Un pendu qu'on ne peut pas étrang-ler
Le bienheureux Pierre d'Armangand, religieux de l'ordre de la Merci pour le rachat des captifs, était venu à Bougie, célèbre ville de l'Algérie, pour racheter un certain nombre d'esclaves. En homme vraiment charitable, il s'engagea à demeurer volontairement en otage pour la délivrance de quelquesuns de ces pauvres captifs, jusqu'à ce que son confrère, Guillaume de Florence, qui conduisait les rachetés en Espagne, fût venu rapporter leur rançon. Pendant ces quelques jours son zèle ne s'était pas seulement, employé auprès des captifs, il avait même prêché l'Évangile aux musulmans. C'était un crime que l'on ne pardonnait jamais. Condamné à être pendu, on le tira de son cachot, on le conduisit hors de la ville, et là, à la vue de tout le peuple, il fut pendu et secoué si longtemps à la potence, que le bourreau ne le quitta point qu'il ne le crût mort. On l'y laissa attaché pour servir d'exemple public, et pour assouvir la rage des patrons intéressés, qui voulurent que son corps servît de pâture aux corbeaux et aux autres oiseaux de proie. Six jours après
l'exécution, le vénérable Guillaume de Florence, son compagnon, qui avait conduit les esclaves en Espagne et qui s'était chargé d'apporter leur rançon, débarqua au port de Bougie, avec les mille ducats (environ dix mille francs) qu'il avait reçus. A son arrivée, les Turcs donnèrent un si bon ordre au port, qu'il ne sut rien de la triste catastrophe de son confrère, et qu'ils reçurent son argent avant qu'il eût appris sa mort. Il marcL il dans la ville, le cœur plein de joie dans l'espérance de l'aller embrasser; mais, hélas ! elle fut bientôt changée en larmes et en soupirs, lorsque, s'informant à quelques-uns de l'état de sa santé, ils lui dirent tout bas à l'oreille qu'il avait été pendu. Il eut beau reprocher aux Turcs leur cruauté et leur avarice, on lui dit, pour se justifier, que, son compagnon ayant mal parlé de Mahomet, leur grand prophète, et de son Alcoran, et ayant même con* verti quelques Maures, il s'était attiré ce châtiment. Guillaume, sensiblement affligé de leur précipitation, les supplia de lui permettre au moins de re* tirer son corps du gibet pour l'enterrer; ce qu'ils lui accordèrent. Il alla au lieu où il avait été exécuté, accompagné de plusieurs Turcs et de quelques matelots de la barque qui l'avait apporté à Bougie. Du plus loin qu'il aperçut son cadavre, qui pendait encore au gibet, il s'abandonna aux larmes et aux regrets les plus amers. Arrivé en présence de l'instrument du supplice, il ne put s'empêcher de
témoigner hautement au saint le déplaisir extrême qu'il avait de sa mort. M.tis quelle ne fut pas sa surprise d'entendre saint Pierre d'Armangand, c'est-àdire le religieux pendu, lui dire : « Mon cher père, ne vous affligez point ; je suis vivant, par la grâce de Dieu et par la protection toute-puissante de la très-sainte Vierge. Les Turcs, avec tous leurs efforts, n'ont pu me faire mourir, parce que cette mère de bonté m'a défendu de leur violence, et a empêché que la corde qui me serrait la gorge ne m 'étranglât; en effet, elle a eu la bonté de me soutenir invisiblement,afin que la pesanteur de mon corps ne me suffoquât point. Ah ! qu'il est avantageux de souffrir en ce monde pour l'amour et la cause de notre Dieu, qui protège par de si éclatants miracles ceux qui espèrent en lui. Non-seulement je n'ai souffert aucune douleur, mais j'ai ressenti des joies ineffables dans le fond de mon âme, depuis six jours déjà que je suis attaché à ce gibet. » A ces paroles, le vénérable Guillaume changea ses larmes de tristesse en des larmes de joie, et ses plaintes en actions de grâces. Aidé de ceux qui l'avaient accompagné, il détacha saint Pierre d'Armangand de la potence pour l'embrasser et pour lui témoigner le plaisir qu'il avait lie le voir en vie. Ce prodige étonnant frappa si fort plusieurs Maures et plusieurs Turcs, qu'ils se convertirent et demandèrent le baptême. Le bruit de ce miracle s'étaut répandu dans la ville de Bougie, tout
le monde sortit pour voir le saint martyr; chacun voulut être témoin oculaire d'une merveiile sans exemple, aussi extraordinaire que la résurrection d'un mort. Cependant le père Guillaume de Florence alla réclamer ses mille ducats, puisque les patrons qui les avaient reçus n'y avaient aucun droit par. l'injustice qu'ils avaient commise en faisant mourir le saint. L'affaire fut portée au divan ou conseil qui, voulant faire quelque réparation à saint Pierre d'Armangand, fit rendre la liberté à vingt-six autres esclaves en retour de cet argent. Le saint ressuscité les emmena heureusement à Barcelone, où il fut reçu comme un martyr vivant, avec des cérémonies extraordinaires, et aux acclamations de tout le peuple, qui ne pouvait se lasser d'admirer la puissance et la bonté de Dieu dans une conservation si miraculeuse. Pour prouver en quelque sorte la vérité de ce prodige, Dieu permit qu'il eût le cou légèrement tordu le reste de sa vie, et qu'il lui demeurât sur le visage une pâleur qui le faisait plutôt ressemblera un squelette desséché qu'à un homme vivant. (M*' Pavy.)
