‹ Nouveau recueil de légendes et d'histoires [microforme]Chapitre 14 sur 27 · CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND

C'était en 1856. Nous étions réunis autour de la vieille baronne de H..., sur la terrasse de son château, et la conversation, par une pente insensible, était descendue du sacré au profane, jusqu’à la Révolution française. La baronne nous interrompit tout à coup.

‘ C'était hier l’anniversaire de ma première communion. Comme elle se rattache à la triste époque que vous rappelez, peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt pour vous d’en connaître les circonstances vraiment touchantes. Je ne crois pas vous en avoir jamais parlé, n'est-ce pas? Devinez où j'ai fait ma première communion?.… Je vois que vous ne devinez pas. C’est dans une prison, oui, dans une triste et sombre prison que j'ai fait ma première communion.

Et ici sa voix devir.t tremblante, ses yeux se mouillèrent de larmer.

“ Écoutez bien, mes amis, c’est un souvenir que je ne puis rappeler sans une émotion profonde.

‘ Nous étions en 1793, j'avais douze ans alors. Mon père avait suivi l’armée de Condé. Il nous avait laissées, ma mère et moi, sous la garde d’un vieux

DIe

UNE PREMIÈRE COMMUNION EN PRISON 125 serviteur, cachées dans un pauvre quartier de Paris. Nous espérions passer inaperçues, au millieu des agitations populaires qui remplissaient la capitale. Un soir cependant, on vint chercher ma pauvre mère, et on la conduisit brutalement en prison à l'Abbaye. Je n’eus plus qu'une pensée, celle de la revoir. Le vieux Pierre trouva, un jour, le moyen de m'introduire auprès de la femme d’un des gardiens; et, comme elle avait une enfant de mon âge, nous fîmes vite connaissance, Peu à peu je m’enhardis, et lui demandai la grâce de voir ma mère. Elle me promit de me faciliter une entrevue avec celle que j'aimais tant.

‘ Elle tint en effet parole. Je venais deux fois par semaine pendant trois mois. Un jour, ma mère me prit sur ses genoux, et avec une voix entrecoupée de sanglots :

‘Ma petite Marie, dit-elle, nous allons bientôt ‘être séparées pour toujours. Un commissaire est “ venu me dire hier que j’allais passer en jugement; et “le jugement, tu sais, ici, c’est la mort.”

‘* Mon cœur éclata à ces mots. Vous comprenez la scène qui suivit...

‘ Ma petite Marie, dit ma mère, une de mes joies

‘les plus douces, ce serait de te voir faire ta première ‘communion. Vois-tu, Marie, quand on a bien fait sa

‘* première communion, on est sûr en quelque sorte de ‘ son éternité. Je mourrais contente, si je te savais unie ‘avec le bon Dieu, dans son Sacrement, pour toujours, ‘Il m'est venu depuis hier une idée. Je connaissais

‘un vieux chanoïne de Notre-Dame qui n’a pu ‘* émigrer ; il habitait, rue Massillon, une petite maison “ non loin de la cathédrale, quand j'ai été arrêtée. Tu ‘‘iras le voir, ma petite Marie: tu lui diras ton nom, ‘ l’état où je suis, tu lui demanderas qu’il te permette ‘ de faire ta première communion; tu lui diras bien ‘que c’est moi qui lui demande en grâce cette faveur

‘avant de mourir.”

‘Je racontai à Pierre tout ce qui s'était passé, et dès le soir nous étions rue Massillon, chez le vieux chanoiïne.

‘ J'ai bien connu votre bonne mère, mon enfant, ‘me dit-il. C’était une sainte dans le monde.”

‘Il réfléchit un instant.

‘ Elle vous a sans doute préparée à cette grande ‘action? Et, d’ailleurs, les circonstances sont excep- ‘“tionnelles. Nous sommes revenus aux catacombes. ‘ Nous allons faire comme les premiers chrétiens...”

‘ Puis, tout à cou”, une autre pensée traversa son esprit:

‘“ Mon enfant, dit-il, vous allez vous confesser; ‘Cet, demain matin, vous viendrez de bonne heure: je ‘ vous ferai part de mes intentions.”

‘Le vieux prêtre avait caché, dans un endroit connu de lui seul, les objets indispensables pour le saint sacrifice. Vers minuit, il disposa dans sa chambre une petite table, revêtit ses anciens ornements, et, aidé d’un vieux domestique qui ne l'avait jamais quitté, il célébra les saints mystères.

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UNE PREMIÈRE COMMUNION EN PRISON 127 ‘ Le lendemain, je revins dès le grand matin avec Pierre, sans avoir été inquiétée. Le bon chanoïine me fit connaître cuil avait célébré la sainte messe à l'intention de ma mère, et qu’il avait mis deux hosties en réserve.

Mon enfant, dit-il d’une voix grave et douce, ‘je vais vous confier une mission solennelle. Comme

“ les prêtres de la primitive Eglise se servaient autrefois

“ des enfants pour faire parvenir la sainte communion aux martyrs, vous allez porter la sainte hostie à ‘votre mère, et vous communierez avec elle pour la ‘ première fois dans sa prison. Je ne pourrai vous y ‘accompagner. Allez, mon enfant, et que Dieu vous ‘{ protège ! ”

‘ Et il me remit en bénissant le précieux dépôt.

