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LES BATAILLES EX MUSIQUE

L'idée de simuler une bataille en musique est fort ancienne, ne citerait-on que la bataille de Maricfnan, ou plutôt la Guerre, par Clément Jannequin,

qui écrivit sur la victoire de François Ier un chœur fort remarquable comme mouvement et comme couleur (1515) (1).

A la fin du siècle dernier et surtout au commencement de celui-ci, on se remit à faire des batailles, mais au piano, et elles trouvèrent des acheteurs et des auditeurs. Il y a eu de tout temps, même ta l'époque des guerres de l'empereur Napoléon Ier, des gens paisibles, dans la noblesse comme dans la bourgeoisie, qui se contentaient d'une bataille au piano, un trémolo à la main gauche simulait des feux de peloton, même des coups de canon; eh bien ! ce public était satisfait, j'ignore s'il avait la chair de poule!

Donner la description de ces batailles en musique serait abuser de la patience de mes lecteurs ; on voit sans peine qu'aucun de ces musiciens n'a assisté même à un combat : ce sont toujours des marches de l'infanterie, puis marches de la cavalerie, les chasseurs, les hussards, V empereur observe la position de l'ennemi, les tambours, les trompettes, la fusillade devient vive, canonnade, charge à la bayonnette, mêlée, plaintes des blessés, chants de victoire et voilà ce qu'on appelait une bataille.

1704. The battle of Blenheim (anonyme). La bataille de Blenheim ou d'Hochstœdt. Le général anglais Malborough en fut le héros ; on lui donna en récompense un magnifique château qu'on appela Blenheim, en souvenir de sa victoire. Publié à Londres.

(1) Ce morceau a été édité par la maison Durand et Schœnewerk.

Sonate militaire représentant la conquête d'Oczakow (le 17 décembre 1788), par Kâuer.

1792. Bataille de Jemmapes, ou la prise de Mons par les Français. Il y en a deux, l'une par Devienne, l'autre anonyme, publiées toutes les deux chez l'éditeur parisien Imbault. On y chante la Carmagnole et le Ça ira.

1793. Bataille de Nerwinde. Mayence, anonyme.

Combat naval, pour le forte-piano, par D. Steibelt, à Rotterdam. Comme l'auteur n'a pas l'air très marin, il a cherché surtout à peindre les vagues de la mer et la chute des mats, sa science maritime n'allant pas au delà.

1794. Bataille de Fleurus, pièce militaire, dédiée à l'armée de Sambre-et-Meuse, par Metzger, à Worms. Avec une image gravée sur le titre.

1800. Bataille de Marengo, par Viguerie.

1805. La Bataille dWusterlitz, appelée la Bataille des trois Empereurs, musique de L. Jadin. (Deux éditions allemandes faites à Berlin.)

1805. La Journée tTUlin,Tpav Steibelt, arrangée pour deux flûtes par Fuchs. Paris.

La Bataille d'Iéna, gagnée sur les Prussiens, le li octobre 1806, par les troupes françaises, commandées par S. M. Impériale et Boy aie Napoléon Ier, par F.- A. Le Mière. Dédiée à la grande armée. Leipzig et à Francfort.

1807. Batalia pod Ostrolenka (26 mai 1831), par Kiszwalterà. Poznanin ; avec frontispice.

Grande symphonie caractéristique pour la paix avec la République française, par Paul Wranitzky. Augsbourg : avec frontispice.

La Paix, par Antoine Gr.effer. Vienne ; joli frontispice.

1809. Hommage rendu a S. M. Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, impératrice des Français et reine d'Italie, scène imitative, par Louis Jadin. (On y entend le Dieu de rjaphos et de Guide, musique de Gluck). Paris.

1809. Le jour heureux de I Europe, union de Marie-Louise avec Napoléon Ier, musique de Piiotte. Vienne.

Bataille de Martinesti, musique de F. Neubauer. Heilbronn ; une gravure en lèfe.

1812. La destruction de Moskowa, dédié à la nation de Russie, par D. Steibelt. Leipzig; avec frontispice.

1813. La victoire de Wellington, ou la bataille près de Vittoria, musique de Beethoven. Les Anglais sont désignés par l'air de Bule Britannia, et les Français par Malbrough s'en va-t-en guerre.

1813. La délivrance de la Silésie, ou la Bataille de Katzbach, musique de Wijlstrich. Ureslau. Dédie à Blùcher (avec son portrait).

1813. La bataille près de Culm, musique de Riotte, publiée à Vienne avec un titre gravé.

La bataille près de Leipzig, ou la délivrance do l' Allemagne, musique de Riotte. Boiid.

1814. La victoire près Brienne, ou la dernière bataille de Napoléon, par Antoine Diabelli. Comme ce morceau a été publié à Vienne, on donne naturellement la victoire aux alliés, ce qui est fort contestable. Sur le titre, une grande image à l'encre de Chine.

1814. Bataille de Saint-Chaumont et entrée dans Paris de LL. MM. F empereur de Bussie et le roi de Prusse, à la tête des armées alliées, pièce historique pour le pianoforte, arrangée par Pacini.

Voilà encore une de ces batailles (celle de Chaumontj restée inconnue à bien des Français; mais comme cela a été publié à Hambourg, on peut pardonner à cet innocent, qui donne les détails suivants, dans le courant du morceau :

Arrivée des troupes françaises sous les murs de FJaris. — Musique militaire. — Les généraux français prennent position. — Le lever du soleil. — Arrivée des armées alliées au village de Pantin. — Arrivée de la garde impériale russe ; cuirassiers russes ; cavalerie bavaroise.

