Letire d'un sous-lieutenaiit
« Sébastopol, 14 septembre 1S55.
« Ma chère sœur,
« Je ne t'écris que deux mots, car je suis pressé par le courrier. Je ne te donne pas de détails. N... a dû te donner connaissance de ma lettre, et à Paris on en sait plus long que sur le théâtre même du combat.
« C'est seulement pour te remercier que je prends la plume ; oui, pour te remercier des bonnes prières que tu n'as cessé d'adresser à Dieu pour obtenir ma Einté et ma conservation. Tes prières ont été agréables au ciel, elles ont été exaucées. Je tiendrai ma parole que j'ai avancée. Je ne serai point ingrat envers Celui qui m'a sauvegardé, tandis que j'ai peraa tant de mes braves camarades. Je remercie aussi beaucoup madame la supérieure qui, avec toutes ces dames, ont bien voulu intercéder la sainte Vierge pour moi.
o Je pense que ma tâche s'avance, et que bientôt il me sera permis d'aller moi-môme porter ma re-
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connaissance à toutes ces dames, que je n'oublierai jamais.
« Avant d'aller au combat, j'avais mon scapulaire, mes deux médailles et l'image de Notre-Dame de Lans dans ma poche. Aussi je suis allé à l'assaut plein de courage, et il me semblait qu'au milieu de tous les projectiles j'étais à l'abri de tout danger. Au milieu du combat, j'ai profilé d'un moment de répit pour penser à Dieu. Aussi j'ai été gardé par le doigt de Dieu, car je me suis trouvé au milieu des mines, de la mitraille, des balles, des baïonnettes, et rien ne m'a touché. Pas une seule égratignure.
« Mon régiment a, parmi les officiers, 9 tués, 2 pri* sonniers, et à peu près 20 blessés. Mon brave colonel, le brave des braves, a été tué par la mitraille dans un moment sublime. Mon capitaine a eu le bras cassé par la mitraille à mes côtés. En sus des officiers, mon régiment a 600 hommes hors de combat sur 1,500 combattants*
«Bénissons Dieu, ma chère sœur, remercions-ie ensemble, surtout pour notre bon père, qui eût été bien malheureux si j'avais succombé au combat* Mais en tous cas, si la volonté de Dieu est que je meure pour ma patrie, vous aurez tous la consolation de dire que la mort m'aura frappé à mon poste.
« Embrasse bien ma petite Marie pour moi ; dis-lui que j'ai sous les yeux sa petite image et sa pensée. Je sais qu'elle a bien prié pour son oncle ; aussi je.
l'aime bien. Je lui écrirai aussitôt que nous allons être un peu débrouillés dans nos camps.
«Adieu, ma chère sœur, bientôt nous pourrons ensemble rendre grâces à Dieu.
« Ton très-dévoué frère t'aime et t'embrasse tendrement.
« H..., sous-lieutenant. »
100. — Dévotion de l'armée d'Orient à la médaille de la sainte Vierge.
Le journal V Union de l'Ouest, dans un de ses numéros du mois d'octobre 1855, a publié la lettre suivante d'une sœur de Saint-Vincent de Paul à son oncle, M. le curé de G..., commune du déparlement de Maine-et-Loire.
« Constantinople, le 4 octobre 1855.
«Mon bien respectable oncle,
«Il faut que je vous raconte quelques petits traits de nos bons soldats qui nous arrivent de Grimée. Je ne puis vous en citer que quelques-uns, mais croyez bien que de pareils sentiments de foi sont ici comme à l'ordre du jour.