‘ Comment vous dire mes sentiments en recevant les saintes hosties et en les cachant sur mon cœur ?.… Je priai toute la route: il me semblait que mon âme chantait avec les anges qui m’entouraient. La femme du gardien m'’introduisit avec empressement dans la petite infirmerie où elle fit venir ma mère. J’éclatai en sanglots en racontant à ma mère la mission qui m'était confiée. Ma mère comprit de suite la sublime intention du bon prêtre. Elle se mit à genoux comme moi. Elle me dit des paroles sublimes, telles que jamais, depuis, il ne m'a été donné d’en entendre. Nous plaçâmes les saintes hosties sur une table; nous les adorâmes longtemps... Et quand, à travers nos larmes, nous eûmes terminé, elle prit elle-même la

sainte hostie, et, s'adressant au Sauveur, elle lui confia mon âme et la sienne pour l'éternité! Je communiai de sa main; elle communia ensuite... Messieurs, dit la baronne, le reste ne s’achève pas.

‘ Le lendemain, je me présentai pour revoir ma mère ; la femme du gardien n’interdit d'entrer. Pierre me conduisit chez le chanoine qui me prit par la main, et, me menant à la fenêtre, me montra du doigt le ciel et me dit ces simples mots qui me révélèrent tout:

‘ Mon enfant, votre mère est là-haut; c’est là ‘ que vous la reverrez, j’espère.”

L'abbé Juziex LorTH.

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(HISTORIQUE

Georges X...….., enfant d’une bonne famille, faisait ses classes dans un établissement ecclésiastique du diocèse de Rouen.

Ii était bien doué sous tous les rapports: il était laborieux, intelligent, le premier de sa classe ; il avait un beau physique, une constitution vigoureuse et beaucoup d’adresse dans les exercices gymnastiques, ajoutant à tout cela une innocence et une modestie aigéliques.

I fit sa première communion, lorsqu'il était élève de cinquième. Le lendemain de ce jour, il alla, selon ce qui était prescrit, montrer à son directeur son ahier de résolutions. Il n’y en avait qu’une, ainsi conçue: “Je prends la résolution de continuer à

“ porter ma cravate blanche du jour de ma première

“communion, jusqu’au jour où il m'arrivera de com- ‘ mettre un péché grave.” Le directeur, tout étonné, lui dit:

‘Je ne prends pas sur moi de vous autoriser à tenir une résolution aussi étrange; il faut que vous ayez le consentement de votre mère.”

La mère étant venue, l'enfant s’expliqua tant et si bien devant elle et son directeur, que l’on finit par le laisser libre de suivre son inspiration.

Quinze jours après, un condisciple se permit de lui tirer sa cravate blanche; cela valut à l’impertinent une réponse frappante. Il y eut encore d’autres assauts ; mais ils furent sans succès. Enfin, un autre condisciple s’y prit par la douceur :

‘ Mon ami, lui dit-il, pourquoi portes-tu toujours cette cravate? Ne crains-tu pas que l’on dise que tu es bien singulier, et quelaue chose peut-être de plus fâcheux ? ”

Georges lui confia son secret, lui recommandant de n'en rien dire à personne; mais le lendemain tout le collège connut le mystère; et, à partir de ce moment, on passa des tracasseries au respect.

De son côté, Georges ne se contenta pas de ce souvenir de sa premiere communion pour se maintenir dans la vertu ; il avait soin de s'approcher de la sainte Table tous les dimanches.

Les vacances étant venues, il parut chez ses parents avec sa cravate blanche, la garda tout le temps, la apporta au collège à la rentrée et ne cessa de la

porter jusqu’en son année de philosophie inclusi-

vement.

11 finit ses classes et fut reçu bachelier en 1870; il

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avait alors dix-huit ans. Lorsque la guerre eut éclaté, il demanda à son père la permission d’aller rejoindre les zouaves pontificaux du général de Charette. Il avait été un modèle au collège; il le fut aussi sous les armes. Il communiait tous les dimanches et les fêtes, ce qui ne l’empêchait pas d’être le plus gai de son bataillon.

En janvier, auprès de la ville du Mans, il s’agit un jour de reprendre un mamelon aux Prussiens. 500 zouaves furent chargés de cette affaire : 200 y périrent, ct 300 parvinrent à s'établir sur le mamelon. Georges était du nombre des vainqueurs; mais voilà que tout à coup une dernière balle vint l’atteindre, et le blessa mortellement.

Quelques moments après un aumônier passa auprès du blessé et lui offrit son ministère.

‘ Merci, monsieur l’aumônier, répondit Georges; je me suis confessé et j’ai communié il y a deux ou trois jours ; pour le moment, je n’ai rien qui me pèse sur la conscience; veuillez m’étendre seulement sur un peu de paille, et m'apporter ensuite la sainte communion. J'ai aussi un service à vous demander: allez à mon sac, qui porte tel numéro; vous y trouverez une cravate blanche, un ruban blanc et un chapelet blanc; ce

sont mes souvenirs de première communion ; veuillez me les apporter.” Quand l’aumônier fut revenu, Georges lui dit: ‘ Meitez-moi cette cravate autour du cou.” Puis, après avoir reçu le saint viatique, il ajouta:

‘ Lorsque je serai mort, vous m'enlèverez cette

cravate et vous l’enverrez à ma mère, en lui écrivant de ma part aue cette cravate de ma première communion n'a jamuis reçu d'autres taches que celles de mon sang, versé pour notre pauvre patrie ! ?

L'abbé JuLIEN Lorx.

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dia.

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