LES MUSICIENS CITES PAR RABELAIS
Dans le Musiciana de 1877, je n'ai fait qu'énumérer les musiciens cités par Rabelais ; beaucoup d'en Ire eux ont leur nom tellement estropié, tout en faisant la part de l'orthographe du temps, qu'il est certain que Rabelais ne les connaissait que de réputation; mais il y en a d'autres avec lesquels il était probablement en relation, car le célèbre conteurphilosophe aimait la musique, cela se devine sans peine.
Tous ces noms, à part quelques inconnus, qui étaient sans doute de modestes maîtres de chapelle,
ou même des chantres qui ne se sentaient inspirés que le verre à la main (1), je vais les classer par lettres alphabétiques, et dire un mot de ceux qui ne sont pas absolument oubliés.
Agricola. — Il y a eu plusieurs musiciens distingués sous ce nom ; les deux contemporains de Rabelais sont Martin et Alexandre Agricola. Martin a écrit particulièrement des ouvrages didactiques pour les écoles ; il était né en Silésie en i486, et ce ne sont donc pas de ses compositions que Petrucci a pu imprimer en 1500.
ISOdhécaton de Petrucci renferme dix-huit chansons à 4 ou à 3 voix cY Alexandre Agricola, et comme il s'en trouve trois autres sous le nom d'Alexander, je crois bien que les vingt et une appartiennent au même compositeur, maitre chantre de Philippe, archiduc d'Autriche.
Allaire ou Alàire, sur lequel les renseignements font défaut, était un musicien qui vivait sous François Ier, même avant ; on connaît deux messes à 4 voix de ce compositeur : Missarum dominicalium quatuor vocum, lib. I, II, III. Parrhisiis, 1534, ap. Petr. Attaingnant. Dans ces trois volumes il y a onze messes de Schier, Heurteur, J. de Billon, Claudin, Allaire, Gerton, Dumoulin (un exemplaire
(1 Voyez Rabelais, prologue du quatrième livre de Pantagruel. Mon ami Lacome a déjà lait une revue dans le genre de celle-ci.
^Vuir le Ménestrel, février 1888.)
àrcadelt ou Arcadet, comme on l'appelait plus généralement en France, était un musicien flamand qui alla s'établir à R.ome, où il tint une école de musique qui devint célèbre. Arcadelt a écrit une quantité de madrigaux et de chansons à 4 voix ; un de ces morceaux, // hianco e dolce cigno, était régulièrement bissé dans les concerts du prince de la Moskowa. Le Conservatoire a un petit volume de chansons d'Areadelt, composé de quatorze livres ; c'est la partie de ténor, la partie du chant, qu'un de mes prédécesseurs à la bibliothèque avait inscrit au rebut! Rabelais avait certainement connu Arcadelt à Rome, lors de sa deuxième visite à la Ville éternelle.
Auxerre. — Il n'existe, à ma connaissance, qu'une seule citation de ce nom ; elle est faite par Anton Schmid (1) : XVe livre contenant trente chansons nouvelles à 4 parties, etc., 1544, Pierre Attainçjwmt et Hubert Jullet, à Pans, pet. in-4° obi. Auteurs : Claudin, Maille, Gardane, Poilhiot, Ebran, Jannequin. Boyvin, Godard, de Marie, Mornable, Certon, Dauxerre, Meigret, Romain, Belin, Lhuyllier.
L'écriture de ce nom varie ; on trouve Auxerre, d' Auxerre et Dauxerre.
Bercan, lisez Berchem, aussi nommé Jacquet et même Giachetto cli Mandora. Musicien flamand qui a composé beaucoup de messes, de motels, de chansons a 4 voix. Le Conservatoire de musique possède
(1) A. Schmid, Ottavinno dei Petrucci. Vienne, 1845, p. 236.
4 NOUVEAU MUSIGIANA.
de ce musicien célèbre : JacJwt musici suavissimi ceîeberrimique musices reverendissimi cardinalis Mantue (sic) magistri motecta (1) quatuor vocum nunc primum diligentissime recognita acsuo candori restituta. Venise, Garclane, 1545.
Bouteiller. — Fétis cite plusieurs Bouteiller ; mais l'un est du temps de saint Louis, et les autres sont venus un ou deux siècles après Rabelais. Force nous est donc de prendre pour le Bouteiller que nous cherchons celui qui est cité dans le premier et dans le second livre d'un ouvrage édité en 1534 par Pierre Attaingnant : Liber primus quinque et viginti musicales quatuor vocum Motetos complectitur, quorum nomina tahella sequens indicat.
