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bâtie en croix Grecque, en tient une des faces ; elle est couverte de cinq dômes, et porte à son frontispiece quatre chevaux de bronze dorés de Tare triomphal de Néron. Dans cette basilique, décorée depuis la voûte jusqu'au pavé à la Mosaique, brillent un grand nombre de statues apportées d'Athènes. La grande salle du palais est remplie d'excellens tableaux de Técole du pays. Nous eûmes la curiosité de monter sur la tour de Saint Marc, située devant Teglise, et haute de trois cents pieds : sa grosseur contient un escalier en limaçon, d'une structure si commode qu'un cheval y peut monter. De là, comme du Tabor, tout se découvre, non seulement Venise, les ports, et les îles nombreuses de sa dépendance ; mais la Lombardie, les montagnes de ristrie, l'endroit où les Alpes enfantent l'Apennin, et la place où le Pô vomit ses eaux dans la mer.
J'oublie de vous parler de l'arsenal, île de vingt stades en circuit, gardée par des dogues, et des murs flanqués de tours. On y voit une multitude de vaisseaux enfermés chacun sous une arcade, où l'eau de la mer les baigne.
De Bologne^ le 7 Juin 1757.
Nous avons suivi ce matin les belles processions du Saint Sacrement, qui attirent nombre d'étrangers : Je légat et l'archevêque, tous deux cardinaux, y assistent en pompe. Les galeries larges et élevées, qui régnent ici des deux côtés des rues, font la décoration de cette cérémonie. Entre chaque pilastre de ces portiques, des gazes en guirlandes, et de vrais orangers, entremêlés de statues ingénieusement imitées en carton, font le plus ravissant coup-d'œil. Des tapis semés de fleurs couvrent le pavé, décorent les fenêtres garnies de dames. La noblesse et les riches particuliers, étalent sur les murs les meilleurs tableaux. La célèbre école de cette ville en a paré les temples, dont la structure répond à cette magnificence. On bâtit actuellement, aux dépens de la ville, une vaste salle d'Opéra, où l'attention est portée au point d'y faire des remises pour mettre les caresses à l'abri.
De Rome, le 5 Juillet 1757.
Nous voici dans le pays des miracles et des merveilles» On nous a menés voir les feux de Saint
Pierre. Ce spectacle bruyant recommence le lendemain : on y jonit l'illumination de la coupole et de la colonnade de Saint Pierre, dont Teffet merveilleux ne peut s'imiter : il n'est point d'autres lieux au monde où un dôme qui touche aux cieux, voie à ses pieds trois cens colonnes sur quatre rangs assez espacés pour laisser au milieu passer les carrosses : le vaste cercle qu'enferment ces portiques, est orné de deux fontaines jaillissantes jusqu'aux nues par un large tuyau : des bassins de granit à double rang, les reçoivent en mousse dans leur chute, et ces cascades vont ainsi jour et nuit : un obélisque d'une seule pièce de granit, et de cent vingt pieds de hauteur, les sépare à distance égale, et marque le milieu de la place. Ce monument, 'fait sous Sésostris, apporté d'Egypte sous Caligula, se conserve entier depuis quatre mille ans. La colonnade de Saint Pierre est si vaste, que la voix ne peut porter d'un côté a l'autre, et elle est couverte d'une balustrade sur laquelle régnent cent trente-huit statues. • Cet aspect m'étonna encore moins que la façade du temple, haute et large d'environ quatre cens pieds. La portique qui le précède, soutenu sur d'immenses colonnes de marbre antique, ferait seul la plus longue et la plus magnifique église de Paris. Je vous omets la description faite et refaite de cette basilique, établie par Constantin sur les fondemens du cirque de Néron ; rebâtie par le Bramante, sous Jules IL et par Michel Ange, sous Paul IIL Dorures, bronzes, marbres, peintures, et sculptures, y sont prodigués avec art.