fiS"y. — Derniers jours d'an condamné.
Un prêtre sortait d'une grande prison de Paris, quand un gardien lui dit: « Nous avons ici un homme condamné à mort. Plusieurs de vos confrères ont essayé de lui parier de religion, et il les a repoussés.,.
Il est furieux, il veut se briser la tête contre les murailles, il a fallu le mettre au cachot. Voulez-vous le voir ? — Oui, certes, répondit le prêtre, je veux le voir. » On le conduisit par un corridor sombre et souterrain, la porte du cachot s'ouvrit devant lui, et il vit un homme couché sur un lit de fer, enveloppé dans une chemise de fer. A la vue d'une soutane ses yeux s'enflammèrent, et il jeta celte parole au prêtre : « Que venez -vous faire ici, malheureux prêtre? n'aije pas dit que je ne voulais pas me confesser ? sortez, sortez ! — Mais, mon ami, lui répondit le ministre de Dieu, je ne viens pas vous confesser malgré vous, vous êtes seul, vous devez vous ennuyer beaucoup, et je viens vous consoler un peu. — A la bonne heure, lui fut-il répondu, vous m'avez l'air d'un brave homme, vous ; asseyez-vous là ; » et il lui montra une grosse pierre qui était dans le coin du cachot. Le prêtre ne se le fit pas dire deux fois, il accepta le siège. Le prisonnier lui raconta son histoire : c'était un jeune homme de vingt-neuf ans, issu d'une honnête famille, mais dont l'éducation religieuse avait été complètement négligée. Depuis l'âge de douze ans il courait le monde, et il avait commis tant de crimes qu'il s'était fait condamner à mort. Quand il eut achevé son histoire, le prêtre essaya de la lui faire raconter de nouveau en forme de confession. Il s'en aperçut, et voilà une explosion d'horribles blasphèmes qui s'échappe de sa poitrine. Il ne fut possible
PORTE DU CIEL. lef
d'obtenir de lui que la promesse qu'il réciterait chaque jour la prière : Souvenez-vous, ô très-pieuse Vierge Marie... Bien des fois le prêtre revint, et ses visites étaient toujours stériles : ce malheureux était persuadé que ses crimes étaient trop grands, qu'il n'y avait plus de miséricorde possible pour lui, qu'il n'y avait pas de bon Dieu, disait-il, capable de lui pardonner. Un jour, pourtant, qu'il racontait de nouveau son histoire, le prêtre, qui était devenu son ami, l'interrogea comme on interroge quelqu'un qui se confesse ; il s'en aperçut et il se laissa faire. Quand il eut tout déclaré, le prêtre lui dit : « Votre confession est faite maintenant, il ne vous reste plus qu'à vous repentir, o Le prenant alors, il le met à genoux sur son lit, il appelle les bénédictions de Dieu sur sa tête, il le conjure de détester ses fautes, quand il entend s'échapper de sa poitrine un profond soupir qui est bientôt suivi de ces paroles: a Oh! oui, je me repens ! que vous êtes bon, que vous m'avez fait de bien ! vous m'avez tiré un poids de plus de quatre cents livres de dessus le cœur ! » Puis, essuyant avec sa main une larme qui tombait de ses yeux : « Que c'est drôle, dit-il, je pleure! moi qui n'ai jamais pleuré ! J'ai vu mourir ma pauvre mère que j'aimais; j'étais peut-être cause de sa mort, et je n'ai pas pleuré ! je me suis entendu condamner à mort, et je n'ai pas pleuré ; tous les matins, quand je voyais le soleil paraître à ma lucarne, je me disais : « C'est
peut-être pour la dernière fois, » et je ne pleurais pas, mon père, et aujourd'hui je pleure ! Oh ! que Dieu est bon et que la religion est belle ! Que j'ai de douleur de ne les avoir pas connus plus tôt ! je n'en serais pas là. » Et puis, tombant de son lil à genoux, il prend le prêtre par la soutane et lui dit : « Mettezvous là à côté de moi, et prions ensemble, car, si je prie seul, Dieu n'écoutera pas un homme comme moi. » Le prêtre se jeta à genoux, tous les deux pleuraient, et, quelques jours après, ce malheureux jeune homme, résigné et repentant, portait sa tête sur l'échafaud. Espérons que Dieu lui aura fait miséricorde.