Un exemplaire se trouve à la Bibliothèque impériale de Vienne.
Brumel était un compositeur de grand talent, vivant au commencement du seizième siècle ; il était Français et élève du célèbre Okeghem, le chapelain de Charles VII ; Glaréan ne nous apprend guère autre chose sur Brumel, dont il reste fort heureusement un assez grand nombre de messes, imprimées à Fossombrone par Petrucci, quelques-unes à Nuremberg ; Piabelais a dû assister à l'exécution de l'une ou l'autre de ces messes.
(1) Nous placerons ici une note de l'abbé Morelot, à propos de Motet : on appelait ainsi les compositions où différentes parties faisaient entendre des paroles différentes, compositions qui n'étaient dans l'origine que de pures fantaisies d'artiste, sans aucune destination liturgique.
Bruyer, Brubyer, Brugier. — Ce compositeur est cité dans : Bicinia g al lien, latina et germanica, et quœdam fugse, tomi duo. Vitehergse apud Georg Rhaw, 1545, pet. in-4° obi. Bruyer est nommé dans le second volume de cette rare collection, qui se trouve à la Bibliothèque impériale de Vienne.
Gadéac était attaché à l'église d'Auch dans la première moitié du seizième siècle ; c'est clans cette période qu'Attaingnant et les Ballard, à Paris, ont publié de lui un grand nombre de messes et autres pièces religieuses, car ce compositeur ne paraît s'être occupé que de musique d'église. En musique profane, je n'ai trouvé de lui qu'une chanson : Je suis déshéritée, dans un recueil de Nicolas Duchemin, 1550.
Garmelin. — Inconnu.
Carpentras. — Son vrai nom est Elzéar Genêt ; mais il est beaucoup plus connu sous le nom de sa ville natale. Carpentras fut chapelain-chantre à Rome sous Léon X, qui le fit son maître de chapelle. Il était prêtre, même évêque, et fut envoyé en mission à Avignon, où il resta assez longtemps. Ses cinq messes, imprimées à Avignon en 1532, sont fort rares ; la Bibliothèque du Conservatoire en possède un exemplaire dont j'ai fait photographier le titre, d'après le bel exemplaire de la Bibliothèque de Vienne.
Certon. — Musicien français, plus connu par ses œuvres, dont une grande partie est venue jusqu'à
nous, que par les détails de sa vie ; il était chef ou maître des enfants de chœur de la Sainte-Chapelle, et il a publié des messes, des psaumes, principalement chez Attaingnant, à Paris. Gerton a écrit une assez grande quantité de chansons à 4 voix. Tous ces ouvrages ont paru entre 1530 et 1558.
( Îlaudin. — Ici nous nous trouvons en présence de deux Claudia, qui auraient pu être contemporains de Rabelais : Claudia le Jeune ou Claude le Jeune, né à Valenciennes entre 1530 et 1540, mort vers 1600. Il n'est pas probable que ce soit de celui-ci dont parle Rabelais, mort en 1553, mais bien de Claude de Sermisy, surnommé aussi Claudin, maître de chapelle de François Ier et de Henri II. On peut placer sa naissance tout au commencement du seizième siècle, puisqu'en 1528 on trouve déjà de lui des chansons à 4 voix imprimées. Il a composé des messes, des motets et quantité de chansons à plusieurs voix. Ce Claudin est mort probablement entre 1560 et 1568.
Compère. — Musicien français, né vers 1450 dans les régions du nord de la France, peut-être aux environs de Saint-Quentin ; il s'appelait Louis, en diminutif Loyset, et comme un autre compositeur, Piéton, portait également ce même diminutif, on les confond souvent, quoique ce dernier ait fourni sa carrière une quarantaine d'années plus tard que Compère. Dans YOdhéeaton de Petrucci, il y a dix chansons à 4 voix et quatorze autres à 3 voix de
Compère ; cela fait vingt-quatre et non vingt et une, comme le dit Fétis.
Compère est mort en 1518.
Consilium. — Ce musicien s'appelait peut-être tout simplement Jacques Conseil, mais il aura trouvé que Consilium sonnait mieux. On connaît de lui des psaumes et des chansons a 4 voix, imprimés dans différents recueils de la première moitié du seizième siècle, entre autres dans Selectissimse nec non familiarissimae cantiones ultra centum, etc. Ce livre est daté d'Augsbourg, 1540. Attaingnant a imprimé des motets de Consilium dès 1536; le même éditeur a donné, en 1543, un Livre de danceries de la composition de Consilium.
