DU M0NT-GARG4N, PRÈS ROUEN
Je ne sais si près de nous on trouverait aisément un lieu plus propre à faire saisir les différences des temps que cette côte de Sainte-Catherine, que nous avons tous plus d'une fois parcourue, soit pour satisfaire notre curiosité d'archéologues, soit pour nous procurer le plaisir d'un des points de vue les plus variés et les plus intéressants qu'on puisse imaginer. Cette côte qui domine la ville, qu'on ne gravit pas sans peine, n'a cependant présenté qu'un faible obstacle aux entreprises de nos ingénieurs. La montagne ne s'est pas montrée plus rebelle que le fleuve voisin. Comme lui, elle a dû se prêter au passage des rapides locomotives. A sa base, et presque au niveau des prairies de Sotteville, une route souterraine la traverse de part en part, pendant qu'un chemin large et facile, récemment tracé, serpente autour de ses hauteurs, autrefois réputées inaccessibles. Ses flancs, du côté de Saint- Paul, ouverts, au siècle dernier, pour la confection de la grande route de Rouen à Paris, ont été, de haut en bas, et sur une grande profondeur, entamés pour fournir les matériaux nécessaires aux constructions de la cité, et ce sol factice, à l'aide duquel récemment on a rétréci le
lit de la Seine et on lui a impose de nouvelles rives. Ainsi Ton a vu des pentes verdoyantes, qui descendaient autrefois jusqu'à la berge du tieuve, remplacées par des falaises abruptes, assez semblables a celles du rivage de la mer le long du pays de Caux. Combien nous voici loin de ces temps où c'était une affaire sérieuse pour nos echevins d'indiquer au jeune roi Louis XIII le chemin qu'il devait suivre pour faire son entrée dans sa bonne ville de Rouen (n, sans risque pour sa personne et pour son train ! où Colbcrt, devant l'opposition inconsidérée des echevins de cette même ville, renonçait au projet qu'il avait conçu de faire ouvrir un grand chemin par les hauteurs de Bonsccours 12. ! où, en plein siècle de Louis XIV, on signalait sur le chemin de Paris, ù quelques lieues de nous, de grandes fondrières où s'abîmaient les voitures et les voyageurs i3;! Malheureusement, si bienfaisant qu'il soit, le progrès ne saurait s'accomplir sans quelques pertes plus ou moins fâcheuses. Comme nos plaintes, toutes platoniques, ne sauraient rien entraver ni faire tort a personne, on nous pardonnera cette expression timide d'un regret : • Qu'est devenu le temps où sur cette côte, aujourd'hui inha-
(1) Voir les délibérations de la ville de Rouen, 1O17. On craignait que l'honneur de la wllc ne se trouvât compromis, si Louit XIII venait par l.i porte Mart.unvillc. 11 fallut, aux aNir.1t de Rouen, améliorer les routes et jeter des ponts sur la rivière d'Aubcttc.
(2) Voir cette lettre dans les Annales des Ponts-ct-Chai ikM.es. • Le roi n'entendait pas faire le bien des Rouennait en dipit J'cui. ■
(h Voir les Plumitif» du Bureau des finances Je Rouen. - Mir le grand chemin royal du Pont-Saint-Pierre, tjui conduit tic Rouen à Êcouti, Andcly, Ver non, Mantes, Magny, i$ tôt t, grand» précipices causés par les inondation». . Kntrc délite de Sa. ni- Nicolat du Pont-Swnt-I'icrrc et rilcrmitagr, preupue de > pud» de profondeur et "Jo pieds de largeur; personnes n«i)cc», :l > en tomhc journellement... • Oitnmts*:on nommée, j«» oct i'o ,
bitée, on voyait se dresser les murailles crénelées et le donjon d'une citadelle royale, mentionnée au bas de tant d'ordonnances de nos rois? où une abbaye célèbre était abritée dans cette enceinte fortifiée ? où l'on rencontrait à mi-côte une église, plus modeste dans ses proportions, dédiée à S. Michel, le patron des lieux élevés ?» La côte Sainte-Catherine, que l'on appelait autrefois le Mont-de- Rouen, a perdu de son cachet pittoresque; elle n'a rien conservé de son aspect monumental. Plus de château, plus d'abbaye, plus d'église! Il ne lui reste que ces grands mouvements de terrain qui indiquent les préparatifs des sièges, et qui subsisteront longtemps encore, tant ïa terre a été creusée profondément. Elle n'offre absolument rien de religieux, à moins de reconnaître ce caractère au cimetière, qui fut relégué là, peu d'années avant la Révolution, comme dans une solitude, par un sentiment jusqu'alors inconnu, et qui était déjà comme un signe de temps nouveaux et d'une société nouvelle.