ISS. — SfarSe ccnsole un con^awnè à mort à sa dernière heure.
Le [G octobre 1858 était le jour fixé pour l'exécution du condamné Joachim Demai. jeune soldat italien, âgé seulement de vingt-deux ans, de la légion étrangère, coupable d'avoir, dans l'ivresse, blessé un de ses camarades et levé le poignard contre un de ses chefs. Averti, la veille du supplice, que le pourvoi en grâce était rejeté, et qu'il ne lui restait plus que quelques heures à vivre, il se livra aux transports du désespoir le plus violent. En vain M. Martin, directeur de la prison, dont la conduite dans cette circonstance, comme toujours, est vraiment digne d'éloges, l'exborta-t-U à chercher dans la religion les
consolations que les hommes ne pouvaient plus lui donner, en vain l'aumônier vint-il lui rappeler les miséricordes du Seigneur, toujours prêt à le recevoir quand le monde le rejetait, on ne put rien gagner sur son cœur : à toutes les exhortations il répondait par des blasphèmes affreux, allant jusqu'à nier l'existence de Dieu, à traiter Jésus-Christ d'imposteur, et jurant qu'il ne se confesserait jamais. S'il permit à l'aumônier d ' revenir auprès de lui, ce fut à la condition qu'il ne lui parlerait ni de confession ni de religion. Le minisire de Dieu, voyant l'inutilité de ses efforts, appelle à son aide un autre prêtre dont il avait plus d'une fois éprouvé le zèle, et qui, à cause de la connaissance qu'il avait de la langue italienne, pourrait peut-être exercer une salutaire influence sur le malheureux condamné. M. l'abbé Millot, secrétaire du vicariat général, s'empresse de se rendre à cette invitation. Il vient trouver dans son cachot le pauvre Joachim et l'exhorte, mais sans plus de succès, à penser à son âme. Voulant tenter un dernier effort, il demande à rester seul avec l'infortuné, et commence à lui parler de Marie, le refuge des pécheurs.
« Ayez confiance en Marie, lui dit-il, voici une médaille : elle représente Notre-Dame des Victoires ; elle a été frappée pour la conversion des pécheurs. » Au nom de Marie, le visage de Joachim s'épanouit et une transformation semble s'opérer dans le cœur du
condamné. « Merci, Monsieur l'abbé, dit-il, merci ; je l'accopte avec reconnaissance. » Et considérant la médaille : i Quel est, demanda-t-il, cet enfant que la sainte Vierge tient entre ses bras ? — Mon ami, c'est son Fils Jésus, notre Sauveur. — Pourquoi ce globe qui est sous ses pieds ? — Mon enfant, c'est le monde ; on a voulu exprimer par ce symbole que Jésus-Christ est venu racheter tous les hommes sans exception. — Et pourquoi ce petit enfant a-t-il les bras ouverts ? — Mon bon ami, c'est pour recevoir tous les pécheurs et les presser sur sa poitrine. Voyez, il vous tend les bras, il vous invite à venir à lui ; abandonnez-vous à son amour. ;>
Le jeune homme, vaincu par la grâce, ne résiste plus :
« Eh bien ! s'écria-t-il tout à coup, qu'on me donne des livres italiens pour me préparer à recevoir les sacrements ; à trois heures, je suis à vous. »
Et il embrasse le prêtre. Il était alors minuit.