Delafage (Pierre). -- Les renseignements sur ce compositeur français font absolument défaut ; on trouve deux œuvres de lui dans les Motets de la couronne, publiés en 1519 par Petrucci, ce qui donne le droit de mettre la naissance de ce Delafage ou De La Fage aux environs de 1450. Jusqu'ici on ne connaît de Delafage que de la musique religieuse, et ces pièces sont fort rares.
Delarue, musicien contemporain de Rabelais, est
né, selon toute probabilité, en Picardie; il fut élève d'Okeghem, et plus tard maître de chapelle de Marie de Bourgogne et de son fils, Philippe le Beau. La Bibliothèque du Conservatoire de Paris possède un assez grand nombre de compositions de
Delarue, copiées pour la plupart à Munich. Le petit nom de ce compositeur était Pierre ou Pierchon.
Doublet. — Sans cloute quelque maître de chapelle, dont aucune œuvre n'est venue jusqu'à nous. Rabelais, dans sa vie errante, a dû connaître plus d'un de ces musiciens, totalement oubliés aujourd'hui.
Dumoulin (Jean), que Rabelais appelle du Mollin,
est un compositeur non mentionné par Fétis, probablement parce qu'il n'avait sur lui aucun renseignement biographique. A. Schmid, dans son curieux livre sur Petrucci, cite à la date de 1534 : Missnrum Dominicalium quatuor vocum, Pari'hisiis 1534, ap. P . Attaingnant ; c'est une suite de trois livres, dans lesquels il y a une messe de Dumoulin. (Bibliothèque d'Iéna.) J. du Moulin est encore nommé dans une édition de motets à 4 voix, faite à Lyon par Jacques Moderne en 1539, puis également dans une autre édition de motets, faite en 1543 par ce même Jacques Moderne, musicien lui-même, puisqu'il était directeur du chœur de l'église Notre-Dame-de- Gonfort, à Lyon.
Festa (Constant), appelé Constantio Festi par Piabelais, était un chapelain de la chapelle pontificale en 1517 ; né probablement entre 1475 et 1480, il a dû voir Rabelais lors de son premier voyage à Rome. A part sa musique religieuse, restée en grande partie manuscrite, Festa a composé aussi des madrigaux.
Févin (Antoine) est d'Orléans (1-481 ?). Il parait s'être voué exclusivement à la musique d'église, car on ne connait de lui, en musique profane, que quelques chansons faites selon toute probabilité durant sa jeunesse. Il y a eu un Robert Févin, contemporain du premier, mais les deux ne paraissent pas avoir été parents l'un de l'autre.
Gascogne, encore un maître de chapelle qui n'est connu que par ses compositions religieuses, et comme il y en a de ces dernières publiées en 1534, on peut supposer que ce compositeur a dû naître approchant la fin du quinzième siècle. Les archives de la chapelle pontificale renferment un certain nombre de compositions religieuses encore inédites de Gascogne ou Gascoigne.
Dans le recueil en 4 volumes d'Attainsrnant, il v a deux chansons de Gascogne, Tune commençant par Je ny sçaurais chanter, et l'autre par Vous, povre cœur lie lias !
Gendre est un Parisien, mais on n'est pas plus avancé pour cela quand il s'agit de construire sa biographie, pour laquelle on ne sait guère autre chose, sinon qu'il a été chantre de la chapelle de François Ier et de celle de Henri IL Félis cite une œuvre de lui ainsi libellée : Briefve introduction en la musique, tant au plain chant quechoses faictes (1).
(1) Chose faite ires facta) signifiait autrefois Je contrepoint écril, peur le distinguer du contrepoint improvisé sur le plain-chant.
Paris, Atiaingnant 1545. Ce même éditeur a mis une chanson de ce Gendre ou Legendre dans le 16e livre de ses Chansons nouvelles a 4 parties; un exemplaire à la bibliothèque de Munich.
Gombert. — Musicien, né à Bruges, probablement tout à la fin du quinzième siècle, était un élève de Josquin Després. Il a joui d'une très grande réputation de compositeur, et a produit un nombre infini de motets et de chansons à 4, 5 ou 6 voix, ainsi qu'un certain nombre de messes.
Fétis appelle Gombert le précurseur du style de Palestrina ; il était d'ailleurs, sinon le maître de chapelle de Charles Quint, au moins le maître des enfants de chœur de la chapelle de cet empereur à Madrid. De son vivant, ses œuvres étaient très célèbres et 1res répandues ; il n'est clone pas étonnant que Rabelais les ait connues.
