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Nouveau procédé d'autoplastie. Thèse

Quelque faible , quelque imparfait que soit ce travail , daignez V accueillir comme le témoignage de la plus sincère reconnaissance .

LANDREAU.

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Article ïer-

GÉNÉRALITÉS SUR L’AUTOPLASTIE.

On admet généralement en France le mot autoplastie (de auroç, lui-même, et de 7rX«(7<7£iv, former ), pour désigner cet ensemble d’opérations qui ont pour but de réparer les diverses mutilations dont nos tissus peuvent être le siège, bien qu’il ne réponde pas exactement à l’idée qu’on doit se faire de cette branche de la chirurgie; d’ailleurs, les mots ente animale , greffe animale, anaplastie, organoplastie , qu’on pourrait lui substituer ne seraient pas non plus à l’abri de tout reproche.

Employée pour chaque organe en particulier , cette partie de la chirurgie prend des noms différents selon l’organe auquel on l’applique : on la nomme au nez, rhinoplaslie ; aux paupières, blépharoplastie ; au pavillon de l’oreille, otoplastie; aux joues, gènioplasiie ; aux lèvres, chéiloplastie ; à la trachée , trachéoplastie ; à l’urètre, urètroplastie , etc."

A une époque encore peu éloignée de nous , les esprits étaient peu

disposés à ajouter foi à ces faits si curieux relatifs à la force plastique de nos tissus: c’était avec dédain qu’on en rappelait quelques exemples épars dans les archives de la science. « A présent, la scène a bien changé, dit M. Blondin : non-seulement tout le monde entrevoit l’avenir brillant de î’autoplastie , mais encore chacun se hâte d’en multiplier, d’en varier les applications. Les résultats qu’elle donne ne sont plus douteux , et déjà elle occupe un rang honorable parmi les branches les plus intéressantes de la chirurgie. »

M. Serre, qui en avait compris toute l’importance parce qu’il en faisait chaque jour d’heureuses applications, s'exprime en ces termes au sujet des avantages qu’elle présente: « Quelques personnes, peu familiarisées sans doute avec les ressources que lui doit l’art de guérir , ou peut-être douées de trop peu de dextérité pour la mettre en pratique, ont affecté de ne voir dans les restaurations de la face qu’une affaire de pure coquetterie , et n’ont pas craint d’avancer que le remède était pire que le mal. Or, je déclare par anticipation que, parmi plus de 150 opérations d’autoplastie que j’ai été dans le cas de faire, je n’ai perdu jusqu’à présent qu’un seul malade; encore même sa mort fut-elle due à un accident dont il sera question en temps et lieu (1). »

Peut-on , en effet , regarder comme des opérations de complaisance , celles qui ont pour but de refaire une paupière détruite, alors que l’œil, exposé au contact de l’air et de la lumière, peut être le siège d’ophthalmies intenses , d’ulcérations , de fonte de la cornée , de perte de la vision ; ou bien de reconstruire une lèvre dégénérée envahie parla gangrène , lorsque cette lésion locale constitue pour le moins une infirmité difficile à supporter, si toutefois même elle ne permet pas à la salive de s’écouler au-dehors et de contribuer par-là à l’épuisement du malade; ou bien encore de remédier à la hideuse difformité qu’amène Ja perte du nez, et de rendre ainsi à la société des malheureux qu’on regardait jusque-là comme un objet d’horreur ?

Le domaine de l’autoplastie ne s’est pas borné à la correction des diffor-

(1) Traité des restaurations de la face , pag. 11.

mités de la face ; on Ta encore étendu à toutes les régions du corps , et on en a retiré de précieux avantages. Ainsi, Earle et A. Cooper, par ce mode opératoire, ont guéri des fistules du canal de Furètre ; M. Jobert , par le même moyen , a triomphé des fistules vésico-vaginales , maladies jusqu’alors réputées incurables, etc.

Bien que de date ancienne , Fautoplastie a acquis depuis quarante ans un tel degré d’importance et d’extension , qu’on peut la regarder comme une conquête de notre siècle.

Les premières notions de l’art de restaurer les difformités de la face remontent aux temps les plus reculés : c’est dans l’Inde, entre les mains des prêtres de cette contrée, que l’autoplastie a pris naissance ; pourtant les succès qu’ils obtinrent par ce mode opératoire restèrent long-temps inconnus. Le mérite de l’avoir tirée de l’oubli appartient à Celse : le médecin de Rome , en effet , donna le premier germe de celle des trois grandes méthodes de la chirurgie plastique qui porte aujourd’hui le nom de méthode Française , ou par décollement. Il conseille de remédier aux difformités de la face, non à l’aide de la peau du front, comme dans la méthode Indienne, mais à l’aide des téguments qui touchent à la perte de substance ; il ajoute même, en faisant allusion à la chéiloplastie, que si on a la précaution de pratiquer de longues incisions verticales près des oreilles , le rapprochement des lambeaux sera beaucoup plus facile (1).

