‹ Nouveau MusicianaChapitre 8 sur 112 · BERNIER · texte numérisé non relu

BERNIER

Nicolas Bernier, un des maîtres de chapelle du grand roi, avait fait un voyage en Italie, exprès pour se perfectionner dans la science de l'harmonie. 11 avait un désir extrême de prendre connaissance des compositions de Caldara, célèbre maître de musique du Vatican, dont le Miserere se chante encore tous les ans à Rome aux Ténèbres de la chapelle Sixtine. Rien au monde n'était plus difficile, parce que ce musicien avait la manie de ne communiquer ses partitions à qui ce fût.

Bernier ne trouva d'autre moyen, pour parvenir à son but, que de se déguiser et de se présenter à

lui eu qualité de dômes lique. Il était d'une très belle figure, grand, bien fait, parlant le mieux du monde la langue italienne.

Caldara ne fit aucune difficulté de le prendre à son service. Notre nouveau déguisé se procura bientôt, par ce singulier stratagème, l'entrée du cabinet de cet artiste, duquel il parcourut les ouvrages tout à son aise. Un jour ayant trouvé sur le bureau un morceau inachevé, une terminaison ou coda qui paraissait préoccuper Galdara, Dernier prit la plume et l'acheva de sa propre main.

Galdara, rentrant dans son cabinet, crut d'abord que quelque esprit follet lui avait joué ce tour, mais il découvrit bientôt que c'était Dernier qui, lui ayant versé à boire à dîner, soupa avec lui le soir du même jour.

Cette aventure les lia de la façon la plus intime, et Galdara s'empressa de communiquer toutes ses lumières à son nouvel ami.

Page 1