UNE LETTRE A LA SAINTE VIERGE
Là-bas, à Faris, dans le quartier du Gros-Cailloux, au coin d’une avenue et non loin de l’Esplanade, il y avait une échoppe de “rédacteur public.” Le ‘rédacteur” était un vieux soldat, de fort mauvaise humeur, brave homme, pas bigot, ah non! pas riche, et qui avait le malheur de n'être pas tout à fait assez éclopé pour obtenir son admission à l'hôtel des Invalides.
Ce n’est pas plus malin que cela. Jean le vit à travers les carreaux de son échoppe, se chauffant et fumant sa pipe en attendant la pratique. Il entra et dit: ‘Bonjour, monsieur; je viens pour écrire une lettre.— C'est dix sous, répondit le père Bouin.” Car ce brave, qui était peut-être la cent millième partie de la gloire d’un maréchal de France, s'appelait le père Bouin. Jean qui n'avait pas de casquette, ne put l’ôter, mais il dit bien poliment: ‘Alors, excusez-moi.” Et il ouvrit la porte pour s’en aller; mais papa Bouin le trouva gentil et lui demanda: ‘ Es-tu fils de militaire, moucheron ?— Non, répondit le petit Jean, je suis le fils de maman.— Bon! fit le rédacteur: et tu n’as pas dix sous ?— Oh ! non, je n’ai pas de sous du tout.— "Ta mère non plus”? Ça se voit. C’est une lettre pour avoir de quoi faire la soupe, eh! petiot? —Oui, répondit Jean, justement !— Avance! pour dix lignes et une demi-feuille, on n’en sera pas plus pauvre.” Jean
obéit. Papa Bouin arrangea son papier, trempa sa plume dans l'encre, et traça d’une belle écriture de fourrier qu'il avait: ‘ Paris, le 17 janvier 1857.” Puis, au-dessous, à la ligne: ‘A monsieur...” Comment
un non tun l'en!
n'es pou cour
trop
Le
Mais secon grom ce P:
Jean yeux
N‘'Et
veux
A quatr sa bo
Cailloux, ade, il y » ‘‘rédachumeur, e, et qui > éclopé lides.
le vit à uffant et entra et crire une uin.” Car partie de uit le père put l’ôter, -moi.” Et Bouin le militaire, je suis le 1n’as pas tout.— Ta pour avoir i, répondit es et une re.” Jean trempa sa icriture de 857.” Puis,
Comment
à s'appelle-t-il, bibi?—Qui ça? demanda Jean.— Eh bien! le monsieur, parbleu ?—Quel monsieur ?— Le particulier à la soupe.”
Jean comprit cette fois, et répondit: “Ce n’est pas un monsieur.— Ah! bah! une dame alors ?— Oui... non... c'est-à-dire...— Ah ça, drôle, s’écria papa Bouin, tu ne sais pas même à qui tu vas écrire ?— Oh ! si! fit l’enfant.— Dis-le donc, et dépêche-toi !”
Le petit Jean était tout rouge. Le fait est que ce n’est pas commode de s'adresser aux écrivains publics pour de pareilles correspondances. Mais il prit son courage à deux mains et dit : ‘C’est à la sainte Vierge que je veux envoyer une lettre.” Papa Bouin ne rit pas. I1 déposa sa plume et Ôta sa pipe de sa bouche: ‘ Moucheron, dit-il sévèrement, je présuppose que tu n'as pas l'intention de te moquer d’un ancien. Tu es trop petit pour qu’on te tape. Par file à gauche, va voir dehors si j'y suis !...”
Le petit Jean obéit et tourna les talons ; je dis ceux des pieds... puisque ses souliers n’en avaient plus. Mais en le voyant si doux, papa Bouin se ravisa une seconde fois et le regarda mieux. ‘Mille canons! "0 grommela-t-il, il y a tout de même de la misère dans ce Paris !... Comment t’appelles-tu, bibi ? —Jean.— Jean qui? — Rien que Jean.” Papa Bouin sentit ses yeux qui le piquaient, mais il haussa les épaules : “Et que veux-tu lui dire à la sainte Vierge? — Je veux lui dire que maman dort depuis hier soir à quatre heures, et qu’elle l’éveille, si c’est un effet de sa bonté ; moi, je ne peux pas.”
UNE LETTRE À LA SAINTE VIERGE o
Macon ni AA RO