De ces trois établissements, que je viens de nommer, le seul dont je me propose de vous entretenir, est le prieuré, non qu'il présente plus d'intérêt que les autres, c'est le contraire, mais parce qu'il ne demande qu'une notice de peu d'étendue. Il me suffira de rappeler succinctement quelques particularités relatées par D. Pommeraye, dans son Histoire de l'abbaye de Saint-Ouen, en y mêlant ce que j'ai pu découvrir, çà et là, dans des documents négligés par cet auteur, ou postérieurs à l'époque où il vivait.
Il n'est pas douteux que le prieuré de Saint-Michel, dit plus tard le prieuré du Mont-Gargan, n'existât antérieurement à io3o, date assignée à la fondation de l'abbaye de Sainte-Catherine. La pièce la plus ancienne où il en soit fait mention est une charte du duc Richard II, par laquelle ce prince confirme, aux moines de Saint-Ouen, c montent Sancti-Michaelis cum ecclesia et pratis ad eam pertinent ibus sub (sic) fluvium Rodebec quant dédit Rodulphus qui prœnominabatur Torta ».
Vers le temps de l'abbé Nicolas de Normandie, de la famille de nos ducs, et qui gouverna l'abbaye de Saint- Ouen dans la seconde moitié du xi* siècle, une dame de Pavilly (de Palliaco)^ nommée Odda, du consentement de Hugues, son hls (n, donna aux moines de Saint-Ouen, et spécialement à ceux d'entre eux qui desservaient l'église de Saint-Michel du Mont-de-Roucn, 60 acres de bois à Normare (2), la masure S un nommé Valentin et une autre masure qui avait été donnée en gage à Bernard de Biosville, et dont on venait de faire le rachat, au moyen de fonds fournis par le prieur de Saint-Michel. Cette donation, suivant un usage alors assez commun, fut déposée, ainsi que le marque la charte, sur l'autel du prieuré.
Ce fut dans l'église de Saint-Michel que furent déposées, en attendant que l'archevêque Guillaume Bonne-âme dft fit la translation solennelle en l'abbaye de Saint-Ouen, les reliques des. Romain et de s. Godard, que ce même abbé Nicolas avait obtenues des moines de Saint-Médard de Soissons.
En 1142, un autre abbé de Sa»nt-Ouen, Rainfroi, s'ètant démis, pour raison de santé, de la dignité abbatiale, se retira au prieuré de Saint-Michel, où il vivait encore avec le titre de prieur en 1 1 5o.
Ce sont là des drtcuments authentiques qui donnent déjà une idée assez favorable de l'antiquité du prieuré de Saint-Michel, mais ils ne nous apprennent rien de sa fondation, qu'il faudrait faire remonter à une époque bien plus reculée, si Ton en croyait une inscription qu'on
(1) La famille de Pavilly pottidait de gnn.li bien» prêt de la côte de Sainte-Catherine, notamment un hcf, dit plut tard le hcf d'Ktneval.
(1) Normare c*t le nom d'un hameau, encore aujourd'hui tonnu. C'était autrefois le nom d'un bot» d'une aaaex vaitc étendue, fout le plateau entre le Mcanil-Kanard et l'AndilIc parait a\otr tté anciennement occupé par des forêt t.
voyait au xvji« siècle, dans la chapelle Saint-Michel, et dont Pommeraye nous a conservé le texte :
« Je suis Cloyis le premier Roy chrétien Qui ay fondé ceste dévote place.
Semblablemcnt ay fondé Saint-Ouen.
Entre les deux n'y a pas grande espace.
Je régnois lors, par la divine grâce.
