MÉTHODE ITALIENNE
Inventée parBranca, régularisée, perfectionnée par Tagliacozzi , cette branche de l’autoplastie était appliquée dans le principe exclusivement à la restauration du nez. Elle consistait alors à tailler sur la partie antérieure du bras, de l’avant-bras ou de la main, un lambeau triangulaire que l’on disséquait de la pointe à la base , laquelle restait adhérente à l’organe ; on
appliquait ce lambeau sur les bords préalablement ravivés de la partie mutilée , en le maintenant en place pendant douze ou vingt jours, époque où la réunion s’opérait habituellement, la base du lambeau était alors coupée , taillée et façonnée , de manière à fabriquer un nez plus ou moins gracieux : c’est ainsi qu’agissait Tagliacozzi.
Cette portion des téguments qu’on enlève au bras pour remplacer une perte de substance sur un autre organe, réunit plusieurs conditions qui la disposent à la gangrène ; la peau , en effet , dans cette région , est peu épaisse, peu riche en vaisseaux artériels et veineux, deux causes qui contribuent à sa mortification.
Pour remédier à une partie de ces inconvénients, Græfe eut l’idée de tailler d’abord un lambeau sur la face antérieure du bras , de le laisser suppurer et se cicatriser, pour qu’il prît plus d’épaisseur : ce ne fut qu’au bout de deux mois qu’il rafraîchit ses bords, et qu’il essaya de le coller au nez. L’opération réussit ; mais cet heureux résultat fut chèrement acheté, comme on peut s’en faire une idée par l’extrait de cette observation que nous a transmis le baron Percy : « Ce fut sur un soldat prussien nommé Milhe Schubring, lequel eut le nez coupé par l’un des nôtres sous les murs de Paris en 1814 , que le docteur Græfe entreprit de lui en faire un nouveau. Il commença, le 8 mars 1816, par inciser et disséquer une longue portion de la peau du bras , ce qui causa des douleurs et une inflammation très-vive, qui se calmèrent à mesure que la suppuration s’établit dans la partie. La peau, sans avoir changé de couleur, se rétrécit d’un tiers, en s’épaississant dans la même proportion, et ses bords tendaient à se cicatriser. Il détacha l’extrémité supérieure du lambeau, qui, devenu d’abord pâle et froid , se ranima peu à peu et fut mis en contact avec l’endroit où avait été le nez. Le bras fut alors élevé et lié à la tête ; mais cette position , moins longue dans l’opération de Tagliacozzi qu’on ne l’avait dit faute d’avoir bien compris cet auteur, fut encore abrégée par Græfe , qui , au bout de 14 jours, découpa la pièce de peau et la sépara entièrement du bras, auquel la liberté fut aussitôt rendue. Il fallut recourir à quelques points de suture, rafraîchir avec le bistouri diverses parties déjà cautérisées ou devenues calleuses, en inciser d’autres par le moyen du
feu ; enfin, tout alla assez bien, et Y on put former des narines et entretenir leur ouverture, d’abord avec des bourdonnets, ensuite avec de petits cylindres de plomb. Ce ne fut qu’au bout d’une année que le pauvre Schubring sortit de cette longue épreuve , avec une apparence de nez qui lui causa tant de joie et aux autres tant de surprise, qu’il prit le parti de se montrer au public pour de l’argent, avec la gracieuse permission de ses supérieurs. »
Tel est l’abrégé de cette longue observation , qui montre en partie les inconvénients de la méthode Italienne. Indépendamment de la mortification du lambeau , à laquelle elle expose plus que les autres méthodes, elle soumet en outre le malade à une position si fatigante, qu’elle devient presque intolérable. Le bras, en effet, doit être maintenu sur la tête dans une immobilité complète pour que la coaptation des parties juxta-posées ait lieu, et cette dernière condition est, pour ainsi dire, impossible à obtenir. Delpech, qui a mis en usage celte méthode, s’exprime ainsi à ce sujet: «Il est impossible d’assujétir invariablement la tête et le bras : nous y avons pris de grands soins : en outre celui d’assujétir le poignet sur le sommet de la tête , un capuchon qui faisait partie d’un gilet fixé lui-même par des sous-cuisses , nous avons arrêté et ramené le coude vers la face par une fronde qui se bouclait solidemeut à la nuque. Il est impossible d’imaginer rien de-plus solide ; néanmoins il y a eu des inconvénients : ils étaient invincibles parce que le lien où la peau était empruntée et celui qui la recevait ne faisaient pas partie d’un même tout , comme à la tête ; la lassitude survient, la gêne de la situation amène enfin la douleur, les muscles tombent dans un état convulsif et les mouvements deviennent indomptables. «
A la vue des inconvénients que présente cette manière d’opérer, on oublie l’avantage qu’elle possède sur la méthode par torsion, celui d’éviter l’apparence de la plaie qui résulte de l’ablation du lambeau. Aussi est-elle aujourd’hui presque complètement abandonnée; si on la met en pratique, ce n’est que d’une manière exceptionnelle, lorsque le mauvais état de la peau qui avoisine la lésion ne permet pas de l’utiliser : tel est le cas de génoplastie pratiqué par le professeur Roux sur une jeune fille.