‹ Nouveau recueil de Notes historiques et archéologiquesChapitre 12 sur 32 · SUR LA COUR DU TOT A ROUEN · texte numérisé non relu

SUR LA COUR DU TOT A ROUEN

Si Ton jette les yeux sur un ancien plan de Rouen, on y verra figuré, au milieu d'une place fort étroite, vers l'extrémité de la rue de la Grosse- Bouteille, un bâtiment en forme de colombier, sous la désignation de la Cour du Tôt. Au chapitre xvm e , intitulé : Hôtels les plus célèbres de Rouen, le continuateur de Farin n'a pas oublié d'en faire mention, et, à vrai dire, cet hôtel avait droit, sinon à la célébrité, du moins à l'attention : par les privilèges dont il prétendait jouir, il présentait quelque chose de singulier au sein d'une bourgeoisie absolument étrangère depuis longtemps au régime féodal. Le passage de l'Histoire de Rouen auquel je fais allusion étant fort court, il ne me coûtera guère de le reproduire, ni à vous, Messieurs, d'en entendre la lecture. Voici ce passage :

i Hôtel du Tôt. Cet hôtel est maintenant nommé la Cour du Tôt, dans laquelle on voit un colombier et des maisons où demeurent plusieurs particuliers. C'est un fief de haubert, qu'on appelle vulgairement le fief du Tôt, dont le seigneur jouit de plusieurs beaux privilèges, savoir : du droit de foire, de colombier, de pêche dans la rivière de Seine, de chasse, de chauffage dans les quatre forêts de la vicomte de Rouen, et de plusieurs autres droits qu'il seroit trop long de détailler; et il est d'autant plus considérable qu'il est unique en son espèce et au milieu d'une grande ville. Les lettres de ce fief portent qu'il est assis

dans l'Islc de Notre-Dame, parce que ce quartier de la ville jusqua la porte Martainville s'appeloit autrefois TIslc de Notre-Dame; peut-être à cause que la petite rivière d'Aubcttc semble faire une islc, eu égard à la rivière de Seine, et que la plupart des maisons doit quelque rente au chapitre de Notre-Dame. Jacques Frontin, écuyer. cioit. en i(><~>8, le seigneur de ce fief du Tôt, et, en cette qualité, étoit le premier paroissien de Saint- Maclou. Il portoit pour armes d'argent à un chevron de gueules à trois branches de houx. »

Disons-le en passant, l'Ile Notre-Dame ne paraît pat avoir eu une si grande étendue que celle qui lui est attribuée dans cette citation. Ce qui est certain, c'est que cette désignation s'appliquait a un terrain que le Chapitre avait fieffé, en i3;7, a Jean Le Gras, terrain qui appartenait, en i53o, à un nommé Nicolas de la Chesnaye |i), et qui était limité par l'Aubcttc et par le canal de la Seine. Les échevins et le Chapitre de Rouen, contestaient, en i53o, à ce propriétaire, le droit d'élever des maisons du côte de la rivière et des murailles de la ville, ce qui nous donne lieu de supposer que l'Ile Notre-Dame était encore considérée, a cette époque, comme siiuée en dehors de l'enceinte de Rouen.

Quoi qu'il en soit, le fief du Tôt était possédé, en i586, par Charles QucmicI, bourgeois de Rouen, lequel ne prenait aucun titre nobiliaire. Même à une époque antérieure, il n'en eût |>oi.ii eu t>esoin pour posséder *r*s légalement un tief noble, et cela en vertu d'un privilège

(i) Ai\h. Je l.i S.-lnf., Cm. .\4'*b. — 11 est question de ce ijrr.iin .lan» une ^tlihcr.itmn Au Chapitre de la cathédrale du t'f ju.n 14 S'» : m De InMil.i licite Marie, duJutn e»', data in tMi|'h.u<*.Tn, ttiiu* roMitus dirninutus est i> cationc immur.:t;..M» ci p'.wi'Tu» ip'iu» (mule, a.laptate in vompontu»ne ti>«%iti t j';"M juin iiium* dl pi^.in.ini .ipptnprtati, «.U|Ut uitlt* t.it.iM it u%utiti«.ti]m |*r«..p:t \ill.i Kothf'inapi-ntis • Le Chapitre » np jit .1 en rc<. limer l.i ri*t .ut un.

