‹ Nouveau mois de MarieChapitre 3 sur 121 · DU CULTE DE MARIE · texte numérisé non relu

DU CULTE DE MARIE

Pour trouver le principe de la foi en Marie, il faut remonter aux origines du monde. Quand Dieu chassa Adam du paradis terrestre, il lui promit qu'une femme viendrait, et que sous son pied serait écrasée la tête du serpent infernal. Dès lors tous les regards de l'homme tombé, toutes ses espérances, se tournèrent vers cette femme bénie, qui deviendrait sa libératrice. Dans la profondeur des âges, quand les patriarches racontaient à leurs fils l'histoire de la chute primitive, ils redisaient aussi la promesse du Seigneur, et tous leurs cœurs s'inclinaient vers celle que Dieu avait choisie, et qu'ils regardaient déjà comme leur Mère, leur Souveraine. A travers les

symboles de l'ancien monde, on apercevait toujours la sainte image de Marie.

C'était l'arche d'alliance revêtue d'un or très-pur, pour montrer sa charité. C'était la verge d'Aaron, fleurissant parmi toutes les autres qui restent sèches et flétries. C'était la toison de Gédéon, imbibée de la rosée céleste, lorsque toute la terre était brûlée du soleil. C'était la tour de David, de laquelle pendent mille glaives et mille boucliers, pour défendre les vaillants d'Israël. C'était Rachel, la plus belle des filles de Juda; Judith, qui sauve son peuple par son courage; Esther, qui le délivre par ses larmes; Suzanne, qui préfère la mort au péché.

Et non-seulement l'image de Marie, la femme libératrice, se conservait au sein de la vraie religion: le paganisme lui-même, au milieu de ses erreurs sans nombre, en avait conservé la mémoire.

Qu'on parcoure, en effet, les diverses régions du globe; qu'on fouille les annales religieuses des peuples, on trouvera la Yierge-Mère au fond de toutes les théogonies.

Au Thibet, au Japon, et dans une partie delà presqu'île orientale de l'Inde, c'est le dieu Po, lequel, pour sauver les hommes, s'incarne dans le sein de la jeune épouse d'un roi. En Chine, c'est Sching-Mou, dont le fils, élevé sous le pauvre toit d'un pêcheur, devient un grand homme et fait des miracles.

Les lamas disent aueBouddhah et né de la vierge

Maha-Mahai. Le législateur et le dieu de Siam doivent le jour à une vierge. LTsis zodiacale des Égyptiens est une vierge-mère. Celle des druides doit enfanter le Sauveur futur. Les brahmes enseignent que, lorsqu'un Dieu s'incarne, il naît dans le sein d'une vierge par opération divine. Aussi, Jagrenat le Sauveur meurtri ; Chrishna, né dans une grotte, où des anges et des bergers viennent l'adorer au berceau, ont-ils tous deux une vierge pour mère. Les Macéniques, qui habitent au Paraguay les bords du lac Zarayas, racontent qu'à une époque très-reculée une femme d'une rare beauté devint mère et demeura vierge ; son fils, après avoir fait d'insignes miracles, s'éleva un jour dans les airs en présence de ses disciples et se transforma en soleil.

Il ne faut point demander aux siècles primitifs de l'Église un enseignement doctrinal sur la dévotion des fidèles envers l'auguste Marie. On ne se doutait pas, aux heureux jours où h religion était toute dans la vie pratique, qu'il fût nécessaire de soutenir par des arguments la plus simple de toutes les vérités.

Ce ne fut qu'au ve siècle queNestorius osa s'élever contre Marie et attaqua la maternité divine. Tout l'univers fut indigné d'une telle audace, et c'est pour protester contre cette hérésie que futtenuàÉphèselo premier concile de 431. Toute la population de la ville et des environs se porta avec une ardeur et une foi incroyables sur la place, au milieu de laquelle se trou-

vait l'église du concile. On y resta toute la journée, tant on était impatient de voir l'issue de l'assemblée. Enfin, le soir, quand la nouvelle se répandit que Nestorius était condamné, anathématisé, et que la doctrine de l'Église était toujours que Marie est vraiment la Mère de Dieu, ce fut dans la ville un enthousiasme impossible à décrire. Chacun criait et répétait à qui voulait entendre : Marie est vraiment la mère de Dieu; Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous! Comme il était déjà nuit, les hommes allumèrent des flambeaux et reconduisirent les évêques chacun chez eux les femmes précédaient le corlége triomphant et répandaient des parfums tout le long du chemin; en un mot, toute la ville d'Éphèse donna les plus éclatante marques de foi et de piété pour la très-sainte Vierge ( I )

Mais, si le culte de Marie n'a point été systématiquement formulé dès les premiers temps du chris tianisme, toujours cependant il a existé. Les monuments de l'antiquité le proclament, les plus anciennes liturgies du monde chrétien en font foi ; et il n'est pas un seul Père de l'Église, pas un seul docteur, à quelque siècle qu'on remonte, qui, dans ses discours ou dans ses écrits, ne laisse échapper des aspirations ardentes au souvenir de Marie.

