LES PUYS DE MUSIQUE
Au xvie et au xvne siècle, on était loin de se désintéresser en France à ce qui touchait à la poésie et à la musique. Sans parler des Jeux floraux de 1322j auxquels Clémence Isaure donna une nouvelle impulsion vers 1500, on peut citer, entre autres créations de ce genre, les palinods(l), sorte de concours
(1) Palinod, mot grec, qui signifie chant répété ; le premier vers de la première stance devait être répété à la fin de toutes les autres.
poétique plus spécialement consacré à glorifier la Vierge. R.obert Wace au xne siècle paraît être un des premiers poètes entrés en lice pour la fête des Normands, qui se célébrait le jour de la Conception, et c'est précisément sur cette fêle des Normands que paraît enté le palinod, inauguré en 1521 à Caen (1;.
Dans les règlements de ce palinod, on voit percer l'oreille du Normand, homme pratique par excellence : Donc à Caen on donnait des prix chiffrés ; de cette manière le concurrent pouvait préférer la somme en argent. Ainsi la palme était rédimable par 40 sols, le laurier rédimable par 30 sols, etc.
Il n'en était pas de môme au Puy de musique d'Evreux où Ton donnait la lyre, le luth, ïorgne, la harpe, le cornet, la flûte, le triomphe.
Le mot puy (podium) signifie lieu élevé, et par extension s'appliquait aux fêtes musicales, dans lesquelles on produisait les œuvres soumises à un concours régulier, et où l'on distribuait les prix aux lauréats, comme cela se pratiquait à Rouen, à Evreux, à Dieppe, et dans bien d'autres villes de France.
On nommait chaque année un prince du puy, c'est ce qu'on appellerait aujourd'hui un président. La princerie s'offrait naturellement à quelque grand seigneur ou à un bourgeois riche, car on s'y piquait d'honneur et on régalait l'assemblée. Au puy
(1) Mémoire historique sur le palinod de Caen, œuvre posthume «le l'abbé De La Rue. Caen, 1841.
d'Evreux (1) en 1583, il y eut les musiciens chantres de la chapelle du cardinal de Guise, qui vinrent embellir la fête, et parmi eux Pierre Guédron (le futur surintendant de la musique de Louis XIII), mais qui alors n'était qu'enfant de chœur et même en la mutation de sa voix, ce nonobstant chanta le hautecontre (l'alto) fort bien.
Dans ces concours, les musiciens produisaient euxmêmes leurs œuvres, surtout quand c'était un chant seul, comme celui dont nous parlerons plus loin; quant aux motets à plusieurs voix, l'embarras n'était pas bien grand, puisqu'on avait toujours à sa disposition le chœur de Notre-Dame d'Evreux. A cette époque, les chœurs de chapelle étaient composés d'excellents musiciens qui, comme lecteurs à première vue, rendraient des points à la plupart de nos chapelles ou églises d'aujourd'hui.
Il y avait certes des musiciens de talent qui se présentaient h ces concours; ainsi parmi les lauréats du puy d'Evreux, entre 1575 et 1590, on trouve les noms illustres d'Orlando de Lassus, de Du Caurroy, de Jacques Mauduit, de Caignet, etc. En 1575, Eustache Du Caurroy remporta le prix du cornet avec sa chanson Rosette pour un peu d'absence, poésie de Philippe Desportes. Le musicien était alors âgé de vingt-six ans, l'un des chantres de la chapelle de musique du P\oi ; il fut plus tard le maître de chapelle des rois François II, Charles IX, Henri III et Henri IV.
(1) Puy de musique, érigé à Evreux, en l'honneur de Mme Sainte- Cécile, par MM. Bonnin et Chassant. Evreux, 1837.
Voici la mélodie qui remporta le prix du cornet (d'or ou d'argent, on ne le dit pas) :
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