Hesdin (Pierre) fut un des chantres de Henri II ; on a de lui un certain nombre de motets à 5 voix ; il a également écrit des chansons à 4 voix. Ainsi, dans le recueil d' Atteignant (1530), on trouve de Hesdin: Hellas ! ma dame à qui, puis une autre chanson commençant par SU est à ma porte il aura mon cœur. Anton Schmid, clans son volume sur Petrucci, cite un assez grand nombre de compositions de Hesdin, qui a rempli les fonctions de greffier à la célèbre confrérie musicale de Saint-Julien.
Heurteur (Le). — C'est surtout fédileur-impri-
meur Atfaingnant qui a publié diverses œuvres de Le Heurteur, chanoine de l'église Saint-Martin de Tours, vers 1540 ou 1550 ; Gardane, de son côté, a donné quelques chansons françaises de Le Heurteur.
Jacques Moderne, à Lyon, fit aussi paraître quelques motets de Le Heurteur ou Heurteur tout simplement, comme le nomme Rabelais.
Parmi les chansons de Le Heurteur que possède le Conservatoire, il va '.Amour, partez, je vous donne la chasse, et puis M on petit cœur n'est pas à moi.
Jacotix, musicien belge, chanteur à la collégiale d'Anvers, était prêtre ; il vivait dans la seconde moitié du quinzième siècle, sans doute aussi au commencement du suivant. On connaît de lui quelques pièces de musique sacrée ; dans le précieux recueil à 4 voix (1530) d'Attaignant, il y a de Jacolin plusieurs chansons : A Paris il va trois fillettes; De tant aymer mon cœur ; J'ay mes amours longuement; Moi qui ne fais jamais que; Trop dure nf est la longue attente.
Gomme on voit, en ce temps-là les compositeurs, prêtres ou séculiers, cultivaient la musique religieuse ainsi que la profane.
Jaxxequix (aussi Jennequin). — Un des plus célèbres musiciens du seizième siècle, était Français très probablement, quoique Fétis se donne un bien grand mal pour en faire un Belge; il parait qu'en Belgique Jannequin équivaut à petit Jean, donc Jannequin est Belge, et son nom de famille sera alors
Clément. . . Bien entendu que tout cela est de l'invention de M. Fétis. Jannequin est le père de la musique imita live, comme on peut le voir par les chœurs intitulés la Bataille (de Marignan), les Oiseaux, le Caquet des femmes à 5 voix, et tant d'autres choses charmantes, qui produisent encore de nos jours des effets surprenants. Dans le recueil d'Attaignant on trouve de ce compositeur : Au joli bois je ni en irai ; Au joli jeu du pousse-avant ; Ce mois de mai ; Chantons, sonnons trompettes ; Écoutez tous, gentils Gallois; ce chœur, avec son entrain, ne pouvait être écrit que par un Français. Gentils veneurs allez en quête; Je ne fus jamais si aise; Laissez cela; Las! pauvre cœur; M'y levai par un matin; Or sus, vous dormez trop ; Réveillez-vous, cœurs endormis; Sur tous soûlas, plaisir, etc.
Josquin Després. — Gomme ce musicien, le plus célèbre de la fin du quinzième siècle, est mort sans laisser son acte de naissance à M. Fétis, l'illustre biographe en a fait tout naturellement un musicien belge; mais encore s'il avait été Belge, serait-il Français, puisque la Belgique appartenait alors en partie au duc de Bourgogne.
Il est cà peu près certain que Josquin est né à Saint-Quentin entre 1450 et 1-455. Ce compositeur fécond et savant, pour son temps, a produit une assez grande quantité de messes et de motets, ainsi que de nombreuses chansons à plusieurs voix. Il est assez curieux qu'Attaignant,danssa belle collection
de 1530, Chansons musicales à A parties, n'ait pas inscrit une seule de Josquin, tandis qu'il y en a quinze dans FOdhecaton de Petrucci (1500 à 1503). Cette dernière vérification m'a été facile, puisque le Conservatoire de Paris possède le seul exemplaire complet de cette remarquable publication de Petrucci. Josquin Després était élève d'Okeghem ; à son tour il devint chef d'école ; en un mot, il fut le plus célèbre musicien de son temps, et mourut à Condé (Hainaut) en 1521.
Lhéritier (Jean) doit être né entre 1480 et 1500, car il y a déjà une pièce à 4 voix de lui dans les Mottetti de la Corona, publiés en 1519 par Petrucci ; il n'est certainement pas venu au monde dans le seizième siècle, comme le dit Fétis, qui ne cite de ce compositeur français que des morceaux de musique religieuse, et vérification faite dans le livre d'Anton Schmid sur Petrucci, je n'ai en effet pas trouvé une seule indication de chanson par Lhéritier.
