DÉLIBÉRATION AU SUJET DES TAPISSERIES
« Le mardi xm d'avril mil \ c 1111" dix-neuf, feste de Pasques, en procédant a la clausion du compte rendu parle s* Guill. Du Buse, trésorier, il a esté proposé, entre aultres choies, que la tente gcnérallc qui se faict en ceste église le jour de Pasques, de diverses pièces de tapisserie*, ciels et tapis, n'étoit point nécessaire, ny bonne de continuer a l'advcnir. d'aultant que la plus grande partie desd. pièces (Je tapisscriei se voit ordinairement n'estre que des histoyres et représentations prophancs et deshonnestes qui n aportent nulle rêvera nec ny dévotion en l'honneur de Dieu ny de son ccclise, mais scullcmcnt une curiosité qui tend a volupté par le regard de la beauté desd. pièces, et par ainsy l'intention première de nos anciens, qui n'a esté que pour honnorer Dieu et son ecc lise, seroit dé* laissée et mespriséc. Davantage que c'est une trop grande pcyne au trésorier de rechercher par tant d'cnJroicts la quantité desd tapisseries qu'il luy contient a\oir en telle occasion, dont souvent il advient des inimitié/ entre plusieurs personnes, à cause du refus qui se faict de prester aucunes d'icellcs pièces, joint les avaries extraoe-
dinaires qu'il y a en l'exécution de lad. tente généraile, faicte en des jours qui ne sont point particulièrement sollempnisez, pour ceste paroisse, et partant qu'il estoit bon d'en résouldre pour l'advenir, m es m es en considération que Messieurs les grands vicayres et archidiacre de Mgr l'archevêque de ceste ville ont, par plusieurs foys, aux cours de leurs visites, exhorté les curez des parroisses de ceste d. ville de ne permettre tendre en leurs ecclises telles superfluitez de tapisseries ; ce qui a esté ainsy dict et ra porté par mondit le doyen et curé de ceste ecclise;
« Arresté que, pour les raisons susdites, il ne se fera, de ce jour et à l'advenir, aucune tente de tapisserie en ceste d. ecclise, pour ledict jour de Pasques ou pour les autres Testes de Tannée, sinon que ce qu'il conviendra de ciels et tapis pour mettre seullement dans le chœur etdessoubz le crucifix d'icelle, et non aultre part, parce que lesdits ciel et tapis ne seront que en fessons de fruicts et non à personnages, pour éviter l'interprétation de la représentation d'iceulx personnages, et ce en attendant qu'il y ait moyen de faire faire et avoir, aux dépens du Trésor, telles pièces qui sera lors advisc pour le mieux pour la décoration et ornement de lad. ecclise ; et pour ayder à faire fonds audit Trésor pour tel effect, il a esté aussy arresté que chacun trésorier, pour l'advenir, donnera audit Trésor, en la dernière année de sa charge, la somme de douze escùs ou autre plus grande somme, sy sa dévotion l'incite à ce fayre, et que la présente résolution sera suivie et entretenue d'ores en avant et pour les années à venir. »
LETTRE DE If. DE BELBEUF, PROCUREUR GÉNÉRAL, AU SUJET DU CLOCHER DE NOTRE-DAME-DE-LA-RONDE
• Rouen, ce n avril 1770.