reconnu officiellement aux bourgeois de Rouen depuis Louis XI. Ce fief devint, en 1617, la propriété de Catherine Quesnel, veuve de Soupplix Le Plastrier, fille et héritière de Charles Quesnel. Il appartenait, en i632, à Jacques Frontin, sieur de la Hauteville, conseiller du Roi, auditeur de ses comptes en Normandie; et, en 1710, à Jacques-Joseph Frontin, sieur de Beaumont. On conserve les Aveux que ces divers propriétaires rendirent au Roi, pour ce fief, aux années que nous venons d'indiquer, et il est à remarquer que les derniers mentionnent plus de privilèges que les premiers, soit par le fait d'une usurpation qui aurait été tolérée parce qu'elle était sans conséquence bien sérieuse, soit par suite de recherches nouvelles, entreprises par des seigneurs, avisés et jaloux de leurs droits (1).

Dans son Aveu de 1 586, Claude Quesnel avoue tenir du Roi un quart de fief de haubert, nommé le fief du Tôt, autrement dit Aubette, assis à Saint-Maclou, avec extension sur Saint-Vivien, « consistant, ainsi que de ce il apperoit, par les anciens vestiges et apparences d'icellui, en certain manoir, avec plusieurs maisons et édifices, entre lesquels il y avoit colombier, basty de pied droit, portant six pans le long de la rivière de Seine. » A raison de ce fief, il déclare avoir droit de chauffage en Tune des forêts, sans pourtant spécifier laquelle. Il rappelle que ses prédécesseurs étaient tenus au ban et à l'arrière-ban, mais que lui présentement en était exempt, ainsi que des droits de relief et de treizième, en sa qualité de bourgeois de Rouen, t possesseur de chose assise en cette ville. » L'aveu est court : Claude Quesnel regrette de n'en pouvoir dire d'avantage, et s'en prend, suivant l'usage, « aux grands troubles, divisions et anciennes guerres, lesquelles a voient régné en ce pays, mesme à l'inconvénient de feu advenu en la Chambre des Comptes de Paris, » où les Aveux des fiefs de Normandie

(1) Arch. de la S.-Inf., B. 2o3, 211.

étaient reçus antérieurement à i58o, année de l'établissement à Rouen d'une Chambre des Comptes particulière à la Normandie.

Pour lui tout se réduisait donc, en fait de privilèges quelque peu utiles a la jouissance d'un droit de colombier.

Catherine Quesncl, dans l'Aveu de ifiiji, ne prétendait encore à rien de plus. Mlle rappelait pourtant qu'un moulin avait autrefois existé dans l'étendue de son fief.

Kn février i("»iS, Jacques Frontin obtient la propriété du fief du lot, par un décret de justice, passé devant le bailli de Rouen : il en rend Aveu à la Chambre des Comptes, et trouve le moyen d'en amplifier la dignité: i! en vante les extensions a Saint- Vivien, à Sottcville et à Quatremares; le droit de cour, usage, juridiction, plaids et gage-piège; tout ce qui signalait une tenure noble et la distinguait d une simple roture, si tant est qu'il pût être question de roture dans l'enceinte d'un fr.mc-bourgage. A la suite du colombier à six pans, toujours subsistant, et du moulin, démoli, il mentionne, comme dépendant de son tief, une maison située sur U paroisse Saint-. Maclou et possédée par Pierre Bourré, commis au greffe criminel du parlement, ainsi qu'une autre. Mtuée en la rue Vatier-ItlonJel. Il n'oublie pa< de décrire ce manoir, accompagné Je plusieurs tellement*- de maisons et édifices, à l'entrée du juel manoir était encore une grande porte de pierre de taille, au frontispice Je laquelle étaient élevées et taillées en bo*sc les .îrmoiries timbrées de *c» prédécesseur», seigneurs du fiel du lot. Il revendique le droit de pêche dans les rmc:e-» de Seine et d'Aubette, le droit Je ch i -e dm* les foret* de la Vicomte Je Rouen, le d:'-it îeime tenu u:i ■» îrJie une toi > Li -e naine, le c >ur% J.i.jLici i:ih«.:ic .r. .ut ci.- discontinué depuis les troubles, et entin, a* que n'.i\ m o^ indique clairement le continuateur île Farm, • le droiwt de l.i première et pluséminente place du w'i't: de Lu/, d.ms le ch>ear de 1 église Saint-Maclou. a\cc oi'lujtion, au «.are ou \icaue Je celte église. J'en-

voyer frapper à la porte du manoir, les jours de festes et dimanches, pour advertir le seigneur d'aller entendre et assister aux grandes messes paroissiales, avant que de les commencer. »