Nous lisons dans les œuvres de saint Denis l'Aréopagite des choses remarquables sur la beauté de la Vierge bien-aimée. L'heureux disciple de saint Paul l'avait

(1) Tillemont, Histoire ecclésiastique, xiv, 400,

vue pendant qu'elle vivait encore sur la terre : « A « son aspect tout divin, s'écrie-t-il, je me sentis envi; « ronné d'une splendeur étincelante, et mon âme se « trouva pénéîrée d'une clarté si pure, inondée d'un « si doux parfum de vertus, que ni mon corps ni mon « esprit stupéfait ne purent soutenir une si vive émo- « tion. L'usage des sens m'abandonna, et les puis- « sances de mon âme succombèrent à la vue de cette a incomparable majesté. Dieu, qui résidait dans la « fille de David, m'est témoin que, si je n'avais été « instruit par l'Evangile, je l'aurais prise pour une di- « vinité, et je ne puis concevoir, môme dans les bien- « heureux du ciel, un plus grand bonheur que celui a qui m'enivrait à ces moments fortunés, tout indice gne que je suis. »

Le seul titre de mère de Dieu, donné à Marie dès l'origine de l'Église, atteste l'honneur et la singulière vénération dont elle était l'objet au milieu des chrétiens. Cette divine qualification, à laquelle on ne saurait assigner aucune date postérieure aux siècles apostoliques, se trouve d'ailleurs dans les écrits de saint Ignace d'Antioche, le héros de la foi primitive; dans les œuvres de saint Irénée, et dans celles de saint Athanase.

Julien l'Apostat reproche aux chrétiens de donner ce titre à Marie, précieux reproche qui fera toujours la gloire de l'Église.

C'est à saint Cyrille que nous devons cette touchante invocation devenue si familière aux chré-

tien* : Snint? M >r>ps mèiv do Dimt, priez pour nous,

pauvre? p'tkfar^, noitn tenant et à l'heure de ruttre mort ,

ht pu.s, en descendant le cours des âges, voici saint Bernard qu uuus apparaît comme ie type des serv leurs de Marie.

Voici saint Bonaventure qui lui consacre ses ouvrages; vo ci saint Thomas, l'Ange de l'école, et plus tard sainte Thérèse la Séraphique, saint Ignace de Loyola, saint François Xavier, saint François de Sales, et presque de nos j ans l'illustre et dévot saint Alphonse de Liguori... Tous les âges ont loue iitarie, ton» les siècles l'ont a pelée bienheureuse.

Il ne ^era t pas moins long qu'inutile rie chercher à démontrer que le culte de Marie a existé depuis le commencement du christamsine jusqu'à nus jours, sans interruption.

Le protestantisme a avancé le contraire; mais à cette attaque insensée on n'a eu qu'à lui poser la question : Quand n'a-t-on pas connu et aimé Marie? 11 lui fut impossible de répondre.

La France a pour elle la gloire d'être à la tête des nations par ce qu'elle a l'ait pour la glorification de la très-sainte Vierge. Les (ils des Francs et des Gaulois, ces hommes de mouvement, de bataille et de conquêtes, nos ancêtres, qui pendant tant de siècles s'en allèrent par le monde plaçant des rois sur tous les trônes, avaient m;s leur bouillante valeur sous la protection d'une femme céleste. Toute couverte de pous-

sière et du sang des combats, la vieille France s'agenouillait devant les statues de Marie, et plaçait sou~ vent l'image de la Vierge sur ses blancs étendards... En vérité, c'était un noble spectacle de voir la force et la vaillance honorer une mère et un enfant, et opposer ainsi ce que la terre a de plus terrible à ce que le ciel a de plus doux.

Ainsi on a vu le rude Clovis prier avec la douce Clotilde devant une image de Marie ; Charlemagne en recommande le culte dans ses Capitulaires; Louis IX apprend déjà sur les genoux de sa mère à l'aimer; Philippe-Auguste l'invoque au milieu de ses batailles; Louis Xlll lui consacre sa personne et sa couronne, la choisit pour protectrice de la France, et met le sceau à cet acte chrétien par un écrit solennel qui établit la procession publique. Le vœu du bon roi est renouvelé par Anne d'Autriche presque sur le berceau du grand roi ; devenu Louis XIV, il ne rougissait pas d'ôter son casque en passant devant une image de la sainte Vierge, exemple suivi encore par son successeur Louis le Bien- Aimé, peu d'années avant les désastres de notre Révolution ; enfin Louis XVIII, rentrant dans ses États, dirige ses premiers pas vers la basilique élevée en l'honneur de Marie, protectrice de la France, et dépose à ses pieds son cœur et celui de ses sujets.

De nos jours, la dévotion à Marie se conserve, atdente et pure, dans le cœur des fidèles. Notre belle France, grande entre les nations, comme disait saint

Grégoire le Grand, dès le temps de nos Mérovingiens, la France se souvient qu'elle a été consacrée à Marie par des glorieux monarques, et elle s'estime heureuse et fière de cette consécration. Ne craignons donc rien pour notre patrie tant que nous serons sous la protection de Notre-Dame des Victoires,

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