Lupi. Lupus (loup),Wolf. — On trouve des pièces de musique sous tous ces noms, à l'exception cependant de loup, que je ne donne que comme traduction de \Yolf.
Fétis prétend avoir débrouillé tous ces loups; je n'en suis pas bien sur, d'autant moins que plusieurs de ces compositeurs ont vécu en même temps, c'està-dire au commencement du seizième siècle. Le Conservatoire possède de Lupi (lequel?), sans doute le Jean, une missa à 5 voix super Carolus Impe-
14 NOUVEAU MUS1CIANA.
rator Romanum, puis encore deux autres messes à 4 voix, un Benedictus et un motet, ce dernier à 6 voix. Dans le recueil d'Attaignant (1530) il y aune chanson de Lupus : Vous savez bien, madame.
Maillard (Jean). — D'après M. Anton Schmid, il y a des compositions de Jean Maillard dans la Bieinia gallica latina et germanica, publiée en deux volumes par G. Rhaw à Wittemberg en 1545, une messe sur M' amie un jour, chez Adrian Leroy et Robert Ballard (1559); deux autres messes, dont l'une à 8 voix.
Il n'y a rien de Maillard dans YOdhecaton de Petrucci, ni dans le grand recueil de chansons à -4 voix publié par Attaingnant. A part la messe sur M amie un jour, le Conservatoire en possède une à 4 voix sur Je suis déshéritée, et une autre Tout au rebours, puis une chanson à 5 voix : Hélas ! ma fille.
Si c'est bien le Jean Maillard cité par Piabelais, ce dernier mort en 1553, il a dû y avoir des œuvres bien antérieures à celles que j'ai citées ; sans cela Rabelais n'en aurait pas connu l'auteur.
Maille ou Maillé. — En dehors des deux citations de Schmid, il existe, je crois, peu de mentions de ce compositeur : XIe livre contenant vingt-huit chansons nouvelles à 4 parties, imprimées par Pierre Attaingnant et Hubert Jullet, Paris, 1542. La seconde mention se trouve dans le XVe livre contenant trente chansons nouvelles à 4 parties, 1544, des mêmes éditeurs. Enfin j'en ai découvert
une troisième dans le second livre du Recueil de chansons à 4 parties, publiées par Nicolas du Chemin en 1549 : Une hergière un jour aux champs estoit ; le tout est fort léçer.
Maxchicourt est né à Bé thune (Artois) entre 1500 et 1510; après avoir été maître des enfants de chœur à Tournay, il fut appelé, en 1559, aux fonctions de maître de chapelle à Madrid, où il est mort en 1564. Il existe un assez grand nombre d'oeuvres religieuses et profanes de Manchicourt ; le Conservatoire possède une messe sur la chanson Gris et tanné. Dès 1539, on a imprimé des motets de ce musicien, en 1545 dans la Bicinia gallica; enfin Attaingnant, dans la plupart de ses publications, a eu soin d'y mettre des pièces de Manchicourt.
Marault. — Sans aucun renseignement. C'était peut-être un ami de Babelais, quelque pauvre chantre compositeur, que Rabelais aura voulu faire passer à la postérité.
Midy est absolument dans le même cas, à moins que ces deux noms ne nous soient parvenus qu'estropiés, ce qui est encore possible.
Millet. — H y a bien eu un musicien de ce nom, mais il est venu cent ans trop tard pour avoir pu connaître Babelais.
Morales (Christobal), né à Séville 'vers 1500, plutôt avant qu'après, fut un des plus remarquables
compositeurs de musique d'église qui aient précédé Pales trina. Aussi ses messes, ses Magnificat et ses motets se répandirent-ils très vite. Morales vint à Paris vers 1538 ou 1539; en 15-40, il était chapelain-chantre du pape Paul III. Comme on trouve ses œuvres imprimées dès 1539 chez Jacques Moderne, h Lyon, puis quelques années après à Venise, il est assez probable qu'il naquit avant 1500. Le Conservatoire possède une demi-douzaine de messes de Morales, dont deux sur Y Homme armé, l'une à 4 voix, l'autre à 5 ; des Magnificat et des motets.
Morpain. — Ce compositeur n'est mentionné que dans le XVe livre de chansons à 4 parties, publié par Pierre Attaingnant et Hubert Jullet en 1545; la Bibliothèque impériale de Vienne en a un exemplaire ; il y a tout lieu de croire que la plupart des œuvres de ce musicien ont été perdues ou n'ont jamais été imprimées.