« Tous les militaires aiment la très-sainte Vierge, simples soldats et officiers ; ils disent tous que c'est à Marie qu'il faut attribuer une si belle victoire. On aune confiance inimaginable dans la médaille de la très-sainte Vierge. Aussi voilà ce qu'ils nous deman-
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dent toujours : « Sœur, sœur, me disait l'un d'eux, a j'ai perdu ma chère médaille ! Oh ! donnez-m'en « une ! — Donnez-moi une médaille, disait un autre, o pour mettre à la chaîne de ma montre ; cela me « portera bonheur. »
« ]1 y a quelques jours, je demandais à un blessé comment il avait pu éviter tous les périls qu'il nous disait avoir courus, a Oh l ma sœur, me dit-il avec a un air de joie et de reconnaissance, c'est que j'ai « la médaille de la bonne Vierge que ma pauvre « mère m'a fait tenir avec une lettré. Je me recomg mande diantrement à elle ; et toujours, en dormant, « je me figurais voir une grande dame qui écartait « de moi tous les projectiles que les Russes nous lan? « çaient. »
« Ii y a à l'hôpital un officier supérieur et un capitaine de chasseurs qui tenaient cette conversation, que nous entendions facilement: « Savez-vous, disait « le premier, que j'aurais pu fort bien rester du « coup? Ma blessure est grave ; mais c'est égal, je o crois que c'est à ma médaille que je dois la vie; « elle m'a sauvé. Aussi, quand je change de linge, a si j'oublie de la reprendre, je tremble, j'ai peur « tant que je ne l'ai pas. Sans elle, je n'y suis plus ! » Et l'autre officier applaudissait franchement...
a Oh ! mon cher oncle, que de foi chez nos braves ! Tenez, je soignais un malheureux qui avait l'épaule traversée par une balle j il soutirait horriblement;
sa blessure était bien grave ; j'essayais de le consoler. « Oh ! ma sœur, me dit-il en prenant la croix de a mon chapelet, Celui qui a été autrefois attaché à o une croix souffrait davantage, et lui était inno- « cent ! »
« Un officier couvert de la sueur de la mort se reprochait devant moi de s'être trop plaint du froid ; il en demandait pardon au bon Dieu.
« Je finis, j'aurais trop à vous dire de ces traits qui excitent l'âme à bien servir son Dieu. Daignez, en retour de cette lettre, m'envoyer une bonne cargaison de médailles, je n'en ai plus à donner, et j'en ai bien promis... »
ÎOI. — JLe soldat français ne doit pas connaître le respect humain.
Une voilure chargée de soldats qui arrivaient à Toulon pour s'embarquer et passer en Italie rencontra quelques religieuses. Dès qu'ils les aperçurent: a Mesdames, leur dirent-ils, veuillez bien nous donner une médaille. » Celles-ci, soit surprise, soit à cause du bruit de la voiture, ne firent pas attention ; mais nos soldats dirent au conducteur d'arrêter et réitérèrentleur demande. Lesreligieuses tout émues àce pieux spectacle se dépouillent de leurs médailles; les soldats les reçoivent avec piété et reconnaissance, maisiln'yeneutpas pour tous. Unjeuneespritfortdit à son camarade ; « Est-ce que tu crois, toi, à cette
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médaille ? » et ce brave militaire, au cœur franc, la pressant sur ses lèvres, fixe son camarade avec un regard qui voulait dire : « Je l'ai appris dans les glorieuses victoires de la Crimée, »
La même voiture passait devant un petit chemin de traverse ; ceux de nos braves qui n'avaient pu avoir une médaille, apercevant des religieuses qui venaient au-devant de leurs compagnes, sautent en / bas, et courent vers ces religieuses en s'écriant : « Mesdames, nos camarades ont eu une médaille, et nous, nous n'en avons pas, veuillez bien nous en donner une, et ils la reçoivent avec une piété, une gratitude si vives que ces bonnes religieuses en furent émues jusqu'aux larmes. Celles-ci firent la rencontre d'autres voitures de soldats, et faisant cette fois-ci les avances, elles s'écrièrent : « Messieurs, vos camarades ont reçu une médaille, voulez-vous bien en accepter une?» Et tous ces bons militaires la prirent avec une effusion de reconnaissance en disant : « Mesdames, vous prierez pour nous, nous allons combattre pour vous. »
Plus loin la communauté entière de ces religieuses, venant de la promenade, fit la rencontre d'autres soldats, en plus grand nombre. Ils s'arrêtent pour demander des médailles, alors, religieuses, novices, prétendantes se dépouillent de leurs médailles pour les donner à ces braves et pieux jeunes gens qui les pressaient sur leurs lèvres, et tous joyeux conti-
nuaient leur marche en s'écriant, comme leurs prédécesseurs : « Nous allons combattre pour vous, et vous prierez pour nous. »
De tels soldats sous l'égide de la Vierge puissante seront invincibles dans les combats ; ils feront la gloire de notre chère France, ce bien-aimé royaume de Marie.