ans, l'autre de dix. C'était quelques jours avant la rentrée du Saint-Père. Madame G... est protestante; seulement il faut dire qu'au moins, jusqu'alors, elle s'était acquittée fidèlement de ses devoirs selon sa croyance : « Aussi, « disait-elle dans ce moment même à son mari, je « ne vois pas ce que je pourrais faire de plus si j'é- « tais catholique. » Soit curiosité, soit pressentiment irrésistible, madame G... témoigna à son mari le désir de voir les appartements du pape. Celui-ci voulut la satisfaire, et les portes leur furent ouvertes. En parcourant les principales pièces du palais, on arriva à la chapelle particulière du pape. En y entrant, madame G... aperçut un prie-Dieu couvert d'un tapis de velours rouge; pensant avec raison que c'était la place où Pie IX implorait chaque jour pour l'univers les bénédictions du Seigneur, elle s'y agenouilla, persuadée qu'elle y recueillerait du bonheur pour elle et pour les siens. La tète appuyée dans ses mains, elle pria fervemment pendant quelques minutes, et par une pieuse habitude, en opposition pourtant avec les principes de ses coreligionnaires, elle recommanda ses enfants à la sainte Vierge. Elle leva ensuite les yeux, et vit au-dessus de l'autel une dame environnée d'une auréole éblouissante, qui tenait ses deux enfants par la main, et devant l'autel le pape tourné vers elle... Frappée et émue tout à la fois d'un tel spectacle, sa tendresse maternelle se
trouva surtout alarmée, et son premier mouvement fut de s'assurer si ses deux fils étaient encore à ses côtés. Son émotion était si visible, que M. G... en eut de l'inquiétude. Pour la dissiper, elle prétexta une petite indisposition, sans s'expliquer davantage; mais l'empreinte de ce tableau était tellement gravée dans son esprit, qu'elle ne l'oubliait pas un instant.
« Quelques jours après, le 12 avril, à l'arrivée du Saint-Père, madame G... se rendit, avec beaucoup d'autres dames, à la tribune qui leur était réservée dans la basilique de saint-Jean de Latran. A peine eut-elle aperçu le pape, que madame G... reconnut parfaitement tous les traits de Pie IX, tels qu'elle les avait vus dans la chapelle. Elle fut déjà vivement saisie; mais, lorsqu'elle aperçut au-dessus de lui, dans la même position et avec le même éclat qu'au Vatican, l'image de la très-sainte Vierge, elle ne fut plus maîtresse de son émotion, et l'on crut qu'elle allait se trouver mal. Ayant repris ses sens, elle dissimula la cause de son trouble, et garda encore son secret.
« Un troisième assaut lui était réservé. Le jour fixé pour la réception des dames de nos officiers par Sa Sainteté, madame G... se trouva des plus exactes au rendez-vous. Tout le monde était rangé sur deux lignes, au milieu desquelles le Saint- Père passait, en donnant sa bénédiction à droite et à gnuche. Arrivé devant madame G... et ses deux fils, le vicaire de
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Jésus-Christ s'arrêta, comme pour le représenter plus vivement, en caressant les enfants. 11 s'informa avec bonté des noms de ceux qui étaient à ses pieds, leur donna à chacun un chapelet, et semblait vouloir les gratifier d'une bénédiction particulière, en posant ses mains sacrées sur leurs deux têtes. L'heureuse mère était ivre de joie. Mais qu'éprouva-t-elle, lorsqu'elle vit encore au-dessus du souverain pontife, et de la même manière que les deux fois précédentes, l'éclatante image de Celle que les catholiques appel- \entU Mère de Dieu!... Madame G... s'était sentie, dès la première et la deuxième apparition, pressée de quitter sa religion ; elle avait résisté ; mais à la troisième elle se rendit. Après avoir passé la nuit suivante dans les larmes, elle déclara à son mari qu'elle était résolue à abjurer le protestantisme. Celui-ci seconda sa résolution, et l'abjuration se fit avec toutes lescérémoniesprescrites, levendredi!7mai,dansune chapelle intérieure de la Trinité-du-Mont ; et le jeudi suivant madame G... put s'asseoir à la sainte table avec son mari et ses deux enfants. Le cardinal-vicaire leur donna la communion, et il confirma ensuite la nouvelle catholique.
« Au moment où "le cardinal et sa suite allaient se retirer, le brave M. G... détacha de sa poitrine sa décoration, et demanda à tracer quelques lignes dont voici à peu près le sens : « Les grâces que j'ai reçues « aujourd'hui ainsi que ma famille sont si grandes,
« que je né saurais trop les reconnaître. Ma décora- « Lion est ce que j'ai de plus précieux; je la laisse a sur l'autel de la sainte Vierge, comme un lémoi- « gnage de ma reconnaissance. »
a Le même officier dit le soir à plusieurs d'entre nous: « Savez -vous que j'ai communié ce matin, et a que je n'ai jamais été aussi fier ni aussi heureux? « Voyez-vous, il n'y a que cela pour donner le boncdieur. » (Rome en 1848-49-50.)