Moulu, qu'on appelle aussi Molu dans les impressions qui renferment de ses compositions, n'est absolument connu que par ses œuvres, dont plusieurs ont été publiées par Jacques Moderne, à Lyon. Il n'existe guère autre chose de lui que des messes et des motets, et comme il y en a de publiés dès 1538, on voit que c'était en effet un contemporain de Piabelais, et de plus un élève de Josquin Després, à ce que dit Fétis. Moulu a écrit une messe sans pause.
Mouton. — Était-ce là le vrai nom de ce compositeur français, puisque son épitaphe est Jean de Hollingue (1), dit Mouton? Quoi qu'il en soit, Mouton était chantre sous Louis XII et sous François Ier ; à sa mort, en 15v22, il était chanoine de Saint-Quentin, où il est enterré.
Mouton, d'après M. de Coussemaker (2), a dû naître vers la tin du quinzième siècle, car Petrucci a publié un livre de cinq messes de ce musicien en 1508. Le grand Willaert était élève de Mouton. Le Conservatoire possède de ce maître cinq messes copiées et un grand nombre de motets.
Obrecht (Jacques). — Rabelais écrit Hobrethz, une des preuves qu'il n'a pas connu tous les musiciens qu'il cite, mais qu'il a voulu prouver que leurs noms étaient dans sa mémoire. On croit que ce compositeur est né à Utrecht vers 1430, où il était maître de chapelle en 1465 ; on prétend aussi qu'Erasme a été son élève pour la musique, ce qui est bien possible, puisque Glaréan le raconte. La réputation d'Obrecht comme musicien était très grande, et elle s'était étendue en Allemagne, en Italie, aussi bien qu'en France.
Le Conservatoire possède d'Obrecht une messe reproduite en Hollande, quelques motets et les
(1) Hollingue ou Holling, village à 7 lieues de Metz. Fétis croit qu'il s'appelait Jean Mouton de Holling.
(2j E. de Coussemaker, Notice sur les collections musicales de la bibliothèque de Cambrai, p. 27.
chansons suivantes dans YOdhecaton de Petrucci : Fors seulement ; J'ai pris amours; La Tourturella; Tant que notre argent dura ; Tsat'en meskin ; Rompelthier ; Va vistement; Tander naken.
Fétis en indique cinq autres qui se trouvent bien dans YOdhecaton, mais anonymes.
Okeghem. — Rabelais met Olkegan ; ce n'est pas étonnant pour un Français ; ce nom a d'ailleurs été écrit de huit ou dix manières diverses.
Jean Okeghem est une des grandes figures de l'école des Pavs-Bas ; on le croît né à Bavav, mais
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ce n'est pas prouvé. Ce musicien fut chapelain chantre de la chapelle de Charles VII, de Louis XI et de Charles VIII. Il est mort à l'abbaye de Saint- Martin-de-Tours, en 1512.
Fétis suppose qu'il a été élève de Binchois, et, devenu lui-même un maître illustre, il forma d'illustres élèves.
On trouve à la bibliothèque du Conservatoire plusieurs messes d'Okeghem, entre autres celle sur Y Homme armé.
Les chansons de ce maître, insérées par Petrucci dans YOdhecaton, sont : Je lïai dueui; Petite camusette ; Ma bouche rit; Malor me bat.
Pagnier. — Ce nom n'est cité que dans une collection qu'on trouve à la Bibliothèque impériale de Vienne : Selectissimarum motet arum parti m quinque, partim quatuor vocum. D. Georcjio Forstero
selectore, imprimebat Joannes Pet reins, Norimhergse, anno 1540.
Le nom de Pair/nier est là avec ceux de Gombert, Verdelot, Arcadelt, etc.
A ce rarissime exemplaire, il manque la partie de basse.
Passereau. — Les renseignements ne vont pas loin ; ce musicien était prêtre prébende de Saint- Jacques-de-la-Boucherie, à Paris, en 1509. Dans le recueil de chansons d'Attain^nant, 1530, il y a la
chanson à 4 voix : Sur le joly joly jonc. Fétis en cite deux ou trois autres que je n'ai pas trouvées.
Pexet (Hilaire). — Pienseignements absents. Assez probablement un chantre et en même temps un prêtre ; son nom n'a paru jusqu'ici que sur des pièces religieuses, comme dans les Motetti de la corona, 1519 ; dans un recueil de motets imprimés en 1511 à Nuremberg, dans un recueil d'Attaingnant, 1534; dans un recueil de Jacques Moderne, à Lyon, 1532.
