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SCENE XIIL— Les Prêcédens, Madame Senneville

Mad. Senne. Eh! bonjour, ma chère madame Guîbert ; il y a un siècle, en vérité, que je ne vous ai vue^ ma toute belle.

Desr. C'est madame Senneville.

Mad. Senne. Nos deux aimables voyageurs ici ! Je m'attendais à les trouver. Et votre charmante fille, où est-elle doDC? Que je l'embrasse. On sait déjà dans la ville que c'est chez vous que ces deux messieurs logent. Ah çà; je viens vous engager à dîner pour demain, sans préjudice de l'assemblée à laquelle je vous attends ce soir; vous m'amènerez votre chère Plore ; vos deux charmans hôtes m'ont promis. Je sais tout, vous les avez enlevés de vive force de leur auberge, pour ainsi dire. Je vous reconnais là. Vous poussez la courtoisie et la politesse au dernier degré.

Mad. GuiB. Ah î vous êtes trop bonne; mais je suis Jbîen loin de mériter vos éloges.

Mad. Senne. Que dites-vous donc là, bon DieuJ ma chère ?

Del. C'est que les moyens d'exécution ne répondent pas tout-à-fait aux bonnes intentions de madame.

Mad. Senne. Comment donc ?

Mad. GuiB. Je m'étais flattée en effet de pouvoir loger ces messieurs.

Mad* Senne. Et vous ne le pouvez pas ?

Del. Non, madavne; le voisin Giraud, un dépôt de marchandises

Mad. GuiB. Cela m'afflige à un point que je ne puis exprimer.

Desr. Il ne faut pas du tout que cela vous afflige, madame ; nous allons chercher une autre auberge.

Del. Oui, Dubois, remporte ces malles. (Dubois se lève, et se met en devoir de remporter les malles. )

Mad. Senne. Du tout. Mon ami, arrêtez. Je suis persuadée de la réalité de l'obstacle qui empêche madame de vous loger.

Mad. GuiB. J'espère, madame, que personne ne s'avisera de soupçonner qu'il soit supposé.

Mad. Senne. Personne, madame ; et moi moins que tout autre ; mai» permettez-moi de me féliciter de cet accident, il me donne l'occasion de réparer un manque de civilités dont mon oncle ne cesse de me faire la guerre depuis ce matin.

Del. Que voulez-vous dire ?

Mad. Senne. Que c'est chez moi, messieurs, qu'il faut accepter un logement.

Del. a merveille ! on nous chasse d'un côté, on nous recueille de l'autre.

Mad. Senne, {à Desroches.) Oui, messieurs, chez moi ; c'est mon oncle, Ambroise Senneville, le camarade, l'ami du vôtre, qui se joint à moi pour vous en prier. Vous ne m'en voudrez pas, madame, de chercher à réparer ce que vous n'avez pu exécuter vousmême ? ^

Mad. GuiB. Qui, moi? vous en vouloir, madame; ce serait bien mal me connaître. ( A part.) L'impertinente!

Des. Mais, madame, je ne sais si je dois accepter...

Mad. Senne. Je n'ai ni voisins, ni dépôt de marchandises; et je me fâcherais si vous hésitiez.

Del. Ahl mon ami, qu'as-tu à refuser aux ordres d'une jolie femme ?

Mad. Senne. Rien. Il est trop galant pour cela, n'est-il pas vrai ? {A Dubois.) Mon ami, portez toutes ces malles chez moi : faites-vous indiquer ma demeure, elle est à deux pas ; ma femme-de-chambre vous montrera l'appartement de vos maîtres.

' Mad. GuiB. Mon domestique va vous conduire, mon ami, si madame le permet.

Mad. Senne. Y consentez-vous, madame ? vous êtes trop bonne.

DuB. [reprenant les malles.) Allons, voilà des malles qui se seront bien promenées dans la ville aujourd'hui. [Il sort).

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