Un point qui ne laissait prise à aucun doute, c'est que des armoiries ornaient autrefois la grande porte de l'Hôtel du Tôt. Elles avaient été, il est vrai, « souillées et gastées par quelques voisins envieux de cette marque de dignité de fief. » Mais bientôt, elles avaient été, tout à nouveau, repeintes et remises, à leurs dépens, au premier état, par arrêt du parlement, rendu, le 19 juin i6o3, sur la requête de Soupplix Le Plastrier. Jacques Frontin se fonda sur cet arrêt pour substituer, à cet ancien blason, le sien propre, en sa qualité de propriétaire actuel de l'Hôtel du Tôt. C'était attacher bien de l'importance à une circonstance assez indifférente, puisque nombre de maisons, à l'intérieur de Rouen, portaient également à leur porte principale, les armoiries de leurs propriétaires, sans qu'on pût songer à y voir des marques de fief.

A Jacques Frontin, sieur de la Hauteville, succéda Jacques Frontin, sieur de Beaumont, maître en la Chambre des Comptes, et, à ce dernier, Jacques-Joseph Frontin, lequel, dans un Aveu de 1710, n'oublie pas de parler de la porte cochère de pierres de taille, ornée des armoiries de son père, en bosse, du colombier et surtout du droit d'avoir la première et la plus éminente place dans le chœur de l'église Saint- Maclou, au lieu où se mettaient les laïques, toujours avec obligation au curé ou au vicaire d'envoyer frapper à la porte de l'Hôtel du Tôt avant de commencer la grand'messe (1).

Je dois déclarer que je n'ai pu trouver aucune mention ancienne ni du droit de chauffage réclamé par le seigneur du Tôt dans les forêts de la vicomte de Rouen, ni de ce

(1) En 1769, le fief du Tôt appartenait à Jacques Frontin, tieur de Caudecote, héritier de Claude Frontin, son oncle.

privilège de premier paroissien Je Saint- Maclou. qui lui lut pourtant reconnu par un jugement rendu au siette présidial de Rouen, en 1711.

Quant a la qualité de fief, on ne peut raisonnablement songer à la contester, et ce qui, a première \ ue, parait une singularité, s'explique assez naturellement, quand on songe que, pendant très longtemps, les paroisses de Saint- Vivien, de Saint-Nicaisc et de Saint -Maclou étaient en dehors de la ville de Kouen, et qu'en i?.*o encore. l'Iîe Notre-Dame était vraisemblablement, comme nous j :ivon* dit, située en dehors de l'enceinte fortifiée.

Mais à cette question particulière au tîet du lof. on peut en rattacher une autre plus intéressante, et *ur laquelle. Messieurs, j'appelle \otre attention, celle de savoir comment s'étaient formés, et comment axaient disparu ces fiefs, très nombreux, qui existaient en dedans de la \iile. et quelle signification nous devons donner à ce mot fief

Kn parcourant les chai tes Jesxtr et xnr siècles, concernant des maisons ou des rentes à l'intérieur de Houcn. chartes rédigées ou reconnues de\ant le maire de la commune, on voit mentionnés un urand nombre de fies