Prioris. — Ce qu'on sait de plus certain sur ce musicien, c'est qu'il est cité dans la Déploration sur Okeghem, par Crétin :
Agricola, Verbonnet, Prioris,
Ne parlez plus de joyeux chants, ne ris.
Mais composez un ne recorderis
Pour lamenter notre maître et bon père.
Il y a deux pièces de sa composition dans la
Biccinia gallica, Witternberg, 1545. Il était né vers la fin du quinzième siècle.
Richaport. — On ne sait rien ni sur sa naissance, ni sur les premières années de sa vie ; mais comme, en 1543, il était maître de chapelle à Bruges, Fétis se croit naturellement forcé d'en faire un Belge. Un grand nombre de compositions de Bichafort ont été insérées dans des recueils publiés en Allemagne, en Italie et en France. On ignore Tannée de sa mort. Il eut pour maître Josquin Després. Le Conservatoire a un certain nombre de compositions de Bichafort en copies.
Rousseau. — Je me déclare très hésitant sur ce Rousseau, et j'ai bien de la peine à croire que ce soit le François Roussel qui, en 1548, était maître des enfants de chœur de la chapelle pontificale. J'ai d'ailleurs autant de peine à croire que Rouzée soit le Gyprian Rore, bien connu, quant à celui-là, ou bien le Petrus Roselli cité dans la Biccinia gallica, 1545, qui vient encore embrouiller les choses.
Sandrin. — Musicien français qui vivait sous François Ier ; il a dû être placé dans quelque chapelle, car, à cette époque, ce n'est guère que là qu'un musicien pouvait gagner sa vie. Cependant je n'ai trouvé de Sandrin que des compositions profanes. Dans les trois recueils de Chansons anciennes à Ï parties, publiées en 1551 chez Nicolas du Chemin, il y a de Sandrin: Ce qui voulait ; Doulce
mémoire ; Si mon travail ; Puisque de vous; Voyez le tort; Ce qui est plus en ee monde ; Ce qui m'est deu ; Hélas ! ami; La Volunté; Pleurez, mes yeulx; Je ne puis bonnement ; Quand je cogneu ; Si pour t'aymer ; Voulant honneur.
Sohier. — Ce nom se refuserait à être pris pour un Belge ; aussi Sohier fut-il maître des enfants de chœur, puis, en 1549, maître de chapelle de la cathédrale de Paris, ville où sans doute il est né.
Il existe un Salve Regina de Sohier dans le XIIe livre de musique publié en 1535 par Pierre Attaingnant. Puis deux chansons à 4 voix dans le XIIe et le XIVe /ivres de chansons, 1543, même éditeur ; enfin une messe à 5 voix, publiée par Claude de Sermisy en 1556.
Yerdelot. — Comme il n'y a pas de renseignements sur ce musicien, Fétis le met parmi les Belges (c'est plus fort que lui).
Yerdelot a dû naître après 1450, peut-être entre 1480 et 1490, car les Junte, en Italie, ont publié de ses compositions déjà entre 1523 et 1532 : Fior de motetti et eanzoni novi composti da diversi excellentissimi musiei. En 1536, on publia de ses madrigaux en tablature de luth ; donc ils avaient paru antérieurement. Les éditions et les rééditions des œuvres de Yerdelot sont nombreuses. Au Conservatoire, il y a plusieurs motets copiés et quelques chansons à 4 voix, mais surtout un bel exemplaire de Madrigali di Yerdelot a sei. insieme al tri madri-
gali de diversi excellentissimi autori. In Venetia, A. Gardano, 1561.
Vermont (Pierre). — Ténor de la chapelle de François Ier, en 1532. Attaingnant a publié des motets de ce musicien en 1534, et Rabelais a dû le connaître a Paris. Dans Attaingnant, 1530, il y a de lui : Ce n'est pas trop que d'avoir, chanson
Vigoris. — Probablement quelque chantre, ami de Rabelais, et comme les chantres étaient presque tous plus ou moins compositeurs, il aura été mis dans la liste générale ; mais les œuvres portant ce nom font complètement défaut.
Villiers ou Vuilliers, musicien français dont on connaît quelques motets, et surtout des chansons à plusieurs voix. En 1515, on a publié de lui des chansons à Augsbourg ; en 1542, Attaingnant en donna à Paris; à la même époque, Jacques Moderne à Lyon, etc.