• Messieurs,
« Vous avés eu connaissance que, dans les années 1 766 et 1767, on agita pendant longtemps le point de sçavoir
si le clocher de vostre église menaçoit ou non une ruine prochaine, capable d'entraisner dans sa chute la partie de l'église sur laquelle il tomberoit; les maisons de plusieurs propriétaires voisins étoient menacés du même danger; la perte de la vie et de la fortune de ceux qui se trouveroient sous ces ruines ajoutoient l'horreur d'un spectacle effrayant au malheur général dont la paroisse craignoit le moment. Il étoit, cet instant, annonce comme très prochain ; différents proceds verbaux d'architectes a voient jette uncallarmc universelle; vous vous rapellerés encore que pour prévenir tous ces maux, il fut question d'un emprunt considérable sur la paroisse ; qu'il y eut mime des engagements pris par la fabrique pour la somme de 1 5,ooo 1. Vous me fîtes part de vos craintes et de l'cffroy public qui consternoit vos paroissiens; nous crûmes cependant qu'il ctoit sage, avant que de se livrer à une démolition très coûteuse et à des emprunts très onéreux, et qu'il convenoit de se bien assurer des dangers comme de ne rien épargner pour chercher les ressources au mal. On scait bien, lorsqu'on commence un ouvrage de cette espèce, le prix qui est annoncé qu'il doit coûter, mais on ignore toujours ce qu'il coûtera. Soyez sûr que votre église auroit été culbutée en totalité et que la réédification auroit été gcnérallc. Il n'y a plus de bornes alors au* dépenses; elles tiercent sur celles des particuliers quand elles regardent des corps ou des administrations. Je peux dire, Messieurs, qu'un a>il de sang froid sur vos dangers prétendus vous a sauvés, soit à titre de trésoriers ou de propriétaires, cette dépense accablante. Votre trésor s'en seroit senti longtemps, ci les propriétaires suporteroient aujourd'hui une lourde somme, chacun pour sa contribution; différentes ordonnances que je rendis arrêtèrent les pas qu'on vous engageoit de précipiter. Le sieur Quinel, architecte* fut par moy nommé pour \ entier la cause de* lézardes qu'on croyoit apercevoir pour la première fois au lever d'un beau soleil qui le* éclaira. Je luv fis remettre
les anciens proceds verbaux de ces lézardes antiques ainsi que des inclinaisons des murs des pilliers du clocher ; il aperçut, après un travail sage, sans prétentions, que le vice qu'on disoit nouveau étoit aussi ancien que le moment premier où, après la construction du clocher, le bâtiment, ayant reçu ce poids, avoit cherché de lui-même son aplomb, et qu'en se roidissant contre le fardeau qu'on venoit de luy donner il avoit fait des efforts pour établir l'apuy nécessaire de toutes les forces qui en dévoient soutenir la masse ; que ces efforts avoient donné lieu aux lézardes, et qu'ainsy il ne falloit point faire de constructions nouvelles ny de démolition du clocher, mais seulement réparer et rétablir en neuf certaines parties oui avoient été mal faites dans le principe ; dépense médiocre en comparaison de celle qu'on vous présentoit à faire et dont vous ne connoîtriez peut-être pas encore le capital.
■ Il l'échafauda, il dressa des proceds verbaux ; ces actes donnèrent lieu à une discussion littéraire entre luy et les architectes qui condamnoient votre église à une chute prochaine. 11 prit en main vos intérests, et il les défendit si bien et si publiquement que M. l'Intendant jugea à propos, à la lecture de ces écrits respectifs, de faire faire une visitte d'office par deux ingénieurs qui trouvèrent qu'il n'y avoit point de danger à craindre du clocher ny de nécessité de démolir aucunes parties de l'église, mais qu'il suffisoit de faire des réparations ; cela est constant par leur proceds verbal du 6 febvricr 1 767.
t Le sieur Quinel est donc l'homme qui vous a servi utilement. Son assurance et sa fermeté à soutenir un point de fait aussi intéressant pour vous a donc sauvé à votre fabrique et à tous les propriétaires une dépense énorme et accablante ; vous jouisses tous aujourd'huy de ses peines, puisqu'au moyen d'une dépense modique vous avés l'avantage d'avoir conservé un monument ancien dans cette ville, une église suffisante à votre paroisse, et vos revenus sans cotisation lourde et fort chères dans des
années surtout où le pauvre suffit â peine à ses besoins et où le riche est trop heureux d'avoir du superflu pour le répandre chés l'indigent. Il est juste que le sieur Quincl soit paye ; il s'est adresse à moy pour vous présenter sa prière. Je m'en suis d'autant plus volontiers charge que j'ai connu ses vues, que j'ai réglé ses démarches et que je suis persuade que vous m'en aves de la reconnaissance.
• J'ay l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur,
• Belbcup. »
NOTES