SCENE XVII Les Précédens, Delille
Del. D'où vient donc tout ce bruit ? Quoi î c'est toi, mon ami, en querelle avec Monsieur Vernon.
Desr. Ah! viens; tu es un charmant garçon ; c'est donc toi qui abuses ton ami ?
Del. Moi, je t'ai dit que mademoiselle était jeune, aimable ; t'ai-je trompé ?
Mad. Ver. Oui, répondez ingrat, vous a-t-il trompé ? Voyez les pleurs que m'arrache votre indigne conduite.
Desr. Ma conduite ?
Del. Ah ! mon ami, pourrais-tu résister aux larmes de la beauté ?
Mad. Ver. Voyez votre ami lui-même qui prend mon parti.
'^Ver. Finissons. Votre intention est-elle d*épouser ma sœur ?
Desr. Non, parbleu ; je ne l'épouserai pas.
Mad. Ver. Vous ne m*épouserez pas, cruel !
Ver. C'en est assez, vous aurez bientôt de mes nouvelles.
Mad. Ver. Me voilà perdue, déshonorée dans la ville, et vous seul serez cause de mes maux, de ma mort.
Ver. Non ; vous ne mourrez pas, ma sœur : mais monsieur pourra se repentir... Rentrez, ma sœur.
Mad. Ver. Oui, je cours cacher mes larmes et ma honte. Perfide, ingrat, barbare. (Elle rentre).
Del. Mais, permettez donc, Monsieur Vernon ; n'y aurait-il pas moyen d'arranger...
Ver. Un mariage, ou un procès.
Del. Deux cruelles extrémités, mon ami.
Desr. Eh ! tu te moques de moi. Laisse-le faire ; ah ! parbleu, je ne le crains pas.
Ver. Vous ne me craignez pas ! Ah ! vous ne savez pas encore à quel homme vous avez affaire. Ah ! vous verrez, vous verrez. Séduction, rapt, abus de confiance ; quelle horreur ! (Il rentre).