(le sont .le lie! du l< 01 en la paroisse Saint- Laurent. 120?: celui de la Monnaie, comprenant une maison si%c en U tue (ianterie. tin du xn r siècle: celui du maire ou de L) mairie, ii«ô '1 : ceux du (ihapitre ou de Notre Marne. dans les parusses de Niiut-I).nis et de Saint ktienne de* lonneliers, tin du mi' et xm siècle: celui de 1 .ibhe de (Â'risy. commencement du xnr : celui de Mont-auv M. il. nies, en la rue (.r.iJi'Hi. 1 ;•!»■: *.el .1 de 1 abbaye de >amt-( luen. sut UoKc. \\\ r et \ ■ 1 1' s. .vie. celui de la ::ieme abïM\c. dit le tieïau MoaTj: dief z . sur la parotv*

r • I.e tien .m m.i.fc * l.ihcll:**n. »k K-»ilcn, Kec. ', 1 *o*. In ff.J-i mji) .t if extrj mur*, y, u.,\ | . ,! t -% H*«ftpuc%. 1 I . r». ï i.j M -;t tri. ii i> • -iï-\ i\i.ti, prL* ,lu Kin*%c!.ipptrl'iMl .1 1-ih^iyc ic >.i.:.t-< >uc;i et .'•tupnr..i:t plu* Ac tui|r?

Saint-Vivien; celui de lévéque de Baveux; celui d'Etienne Blondel ; celui de Robert du Bosc-le-Hard, en la paroisse Saint-Godard; celui du chambellan de Tan carville, qui n'était autre que l'ancien donjon des ducs de Normandie, abandonné depuis la construction du palais delà Bassse-Vieille-Tour; celui des seigneurs d'Esneval, en la paroisse Saint-Amand; celui de la lieuse, à Saint- Maclou; celui de Pierre de l'Espinay, chevalier, en la rue <|c l'Arquet, près du pont de l'Arquet, 121 3; celui de Thomas, fils de Robert l'Écuyer, 120S; celui du comte de Leiccster, près de la rue Massacre; celui de Roger de Mculan, en la rue Vaski.*, fin du xn e siècle; ceux de Préaux, i2<)5: de Sakcspée, près la porte Beauvoisinc, i2o3; de Geoffroy Salman, en la rue Etoupée; de la Vaupalière, en la paroisse Saint-Muclou, 1 2 c > 5 ; de Henri Waspah à Saint-Hilaire de Rouen, 1217(1).

A propos de ces maisons ou terrains qualifiés de /coda. il est question de seigneurs [domini feodorum), distincts des possesseurs ou détenteurs de ces maisons ou terrains. H est question du consentement obtenu de ces seigneurs pour les ventes faites par ces possesseurs ou détenteurs, soit moyennant une rente annuelle, soit pour un prix d'argent. Il est question de droits seigneuriaux, jura dominica. Il est question d'hommage et de serment de fidélité.

maisons ou héritages. Il avait appartenu, au xme siècle, à Lambert Le Moutardier, lequel l'avait acheté de Raoul de Cotevrart. 11 é.ait tenu de Jean, fils de Maurice. L T ne partie de l'emplacement de ce fief était encore en marais. Dans la charte de Robert Le Moutardier, on lit qu.*, si le vivier était mis à sec et que Lambert pût posséder en entier la terre que l'eau couvrait encore, celui-ci aurait à payer au seigneur 5 s. chaque année, en plut de 4 s. 6 d. formant la rente ordinaire.

(1) Henri II confirme aux religieux de Saint-Lô les dîmes du fief de l'évéquc de Bayeux, sis à Rouen. A raison de la concession du prince, ils avaient droit de prendre unum cervum et vi solides in Moneta ; unum aprum in festivitatc S. Rumpharii.

Et pourtant il n'est pas rare de voir ces fiefs possédés par Je simples bourgeois, dépendant eux-mêmes de soi-disant seigneurs de ces biens qualifiés/<eo</j.

Les exemples qu'on en pourrait citer seraient innombrables. En voici quelques-uns :

Kn i it'>4, Simon Langlois prend en gage de Richard de Hcrburvilla, pour l'espace de huit années et moyennant une somme de 70 sous d'anuoins qu'il lui paie, la maison du dit d'IIcrbou\ille. sise près de Faître de Saint-Amind. Cet acte a pour témoin Guillaume de Malpalu. seigneur dudit Simon 11;.

Vers la tin du xir siècle. Robert du Rosc-le-lfard pirlc d'un fief, a lui appartenant, sis en la paroisse Saint- (fodard. et d'un autre lief que tenait de lui. en la même parroisse. En^uciran de Kersonjrij i<!harte passée detar.t Jean Fessart, maire d** Rouen. «2..