Durant ce long intervalle, le condamné resta dans un recueillement profond, n'interrompant que par ses sanglots le morne silence qui régnait dans son cachot. A trois heures il commença sa confession, après laquelle il parut un homme nouveau. Résigné à son sort, il ne pensa plus qu'au bonheur de recevoir son Dieu. A cinq heures, M. Millot dit la messe dans sa cellule, et lui donna la sainte communion ; une messe d'action de grâces fut ensuite célébrée par
l'aumônier. Durant tout ce temps, la piété la plus vive parut sur son visage. Enfin l'heure du départ arrive; le condamné fait ses adieux à ses compagnons de captivité, plein de courage et de force, tandis que tous les assistants fondent en larmes. Au moment de sortir, il se tourne vers les deux prêtres qui avaient passé la nuit dans sa prison :
« M'accompagnerez -vous l'un et l'autre au lieu de l'exécution ? leur demanda-t-il d'une voix ferme. — Ce sera comme vous voudrez, répondent-ils : mais peut-être auriez-vous encore quelque chose à dire à votre confesseur? — Je n'ai plus rien à dire : je suis heureux maintenant ; il ne me reste qu'à demander pardon des blasphèmes que j'ai prononcés hier ; mais, que voulez-vous ? ma tête n'y était pas ! »
Un instant auparavant il avait reçu le scapulaire et mis sur sa poitrine une petite croix, avec iaquelle il désirait mourir. Non content de cela, il voulut porter entre ses mains un grand crucifix bénit par le Souverain Pontife, que M. Millot avait rapporté de Rome. Enfin, le moment est venu :
« C'est l'heure, dit-il, le piquet est là, marchons. »
Et il s'avance, tenant constamment les yeux fixés sur son crucifix, qu'il appelle sa force et son soutien, et récitant pieusement le chapelet avec son confesseur. Souvent on l'entendait s'écrier en italien :
a Santa Crocc, sinte la mia forza. il mio confor/o ; cbmenlissimo Gcsu nn'o, crocifîsso per moi abbio/,0 >v'e(q
di me in questo critico momento. (Sainte Croix, soyez ma force et mon soutien ; très-clément Jésus, crucifié pour moi, ayez pitié de moi dans ce moment critique.) »
Chemin faisant, le prêtre voyant ses mains fatiguées par Peflbrl qu'il lui fallait faire dans ses menotes pour soutenir la croix : « Mon ami, lui dit-il, voulez-vous que je vous soulage en la portant moi-même devant vous?
— Non, non;» et il répétait toujours: uSanta Croce, « siate la mia forza. » Enfin, arrivé au lieu du supplice, il jette un regard sur la foule nombreuse accourue à ce triste spectacle, et s'écrie: «Siafattala volontàtua! (Seigneur, que votre volonté soit faite !)» Il voulait mourir debout et sans avoir les yeux bandés, afio de pouvoir contempler jusqu'au dernier instant le crucifix; mais son confesseur ne le jugea pas à propos: « Ne demandez rien, ne refusez rien, lui dit-il, faites jusqu'au bout la volonté des hommes, et par là vous ferez la volonté de Dieu. — Je le veux bien, répondit Joachim, sia fatta lavolontà tua (que la volonté de Dieu soit faite !) » Après ces mots, il demanda au prêtre une dernière absolution, baissa la tôle pour la recevoir, le remercia par trois fois, et l'embrassa à plusieurs reprises avec effusion. « Je suis prêt maintenant, » dit-il. On lit sa sentence, on lui bande les yeux, il s'agenouille ; quelques secondes après, une détonation se fait entendre, l'infortuné
tombe noyé dans son sang ; le pauvre Joachim avait cessé de vivre, h justice humaine était satisfaite, et cette âme pénitente, nous l'espérons, entrait dans son éternité pour y chanter à jamais les miséricordes deJésus et de sa douce Mère.
I "?Q. — L*e comte «le Fuguer.
Le jeune comte Théodore de Fugger, ancien élève du pensionnat de Fribourg, en Suisse, saisi par l'esprit révolutionnaire qui menaça l'Europe en 1848, avait pris une part active au mouvement parmi les insurgés d'Allemagne. Il fut arrêté, jugé selon la rigueur des lois, et condamné à la peine capitale. La prison lui ouvrit les yeux; il reconnut sa faute et l'expia par une mort édifiante. Voici sur cette mort deux lettres publiées par la Volhhalle en 1850, et traduites par les Précis historiques de Bruxelles. La première est du comte de Fugger lui-môme:
« Landau, 10 mars 18CJ.
oTrès-chers parents, « La grâce divine a enfin triomphé. Je viens de remplir mes devoirs de chrétien avant de paraître devant le tribunal de Dieu ; c'est-à-dire que j'ai fait mes
pâques non sous l'impression delà crainte, mais
sous l'impulsion d'une grâce toute spéciale, dont je suis redevable à la Mère de mon Sauveur, à laquelle je m'étais consacré il y a deux ans. Les liens de l'en-
fer sont rompus ; mon antechrist, c'est-à-dire mon esprit antireligieux, vient d'être foudroyé et précipité dans les abîmes de l'enfer. Ma foi s'est réveillée, et mon courage a acquis une nouvelle trempe.
