SCENE XVI.— Les Précédens, Vernon
Ver. (une lettre a la main.) J'en étais sûr ; les voilà tous les deux. Collusion, connivence coupable.
Mad. Ver. Ciel ! mon frère !
Desr. Votre frère! Vernon! J'aurais dû m'en douter au portrait que M. Riflard m'avait fait de sa sceur.
Ver. Courage ; monsieur, est-ce donc pour séduire nos femmes, pour porter le trouble dans nos familles, que vous renoncez au séjour de Paris ? Oh ! cela ne sera pas ainsi, certainement.
Desr, Qu'est-ce que vous dites donc, monsieur ?
Mad. Ver. Juste ciel ! me voilà perdvie.
Desr. Eh ! non, rassurez-vous, mademoiselle, vous n'êtes pas perdue : Croyez que j'ai trop de respect pour vous, pour mademoiselle votre sœur,,.
Ver. Croyez-vous que ce langage suffise pour vous
justifier ? Cette lettre, que mon imprudente sœur a laissée par mégarde dans son cabinet, n'annonce-t-elle pas trop ouvertement vos intentions téméraires ?
Desr. Permettez-moi de vous expliquer...
Ver. Point d'explication, une séduction ! Vous épouserez ma sœur.
Desr. Moi! j'épouserai mademoiselle ?
Mad. Ver. Ciel ! comment calmer ces esprits fiers et irrités ? Mon frère, de grâce, modérez ce ton violent : il ne peut qu'aigrir un caractère généreux, et lui faire rejeter ce qu'il désire lui-même.
Desr. Ce que je désire moi-même ; maïs, pas du tout, mademoiselle. Je sens certainement tout ce que vous valez, mais...
Ver. Vous ne l'épouserez pas ? ah ! nous verrons, nous verrons.
Mad. Ver. Je suis toute saisie. Cette rencontre entre mon frère et ce jeune homme ! c'est un roman. Ciel ! comment arrêter le sang qui va couler ?
Ver. Eh ! non pas du tout, ma sœur, il n'est question de sang, ni de combats, mais d'une sommation que je vais faire signifier à monsieur ; et comme il est galant homme, je ne doute pas qu'il ne se range à son devoir.
Desr. Une sommation ! Savez-vous que je commence à perdre patience. Allez-vous en au diable, avec votre sommation.
Mad. Ver. Quel langage !
Ver. Monsieur, ne vous avisez pas de nous injurier ; cela pourrait avoir des suites beaucoup plus graves que vous ne pensez.