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SCENE n. — JoÀD, Josabet

JoAD. Les temps sont accomplis, princesse, il faut parler.

E| votre heureux larcin ne se peut plus celer.

tragï:die. 339

Des ennemis de Dieu la coupable insolence, Abusant contre lui de ce profond silence, Accusent trop longtenas ses promesses d'erreur. Que dis-je ? Le succès animant leur fureur, Jusques sur notre autel, votre injuste marâtre, Veut offrir à Baal un encens idolâtre.

Montrons ce jeune roi, que vos mains ont sauvé, Sous f aile du Seigneur, dans le temple élevé. De nos princes Hébreux il aura le courage. Et déjà son esprit a devancé son âge.

Avant que son destin s'explique par ma voix, Je vais l'offrir au Dieu par qui régnent les rois» Aussitôt assemblant nos Lévites, nos prêtres. Je ïeur déclarerai rhéritier de leurs maîtres.

JosABET. Sait-il déjà son nom, et son noble destin ?

JoAD. Il ne répond encore qu'au nom d'Eliacin, Et se croit quelque enfant rejette par sa mèiT, A qui j'ai par pitié daigné servir de père.

JosABET. Hélas ! de quel péril je l'avais su tirer ! Dans quel péril encore est-îl prêt de rentrer !

JoAD. Quoi, déjà votre foi s'affaiblit et s'étonne ?

JosABET. A vos sages conseils, Seigneur, je m'abandonne.

Du jour que j'arrachai cet enfant à la mort. Je remis en vos mains tout le soin de son sort» Même de mon amour craignant la violence, Autant que je le puis, j'évite sa présence. De peur qu'en le voyant, quelque trouble indiscret Ne fasse avec mes pleurs échapper mon secret. Sur tout j'ai cru devoir aux larmes, aux prières ' Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. Cependant aujourd'hui puis-je vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder ? Abner, le brave Abner, viendra-t-il nous défendra A-t-il, près de son roi, fait serment de se repdre ?

JoAD. Abner, quoiqu'on se pût assurer sur sa foi, , Ne sait pas même encore si nous Vivons un roi.

JosABET. Mais à qui de Joas confiez-vous la garde ? Est-ce Obede, est-ce Ammon que cet honneur regarde ? De mon père sur eux les bienfaits répandus — —

JoAD. A l'injuste Athalie il se sont tous vendus.

JosABET. Qui donc opposez-vous contre ses satellites ?

JoAD. Ne vous Tai-je pas dit? Nos prêtres, nos Lévites.

JosABET. Je sais que près de vous en secret assemblé, Par vos soins prévoyants leur nombre est redoublé ; Que plein d*amour pour vous, d'horreur pour Atlialie, Un serment solemnel par avance les lie A ce fils de David qu'on leur doit révéler. Mais quelque noble ardeur dont ils puissent brûler, Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle ? Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle? Doutez-vous qu'Athalie au premier bruit semé Qu'un fils d'Ocosias est ici renfermé, De ses fiers étrangers assemblant les cohortes, N'environne le temple et n'en brise les portes? Suffira-t-il contr'eux de vos ministres saints. Qui levant au Seigneur leurs innocentes mains. Ne savent que gémir, et prier pour nos crimes, Et n'ont jamais versé que le sang des victimes ! Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups

JoAD. Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous ?

Dieu qui de l'orphelin protège l'innocence, Et fait dans la faiblesse éclater sa puissance; Dieu, qui hait les tyrans, et qui dans Israël Jura d'exterminer Achab et Jézabel ; Dieu, qui frappant Joram, le mari de leur fille, A jusques sur son fils poursuivi leur famille ; Dieu, dont le bras vengeur, pour un temps suspendu, Sur cette race impie est toujours étendu.

JosABET. Et c'est sur tous ces rois sa justice sévère Que je crains pour le fils de mon malheureux frère. Qui sait si cet enfant, par leur crime entraîné. Avec eux, en naissant, ne fut pas condamné ? Si Dieu, le séparant d'une odieuse race, En faveur de David voudra lui faire grâce ? Hélas, l'état horrible où le ciel me l'offrit, Hevient à tout moment effrayer mon esprit . De princes égorgés la chambre était remplie. Un poignard à la main l'implacable Athaîie Au carnage animait ses barbares soldats, Et poursuivait le cours de ses assassinats. Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue. Je me figure encore sa nourrice éperdue,

Qui devant les bourreaux s'était jettée en vain,

Et faible le tenait renversé sur son sein.

Je le pris tout sanglant. En baignant son visage,

Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage ;

Et soit frayeur encore, ou pour me caresser.

De ses bras innocens je me sentis presser.

Grand Dieu, que mon amour ne lui soit point funesfce !

Du fidèle David c'est le précieux reste.

Nourri dans ta maison en l'amour de ta loi.

Il ne connait encore d'autre père que toi.

Sur le point d'attaquer une reine homicide,

A Taspect du péril si ma foi s'intimide,

Si la chair et le sang se troublant aujourd'hui,

Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui :

Conserve l'héritier de tes saintes promesses,

Et ne punis que moi de toutes mes faiblesses !

JoAD. Vos larmes, Josabet, n'ont rien de criminel ; Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paternel. Il ne recherche point, aveugle en sa colère, Sur le fils qui le craint, l'impiété du père. Tout ce qui reste encore de fidèles Hébreux, Lui viendront aujourd'hui renouveller leurs vœux. Autant que de David la race est respectée, Autant de Jézabel la fille est détestée. Joas les touchera par sa noble pudeur, Où semble de son sang reluire la splendeur. Et Dieu, par sa voix-même appuyant notre exemple. De plus près à leur cœur parlera dans son temple. Deux infidèles rois tour à tour l'ont bravé : Il faut que sur le trône un roi soit élevé, Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres, Qieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres. L'a tiré par leur main de l'oubli du tombeau, Et de David éteint rallumé le flambeau. Grand Dieu, si tu prévois qu'indigne de sa race, Il doit de David abandonner la trace ; Qu'il soit comme le fruit en naissant arraché, Ou qu'un souffle ennemi dans^ sa fleur a séché. Mais si ce même enfant à tes ordres docile. Doit être à tes desseins un instrument utile, Fais qu'au juste héritier le sceptre soit remis. Livre en mes faibles mains ses puissans ennemis. Confonds dans ses conseils une reine cruelle. Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle

342 ATIIALIE,

Répandre cet esprit d'imprudence et d^erreur De la chute des rois funeste avant-coureur.

L'heure me presse. Adieu. Des plus saintes familles Votre fils et sa sœur vous amènent les filles.

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