‹ Nouveau recueilChapitre 92 sur 145 · CHARLES XII. UOI DE SUEDE · texte numérisé non relu

CHARLES XII. UOI DE SUEDE

de barbe, ni de cheveux. Il parlait très-peu, et ne répondait souvent que par ce rire, dont il avait pris l'habitude. On observait à sa table un silence profond. 11 avait conservé dans Tinflexibilité de son caractère cette timidité que l'on nomme mauvaise honte. Il eût été embarrassé dans une conversation ; parce que s'étant donné tout entier aux travaux de la guerre, il n'avait jamais connu la société. C'est peut-être le seul de tous les hommes, et jusqu'ici le seul de tous les rois, qui ait vécu sans faiblesses. Il a porté toutes les vertus des héros à un excès où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés. Sa fermeté devenue opiniâtreté, fit ses malheurs dans l'Ukraine, et le retint cinq ans en Turquie : sa libéralité dégénérant en profusion, a ruiné la Suède: son courage, poussé jusqu'à la témérité, a causé sa mort : sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruauté; et dans ses dernières années, le maintien de son autorité approchait de la tyrannie. Ses grandes qualités, dont une seule eût pu immortaliser un autre prince, ont fait le malheur de son pays. Il n'attaqua jamais personne ; mais il ne fut pas aussi prudent qu'implacable dans ses vengeances. Il a été le premier qui ait eu l'ambition d'être conquérant, sans avoir l'envie d'aggrandir ses états ; il voulait gagner des empires pour les donner. Sa passion pour la gloire, pour la guerre, et pour la vengeance, l'empêcha d'être politique ; qualité sans laquelle on n'a jamais vu de conquérant. Avant la bataille, et après la victoire, il n'avait que de la modestie ; après la défaite, que de la fermeté. Dur pour les autres comme pour lui-même ; comptant pour rien la peine et la vie de ses sujets, aussi bien que la sienne; homme unique plutôt que grand homme, admirable plutôt qu'à imiter ; sa vie doit apprendre aux rois combien un gouvernement pacifique et heureux est au-dessus de tant de gloire.

Le caractère de ce prince s'était manifesté de bonne heure. Etant encore enfant, on lui demanda ce qu'il pensait d'Alexandre, dont il lisait l'histoire dans Quinte Curce. Je pense, répondit-il, que je voudrais lui ressembler. Mais lui, dit-on, il n'a vécu que trente-deux ans. Ah ! reprit-il, n'est^èe pas assez quand on a conquis des royaumes ?

Lors de sa première campagne en 1700, comme il n'avait jamais entendu de sa vie de mousqueterie, il

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