Ce précepte si fécond , posé par Celse , fut peu goûté par les chirurgiens qui le suivirent. Des siècles s’écoulèrent, et cette partie de la chirurgie resta stationnaire jusqu’au xve siècle, où le Sicilien Branca créa la méthode dite Italienne attribuée à tort à Tagliacozzi , qui n’eut que le mérite de la mettre en faveur par la publication en 1597 de son ouvrage: De chirurgiâ curtorum per insitionem .

Après la mort du célèbre chirurgien de Bologne , les magistrats de cette ville , voulant honorer sa mémoire et transmettre à la postérité la méthode rhinoplastique dont on le croyait l'inventeur, lui firent ériger

(1) Celse, De re medicâ, lib. VII, sect. IX , pag. 320, édit, de Fouquier et de Ratier , 1823. ? <

dans l’amphithcàtre de l’Ecole de médecine une statue tenant un nez à la main.

Plus tard, les idées de Tagliacozzi furent tournées en dérision : il y eut dans la science un temps d’arrêt.

« Que de temps il s’est écoulé , dit Delpech , avant que l’on ait réussi à se persuader que les conseils , les préceptes , les succès de Tagliacozzi n’avaient rien de fabuleux! Il n’a pas fallu moins de deux siècles et demi pour que les procédés de restauration, étonnants pour le temps où ils ont été conçus, vraisemblablement venus d’Orient, ridiculisés, oubliés, regardés comme l’œuvre chimérique d’un cerveau malade, soient sortis une deuxième fois de leur première origine où ils avaient été comme refoulés , pour être enfin goûtés et répandus dans les parties les plus civilisées de l’Europe

par des hommes instruits et dépouillés de prévention . Le siècle de

Tagliacozzi n’était pas mûr pour des pensées aussi élevées ; on aima mieux le traiter comme un visionnaire , comme un imposteur, nier sa véracité, que de se donner la peine de vérifier l’exactitude de ses observations. »

Il faut arriver au commencement de ce siècle pour voir la prothèse vivante revenir en faveur : c’est Carpue qui lui donna le premier élan , en 1814 , en pratiquant la rhinoplastie d’après la méthode Indienne sur un homme qui avait perdu la pointe, la cloison et les cartilages du nez. Cette opération eut un grand retentissement dans l’Europe , et produisit , pour ainsi dire , une révolution en chirurgie.

Deux ans plus tard, Græfe , en Allemagne, restaurait le même organe à l’aide de la peau du bras par la méthode Tagliacozzienne.

C’est à Delpech qu’appartient le mérite d’avoir pratiqué le premier en France la rhinoplastie, et les méthodes Indienne et Italienne lui sont redevables d’une partie de leurs progrès.

La première impulsion donnée , on vit tout ce que la capitale renferme de chirurgiens distingués , tels que MM. Dupuytren , Roux, Lisfranc , Velpeau, Blandin , s’empresser de fournir leur contingent à la chirurgie restauratrice.

La France, et en particulier notre Ecole, par l’intermédiaire de

Delpech et Serre, prit une part si active à cette branche de l’art de guérir, qu’elle créa la méthode dite Française , dont la supériorité sur les méthodes Italienne et Indienne est incontestable dans la plupart des cas.

Pendant que ces travaux se passaient en France , les chirurgiens anglais, tels que Hutchuison , Syrne Davies , A. Cooper, Lyston et bien d’autres suivaient l’exemple de Carpue.

En Italie, les professeurs Baroni, de Rome , Signoroni , de Padoue , et un de nos contemporains , Regnoli , professeur à Pise , n’ont pas moins contribué par leurs efforts aux progrès de la prothèse vivante.

L’Allemagne a aussi ses droits à revendiquer pour l’importance qu’elle a donnée à cette partie de Part de guérir; on n’a qu’à lire , pour s’en convaincre , les travaux de Amman , de Chélius, de Dzondi , de Dieffenhach.

Article II.

DES METHODES D’AUTOPLASTIE.