Mention du tief tenu de Louis, fils de Guillaume. p.ir Robert de Vilers, en la rue Vautriere. du temps de Mathieu Le (in>s, maire de Rouen; d'un tief tenu du même, par (iarnier de Râpa u mes. en la rue de la Renelle -3*.

Ln lai»**. M* Kf^cr de I*"ronteho<c donne pour le salut Je son âme, en pure et perpétuelle aumône, aux moines de >ainte-l ;, »v de Lon^ue\i:le. une masure en la paroi**; de >aini-NLo!a'«. Il dec! ire que cette masu:e était tenue de I h'»mas qui lut tiK de Robert l'Lcuyer. par une rente annuelle de »'■ ^ni\ rente que !e> religieux prirent l'entapc.uent de pa\er à *a d. charge 1.4 .

Ln 121.4. Robert d'Ksiieval, che\.iîier, donne à l'églix de Samt-AmaiiJ 10 s.nis de tente sur tout le tenement que tenait de lui 'e.in. ti!> Je M.iurwe. dc\ant le cimetière de >ainl-Amand; cette rente ctait atlectee aux frais du lu*

«I- Ar*h. ir li N Ir.f. . b. •*.: !\i**Ki\ . a\ >.ii:it-Àm.in i ■ *' ItiJ , I .!'» Oi i| .tr.-.

<■ /^:./ , I . .1 j M-.ril- iu\-M il.i Ils t i) tbiJ., I . lu prieuré Je I.- -ri|*uc\ ill.- .

minaire du chapitre de l'abbaye de Saint-Amand, où l'abbcsse Mathilde avait été inhumée, in q'uo Matilidis, quondam abbatissa, ancilla mea, humata requiescit (i).

En août i23i, Laurent du Donjon vend le donjon à Robert du Châtel pour 5 1. de rente et moyennant aussi une once de poivre, à payer chaque année au seigneur de ce tènement, le chambellan de Tancarville, sans compter le droit d'hôtage que ce seigneur s'y était réservé (2).

La même année, Robert Le Marchand vend à Robert fils d'Alain, pour un capital de 100 sous, une rente annuelle de 10 sous sur un tènement qu'il tenait de Geoffroi Salman, qualifié seigneur du fîef, ledit tènement situé en la rue Étoupée, in vico Stoupato extra portant Çh).

Quand au fait du consentement donné par les seigneurs des fiefs aux ventes faites parles sous-tenants, je me bornerai à trois citations.

Cette formalité est mentionnée dans la vente faite par l'archevêque d'York, à Hélie de Warwick, chapelain du Roi, moyennant 7 1. d'angevins, d'un fief situé rue Saint- Denis, relevant du Chapitre de Rouen, moyennant une rente annuelle, ce qui n'empêcha pas l'archevêque d'York de devenir seigneur immédiat de ce fief, par le paiement qu'il stipulait, à son profit, d'une autre rente sur le même

fief (4).

Quelques années après, sous le maire Mathieu Le Gros, un particulier vend à l'abbaye de Saint-Georges-de-Boschcrville une terre située en la paroisse de Saint-Pierrele-Portier. Il obtient le consentement de Henri de la Heus. qui était alors seigneur de cette terre pour les trois

(1) Arch. de la S.-Inf., F. de l'abbaye de Saint-Amand.

(2) Ibid., F. des Cordeliers.

(3) Ibid., F. du Chapitre.

(4) Ibid., F. du Chapitre. Charte de la fin du xn* siècle, du temps de Geoffroi, doyen de la cathédrale, et de Barthélémy Fergant, maire de Rouen.

quarts, hanc venditionem bénigne fieri concessit, salvo redditu suo de octo solidis (i).

En 1221, Auberéede Gaugi, vend, pour i31. t.,untèncment situe en la rue Saint-Cande-sur-Rive (Saint-Candele- Vieux), qu'elle tenait d'Etienne Blondel. Celui-ci donne son consentement à la vente, et l'on ajoute, au bas de l'acte : t Actum fuit hoc de assensu dicti Stephani, domini illius tenementi, salvis tamen sibi et suis heredibus jure et redditu suo, videlicet x sol. usualis monete (2).

