Corelli jouant le sujet à son tour, que Lulli accompagne
Le tout se termine par :
La Paix du Parnasse faite aux conditions (sur la remontrance des Muses françoises) que lorsqu'on y parleroit leur langue, on diroit dorénavant Sonade, Cantade ; ainsi qu'on prononce ballade, sérénade.
Il faut ajouter que le grammairien claveciniste Gouperin n'a pas réussi à imposer cette orthographe.
(1) Cela veut-il dire : accueil entre tous égards ou bien moitié sucre et moitié sel? A ce numéro, Gouperin écrit les violons en clés de sol deuxième, comme les Italiens le pratiquaient déjà alors, et au numéro suivant il remet les clés à la française pour ces instruments, c'est-à-dire les clés de sol première.
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Les Nations, sonades et suite de symphonies en trio, en quatre livres séparés, pour la commodité des académies de musique et des concerts particuliers, par M. Couperix, organiste de la chapelle du Roy, ordinaire de la musique de la chambre de Sa Majesté, pour le clavecin, etc. A Paris, chez Fauteur, au coin de la rue NeuvcdcS'Bons-Enfants, proche la place des Victoires; 1726.
Aveu de F Auteur au public :
« Il y a quelques années déjà qu'une partie de ces trios a été composée : il y en eut quelques manuscrits répandus clans le monde; dont je me déffie par la négligence des copistes.
« De tems à autres j'en ay augmenté le nombre; et je crois que les amateurs du vray en seront satisfaits. La première sonade de ce Recueil fut auscy la première que je composay; et qui ait été composée en France. L'histoire même en est singulière.
« Charmé de celles du SignorCorelli, dontj'aimeray les œuvres tant que je vivray ; ainsy que les ouvrages François de M. de Lulli, j'hazarday d'en composer une, que je fis exécuter dans le concert oùj'avois entendu celles de Gorelli; conoissant l'âpreté des François pour les nouveautés étrangères, sur toutes choses, et me défiant de moy-mème, je me rendis, par un petit mensonge officieux, un très bon service. Je feignis, qu'un parent que j'ay effectivement auprès
du roy de Sardaigne, m'avoit envoyé une sonade d'un nouvel auteur italien. Je rangeai les lettres de mon nom, de façon que cela forma un nom italien (Cuperino) que je mis à la place.
« La sonade fut dévorée avec empressement et j'entairay l'apologie. Gela cependant m'encouragea, j'en fis d'autres ; et mon nom italiénisé m'attira, sous le masque, de grands applaudissemens. Àlessonades heureusement prirent assés de faveur pour que l'équivoque ne m'ait point fait rougir. J'ay comparé ces premières sonades avec celles que j'ay faites depuis; et n'y ay pas changé, n'y augmenté grandchose.
« J'y ay joint seulement de grandes suites de pièces aux qu'elles les sonades ne servent que de préludes, ou d'espèces d'introductions.
« Je souhaite que le public désintéressé en soit content ; car il y a toujours des contradicteurs, qui sont plus à reclouter que les bons critiques, dont on tire souvent contre leur intention des avis très salutaires. Les premiers sont méprisables; et je m'acquite d'avance envers eux : avec usure. Il me reste un nombre assés considérable de ces trios pour en former dans la suite un volume auscy complet que celuv-cv. »
Gouperin composait volontiers ce qu'on appelle aujourd'hui de la musique pittoresque. Il le dit d'ailleurs très clairement dans la préface de ses Pièces de clavecin, 1713.
« J'ay toujours eu un objet en composant toutes
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ces pièces ; des occasions différentes me Font fourni : ainsi les titres répondent aux idées que j'ay eues; on me dispensera d'en rendre compte : cependant comme, parmi ces titres, il y en a qui semblent me flatter, il est bon d'avertir que les pièces qui les portent sont des espèces de portraits qu'on a trouvé quelques fois assez ressemblants sous mes doigts, et que la plupart de ces titres avantageux sont plutôt donnés aux aimables originaux que j'ai voulu représenter qu'aux copies que j'en ay tirées. »
La virtuosité seule ne charmait que médiocrement Couperin, car, dans cette même préface, on lit : « J'ayme beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend. »
Voici au reste quelques-uns des titres les plus singuliers qu'on trouve en tète des pièces de Couperin :
LesNonnettes (les brunes, les blondes). — La Babet. — La Mimi. — La Ténébreuse. — La Lugubre. — La tendre Fanehon. — Les Barricades mystérieuses. — La Rafraîchissante. — LeBavolet flottant. — Les Notables et Jurés ménestrandeurs. — Les Invalides ou gens estropiés au service de la grande Ménestrandie. — Désordre et déroute de toute la troupe, causés par les ivrognes, les singes et les ours. — La petite jiince-sans-rire. — Le croc en jambe. — La divine Babiche ou les amours badins. — Les Lis naissants. — La Virginité sous le Domino couleur d'invisible. — La pudeur sous le Domino couleur de rose. — Les Coucous bénévoles sousjîes dominos jaunes.
