CHARLES XII. ROI DE SUEDE
gouverne, et dont l'opinion dépend d'un nom. Il avait conçu un profond mépris pour la religion, qui avait servi à sa fortune. Il y a une anecdote certaine conservée dans la maison de St Jean^ qui prouve assez le peu de cas que Cromwell fesait de cet instrument, qui avait opéré de si grands effets dans ses mains. Il buvait un jour avec Ireton, Fletwood, et St Jean, bisayeul du célèbre Milord Bolingbrooke ; on voulut déboucher une bouteille, et le tire-bouchon tomba sous la table ; ils le cherchaient tous, et ne le trouvaient pas. Cependant une députation des églises Presbytériennes attendait, dans l'antichambre, et un huissier vint les annoncer. Qu'on leur dise que je suis rétiré, dit Cromwell, et que je cherche le Seigneur. C'était l'expression, dont se servaient les fanatiques, quand ils fesaient leurs prières. Lorsqu'il eut ainsi congédié la bande des ministres, il dit à ses confidens ces propres paroles : Ces faquins-là croyent que nous cherchons le Seigneur^ et nous ne cherchons que le tire-bouchon.
Il n'y a guères d'exemple en Europe d'aucun homme, qui venu de si bas, se soit élevé si haut. Mais que lui fallait-il absolument avec tous ses grands talens? La fortune. Il eut cette fortune; mais fut-il heureux? Il vécut pauvre et inquiet jusqu'à quarante-trois ans ; il se baigna depuis dans le sang, passa sa vie dans le trouble, et mourut avant le tems à cinquante-sept ans. Que l'on compare à cette vie celle d'un Newton, qui a vécu quatre-vingt-quatre années, toujours tranq^lle, toujours honoré, toujours la lumière de tous les êtres pensants, voyant augmenter chaque jour sa renommée, sa réputation, sa fortune, sans avoir jamais ni soins ni remords ; et qu'on juge lequel a été le mieux partagé»