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CHAPITRE Y

Questions harmoniques, dans lesquelles sont contenues plusieurs choses remarquables pour la physique, pour la morale et pour les autres sciences. Paris, chez JaquesVillery, rue Clopin, à ÏEscu de France, et au coin de la rue Dauphine, aux Trois Perruques ; 1634. Petit in-8" de 276 pages.

Ce volume de Marin Mer senne n'est ni rare ni commun : il est entre deux, comme dirait Montaigne.

L'auteur se propose une suite de questions, les résout à sa façon (bien entendu); il y ajoute ensuite des corollaires, comme s'il s'agissait de problèmes de géométrie.

La plupart de ces questions sont passablement bizarres, à commencer par la première : « A savoir si la musique est agréable, si les hommes savants y doivent prendre plaisir, et quel jugement l'on doit faire de ceux qui ne s'y plaisent pas, et qui la méprisent ou qui la haïssent. »

Un pou plus loin, on lit que « ceux qui ont le jugement solide ne peuvent entendre parler de joueurs de luth, de violon ou des autres instruments qu'ils ne s'en rient, comme de jongleurs et de ménestriers, qui n'ont l'esprit et les mains propres qu'à servir de plaisantins ! !... »

« En effet, l'on voit peu d'honnestes gens qui s'emploient à ce mestier, qui est si infâme et si décrié, que ceux qui savent la musique n'osent le confesser dans la compagnie des hommes savants sans roiunr de honte ! »

D'après cela, il faut bien convenir que les musiciens sont un peu plus estimés aujourd'hui qu'en 1634. Voyez-vous MM. Ambroise Thomas et Charles Gounod rougir d'avouer qu'ils savent la musique !

La musique amollit et énerve le courage des auditeurs : « De là vient qu'on ne trouve quasi nul musicien qui soit martial, et qui n'ayme mieux tenir un verre et la bouteille dans ses mains que l'espée. »

« La musique a encore ce malheur qu'elle excite au mauvais amour et à plusieurs inclinations vicieuses ; de là vient que la pluspart des musiciens sont desbauchés, et qu'ils sont merveilleusement présomptueux, quoiqu'ils ne sachent rien. »

Il y a toute une litanie de gentilles propositions de ce genre à rencontre des musiciens ; même le père Mersenne, malgré sa bonne volonté, les défend pour la plupart assez médiocrement.

Voici ce qu'il répond, page 68 : « Quant à l'igno-

rance, la débauche et l'arrogance des musiciens, je dis premièrement que plusieurs ne sont pas tachés de ces vices, car l'on en rencontre de très honnestes et de très savants, qui touchent le luth ou qui chantent, et oyent quelques concerts chez eux ou chez leurs amis particuliers, etc. »

En 1708, Frédéric Erhard Niedt a publié un abc musical (ce n'est donc pas une invention de Panseron). Cet a h c de Xiedt est bien la chose la plus humoristique qu'on puisse lire, le tout semé d'anecdotes, de proverbes et de bons mots ou plutôt de gros mots. A la page 33, on apprend la manière douce et insinuante avec laquelle on inculquait la musique aux gamins dans les écoles, ou bien dans les maîtrises de 1708.

« Le professeur ne doit pas s'imaginer d'infuser sa science avec des soufflets, des cheveux tirés ou des coups de bâton, mais commencer le tout sans effort ni pression. Il résulterait une misérable harmonie si, au lieu de chanter, on se mettait à pleurer, et quant à celui qui doit être battu ou qui se laisse battre, qu'il soit de préférence mis à la porte : à laver la tète d'un Maure, on perd sa lessive. Le plus souvent, c'est le maître lui-même qui décourage les élèves en les battant. Ces rustres, chez les gens et même à l'église, ne tiennent qu'à se faire voir, eux et leur autorité. Pour une petite faute ils soufflettent le chanteur, le tirent par les cheveux ou le soumet-

tenl à toute autre torture qu'ils ont imaginé. J'en ai connu un de ce tempérament, et comme il est mort je puis en parler.

« Avant de savoir à quoi m'en tenir, les soubresauts et les cris étouffés des enfants de chœur qui chantaient me paraissaient singuliers. Un jour j'en accostai un en lui demandant pourquoi il ne se tenait pas plus tranquille en chantant et se remuait tant. Le pauvre garçon fondit en larmes en me montrant ses jambes toutes brunes, toutes bleues, par les coups de pied du maître, qui reprenait de cette façon les enfants de chœur, même durant le service divin. »

Nous citerons encore, d'après Nieclt, la manière de faire le fameux baume pour guérir les voix, laissant à messieurs les professeurs de chant le soin de le fabriquer d'après la recette exacte ci-dessous :

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