l'Angélus à Venise
Lorsque le soir V Angélus sonne, tout s'arrête à Venise. Aux bruits, aux chants, aux conversations, suc-
cède un religieux silence. Un roulement de tambours résonne près des portes delà vieille basilique de Saint- Marc ; le poste présente les armes ; on dirait le passage d'un souverain, d'une grande reine... C'estqu'en effet le souvenir d'une auguste Reine a passé dans tous les cœurs. Levez les yeux : voyez-vous, dans une niche, entre deux colonnettes, au-dessus d'une des portes latérales de Saint-Marc, cette Madone illuminée? Vers elle se dirigent les regards.
La cloche argentine a donné le signal de V Angélus, et voilà que toutes les voix se tournent vers la Reine du ciel pour lui dire avec l'ange : « Je vous salue, Marie, pleine de grâces. » Puis, la prière terminée, le bruit remplace de nouveau le silence, sur la Piazzetta, sur ie môle, sur les quais, chacun reprend ses allures interrompues ; les entretiens, les cris joyeux, recommencent leurs cours.
Vainement Venise a-t-elle changé de maître ; la sainte Vierge est toujours demeurée sa première souveraine, sa protectrice, son ancre de salut.
Délivrée de la peste par l'intercession de Marie, Venise reconnaissante lui a élevé une des plus belles églises du monde, Notre-Dame délia Salute.
Dans les palais, et surtout dans le vieux palais ducal où revivent tant d'illustres souvenirs, on retrouve l'image de la Madone mêlée à celle des glorieux faits et gestes de ia république.
Venise révérait Marie comme le fondement et le
soutien de sa puissance, elle l'associait à toutes ses douleurs, à tous ses triomphes, el son souvenir, s'attachantàses flottes, sur toutes les mers, était l'étoile tutélaire qui réglait le cours de ses destinées.