‹ Nouveau mois de MarieChapitre 90 sur 121 · Récit d'un caporal · texte numérisé non relu

Récit d'un caporal

Un simple caporal peint en ces termes si touchants les dangers qu'il a courus :

«... L'armée voyait avec une impatience de plus en plus vive ses meilleurs soldats tomber stérilement dans la tranchée. Quand arrivait notre tour de grand'garde, ce qui était tous les deux jours, chaque homme pouvait se dire : «Je sors de ma tente ce matin, y rentrerai-je ce soir? » Malheur à qui ne se plaçait pas sous le bouclier de Marie et ne prenait pas cette bonne Mère pour avocate auprès de Dieu ! Quant à moi, je n'y ai pas manqué; aussi jamais le feu de l'ennemi ne m'a fait pâlir. Une seule fois j'avais oublié dans ma tente mon portefeuille renfermantune prière à la sainte Vierge et une image de la sainte Face de Notre-Seigneur. Cette seule fois mon'arme trembla

dans mes mains, quand, au milieu de la nuit, sonna le garde à vous!

« Les Russes tentèrent une sortie; mais Dieu me redonna le courage, et j'attendis l'ennemi aussi ferme qu'un vieux soldat. Le lendemain je rentrai sain et sauf à ma lente; mon premier mouvement fut de me jeter sur mon portefeuille, avant même de nettoyer mon fusil, et je récitai du fond de mon cœur cette belle prière que m'a envoyée ma mère... Le 7 septembre enfin, on nous dit à l'appel que nous avions, pour le lendemain 8, une éclatante revanche à prendre sur la journée du 48 juin, qui fut si funeste pour nous. A ces mots, tous les cœurs battirent; car, sous la capote grise, sont de nobles cœurs; du reste, le danger a un attrait particulier pour le caractère français !

« A neuf heures du matin, les divisions d'attaque étaient prêtes, attendant le signal pour monter à l'assaut. Avec quelle ardeur je priai la sainte Vierge ! c'était le jour de sa fête, elle devait me sauver. Il était près de midi, quand tout le bombardement cesse, le drapeau tricolore flotte sur notre principale redoute : le premier régiment de zouaves s'élance en avant au cri de Vive l'Empereur î j'ajoute, moi : Vive la France ! et nous nous élançons à notre tour. L'ennemi, surpris d'abord, se fut bientôt remis et nous accueillit par une pluie de mitraille, de balles et de boulets. De notre côté, on ne tirait plus, nous

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marchions à la baïonnette, et en moins de dïx minutes l'étendard français flottait sur Malakoff î

« Les zouaves avaient bien fait leur devoir. Cependant une batterie russe (la batterie Noire) nous canonnait encore sans relâche, et nos braves tombaient à chaque pas. Pour moi, mon cher père, dans ce moment terrible, je ne pensais plus qu'à Dieu; je vous oubliai un instant, vous et ma bonne mère, votre souvenir eût pu m'ébranler, j'avais besoin de tout mon courage. Le carnage fut épouvantable, mais à une heure et demie, nous étions maîtres de la position... »

Le caporal raconte ensuite comment une balle vint l'atteindre à la cuisse et l'obligea de se retirer du combat peu d'instants avant celui de l'explosion d'une mine qui fit périr plusieurs centaines de ses camarades. Il continue : <« C'en est assez pour que îe prouve à qui le voudra, parmi les esprits forts, combien Dieu est grand dans sa miséricorde et fidèle à accorder ses grâces à qui les lui demande. Avant de monter à l'assaut, je lui avais fait celte prière : Mon Dieu, aujourd'hui est un jour suprême, ma destinée est entre vos mains. Aucun cheveu ne peut tomber de notre tête sans votre permission ; vous l'avez dit. mon Dieu ! songez à mon père, à ma bonne mère; songez que je n'ai pu encore ni 'acquitter du bien qu'ils in uni l'ail, el conservez-moi pour eux. o

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