L'an quatre cens quatre vingts et quatre ans. Priez Dieu pour moy, qu'il efface Tous mes péchez et ceux de mes enfans. »
• Il y a grande apparence, ainsi que le fait' observer le savant bénédictin, que, comme le poète s'est trompe en ce qui concerne l'abbaye de Saint-Ouen, dont il attribue la fondation à Clovis, il n'a pas mieux rencontré à l'égard de l'église de Saint-Michel. » Toutefois, sans reporter aussi loin la fondation de ce prieuré, Pommeraye conjecture qu'elle a dû suivre de bien près celle du Mont-Saint Michel au péril de la mer, qui eut lieu, après l'apparition de l'archange s. Michel à s. Aubert, évêque d'Avranches, en l'an 709.
Sans prendre le moins du monde parti pour ce rimeur anonyme, vraisemblablement du xvi c siècle, dont l'assertion nous doit être à bon droit suspecte, je me permettrai de faire remarquer que ce n'est pas lui qui a créé la légende : il n'a fait que la suivre; elle existait longtemps avant lui, et elle était si bien admise, qu'elle est rapportée de la manière la plus positive dans un mandement destiné à une grande publicité, puisqu'il devait être lu par tous les curés du diocèse à leurs paroissiens, et que son objet était de solliciter les aumônes des fidèles pour la restauration de la chapelle en question.
Ce document m'a paru intéressant par ce qui s'y trouve relaté et aussi par la forme même de sa rédaction. J'en donne ici le texte d'après une copie du xvu« siècle, que j'ai retrouvée, par hasard, dans les archives de l'abbaye de Saint-Ouen.
• A tous bons Chrcsticns qui au jour de jugement se verront estre appeliez vrais fils et filles de Dieu, qui vouldront aidier a réparer la digne et saincte chapelle de mons. S. Michicl angre du Mont-de-Garguen, laquelle est la première chapelle qui oneques fut fondée en royaume de France, en l'onncur et révérence de mons. S. Michel; et la fonda le roy Clovis, qui fut le premier roy chrestien qui oneques fut en France, auquel Dieu envoya les a m poulies de quoy il fut sacre par certain angre ; et pour la grâce que Nostrc Seigneur luy fist, il fonda ceste noble chapelle, laquelle a este des truite par le faict et occasion de la guerre, par quoy toute bonne personne en doit avoir grant pitié. Car c'est notre premier advénement que l'église, par quoy il n'est pas bon chrestien qui n'a pitié de l'église et de la destruction qui y a este faietc, comme chacun sait, et comme plusieurs personnes de loing et de près y viennent réquérir grâces et merci a Dieu et a S. Michiel angre, lequel est chevalier de Paradis et prévost de Paradis, conditeur et garde des Ames de tous ceuls qui ont en luy parfnicte dévocion. Car oneque créature ne fut tant desconfortéc, soit en adversité de mal, ou en péril de feu ou en temptacion de l'cnncmy d'enfer, qu'ils n'aient esté fort et hastivement secourus par luy. Car c'est celui qui se combat contre l'ennemy d'enfer et [est] avocat envers Nostrc Seigneur Jésus-Christ, par quoy tous ceus et celles qui ceste grâce vouldront acquérir doivent avoir l'église de mons. S. Michicl pour recommandée. Et aussi nostre souverain prélat, meu en pitié, nous mande à tous, curés et chappellains, que nous vous recommandions la chappelle de mons. S. Michiel. et que nous vous amonestions, de mot en mot, la grand pitié et désolation d'icclle chappelle, et comme en pitié et osmone il vous plaise a eslargir et envoier de vos biens que Dieu vous a prcstci en ceste mortelle vie, soit cire pour enluminer la dite chappelle, ou or ou urgent entier, quassé ou rompu, pour aidier À reparer les rcliquercs et galiccs de lad. église, et aussi que le sainct scr-