L'hommage est iormellement indiqué dans une charte passée devant Raoul de Cotevrart, maire de Rouen, par laquelle Robert, prieur du Mont-aux-Malades, vend à Raoul de Cailli un tènement de maisons et de masures dans les rues de Burnenc et de Brasière (actuellement la rue de Fontenelle), tènement que Jean Pigache avait donné en pure et perpétuelle aumône à ce couvent, quand il y prit l'habit. Le prix était de 5o 1. d'angevins, une fois payées. a quoi il fallait joindre une pitance par an. Les religieux du Mont-aux-Malades prennent l'engagement d'acquitter l'acquéreur de tout cens moyennant une rente annuelle de 12 s. dont ledit tènement ou fief resterait grevé à leur profit. Raoul de Cailli leur prêta serment de fidélité à raison de cette concession, dchac siquidem terra et de hoc hereditagio fecit ipse Radulfus nobis jidelilatem (3).

En 1208, Hugues Grognet concède à Robert Lavenier un tènement devant l'ait re de Notre-Dame ou de la cathédrale, à tenir de lui et de ses héritiers par 1 5 sous de rente. Aux termes du contrat, l'acquéreur en pouvait disposer à sa volonté, salvo, ajoute Hugues Grognet, predicto redditu et jure dominico. lit de hoc tenemento devenit idem Ro-

(1) Charte de Willelmus. fil i us Audulji et d'Aclesia de Bcllafossj, sa femme. La terre vendue était située en la rue Kesticre in parvochia S. Pctri-Potcrii. Arch. de la S. -Int., F. de Satnt- Georges-de-Boscherville.

(2) Ibid., F. du Chapitre

('.<) Jbid., F. du Mont-aux-Malades.

bertus homo meus ^ Charte passée devant le maire de Rouen (i).

Vers le même temps, Mathieu Le Gros, en concédant à Robert le Juif une terre située sur la Renelle, en la paroisse Saint- Laurent, retient que l'acquéreur et ses héritiers auront à lui payer une rente annuelle de 10 s., sauf le droit seigneurial dû au propriétaire primitif, ce qui n'empêche pas que Robert Le Juif dut faire hommage ù Mathieu Le Gros et lui donner deux besansd'or de recognitione (2).

Si l'on s'embarrasse des notions que l'on donne d'ordinaire sur la féodalité, on ne comprendra rien aux conditions exprimées dans les actes que nous venons de relater. Et pourtant tout s'explique de la manière la plus simple.

Aux xiret xm c siècles, la fieffé, appelée feodum, était le contrat le plus ordinaire, le seul même qui fût habituellement possible, comme mode de transmission de propriété. dans un temps où le numéraire était peu abondant.

Le premier bailleur d'une maison ou dune terre à titre de fierté en restait le seigneur; la rente constituée à son profit était son droit seigneurial, pour l'acquittement duquel il pouvait se faire faire justice sur le bien nèfle. Son consentement était nécessaire pour que le fieffataire pût, à son tour, fieffer, en tout ou en partie, le bien qu'il tenait de son seigneur primitif, dont il n'eût pas été juste qu'il diminuât la garantie. Mais, ce consentement obtenu, non parfois sans gratification, il devenait lui-même seigneur, par rapport au troisième acquéreur ou fieffataire, sans préjudice du droit du seigneur primitif, qualifié dominus capitalis ou « chevetaigne seigneur. »

En envisageant les choses de la sorte, les mots fief, scigneur^ hommage, n'ont plus rien qui rappelle ce que nous nous représentons par ces mots de fief et de féodalité.

Mais pourquoi les a-t-on employés si habituellement

(1) Arch. de la S.-lnf., F. du Chapitre.

(2) Ibid.

dans les actes qui concernent des maisons situées à l'intérieur de Rouen ? Ne serait-ce pas que la constitution des riefs tient plutôt à un système économique qu'à un système politique et ne mérite pas les jugements que Ton ena portes. ou bien l'emploi de ces termes tiendrait-il à une prétention des bourgeois de Rouen, qui auraient voulu assimiler les biens tenus en bourgage, aux terres nobles, par le même sentiment qui les faisait, plus tard, se considérer euxmêmes c imme nobles, et réclamer, pour leurs députés, dans les assemblées d'Etats, séance avec la noblesse et audessus des représentants du Tiers-État ?

NOTES

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