Nous avons été voir une maison de plaisance des Farnèses ; de ce lieu, Rome se découvre de la manière la plus enchanteresse. Le superbe salon, où nous étions, forme un angle d'où les fenêtres présentent divers aspects rendus dans les glaces. On voit d'un côté la campagne et l'Apennin, dont quelques cimes conservent en été leurs frimats ; de l'autre, la ville est sous les yeux, au point d'y distinguer les passans. Nulle situation ne présente une vue si merveilleuse, non seulement par la magnificence des dômes, obélisques, colonnes, palais, mais par la manière dont ces édifices sont distribués. Les sept ou neuf monticules qui les soutiennent, en les déployant par amphithéâtre, en accraissent l'étendue. Les puits des jardins d'une mai-
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son, semblent sortir des toits de Tautre : tout se voit, rien ne se nuit, la variété en fait le charme.
De Najyles, le 1 Octobre 1757.
Cette ville a, dit-on, six lieues de tour, et contient cinq cent mille âmes : quoique les rues soient en amphithéâtre, et pavées de larges pierres plates du Vésuve, les petits chevaux du pays sont si bons, qu'ils y gravissent comme des chèvres. La rue de Tolède, qui sert de cours aux carrosses, étonne par sa largeur et fourmille de passans. Les enfans du peuple vont entièrement nuds, et les gens faits à moitié vêtus, pour éviter la chaleur.
Les églises brillent plus en argenterie, fleurs, dorures, et peintures, qu'en architecture. Nous sommes allés sur la montagne, sur laquelle est le couvent des Chartreux. De là, Naples semble un amphithéâtre dont la mer est Tarène, et les coteaux qui l'environnent en forment les gradins et les décorations ; sur le rivage couvert de vaisseaux, tantôt les flots se creusent des retraites dans la terre, tantôt un rocher résiste à leu»j efforts et s'avance sur les eaux. A l'orient, l'air épaissi de la fumée du Vésuve borne la vue ; au couchant, la montagne de Pausilipe fixe les regards, par la richesse des jardins et des bâtimens qui la couvrent.
De Rome, le 20 No'vemhre 1757. •
On nous a menés voir la vigne Borghèse, qui n'a pas besoin de fictions pour charmer. Lisez tout ce que les voyageurs en disent ; ils ne mentent point sur cet article. Parc pour les bêtes fauves, mail, eaux plates et jaillissantes, bosquets, jardins de fleurs, potagers, oiseleries, orangeries, labyrinthes ; enfin, tout ce que l'art peut tirer de la nature. Le coup-d'œil du palais étonne : la tabatière la mieux ciselée, est moins achevée que mille bas reliefs antiques si bien incrustés sur les quatre faces, qu'ils semblent y avoir été sculptés. L'intérieur renferme une compagnie * nombreuse et choisie, dont les traits parlans n'ont pas besoin de langue pour s'exprimer. Il faudrait les mines du Po-
* C'estrà-dire de belles statues.
tosi, pour payer les figures Grecques ; celles qui m'ont frappé le plus, sont le fameux gladiateur du ciseau d'Agezia, Sénèque mourant dans le bain, le Sommeil en marbre noir, un amour monté sur un centaure, qu'il mène les mains liées sur le dos ; le monstre, d'un air satisfait et soumis, tourne la tête vers son vainqueur.
Nous remarquâmes, en traversant les rues, plusieurs inscriptions sur la hauteur des débordemens du Tibre. Suétone dit qu'Auguste en élargit le lit, pour l'écoulement des neiges fondues. Ce fleuve n'est ni si large que notre imagination gigantesque, sur le compte des Romains, nous le peint, ni si étroit que le disent ceux qui veulent en diminuer l'idée. Il reçoit quatre rivières avant d'arriver à Rome, où il a trois cens pieds de large,
A Romey le 17 Janvier 1758.