vice divin y soit faict et accompli comme autrefois a esté. Et à tous ceus et celles qui de leurs biens y envoyeront, nostre sainct père le pape, qui est Dieu en terre, leur donne, pour le sauvement de leurs âmes, les grâces et pardons qui ensuivent, c'est assavoir : à la Nativité de la Vierge Marie, ung an et xl jours de vray pardon ; à la Saint-Ouen, ung an et xl jours ; à la Saint-Nigaise, ung an et xl jours ; à la dédicace de la dite église de Saint- Ouen, ung an et xl jours de vray pardon, et par tous les octaves ded. festes, ung an et xl jours de vray pardon. Item, mons. le cardinal de Sainte-Crois de Jérusalem y a donné, en la Nativité de N. S. Jésus-Christ, cent jours de vray pardon; à la Nativité de la Vierge, cent jours de vray pardon; à la Nativité de S. Jehan Baptiste, cent jours de vray pardon; à la S. Pierre et S. Paul, cent jours de vray pardon ; à la S. Martin, cent jours de vray pardon ; à la S. Ouen, cent jours de vray pardon. Item, tous les bienfaiteurs de mons. S. Michiel sont associez à mort et à vie, eulx et tous leurs amis, mors ou vifs, en toutes les messes, prières et oraisons qui sont et seront jamais faictes en l'abbaye de mons. S. Ouen de Rouen et en toutes les églises dépendantes d'icelle. Sy en faictes tant, tous et toutes, que Dieu et mons. S. Michiel vous en saichent grey, et que devant Dieu, au jour périlleux, il soit vostre advocat et escu contre l'ennemi d'enfer; et de Dieu soit- il benoist que bien y fera ! »
Le nom du cardinal de Sainte-Croix permet de dater ce document à quelques années près. Ce prélat n'a pu octroyer des indulgences pour la restauration du prieuré de Saint-Michel, qu'en vertu de ses fonctions de légat du Saint-Siège, qu'il exerça en France au temps de la domination anglaise. Les guerres auxquelles il est fait allusion sont précisément celles qui s'engagèrent entre l'Angleterre et la France sous Charles VI et sous Charles VII, et principalement ce siège, aussi long que meurtrier, que Rouen eut à soutenir, en 1418, contre l'armée de Henri V. Ces
mots, la grand pitié de la chapelle, sont bien de la langue de cette triste époque. Ils nous rappellent cette expression touchante, par laquelle Jeanne d'Arc expliquait son héroïque résolution, et indiquait le motif de son sublime dévouement : « La grand pitié qui étoit au royaume de France! »
l^cs termes de ce mandement nous autorisent à penser que, si la chapelle avait été pillée et endommagée, elle n'avait pas cependant été démolie, puisqu'il n'est pas fait allusion à des travaux de reconstruction.
Les guerres de religion lui furent plus funestes. 11 est certain qu'elle fut jetée bas par les protestants en i5Ô2, puisque, peu de jours après que Charles IX eut repris la ville de Rouen sur le prince de Condé, le prieur de Saint- Michel s'adressait au Parlement, et lui demandait restor d'une somme de 7,000 1. t. sur les gens de la nouvelle religion, qui avaient démoli, rasé et abattu l'église et les maisons du prieuré.
A peine reconstruite, elle se vit en butte à de nouveaux orages, à l'époque de la Ligue, lorsque l'armée royale, commandée par Henri IV, vint mettre le siège devant la ville de Rouen. Je serais porté, cependant, à supposer qu'elle ne fut pas démolie, parce que, dans les premières années du xvn« siècle, on trouve un devis des traxaux à faire à l'église Saint-Michel, et que ce devis a trait, non pas à une reconstruction, mais à une augmentation de l'édifice. On devait démolir le pignon du côté de l'autel, prolonger l'église de dix-huit pieds, en donnant à la partie nouvelle deux travées, comme à la partie conservée. Les murs devaient être faits «de caillou biset et chaîne de pierre, avec deux ovales de pierres de taille, une de chaque côté, Tune et l'autre de deux pieds de diamètre. Ces murs devaient avoir trois pieds d'épaisseur à leur base, afin d'être en état de résister aux coups de vents et à la poussée des voûtes, qui devaient être de pendant avec branches d'ogive et pierres du Val-des-Leux ; le tout couvert de
caillou biset à double lit de ciment, avec un enduit de ciment de deux pouces d'épaisseur par dessus le caillou, à moins que l'entrepreneur ne préférât les couvrir de pierre du Val-des-Leux, de la plus dure que faire se pourroit. » On laissait à l'entrepreneur la faculté d'employer aux travaux les matériaux du fort Sainte-Catherine, qui venait d'être démoli par ordre du Roi, sur les réclamations des États de Normandie.
