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En 1840, on lit parailre à Paris le grand trio de Mendelssohn, op. 00; il avait élé publié bien avant en
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Allemage. Or le finale, transposé dans le même ton ([ne l'air précédent, est :
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Puis en 18t>2 vint La //a Roukh, de Félicien David, où l'on trouve au :2e acte, dans l'air de soprano :
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Bien -tôt va pa - raî-trel'é - poux glo-ri - eux
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( le qui, à mon avis, est le plus étonnant, ce n'est pas tant de voir revenir le même thème, facile, entraînant, qui se retient sans peine, mais c'est de retrouver la même basse, à une ou deux notes près, et cela à deux siècles de distance.
Félicien David m'a dit au reste qu'il avait fait ce thème longtemps avant son opéra Lalla Roukh, et surtout avant de connaître le trio de Mendelssohn.
29G NOUVEAU MUSICÎANA.
Or, comme Félicien David était encore de cette vieille école, où Ton avait la faiblesse d'écrire des mélodies, au lieu de faire de la musique de chats qui se battent la nuit dans un carrefour, il n'avait nullement besoin d'emprunter ses thèmes à ses confrères, il en a produit de charmants, d'une grâce exquise et d'un sentiment profond.
La musique, par F. Halévy.
Halévy avait promis au libraire Gide un article sur la musique à insérer dans une Encyclopédie, qui n'a jamais paru. La Bibliothèque du Conservatoire possède l'autographe de cet article, qui voit ici le jour pour la première fois :
« Il ne faut pas, comme l'ont fait quelques écrivains, chercher l'origine de la musique clans les bruits agréables que produit la nature, le ramage des oiseaux, le murmure du vent à travers les hautes herbes : l'homme porte la musique en lui-même et en a l'instinct, le sentiment, l'amour : il chante parce qu'il parle, puisque la voix humaine, organe de la parole, est aussi l'organe du chant. C'est pourquoi, dès l'enfance des civilisations, le chant prend une place importante dans les habitudes privées et dans les mœurs publiques.
Mais il certain que malgré cette aptitude naturelle, tous les hommes ne possèdent pas à un égal degré
le don du chant ou de l'appréciation musicale ; tous n'ont pas la voix sonore, ou souple, ou sympathique, l'oreille délicate et intelligente.
Tous les hommes parlent, le plus grand nombre est sensible au pouvoir de l'éloquence, quelquesuns seulement sont éloquents, sont des orateurs. Tous les hommes peuvent chanter, le plus grand nombre est sensible au charme du chant, quelquesuns seulement chantent très bien, sont des artistes. Aussi les premiers qui réunirent à un degré éminent les facultés vocales nécessaires pour émouvoir leurs auditeurs : le charme de la voix, l'habileté dans la conduite delà voix, la grâce ou la puissance dans l'expression, ou qui possédaient des qualités analogues dans l'exécution instrumentale, furent-ils regardés comme favorisés des dieux, et les traditions populaires les entourèrent d'un tel prestige que, dans tous les pays, clans l'Inde, en Egypte, chez les Hébreux, en Chine, chez les Grecs, l'invention de la musique fut attribuée à des personnages audessus de l'humanité, ou aux dieux eux-mêmes.
Rien ne nous apprend que l'homme, à son apparition sur la terre, ait été pourvu d'une langue toute faite, mais on est certain que les diverses nations ont inventé des mots différents, des formes différentes pour exprimer des idées communes à l'humanité. En un mot, chaque peuple a fait sa langue. On peut donc avouer que l'homme a reçu seulement le don de la parole, et que de même aussi, il a reçu le don du chant, de l'appréciation des sons musi-
CURIOSITÉS, RARETES, AUTOGRAPHES.
eaux, et qu'il n'a pas trouvé a son service une langue musicale toute l'aile; car chaque peuple s'est l'ait une musique, comme il s'était t'ait une langue, selon son goût, ses instincts, son génie particulier, ses croyances religieuses, l'influence du climat, combinant à sa guise la succession des sons, employant des formes et des allures de mélodie et de rythme de son choix : de sorte que des chants qui passionnaient des populations tout entières paraissaient, pour ainsi dire, inintelligibles chez d'autres nations, ou du moins n'y rencontraient que des auditeurs complètement indifférents.