Depuis le 2 de ce mois que le carnaval est ouvert, la société brillante se réunit à l'opéra deux heures jçprès la fin du jour. Chacun a sa loge ; il y reçoit ses ..fisites, écoute les spectateurs qui l'entretiennent, et guère les acteurs. Ce spectacle de six semaines ne tombe point dans l'insipidité du notre perpétuel. On renouvelle sans cesse la musique sur les mêmes paroles. La danse des grâces terre-à-terre, en est presque bannie ; mais la légèreté et la précision y brillent. Les théâtres bien coupés en favorisent le beau dessein, et les charmantes décorations en augmentent l'illusion. L'étendue de la salle fait qu'on est moins choqué de voir figurer des hommes habillés en femmes dans le ballet et la pièce ; ils sont jeunes, bien ajustés, et beaucoup moins ridicules que vous ne l'imaginez ; il serait à souhaiter que les opéras fussent moins longs, les ballets moins répétés, et plus liés au sujet ; les beaux récitatifs plus touchans. Les gens de goût des deux nations disent qu'on pourrait, de l'un et de l'autre opéra, en former un plus propre à se faire écouter que celui d'Italie, et moins ennuyeux que le Français.
De Rome, le 10 Février 1758.
Le froid dtire ici depuis trois semaines, ma chère sœur, et la neige a couvert la terre plusieurs jours
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dans cette latitude. Autrefois les maisons à Rome, comme à Naples, étaient sans cheminées ; la délicatesse en a fait construire ; mais peu s'en servent. La cuisine du peuple a ses fourneaux dans les rues : là s'achètent les viandes frites ou fricassées. Aux assemblés des dames, le seul petit feu d'une des pièces échauffe le reste ; personne n'en approche, et les antichambres ont des poêles pleins de braise.
Pendant les derniers jours du carnaval, il se forme un concours du peuple magnifique. Les fenêtres et les balcons chargés de riche tapis, offrent aux yeux les dames qui craignent la foule ; les trottoirs couverts d'échafauds bordent la rue, et sont remplis de toutes sortes de mascarades. Cents polichinelles, arlequins et docteurs, haranguent le peuple, et jettent des dragées aux passans. Les laquais et cochers prennent aussi des déguisemens ; les carrosses et divers chars portent leurs maîtres en masque, et forment à pas lents deux files.
Nous avons huit spectacles à la fois, deux opéras bouffons ; cinq comédies ou farces occupent les autres salles, dont plusieurs ont cinq à six rangs de loges. Comme le carnaval dure peu, il en est d'autant plus vif. La beauté du séjour de Rome, attire beaucoup d'étrangers ; les Anglais y viennent en grand nombre, et apportent beaucoup d'argent. Voici leur marche : ils se trouvent à Naples à la moitié du carnaval, ici pour les cérémonies de la Semaine-Sainte, vers l'Ascension à Venise, de-là aux foires de Padoue et de Vicense ; ensuite ils séjournent à Milan, passent l'été à Florence à cause du bon air ; l'automne à différentes foires où l'opéra les appelle ; l'hiver à Rome, pour en visiter les curiosités. Il* font quelquefois pendant quatre ans cette même promenade.
De Rome y le 27 Mars 1758.
J'ai profité de la quinzaine de Pâques pour courir les meilleurs Prédicateurs ; ils me paraissent grands déclamateurs. Les chaires Italiennes sont des espèces de longs balcons, où le Prédicateur court et s'agite à son aise : leur éloquence parle moins au cœur qu'aux joreilles et aux yeux ; trop de gesticulations en ôte la
noblesse, trop peu chez les «Anglais la rend froide ; serions-nous dans ce milieu si difficile à saisir ?
De Parme, le 15 Mai 1758.
Son Altesse Royale nous a fliit la grâce de nous admettre à sa table, dans sa maison de plaisance de Colorno, et d'ordonner qu'on nous représentât la tragédie d'Iphigénie en Tauride. La comédie Française et Topera Italien, sont en vogue dans toute l'Europe : cette préférence générale décide du mérite de ces deux spectacles. Le théâtre de la Cour à Colorno est bien décoré, et plus grand que celui de Versailles. Le Palais, bâti avec Télégance Italienne, commodément, distribué et meublé à la Française, règne sur des jardins charmans ; là, toute annonce le goût et la magnificence du Prince.