Je doute fort que cette construction ait été exécutée, parce que Pommeraye, qui écrivait en 1662, nous apprend que, de son temps, c le prieuré était réduit à une petite chapelle bastie de pierre de taille, de douze pieds en carré, » ce qui me paraît être, à en juger par les dimensions, la chapelle indiquée sur un plan assez informe joint au devis que je viens de citer. On voit par ce plan que cette chapelle se terminait par un double pignon, qu'il n'y avait qu'une porte à cette chapelle, près du pignon, dans le mur latéral, du côté du chemin qui montait à la côte Sainte- Catherine.
Le temporel de ce prieuré ne fut jamais bien considérable. Il comprenait quelques rentes au faubourg Martainville, dans les villages de Pierreval, d'Icquebeuf, du Mesnil-Esnard, dans les hameaux du Faulx et de Normare, et les dîmes de la paroisse et des moulins de Cailly. Pendant longtemps, le fief de Montigny, près de Saint-Martin-de- Boscherville, appartint à ce prieuré ; il fut vendu, en 1507, à Guillaume la Vieille, grènetier de Rouen, pour un prix qui montre jusqu'où pouvait descendre la valeur d'un fief. Un autre fief, sans importance, situé aux paroisses de Saint-Pierre et de Notre-Dame de Franqueville, fut également vendu, en ibyy y à un bourgeois de Rouen. Le revenu, en 1578, ne dépassait pas i5o 1. On l'évaluait à 800 1. vers le milieu du siècle dernier.
Pendant un assez long espace de temps, le prieuré du Mont-Saint-Michel fut administré directement par les religieux de l'abbaye de Saint-Ouen. Plus tard, il redevint
un bénéfice régulier, auquel était nommé un des moines de cette abbaye.
J'ai essaye d'établir la liste des prieurs. Je n'ai pu l'étendre au-delà des premières années du xv« siècle, ni arriver à toute la précision de dates désirable.
Voici ceux dont j'ai retrouvé les noms :
Dom Bertrand Le Blanc, dernier mai 1408. (Tabellion, de Rouen, reg. 9, f° 181, rcg. 14, f» 3i v°.)
Robert de Bcaunay, 22 mars 1422 — 2 mars 1432.
Thomas Marte, bachelier en théologie, 5 avril 1437 — 27 mars 1448.
Richard Quesnel, bailli de Saint-Ouen, 2 juillet 1470.
Nicole De la Fosse, 1479 — 5 mai 1491.
Roger Louvel, bachelier en théol., 24nov. 1492 — 1499.
Anseaulme Du Fay, juin 1 5o6.
Dom Pierre de Rouvcs, à partir de i5o6. Il était en même temps prieur de Chambray.
Dom Michel de Rouvcs. Il fut pourvu du prieuré sur la résignation de Pierre de Rouves, le 3o octobre 1 546. Il se qualifiait encore prieur de Saint-Michel en i55o. On trouve, avec le titre de prieur, un nommé Nicole Le Port, du 27 mai 1 55 1 à 1 55a ; un nommé Coignard, de 1 555 à 1557. Michel de Rouves reparaît comme prieur de 1 558 à 1578. Il était en même temps maître de l'œuvre de Saint-Ouen.
Guillaume Haxard, du 10 septembre 1567 à 161 5. Après la mort de Hazard, Jean Thomas, religieux profès de Saint-Denis en France, se fit nommer par l'abbé de Saint- Ouen au prieuré de Saint-Michel, en vertu d'un induit accordé à M* Charles Barentin, conseiller d'État. Il en jouit quelque temps. Je ne sais pour quel motif, en i63i, le titre lui en fut contesté par un concurrent, Jean de la Forge, sous-prieur de Saint-Ouen. Le procès fut porté au Conseil d'État et se termina, suivant toute vraisemblance, heureusement pour ce dernier, puisque c'est lui que nous voyons porter le titre de prieur du M ont-Saint- Michel de
i632 à juillet 1646, époque de sa résignation en faveur de Jean de Brétignières.