La dernière suite des pièces de Couperai est intitulée : Concerts royaux.
En voici la préface :
« Les pièces qui suivent sont d'une autre espèce que celles que j'ay données jusqu'à présent. Elles conviennent non seulement au clavecin, mais aussi au violon, à la flûte, au hautbois, à la viole et au basson ...» (Pourquoi pas à la guimbarde el au trombone également ?)
« Je les avois faites pour les petits concerts de chambre, où Louis XIV me faisoit venir presque tous les dimanches de l'année. Ces pièces étaient exécutées par messieurs Duval, Philidor, Alarius et Dubois : j'y touchois le clavecin. Si elles sont autant du goût du public qu'elles ont été approuvées du feu roi, j'en ai suffisamment pour en donner dans la suite quelques volumes complets. Je les ai rangés par tons, et leur ai conservé pour titre celui sous lequel elles étaient connues à la cour en 1714 et en 1715. »
Il parait que quelques écrivains ou critiques ont donné un coup de griffe à Gouperin, relativement à ses préfaces, car, en tête du troisième livre, on lit ces mots :
« Je demande grâce à messieurs les puristes et grammairiens sur le style de mes préfaces, j'y parle de mon art, et si je m'assujettissais à imiter la sublimité du leur peut-être parlerais-je moins bien du mien, etc. »
C'est égal, que dirait aujourd'hui une maman si
sa fille, en venant de pension, lui contait qu'elle joue en ce moment la Virginité sous le Domino couleur invisible !
Le traité de la Basse continue appliqué à la composition de Heinichen est certainement un ouvrage remarquable pour l'époque où il a été publié : je parle de la seconde édition, 1728.
J'ai eu la persévérance de parcourir les 960 pages in-4° dont se compose ce traité, je ne parle pas des seize pages d'introduction ni des dix pages d'errata. L'auteur est très verbeux, mêlant son texte allemand de latin et de français avec une certaine humour; c'était d'ailleurs le style de l'époque, pour l'Allemagne du moins. A la page 91, l'auteur dit qu'avant cette seconde édition de son œuvre il ne connaissait clans ce genre que VA rmonico prattico de Gasparini, le Traité de T accompagnement au clavecin par Saint-Lambert et les quelques pages de Boyvin sur le même sujet, c'était peu. Il parait qu'alors (en 1728) certains intervalles comme la sixte augmentée et quelques autres ne s'employaient pas, sinon clans des cas rares ; nons avons bien changé les choses depuis ce temps-là.
Une des curiosités de ce gros volume, c'est une ode de Maltheson adressée à Heinichen, qui paraît avoir été de ses amis ; on y trouve cette interpellation : « Que fais-tu Hanclel ? Ne composes-tu plus rien ? C'est en vain qu'on t'envoie des messages, etc. »
Pour tant de grincheux quand ils parlent de la musique de leur époque, il est consolant de trouver un homme qui en parle avec satisfaction. Cette perle rare est un M. Vyon, qui a publié en 17iw2 un traité intitulé : la Musique pratique et théorique, etc.
Dans la dédicace à M. Chartraire, marquis de Bourbonne, on lit : « A l'aide des règles géométriques, nous nous sommes frayés des routes aisées dans les labyrinthes de l'Harmonie. Le bon goût, qui semble avoir fixé son séjour en France, règne dans nos chants mélodieux. Notre génie vient de se faire un genre nouveau, né, pour ainsi dire, entre la belle simplicité de l'opéra et les vives saillies de la sonate italienne. D'ailleurs, quelle précision, quelle justesse clans l'exécution de nos musiques ! ! ! »
C'était là certainement un homme très satisfait.
L'ouvrage de M. Vyon, à titre de complément, est suivi de fragments importants tirés des opéras de Lully : Roland, Armide, Issé.