Nous vîmes aussi le théâtre Farnêse, le plus grand de l'Italie : la coupe en est si parfaite, qu'une voix basse s'y fait par tout entendre. Au lieu de loges, des gradins y régnent en cercle ; le parterre peut se remplir d'e^u à la hauteur de trois pieds. Les gondoles dorées et iHuminées qu'on mêrf ^s»r ce pettWac, font un merveilleux effet. Cette salle immense ne sert que pour les fêtes extraordinaires.
D' Avignon, le 15 Juin 1758.
Avant de venir dans cette ville, nous avons passé par Marseille. Le Port n'a pas rempli mon attente; peut-être le mal de tête que j'eus en traversant un long fauxbourg entre deux murs, où j'étouffais de chaud et de poussière, m'avait donné de l'humeur. Le Quai est fort rétréci par les loges des galériens qu'on y a transportés de Toulon, de façon qu'on y passe à peine. La nouvelle ville a de belles rues droites ; mais les tortueuses de l'ancienne conviennent mieux au pays brûlé du soleil et battu des vents : nos ancêtres avaient moins de tort que de raison, pour éviter nos alignemens réguliers; et leur peu de croisées haut percées, les garantissaient mieux du froid et du chaud. En sortant, nous découvrîmes les Bastides des Marseillais, que vous avez entendu vanter. Je ne sais comment des hommes les habitent ; leur peu d'espace convien-
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dralt à des Lilliputiens; leur situation sur un sable brûlant, à des salamandres ; la sécheresse du terrein sans moisson et sans abri, à des sylphes. Peut-être leur multitude se prête Tune à l'autre un agréable point de vue. Mais il fallait quitter ces lieux pour voir à Aix une procession fameuse de vierges, d'anges, de diables et de moines : nous y arrivâmes la veille de ce bizarre spectncle; j'y rencontrai un grand nombre de chaises-à-porteurs, remplies de jolies femmes bien parées.
Nous nous rendîmes à Avignon le lendemain : les murs de cette ville, fondée par les Phocéens, et vendue au Pape Clément VI. par Jeanne, reine de Naples, sont fort beaux; le rempart planté d'arbres tout autour, forme une agréable promenade, où Ton voit nombre de dames parées comme aux Thuilleries : nulle de nos villes de Province n'en rassemble d'aussi bon air, ni tant de noms connus. La marquise de Vaucluse y tient le soir l'assemblée : on y soupe, on y joue, on y trouve des gens de bonne compagnie.
Le vice-légat eut la complaisance de me mener à six lieues d'ici, voir Vaucluse, lieu où le Chanoine Pétrarque soupira vingt ans pour la belle Laure : peutêtre n'en était-il pas moins dévot. Dans les vieux tems, les cardinaux, les evêques mêmes, fesaient des sonnets galans ; tout passait, pourvu que ce fût l'imitation de Pétrarque. Les vers de cet amant inimitable, qui pleura dix ans sa belle, sont partout ; et les débris de son château restent encore sur un rocher voisin de cette fontaine dont on a fait tant de flatteuses descriptions. Son onde claire forme, en flots bouillonans, une rivière dès sa source ; tourne ensuite autour d'une ville, lui donne ainsi le nom de l'île, arrose les prés et les arbres qui l'environnent, en fait un lieu délicieux, et la fournit d'excellentes truites et d'écrevisses ; mon bienfaisant conducteur nous en fit manger*
TRA GEDIE.
Acteurs.
JoAs, Roi de Juda, fils d'Ocosîas.
Athalie, veuve de Joram, ayeule de Joas.
JoAD, autrement Joiada, Grand-Prêtre.
JosABET, tante de Joas, femme du Grand-Prêtre.
Zacharie, fils de Joad et de Josabet.
Salomith, sœur de Zacharie.
Abner, l'un dçs principaux officiers des rois de Juda,