Jean de Brétignières, tiers chantre cenelier de Saint- Ouen, nommé en cour de Rome, sur la résignation de Jean delà Forge, 12 des calendes de juillet 1646, obtint à l'archevêché des lettres de provision, le 1 2 novembre de cette année, et conserva ce prieuré jusqu'en 1664, époque où, se sentant malade, il résigna à son tour en faveur de Pierre Tesson. Ayant survécu à celui-ci, il se fit de nouveau pourvoir à ce bénéfice par l'abbé de Saint-Ouen.
Louis Fremont, docteur de Sorbonne, religieux de Saint- Benoît, est cite avec Je titre de prieur de Saint-Michel le 5 décembre 1 671. Le 19 octobre 1674, il permute avec Claude Dufresne, religieux profès de Sainte-Foi de Longueville, trésorier de Cluny, qui lui abandonna son prieuré de Notre- Dame-de-Grâce, au diocèse d'Amiens. Dufresne était encore prieur de Saint-Michel en 1689.
Pommera ye remarquait qu'à l'époque où il écrivait (1612), le prieuré de Saint-Michel du Mont-Gargan était le seul de tous les bénéfices de Saint-Ouen qui fût demeuré en règle. On voit par les noms des prieurs qu'il me reste à citer, qu'il n'en fut pas ainsi jusqu'à la fin. Après Dufresne, nous trouvons en effet comme prieurs, des prêtres séculiers, présentés par l'abbé de Saint-Ouen et nommes à seule fin de leur assurer un revenu sans grande charge. Ce furent :
Jean-Baptiste-Etienne Duhamel, abbé d'Aubignac, conseiller au Parlement de Normandie, chanoine de Rouen, i3 juillet 1693-1729.
Charles-Félix Galéan de Gardagne, licencié en droit canon, de la Faculté de Paris, prieur de Saint-Martin de Crécy, 1 741-1760.
Thomas de Kennedy, licencié en théologie de la Faculté de Paris, prêtre du diocèse de Cassel, chanoine de Cambray, 1760-1790.
Bien que le prieuré ne fût plus qu'un bénéfice, la dévo-
tion, s'il faut en croire Dom Poromerayc, se serait conservée dans la chapelle, et même s'y serait accrue c par le zèle de quelques personnes de pieté et de mérite qui venoient souvent révérer S. Michel, dans cet édifice sacre, que l'on pouvoit dire avec certitude (ce sont ses propres expressions) le plus ancien de tous ceux du diocèse, qui sont dédiés à ce prince des Anges. •
Le jour de Saint-Michel, des religieux de Saint-Ouen allaient y célébrer le service divin € au milieu d'une grande multitude de peuple qui s'y rendoit de toutes parts. • Il parait, par un récit de miracle, du xv* siècle, qu'on y portait anciennement le corps de saint Romain, et il est à présumer que cet usage était fort ancien, puisque, dans un texte de 1 1 5o, cité par Pommerayc, on mentionne les oblations faites par les fidèles, en ce même lieu, aux fetes S. Michel et S. Romain.