Foutes les modiOcations dont est susceptible Panaplastie , prise dans son acception la plus large , se réduisent à ces deux grandes divisions :

Ou bien la perle de substance est réparée à l’aide d’un lambeau complètement détaché du tronc , soit que ce lambeau lui ait appartenu, soit qu’il ait été emprunté sur un autre ;

Ou bien le lambeau réparateur est encore adhérent sur un de ses points aux parties vivantes.

A ces deux embranchements se rapportent tous les faits qui sont du domaine de l’autoplaslie.

On a peine à concevoir comment une partie entièrement isolée du corps et remise en place puisse y prendre vie ; aussi les faits de ce genre ont-ils, de tout temps, trouvé des incrédules et soulevé les plus vives contestations. Ces faits pourtant sont nombreux et entourés de tous les caractères d’authenticité désirables, chez la plupart des auteurs qui les mentionnent.

On lit dans Fioraventi (Secret de la chirurgie) une des plus anciennes

observations relatives à cette espèce de greffe animale. «Allez, disait-il aux incrédules, visiter le seigneur Andréas qui demeure à Naples, où chacun connaît son histoire : il vous dira que , me trouvant sur les lieux lors de son accident, je ramassai son nez tombé sur le sable , que je le nettoyai et le replaçai du mieux que je pus. Examinez bien ce nez , écoutez les déclarations qui vous seront faites, et nous verrons si vous douterez encore d’un fait si bien démontré. »

Molinelli raconte aussi , qu’ayant reçu dans un pain chaud un bout de nez fraîchement abattu , il le réappliqua avec un plein succès.

Tout le monde connaît les sarcasmes amers qu’essuya Garengeot, relativement à un fait analogue qu’il publia : il s’agit d’un soldat dont le nez fut coupé dans une rixe par les dents de son adversaire, et jeté dans la boue ; ce nez fut ensuite nettoyé , remis en place et complètement recollé par le barbier Gallien.

A ce sujet , Percy, qui dans le principe s’était mis du côté des rieurs , comme il le dit lui-même, dès qu’on lui parlait de l’histoire de Garengeot, ajoute qu’ayant relu les observations de ce chirurgien et leur ayant trouvé à toutes un caractère de vérité qui doit entraîner la conviction , il finit par suspendre son jugement , en attendant les occasions capables de l’éclairer sur ce point digne de tout l’intérêt et de toute l’attention des physiologistes et des praticiens (1).

Voici encore un fait qui appartient à Régnault , il n’est pas moins extraordinaire :

« Le nommé Landun, dit ce chirurgien, eut le nez emporté en entier par les dents d’un contrebandier: le malade l’avait ramassé dans son mouchoir. Quand je fus appelé, je le trouvai froid et noir. Je mis cette partie dans l’esprit de vin camphré , et la lavai bien ; je l’appliquai ensuite le mieux qu’il me fut possible , et je tins le tout en place par un bandage contentif. Trois fois par jour j’arrosai le nez par-dessus avec le même esprit de vin camphré. Au bout de huit jours, je levai l’appareil , etje vis que cette partie reprenait. Comme il y avait de grandes déchirures, il survint une suppura-

(t) Dict. des sc. niéd. , art. Ente animale , T. Xll , p. 545.

tion qui dura un mois: il n’en résulta à la fin que deux petites cicatrices un peu enfoncées, à la partie inférieure de l’organe. »

Des exemples de cette sorte , beaucoup plus rapprochés de nous , doivent mettre ces faits hors de doute.

Dans un duel entre deux étudiants allemands , l'un d’eux eut le bout du nez coupé par un coup de sabre; ce bout de nez fut chauffé et réappliqué une heure après l’accident par Chéiius, et reprit parfaitement. Ces observations sont très-communes en Allemagne , où les duels au sabre sont à la mode entre les jeunes gens de l’Université.

Des portions de doigt ne tenant à la main que par un simple lambeau cutané , ont pu être rétablies et reprendre vie : tel est le fait rapporté par M. Velpeau (1).

« Nous avons obtenu un résultat analogue sur un militaire de notre Hôtel- Dieu , dit M. le professeur Alquié (2). L’index, divisé par une hachette, tenait à peine par une portion de téguments; à l’aide d'attelles en buis trèsminces et d’un bandage roulé , la réunion fut opérée au bout d’un mois. »

D’autres faits semblables sont rapportés par Heister , Florant , Peyer, etc.

D’autres fois la pulpe d’un doigt entièrement séparée, puis rétablie dans sa position première , a continué de vivre. M. Gorse a présenté à l’Académie un cas analogue sur lui-même.

