AGRANDISSEMENT DE LA VILLE DE ROUEN, DU COTÉ DU FAUBOURG SAINT-SEVER
Ce qu'on appelait le faubourg Saint-Sever a pris, depuis le commencement de ce siècle, un développement si considérable et si constant, qu'il est à prévoir que le Rouen de la rive gauche finira par balancer le Rouen de la rive droite, le vieux Rouen, le Rouen des monuments historiques et des souvenirs.
Au xvi e siècle, ce faubourg était encore assez peu populeux. Une partie de son territoire était rattachée à des paroisses de l'intérieur de la ville, telles que Saint-Martin-du-Pont, Saint- Étienne-des-Tonneliers et Saint-Éloi, circonstance à première vue assez étrange. Je ne saurais me l'expliquer qu'en admettant qu'à une époque ancienne la Seine paraissait plus aisée à traverser que les prairies qui avoisinaient la chaussée et qui interceptaient les communications entre les rives du fleuve et l'église du faubourg.
Un des projets de Henri IV fut de favoriser l'extension de la ville de Rouen du côté de Saint-Sever. 11 avait reconnu que la vieille cité étouffait dans son enceinte de murailles, qu'il lui fallait de l'espace et de la lumière. Les délibérations des échevins font mention du projet du Roi, mais sans faire bien clairement connaître si les Rouennais y étaient favorables ou défavorables. Il m'a paru intéressant, afin de provoquer des recherches sur ce sujet, de
donner le texte de deux ordonnances du Bureau des finances relatives au projet de Henri IV.
• 4 nov. i6o3. Sur la requeste présentée par Michel Poe h on, Michel Duhen et Pasquet Le Genevoys, maîtres massons en la ville de Rouen, tendant affin de leur estre faici taxe de la somme de 1 5o escus sol pour leur pcyncs, sa lia ires et vaccations d'avoir, suivant le voulloir et intention de S. M., et le commandement verbal qu'il* auroient reçeu de Monsieur le marquis de Rosny, et depuis à culx réitérez par Mgr le duc de Montpensicr (i), vacqué par l'espace de deux mois, tant à prendre les mesures du faulxbourg de ceste ville, scitué hors le pont, parroisse Saint- Sever, que pour dresser le plan et desseings de l'augmentation de ville que S. M. désire faire bastir du costé droit dudirfaulx -bourg, et oultre pour avoir par eulx rois et employé, durant xn jours, quatre hommes pour leur ayder à prendre les mesures dudit faulx-bourg, qu'ils auroient paie à leurs frais.
■ Se retireront les supliantspar devers Monsieur le marquis de Rosny, par le commandement duquel ils ont dressé le plan de lad. augmentation de ville, pour leur estre pourveu sur lad. taxe, suivant le voulloir et intention du Roy, et députeront l'un d'entre eux pour parler audit s r marquis et faire vcoir autant (2) dudit plan, pour la ire lequel voiage, et en attendant que taxe leur soit faicte de leur vacation, leur sera payé par M* Nicollas Servycnt, receveur, la somme de <*o 1. qui lui sera passée et allouée par tous qu'il appartiendra, rapportant, etc. <i>.»
• 10 nov. i<*>3. Sur la requeste présentée par Jérôme Cairel. bourgeois de Rouen, contenant que, par commandement de Mgr de Montpensier de se tenir prest pour
(1) Henri de Bourbon, duc de Montpenticr, gouverneur de Normandie
(2) Mot »ym>r.ymc de copie.
\.<) Archive» Je U Seine- Inférieure, C. 1 1 ai.
aller avecques luy en court pour, en sa présence, faire entendre au Roy ce que S. M. désire sçavoir pour l'advancement de l'augmentation de la ville du costé des faulxbourgs de Saint-Sever, à quoy désirant obéyr, il nous pleust ordonner qu'il luy sera dellivré quelques deniers pour subvenir aux frais dudit voiage,
c Est ordonné au suppliant, pour les causes contenues en lad. requeste, la somme de 90 1. t., laquelle luy sera payée par M e Nicollas Servyent, receveur, des deniers tant ordinaires qu'extraordinaires de sa recette, sans difficulté^ l).t
Il est certain que ce projet ne reçut pas son exécution, pas plus que celui d'abréger la distance entre Rouen et Paris en redressant le lit du fleuve. Toutefois Saint-Sever doit conserver quelque reconnaissance à la mémoire d« Henri IV.
Ce fut à partir du règne de ce prince que ce faubourg tendit à devenir le quartier manufacturier de Rouen. Une verrerie royale y fut établie en 1606 ; cette même année, une Compagnie hollandaise y fut appelée pour y inaugurer la fabrication des toiles fines. Ces deux établissements furent vus de mauvais œil par les bourgeois de Rouen ; mais nous, que l'intérêt particulier n'aveugle pas, nous ne pouvons manquer de reconnaître qu'ils font grand honneur au gouvernement de Henri IV ainsi qu'à l'administration de Sully.