Ajoutons à ces jours, ceux de S. Marc, du Vendredi- Saint et du mercredi des Rogations. En 1447, il s'engagea un procès entre le prieur et les gardes et maîtresses du métier de cirerie en menue œuvre. Ceux-ci prétendaient avoir droit de vendre leurs chandelles aux alentours du prieuré, spécialement sur le chemin ou sente menant de Rouen a Saint-Michel, et de Saint-Michel a la chapelle Sainte-Catherine, qu'ils disaient être chemin royal, tandis que le prieur soutenait qu'il appartenait au territoire de son église. L'affaire se termina par un accord conclu entre eux, devant le lieutenant-général du bailli, aux termes duquel c les chiriers et chirières pouvoient vendre leurs chandelles au dessous du prieuré, près de la mare ou citerne d'icellui. et sur le chemin ou sente su«-indiquéc. aux jours de Dimenche jusqu'à l'eure que on heurte premièrement prime en l'église No*trc-l>amc de Rouen, et semblahlement le Vendredi Aouré et le Mercredi de la sepmaine des Rogations jusqu'à nonc. • l~e procureur du Roi, Robert Lcrmitc, protesta contre cet accord et fit de* reserves formelles en faveur du Roi, auquel il disait que
le chemin en question appartenait. Je ne saurais dire si c'était celui que je vois désigne, dans des titres de la même époque, sous les noms de ruelle du Roulle ou côte de l'Arquet, et que Ton indique comme aboutissant au sommet de la montagne et comme la ligne de séparation des paroisses de Saint-Paul et de Blosville. Une autre sente servait de limite entre les terres de Saint-Michel et celles de Sainte-Catherine : elle longeait un clos entouré de murs dit le clos Freschet, sur lequel était de temps immémorial une croix, déjà citée sous le nom de croix Freschet, dans une charte de 1277. Ces chemins aboutissaient, vers le bas, à des marches en pierre souvent mentionnées sous le nom de degrés, et qui étaient un reste de ce long escalier que le fameux Enguerrand de Marigny, en i3i2, au temps de sa prospérité, avait fait établir à grands frais, pour accéder du bas de la côte à l'entrée du monastère de Sainte- Catherine. C'était par là que montaient les processions de toutes les paroisses de Rouen, le mercredi des Rogations, la veille de l'Ascension et de la délivrance du prisonnier. Là, comme à Saint-Gervais, la prédication se faisait en plein air. Lorsque l'église Sainte-Catherine eut été démolie, les processions prirent une autre direction. La station se fit d'abord à Saint-Vivien, par souvenir de l'ancienne route, et enfin à Saint-Nicaise, comme cela a lieu encore aujourd'hui.
D'après Pommeraye, il y aurait eu autrefois, dans ce prieuré, plusieurs beaux bâtiments qui accompagnaient l'église, « ce qui se prouve, dit-il, par l'éloge de Dom Renault Du Quesnay, qui, après avoir esté élu abbé (1 1 3<j), y alla coucher avec son train, qui n'étoit pas petit. »
En 1378, il n'est pas douteux que le prieuré ne fût encore habité, puisqu'il est question de gages de serviteurs, de dépenses de bouche, etc.
En 1 555, Jean Coignard, prieur de Saint-Michel, loue le prieuré de Saint- Michel du Mont-Gargan à Robert Le Mercier, prêtre de la paroisse de Saint-Jean-de-la-Neu-
ville, lequel prit, en conséquence, le titre de vicaire du prieuré. Le bailleur se réserva une chambre, dans laquelle f antique abbé de Val mont, naguère prieur de Pavilly, aurait droit de se loger, lui et son train. Le preneur s'engageait a faire dire chaque dimanche de Tannée une messe au dit s r , à l'heure accoutumée, et une autre messe le samedi, à entretenir les cordes pour la sonnerie de la cloche, à fournir le luminaire requis, à recevoir les religieux de Saint-Ouen et à leur fournir bois de chauffage et de cuisine, linge, lits, couverture et vaisselle, aux jours des Rogations, de S. Michel et de S. Marc.
Mais, dans un bail du 4 décembre 1 594, le prieur, en louant le prieuré, n'obligeait le fermier qu'à fournir un homme pour conduire les chevaux employés à porter à somme les matériaux nécessaires à la réparation de la toiture de la chapelle. La terre louée consistait en deux acres et demie de terre labourable et en deux clos proches de la chapelle.
Au xviii« siècle, il n'y avait plus de maison attenante à l'église, et les terres étaient louées à un propriétaire voisin M. Jacques Levavasseur, négociant à Rouen.
Ce fut lui qui se rendit acquéreur, le 20 décembre 1791, par un prix de 2,900 1., de la chapelle et des quatre acres de terre qui en dépendaient. La Nation s'en était emparée à la suite delà suppression des Communautés religieuses. Ainsi finit une des plus anciennes chapelles du diocèse. 11 ne reste pour en indiquer l'emplacement que la base d'une croix que l'on voyait encore pourvue de son fût, il y a quelques années.
NOTES