Willaert (Adrien). — D'après M. Vander Straeten, ce musicien est né à Roulers (1), ainsi que Font soutenu MM. de Reiffenberg, de Goussemaker et d'autres auteurs; la date de 1490 n'est pas encore établie sur des documents positifs. Quoiqu'il en soit, ce grand musicien fut le fondateur de l'école musi-
(1) Fétis indique Bruges comme lieu de naissance de Willaert; Roulers est une ville de Flandre, à 4 lieues de Courtray.
cale de Venise, où parurent tant de musiciens célèbres après lui.
Dans un premier voyage que Willaert fît à Piome (1516), il lui arriva cette aventure, racontée par Zarlino dans les Institutions harmoniques : « Pour montrer jusqu'où peut aller la malignité et l'ineptie des hommes, je vais citer un exemple qui me vient à la mémoire. L'excellentissime Adrien Willaert est le héros d'une aventure qui eut lieu à la chapelle du souverain Pontife. C'était au temps de Léon X, lorsque Willaert arriva de Flandre en Italie. On chantait sous le nom de Josquin (Des Prés) le motet : Verbum bonum et suave, une des plus brillantes compositions de l'époque. L'artiste affirma, comme c'était la vérité, que cette composition était de lui. Eh bien ! l'ignorance et la méchanceté prévalurent au point que les chantres renoncèrent à chanter le morceau dans la suite. »
Ce que dit là Zarlino est peut-être un peu exagéré ; il est arrivé ce qui arriverait encore aujourd'hui, le maître du chant de la chapelle Sixtine, vexé de s'être trompé et n'ayant affaire qu'à un jeune homme, a supprimé le morceau, qui a été repris plus tard.
Willaert est mort en 1562 à Venise, où il était maître de chapelle de l'église ducale de Saint-Marc. Elève de Mouton, il a écrit une quantité de motets et de madrigaux, conservés dans des éditions italiennes et allemandes. Au Conservatoire de Paris, il y a un assez grand nombre de pièces* de ce musicien célèbre, mais elles sont toutes copiées. Sans
avoir connu personnellement Willaert, Rabelais devait nommer un musicien aussi célèbre du seizième siècle.
Ici se termine la liste des musiciens cités par Rabelais ; comme on voit, elle est passablement longue. Ce ne sont pas là uniquement des musiciens que Piabelais ait connus, je l'ai déjà observé; seulement le maître écrivain tenait à reproduire le nom de tous les musiciens qui avaient quelque notoriété de son vivant, et c'est à ce point de vue que cette liste est fort intéressante et méritait qu'on s'y arrêtât durant quelques pages.
Il est vraiment dommage que Gastil Rlaze n'ait pas écrit un volume sur Rabelais musicien, comme il l'a fait sur Molière ; c'eût été à coup sûr un livre intéressant et amusant.
SETHUS CALVISIUS (CALWITZ) (1556-1618.)
Ce savant était, comme la plupart des savants de son temps, instruit dans les sciences libérales; il était mathématicien, musicien, astrologue, etc.
Calvisius avait la plus grande confiance dans ses horoscopes. Un jour qu'il s'en tira un à lui-même, ses propres calculs lui démontrèrent clairement que le lendemain il lui arriverait malheur. Grande aeitation du personnage. Toutefois, se trouvant averti d'avance, il résolut de ne pas sortir du tout, et c'est ce qu'il fit le lendemain. Même ce jour-là il ne voulut voir personne, ni amis ni ennemis : la précaution était bonne. Il se mit sagement à sa table de travail dès le matin, et continua ainsi une bonne partie de la journée; sa plume allait, allait, rien ne l'arrêtait, l'inspiration lui donnait des ailes.
Donc cette plume allait si bien* que vint le moment où il fallut la tailler ; les lettres devenaient
PlflllllllM ■ ^r^r^ui'L jliililiii , fr IliïlllilllilliillIlllllillllB 1
MuftcuïMtftaricu^ cbAnii$ edr ifT^ EwhL, ^AfbvtoccuPa $£TlïV$ talU ta, aarb& duzt
informes et quelques pâtés avaient déjà maculé la page blanche en bon papier de fil, dont les pontuseaux très accusés servaient de réglure.
Calvisius prit son canif pour rafraîchir sa plume, et comme ses doigts étaient aussi fatigués que la plume, le canif glissa entre ses doigts; par un mouvement instinctif il serra les genoux pour empêcher le canif de tomber, et la lame entra dans la jambe droite, en coupant une artère.
Cet accident le rendit boiteux pour le reste de sa vie.