KJne conversion duc à un Ave Maria
Un jeune libertin, qui se livrait sans remords à toutes sortes d'excès et de scandales, fut arrêté au milieu de ses débauches par une maladie dont il mourut. Tout libertin qu'il était, il avait pris la coutume de dire tous les jours un Ave Maria en l'honneur de la sainte Vierge, et n'y manquait jamais, même an plus fort de ses crimes et de ses désordres. Dès qu'on sut que sa maladie était sérieuse, le curé de sa paroisse alla le visiter, et l'exhorta à se confesser ; mais il lui dit que, s'il devait mourir de celle maladie, il voulait mourir comme il avait vécu ; et que, s'il venait à en échapper, il ne voulait pas vivre autrement qu'il n'avai t vécu. Ce fut là toute la réponse qu'il fit à tous ceux qui lui parlaient de confession ; et ni le curé, ni le vicaire ni plusieurs autres prêtres et religieux qui le virent, ni aucune personne de sa famille, ne purent tirer de lui aucune autre réponse que celle-là. Tout le monde était dans une consternation qu'on ne peut exprimer, et personne n'osait plus lui parler de conversion, crainte de lui donner occasion de répéter ses blasphèmes et ses impiétés. Un de ses camarades, de même âge, mais plus sage que lui, et qui l'avait souvent repris de ses désordres, alla le voir un matin, et, après lui avoir parlé d'autres
choses, il lui dit: « Tu devrais pourtant songer a te convertir. — Mon ami, reprit le malade, je suis trop grand pécheur pour cela. — Eli bien, répliqua l'autre, si tu es un grand pécheur, adresse-toi à la sainte Vierge, qui est la mère des pécheurs. — Ah ! dit le malade, je lui dis bien tous les jours un Ave Maria; crois-tu que cela puisse me servir de quelque chose ? — Gomment ! répliqua l'autre, si cela te servira? cela te servira de tout. Ne lui as- tu pas demandé, dans cette prière, qu'elle priât pour toi à l'heure de ta mort? — Cela est vrai, dit le malade; et, puisque cela est ainsi, va donc chercher M. le curé, que je me confesse. » En disant ces mots, il se mit à verser un torrent de larmes. Son ami, profondément ému, ne put retenir les siennes, et ne savait comment remercier Dieu d'un si heureux changement. Cependant le cure, qui voulait faire une dernière tentative auprès du malade, entra dans ce moment, et fut fort étonné de voir ces deux jeunes gens fondant en larmes. Ayant demandé ce que c'était: « C'est, moi, dit le malade, qui pleure mes péchés. Hélas ! je commence bien tard ; mais les mérites de mon Sauveur sont infinis et sa miséricorde est sans bornes ; c'est ce qui m'inspire de la confiance. — Eh ! qui est-ce donc, dit le curé, qui a opéré un si grand changement? — C'est la sainte Vierge, répondit le malade, c'est ma bonne mère qui m'a ouvert les yeux et touché le cœur, et qui ne veut pas que je périsse. — Vous
voulez donc bien vous confesser? dit le curé. — Oui, monsieur, dit le malade ; faites monter ici tout le monde, afin que, comme mes désordres ont été publics, ma confession le soit aussi. — Cela n'est pas nécessaire, dit le curé ; les scandales de votre vie seront suffisamment réparés quand on saura que vous vous êtes bien confessé. » Sur cela, le jeune ami du malade alla raconter à la famille ce qui se passait, tandis que le malade faisait sa confession, qui fut souvent interrompue par ses pleurs et ses sanglots. La confession finie, le pasteur lui apporta le saint viatique, qui fut accompagné par une foule infinie de personnes de toute qualité, que le bruit de cette conversion avait attirées. M. le curé, dans l'exhortation qu'il fit à ce sujet, ne laissa pas ignorer la manière dont cette conversion s'était faite, et il parla de la sainte Vierge d'une manière si touchante, qu'il tira les larmes des yeux de tous ses auditeurs. Mais, quand le malade eut pris la parole à son tour, et qu'il eut exprimé les sentiments d'amour, de confiance et de reconnaissance dont il était pénétré ; qu'il eut demandé pardon aux assistants des mauvais exemples qu'il leur avait donnés, et qu'il se fut recommandé à leurs prières, on n'entendit plus dans l'assemblée que des soupirs, des sanglots et des cris, et une cérémonie si édifiante occasionna bien des conversions. Le concours qui se fit à ses obsèques fut si grand, t^ue l'église paroissiale ne pouvait contenir la multi-
tude du peuple qui voulut y assister. Ces obsèques parurent moins une cérémonie funèbre qu'un jour de triomphe en l'honneur de la sainte Vierge, dont chacun exaltait la puissance et louait les grandes miséricordes. (Recueil d'histoires,)
12?. — I/i£ngelu§.