272 NOUVEAU MUS1GIANA.

— Départ de la garde nationale. — Harangue de l'empereur Alexandre : Soldats, ménagez les Frariçais et respectez Paris. — Serment des Russes de respecter Paris.

— Combat de Belleville. — Prise de la batterie de Chaumont. — La garde nationale sort des barrières. — Bataille générale. — Coup de canon. — Les Russes gagnent les hauteurs de Montmartre. — Grande canonnade par les élèves de l'École polytechnique. — La cavalerie charge. — Prise de Montmartre. — Les troupes françaises se jettent dans Paris. — Les trompettes russes annoncent la victoire. — Les armées alliées s'approchent des barrières. — La Ville de Paris capitule. — L'empereur de Russie et le roi de Prusse s'embrassent en disant : Le sang va donc cesser de couler. — L'-armée russe crie : Vive Alexandre ! — Cloches. — Canon. — An son des cloches, tout le monde prend la cocarde blanche; on déploie le drapeau blanc aux cris mille fois répétés : Vive la paix! vivent les Bourbons ! vivent les alliés! vive Alexandre ! vive Louis XV III ! — Entrée des alliés dans Paris. — Entrée des Cosaques. — Entrée des Autrichiens. — Réjouissance des Français avec les armées alliées. — On danse. — Cantique des Parisiens à S. A. R. Mmc la duchesse d'Angoulême.

Puis vient l'air : Vive Henri IV ! sur lequel on a plaqué tant bien que mal (plutôt mal) la platitude suivante :

Vive Alexandre !

Vive ce roi des rois !

A nous défendre

Il borne ses exploits.

Le prince auguste

A le double renom

De héros, de juste,

En nous rendant Bourbon!

Il y a encore un joli couplet après celui-là :

Chantons Guillaume

Et ses vaillants guerriers,

De ce royaume,

Ils sont les boucliers ;

Par la victoire

Il nous donne la paix,

Et compte sa gloire

Par ses nombreux bienfaits.

Suit une Valse prussienne. Enfin, le Canon de la retraite.

Entrée triomphale de F empereur d'Autriche à Paris le 15 avril 1814, par Ant. Diabellt. Vienne, frontispice. Ici, le compositeur élant Autrichien, tous les honneurs sont pour son empereur, et celui de R.ussie reste dans l'ombre.

Entrée triomphale dans Paris par les monarques unis, en juillet 1815, piano, par H. Lixse. Mayence.

Le siège de Paris, suivi de Feutrée des troupes alliées et du retour de Mme la duchesse d'AngouMmc en France, par Laffillé et Paz. Paris.

Retour triomphal à Vienne de F empereur François le Bien- • Aimé, juin 1814, par Ant. Diabelli ; frontispice.

Fête anniversaire des monarques coalisés, musique de A. Gyrowetz ; titre gravé, publié à Vienne.

Bataille de Prague, par Yiguerie. Paris.

La bataille de Groehow et de Praga (le 25 février 1831), musique de Le Glinski. Posen ; frontispice.

1815. Belle-Alliance (Waterloo), musique de Glàser. Edition allemande. Une autre, anonyme, pub iée à Leipzig.

Bataille de Belle-Alliance, fantaisie pour piano-forte, composée et dédiée aux armées alliées, par H. Messem.eckers. Bruxelles.

274 NOUVEAU MUSIGIANA.

La bataille de Belle- Alliance, ou la descente de Hermann du Walhalla, dédié aux héros immortels et vainqueurs Wellington et Blûcher, avec le plus profond respect, par A. Kanne. Vienne.

Le Voyage de Napoléon ù Suinte-Hélène, par H. Linse. Mayence ; une image sur le titre.

Il y a même une pièce intitulée ainsi :

Air de chasse, valses et marches funèbres de Napoléon Bonaparte, né ù Ajaccio le 15 août 1769, mort à Suinte- Hélène le 5 mai 1821. En Europe, chez tous les marchands de musique funèbre.

Cette manie de certains musiciens de peindre des événements quelconques a été pratiquée d'une façon bien plus amusante que pour les batailles clans une pièce qui, je crois, est devenue assez rare ; c'est l'assassinat de Fualdès en 1817. Voici le titre de ce singulier pot-pourri : L'affaire de Rhodez, pièce de musique, arrangée en pot-pourri pour le fortepiano sur des fragments d'airs analogues à cet événement tragique, par M. Frédéric-Auguste Le Mierre de Corvey, op. 47. A Paris, chez Naclermann.

D'abord, comme introduction, il y a ïandante de l'ouverture du Don Juan de Mozart, ni plus ni moins. Mme Manson entre en scène sur l'air : J'ai perdu tout mon bonheur (Devin du village, de J.-J. Rousseau). Quand Fualdès arrive au milieu des assassins, le piano exécute le chœur des Scythes : II nous fallait du sang (Iphigénie en Tauride, de Gluck).

Toutes les paroles, tous les pas des personnages sont indiqués par des airs, connus alors. Le Mierre en a employé plus de cinquante. Au tribunal, quand M,ue Manson est citée, son père rengage à parler sur l'air : Versez tous vos chagrins dans le sein paternel (Stratonice, de Méhul) ; au jugement, retentit l'oracle d'Alceste, de Gluck.

Ces sortes de cocasseries musicales ne peuvent plus guère se produire aujourd'hui, parce que le genre vaudeville ayant disparu, on ne connaît plus les airs qui se chantaient dans ces pièces. C'est une transformation à laquelle nous avons assisté: la disparition du vaudeville, le genre de pièces le plus éminemment français ! Il a été remplacé par les opérettes de café-concert. Avons-nous monté ou descendu? La réponse est par trop facile.

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