Quelle conséquence tirer de la connaissance de ces faits? «Ces faits conseillent au chirurgien, dit M. le professeur Alquié , de s’efforcer de rétablir le lobe du nez , le pavillon de l’oreille , les fragments du crâne , les doigts ou portions de doigts, les lambeaux de peau, de lèvres enlevées en partie ou en entier. La réunion immédiate à l’aide de la suture, du collodion et des divers moyens contentifs , devrait être mise en œuvre en toutes ces circonstances. »

Si les faits de l’ordre précédent, dans lesquels c’est la partie même qui avait été isolée qui est remise en place et y contracte des adhérences, ont quelque

(1) Méd. opér. , T. Ier, pag. 610.

(2) Chir. conservatrice, pag. 182.

chose de surprenant , la mutilation réparée à Laide d’une partie d’emprunt faite sur le même individu ou sur un autre, est bien autrement de nature à provoquer l’incrédulité; cependant cette partie de l’anaplastie parait aujourd’hui appuyée sur un si grand nombre d’expériences , que si l’on ne consent pas à y ajouter foi , on doit au moins rester dans le doute et ne pas la nier d’une manière absolue.

Au rapport de Dionis , dans son Traité d'opérations chirurgicales, un voleur, dans une attaque de nuit, ayant eu le nez coupé , courut se faire penser chez un chirurgien, qui lui demanda son nez pour le faire remettre en place. Aussitôt les camarades du larron sortirent , coupèrent le nez au premier individu qu’ils rencontrèrent, et le portèrent tout chaud au chirurgien , lequel le recolla et le recousit très-heureusement.

Hunter raconte qu’à la suite de la perte d’une dent chez un individu, cette dent fut remplacée par une autre, et une réunion vasculaire s’établit entre la dent nouvelle et l’alvéole. Le physiologiste de Haie fit plus tard des expériences qui lui montrèrent la possibilité de greffer sur des crêtes de galîinacées des dents d’homme fraîchement extraites; elles y contractèrent des adhérences , des vaisseaux même se formèrent entre les parties transplantées et celles qui les recevaient.

Répétées par A. Cooper, ces expériences réussirent aussi bien.

Dieffenbach a fait prendre racine à des plumes dans de petites plaies faites à la peau des mammifères. Il paraît que Baronio a greffé l’aile d’un serin et la queue d’un chat sur la crête d’un coq, et a vu des adhérences se former.

INeus avons été témoin nous-même , aux leçons de médecine opératoire de M. Alquié , des expériences qu’il faisait sur des lapins. Des lambeaux cutanés pris sur le flanc de l’un , et appliqués sur une plaie faite au flanc d’un autre , y contractaient des adhérences.

Tous ces faits sont curieux , intéressants ; mais ils ne nous semblent pas jusqu’ici avoir une grande valeur, relativement aux services qu’ils peuvent rendre à la chirurgie.

Il parait pourtant que, dans l’Inde, comme le fait observer M. Labat , on tire avantageusement parti de cette propriété de nos tissus de se greffer

ainsi les uns sur les autres. La transplantation du nez, ainsi que son racoutrement , à la faveur d’un lambeau cutané de fesses, sont des opérations qu’on y pratique assez fréquemment. Il ne doit pas être bien difficile, dans ce pays habité par des castes riches et privilégiées, de se procurer un nez de rechange , ou l’étoffe nécessaire pour en fabriquer un tout neuf: les malheureux parias , gente éminemment taillable , doivent être faciles à exploiter pour ce genre d’approvisionnement. D’ailleurs, la grande quantité de malfaiteurs, ainsi que le très-grand nombre de prisonniers de guerre dont on mutile le nez , offrent encore une ressource inépuisable. Mais la chirurgie des peuples civilisés doit elle compter sur ce mode opératoire pour racoutrer des nez perdus?

Tous I es faits que nous venons de mentionner peuvent être classés dans les trois principales méthodes autoplastiques.

Tantôt, en effet, le lambeau de réparation est loin de l’organisme mutilé (méthode Italienne); d’autres fois on l’emprunte aux parties voisines, et, dans ce dernier cas , on procède encore de deux manières différentes : ou bien on détache dans le voisinage de la partie détruite une portion tégumentaire , que l’on tord sur son point d’adhérence , pour venir l’appliquer sur l’organe à restaurer (méthode Indienne); ou bien, enfin, on dissèque les lambeaux cutanés qui bordent la solution de continuité , et on les attire l’un vers l’autre , de manière à la recouvrir en entier et à la faire disparaître (méthode dite Française). Ces trois méthodes sont à peu près les seules usitées en autoplastie; nous allons successivement les passer en revue, et en apprécier la valeur respective, autant qu’il nous sera permis de le faire.

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