Cette sainte pratique, renouvelée trois fois le jour, rend la terre semblable à la Jérusalem céleste, où les louanges de Marie confondues avec celles de Jésus retentissent sans cesse et se répandent en flots d'harmonie dans toute la cité sainte. Depuis la majestueuse coupole de Saint-Pierre, jusqu'à la plus modeste chapelle qui s'élève dans les forêts de l'Amérique, toutes les cloches du monde catholique s'ébranlent et se renvoient de l'une à l'autre les sublimes magnificences et les privilèges de la Mère de Dieu. L'Église de la terre s'unit à celle du ciel, et elle redit sur un ton mélancolique et plaintif le divin cantique de l'Incarnation que les anges chantent dans le ravissement et l'extase. Et comme le soleil se trouve toujours dans quelque contrée du monde, à son lever, à son midi et à son couchant» des millions
su Vingtième jour.
de cœurs et de voix s'unissent à l'airain sacré dans
une sainte et divine harmonie pour redire sans cesse
les louanges et les vertus de la Reine du ciel et de la
terre.
Dans le concile de Clermont en Auvergne, tenu au mois de novembre de l'an 1095 par Urbain II, nonseulement il fut ordonné aux ecclésiastiques de réciter l'office de la sainte Vierge tous les jours, mais aussi il fut décidé que, depuis le premier jour où l'armée des chrétiens partirait pour recouvrer la terre sainte, dans toutes les églises du monde chrétien, on sonnerait trois coups le matin et le soir pour avertir les chrétiens de prier Dieu, par l'intercession de la très-sainte Vierge, de donner des forces à leur armée contre la puissance des ennemis du nom chrétien.
Cette louable et sainte coutume de réciter ainsi Y Angélus le matin et le soir dura environ l'espace de cent trente ans, jusqu'au temps du pape Grégoire IX, qui, voyant ce saint usage s'affaiblir, ajouta et institua Y Angélus à midi. Ces trois différents temps de dire Y Angélus furent établis alors : au point du jour, pour demander à Dieu sa bénédiction sur toutes les actions de la journée, et pour ne rien faire qu'à sa gloire par l'intercession de la sainte Vierge ; à midi pour se reposer et se recueillir dans son cœur par une courte prière parmi les embarras de ce monde ; le soir, pour demander compte à son àme de toutes les actions de la journée.
Autrefois, au premier son de la cloche, les querelles et les ébats joyeux, les causeries les plus animées, tout faisait silence en l'honneur de Marie, tout s'arrêtait pour prier ou écouter une sainte inspiration.
En Italie et surtout en Espagne, où tout ce qui lient à la religion est respecté par toute la population, aux premiers tintements de la cloche, le marchand suspend son négoce, celui qui se trouve sur la place publique s'arrête et s'agenouille, riches et pauvres, tous récitent les paroles de l'ange Gabriel qui annoncèrent le grand mystère de l'Incarnation.
Pourquoi faul-il que l'affaiblissement de la foi soit tel aujourd'hui, que la plupart des chrétiens rougiraient de saluer publiquement l'auguste Reine du ciel?
Saint A. Liguori n'omettait jamais de réciter Y Angélus, trois fois le jour, se mettant à genoux dès le premier son de la cloche. Quand il fut devenu sourd, il exigeait qu'on l'avertît ; s'il était à table, il cessait aussitôt de manger. 11 lui est arrivé d'entrer en extase en récitant Y Angélus. On raconte du roi Louis XI que, lorsqu'il entendait sonner Y Angélus & midi, il descendait de cheval, se mettait à genoux, et tête nue récitait la Salutation angéiique.
Pendant le temps pascal, au lieu de Y Angélus on récite l'antienne Heginu cœli ; et durant toute l'année, en mémoire de la résurrection de Notre-Sei-
gneur, à partir des vêpres du samedi, jusqu'au dimanche soir, V Angélus se dit debout.
Tous ceux qui, le matin ou à midi ou le soir, récitent dévotement et à genoux V Angélus, au son de la cloche, gagnent chaque fois une indulgence de cent jours ; et, s'ils sont fidèles à le réciter pendant un mois au moins, une fois par jour, une indulgence plénière en remplissant les autres conditions. (Le R. P. Hugult, Livre des enfants de Marie.)