«Ce n'est que maintenant que jeviens d'apprendre mon sort : mon confesseur vient de me faire connaître la sentence portée contre moi ; c'est la sentence de mort. Mort! voilà mon arrêt sans appel. A ce mot, mon sang a bouillonné dans mes veines ; tous mes sens se sont révoltés contre ma raison; il me semblait que je dusse me frayer un chemin à travers les murs de ma prison. Mais ma foi en mon Dieu qui m'a nourri dans son sacrement m'inspire un nouveau courage. Oh ! quel courage ! Oui, je reconnais dans sa sainte volonté mon plus grand bien, et j'adore cette
volonté suprême Elle veut que je sois fusillé
Eh bien, j'accepte de grand cœur ce genre de mort. Chers parents, pesez bien tous les termes de cette lettre.... ; mon âme s'est épanchée sur ce papier: ici point de mensonge, point d'hypocrisie. Je vous demande humblement un généreux pardon, une réconciliation pleine et entière; oui, chers parents, pardon, pardon 1 ! ! Dans le tombeau, plus de haine,
plus d'aversion ! Heureux celui qui meurt dans lafoi, car sur sa tombe veillent les anges du Seigneur, et, dans leur sublime essor, ils porteront son âme jusque dans le sein du repos éternel; et là, où le pécheur repentant est tombé, il verra son corps s'élever tout
rayonnant de gloire devant le Dieu des miséricordes. Heureux alors s'il m'est donné d'avoir part à cette faveur L.. Encore une fois, chers parents, pardonnez-moi ! je me suis rendu coupable envers vous de grands crimes Adieu Le juste vit éternellement et, dans cette espérance, je vous redis encore, du fond de mon cachot et marchant au supplice : Adieu ! à un revoir prochain ! mille salutations ! priez pour votre cher Théodore. »
La deuxième lettre, adressée à l'évêque de Spire, est du confesseur du jeune comte de Fugger;
« Landau, Il mars 1850.
o Monseigneur,
« Le sacrifice est consommé: le comte de Fugger vient de tomber sous les coups de la fusillade, aujourd'hui à six heures du matin, après une parfaite conversion, avec une résignation et un courage dignes d'un héros chrétien. Samedi il fit une confession généraient hier matin il reçut le saint viatique avec une indicible dévotion. Il se sentit soulagé et me dit, quand je le quittai : « J'ai le plus sûr gage de la vie a éternelle : Dieu m'a fait grâce et miséricorde, je le « sais, je le crois. C'est la consolation que j'ai dans «une mort que l'aimable Mère de Dieu a accordée à « mes prières. O douce consolation ! reste avec moi « pendant le trajet jusqu'au coup fatal ! »
« Samedi, à deux heures, je revins le trouver. Je
restai avec lui jusqu'au soir. La médaille delà sainte Vierge, qu'il me demanda et qu'il porta à son cou jusqu'au supplice, était l'objet de ses tendres effusions de piété. Oh ! que de fois je l'ai vu y coller ses lèvres, puis la saluer avec ces paroles : « Ave Mariai Mère « céleste, tu ne m'abandonnes point. » Un Ave Maria fut encore le salut qu'il me donna ce matin, ajoutant : « C'est encore par Marie que j'obtiens grâce auprès de a Dieu. Elle m'a obtenu un sommeil paisible. » Marchant au supplice, il me pressait souvent la main en disant : a Ave Mariai)) Et cela si haut que les assistants le remarquaient... Enfin, les yeux bandés, il me serra encore la main et me dit affectueusement : a Monsieur le curé, que Dieu vous récompense de « toutes vos peines! Ave Mariai » il se meta genoux, je recule, au même instant son corps tombe inanimé sous la fusillade.
« Tous les assistants furent émus et touchés jusqu'aux larmes à la vue de la résignation chrétienne, s'élevant jusqu'à l'héroïsme, que montra le jeune comte de Fugger en acceptant la mort. Dieu lui a accordé d'une manière visible l'assistance de sa grâce. Que sa miséricorde soit louée l »
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