On a souvent fait à la musique un reproche de ces impressions contraires, et on a voulu en tirer des conséquences très graves pour son honneur. « Vous n'existez pas. lui a-t-on dit, vous n'êtes rien qu'un caprice, un souffle, du vent ; les plus belles choses du monde, au gré des uns, n'ont aucun sens pour les autres. » C'est qu'on n'a pas vu que chaque peuple a possédé d'abord une musique qui lui était propre sa musique nationale, sa musique maternelle : il ne comprenait que cette musique, et lui seul la comprenait. Est-ce que les tragédies de Sophocle ou d'Euripide, récitées en langue grecque chez les Scythes ou chez les Perses, auraient été comprimes. ou même écoutées? On les eût bien vite renvoyées à Athènes. Encore aujourd'hui, faites entendre les airs écossais les plus choisis des highlanders aux Inzzaroni de Naples ou de Païenne, ils n'y trouveraient que des intonations incompréhensibles,
barbares. Ce qui est populaire a des racines profondes, et se transplante difficilement, puis il faut le temps de l'acclimatation.
Il n'y a pas longtemps que les Italiens n'admettaient pas les compositeurs allemands, qui le leur rendaient bien, ni les compositeurs français, plus tolérants cependant, et dont le cœur ne garde pas de rancune, car si le musicien français se montre parfois, comme musicien, sceptique, exclusif et railleur, comme Français il est exclusif, ami de la nouveauté, éclectique et hospitalier. Les trois branches principales de la musique européenne sont très caractérisées, chaque peuple aime de préférence sa musique, parce qu'il l'a faite à son image. Une mélodie de Gimarosa est de la même famille, du même sang qu'une strophe du Tasse; le Français aime que le chant soit transparent, qu'il laisse voir la pensée, qu'il en dessine le contour; la phrase allemande, puissante et fortement tissue, est lumineuse dans un nuage.
Aujourd'hui l'avenir de la musique n'est plus douteux, l'éducation musicale se complète dans tous les pays et dans toutes les classes de la société, la France seconde ce mouvement et lui donne une impulsion salutaire. L'harmonie n'est plus une science mystérieuse réservée aux habiles, elle se dévoile à tous. La musique sera bientôt ce qu'elle doit être, une poésie universellement comprise, et déjà des beautés, réputées jusqu'à ce jour inaccessibles au vulgaire, se sont ouvert le chemin d'intelli-
gences étonnées et charmées de ces jouissances nouvelles.
Il faut donc regarder la musique comme un ensemble comprenant différentes modifications, que le temps, les mœurs, des applications diverses, les cérémonies religieuses, des études incessantes ont apporté clans Fart de combiner et d'apprécier les sons musicaux.
Tous les arts ont passé par des phases analogues; la sculpture égyptienne, assyrienne, étrusque, grecque, du moyen âge, de la renaissance ont été chez des nations diverses l'expression d'un môme art. La peinture, L'architecture, la musique, tous les moyens dont l'homme dispose pour exprimer sa pensée, ou pour lui donner un corps, ont été soumis à des influences semblables, et ont reçu l'empreinte profonde des époques et des races.
( les influences diverses n'ont jamais touché que l'aspect, l'apparence de l'art, sans s'attaquer au fond, qui est invulnérable, puisqu'il n'est autre que la pensée elle-même et le sentiment poétique que Dieu a mis dans nos cœurs. Elles s'exercent comme aujourd'hui, mais grâce à la facilité merveilleuse des communications, elles n'ont plus rien d'exclusif. On les discute, mais on les admet; on les combat, mais on les respecte ; elles se prêtent un secours mutuel, les idées ont constitué à leur profit le libre échange.
Nous venons de faire connaître les causes probables de la diversité des idiomes musicaux, nous
allons jeter un coup d'oeil rapide sur les principales différences qui les ont caractérisées. »
Cette fin indique une suite, j'ignore si elle existe ou si même elle a jamais été écrite.