Dans le Traité de chant et de violon, par J. F. X. Kurzinger (3e édition, 1793), on lit cette question curieuse, dont la réponse'ne l'est pas moins. « Est-il vraiment possible que la musique ait aussi
— Certainement. Car déjà autrefois Zwingle, par mépris pour la musique, a demandé la suppression complète du chant dans les églises, et pour le rendre d'autant plus risible, il chanta lui-même sa supplique devant le Conseil de Bàle, afin de montrer combien il est bizarre de chanter ses affaires devant les hommes, et par suite combien il est absurde d'adresser ses prières à Dieu en chantant. »
Autre question :
« Est-il bien vrai que tous les musiciens ont des vers (ou des rats) dans la tête ? »
Assez longuement motivée, la réponse n'en est pas une, en concluant qu'il y a une infinité de gens qui ont des vers dans la tête, dans les mains et dans les jambes, et qui ne sont pas musiciens pour cela.
On dit aussi dans ce livre que la musique n'est si méprisée que parce que beaucoup de musiciens sont ivres du matin au soir.
A la question : qui a inventé les notes? on répond :
Jean de Murs (Mûris), un Français et excellent musicien qui vivait en l'an de grâce 1220.
Et quant à la solmisation, c'est Guido Aretinus qui l'inventa en 1024.
Ce traité est suivi d'un supplément sur les termes de la musique. A ahblasen, dont le sens est exécuter, on lit : est employé pour les musiciens des tours, les fifres (Kunstpfeiffern), les joueurs de cornet à bouquin, ou musiciens de ville, quand ils jouent au haut des tours.
Dans le petit dictionnaire des termes de musique, qui termine l'ouvrage de Kùrzinger, il y a un certain nombre de choses intéressantes, entre autres ses définitions du cornet à bouquin et des différents tons encore en usage alors : le ton de la musique de chambre, le ton du chœur et le ton du cornet à bouquin.
Parmi les articles facétieux, on peut citer le Dona nobis, « pièce d'église venant après YAgnus Dei,eï qui, selon la fantaisie du compositeur à la mode, consiste généralement en un thème vulgaire de la rue ou un petit air de danse de paysans, pour remonter un peu la communauté attristée par le Miserere nobis, quoique celle-ci s'étonne parfois, dans sa naïveté, que puisque la messe va finir bientôt, il n'est pas nécessaire de recommencer un interminable da da da da etpacem, pacem, par cm. >>
« Le flageolet est une petite flûte en buis, en bois d'ébène ou en argent, avec laquelle on serine les canaris. »
« Sérénade, musique nocturne, dans laquelle viennent ramper souvent les vers poétiques. Les sérénades se donnent généralement par des nuits agréables, rarement à la gloire de Dieu; elles sont très malsaines par les temps de pluie, et dangereuses quand on y donne ou qu'on y reçoit des coups. »
« Les trompettistes de cour ne permettraient pas à un musicien de tour de jouer de la trompette en leur présence, sans leur autorisation. »
l'ave maria de m. baca.
En cataloguant ces temps derniers quelques pièces arriérées, mon attention s'est fixée sur un Ave Maria d'un compositeur mexicain, production des plus ordinaires, pour n'en pas dire plus; mais il y a une préface à ce morceau, elle est signée J. Bermudez de Castro, et cette préface est un chef-d'œuvre de... on va voir.
M. Bermudez raconte la délicieuse soirée où il a eu le bonheur d'entendre chanter Y Ave Marin de M. Baca, c'est le nom du compositeur. M. Bermudez avait l'àme très sensible, car il n'avait jamais senti des transports aussi voluptueux : « Ce fut alors que nous comprimes les effets de la grâce divine; nous étions comme une éponge abreuvée d'eau de senteur, tout notre être était sillonné par des courants prophétiques d'un bonheur céleste. Et ces ravissements extatiques étaient généralement partagés par tout l'auditoire. Nous avons vu une jeune femme du peuple cacher sous son tablier des larmes toutes divines, pendant que le beau visage d'une anglaise, transfiguré par l'extase, laissait voir des yeux d'un bleu céleste, levés au ciel et noyés dans des larmes d'un bonheur ineffable... etc., etc. »
Pourquoi ne pas dire tout de suite que l'église de Notre-Dame-de-Lorette était transformée en baignoire, ce soir-là.
Il parait que M. Baca est spécialement goûté par
les femmes, surtout par les femmes frêles et nerveuses, etc., etc.
Il y en a comme cela quatre pages in-folio.
Le Guide de renseignement musical, par le citoyen Gorbelix, dédié au citoyen Martin Gibergue fils et à mademoiselle sa sœur, ses élèves.