‹ Nouveau recueil de Notes historiques et archéologiquesChapitre 26 sur 32 · SUR LE LOGIS DE LORD CLARENDON EN · texte numérisé non relu

SUR LE LOGIS DE LORD CLARENDON EN

Edouard Hyde, comte de Clarendon, grand chancelier d'Angleterre, mourut à Rouen le 7 décembre 1674.

Après avoir habité successivement Montpellier, Moulins, Evreux(i),où le poursuivit la haine implacable de ses ennemis, il était venu s'établir à Rouen, vraisemblablement parce qu'il y trouvait cet avantage d'être à proximité de l'Angleterre, et d'y avoir à sa disposition des moyens faciles de retourner dans sa patrie, aussitôt que son souverain le lui aurait permis.

C'est de Rouen qu'est datée cette lettre touchante que M. Guizot a rapportée dans ses Etudes biographiques sur la Révolution d'Angleterre :

« Sept ans étaient jadis le terme assigné par Dieu même à ses jugements les plus rigoureux. Depuis plus de sept ans déjà j'ai supporté avec une entière humilité le poids si lourd du déplaisir du Roi : pourra-t-on me blâmer d'employer le dernier souffle de vie qui me reste à supplier Sa Majesté d'alléger enfin ce fardeau insupportable pour moi. Puisqu'il n'est au pouvoir de personne d'écarter longtemps la mort de ma tète, ce n'est pas trop de présomption a moi, il me semble, de désigner la place où je voudrais mourir ; et me trouvera-t-on déraisonnable de souhaiter que ce soit dans mon pays et au milieu de mes enfants? »

( 1 ) Bulletin de la Société de l'Histoire de Normandie, t. III, p. m.

Clarendon n'obtint pas la faveur qu'il sollicitait d'une manière si touchante : il lui fallut mourir sur la terre étrangère, dans une maison qu'il tenait à loyer, mais où, du moins, il est permis de le supposer, il reçut de plusieurs de ses compatriotes, résidant à Rouen, les témoignages d'estime et de sympathie que méritaient ses talents, ses travaux et ses longues infortunes.

Cette maison existe encore, et, par une exception assez rare que nous envierions pour les demeures de nos plus célèbres concitoyens, notamment pour celle de Corneille, elle est restée ce qu'elle était et n'a point subi jusqu'à ce jour de réparations compromettantes pour l'art et pour les souvenirs. La rue où elle est située a conservé aussi son caractère de l'ancien temps. Hôtel et rue convenaient à la situation de l'illustre proscrit.

Nous avons été mis sur la voie de cette constatation intéressante par la délibération suivante inscrite au journal des délibérations de 1* Hôtel-de-ville de Rouen.

« Du jeudy sixième jour de juin 1674, au bureau, devant MM. Dufour, Tabouret, Le Tcllier et Monfrcvillc, conseillers eschevins.

» M. Pellot, premier président en ce parlement, ayant communiqué auxdits sieurs eschevins une lettre que luy avait écrite M. Le Tcllier, par laquelle il supplioit mondit sieur le premier président d'interposer son authorité affinde faire tluerdans la maison appartenante à M. Dambray, conseiller audit parlement, et tenue a louage par M. le comte de Clarendon, chancelier d'Angleterre, une fontaine estant dans le jardin de ladite maison, il a esté arresté que ladite lettre sera registrée es registres de la Ville, et pour aucunement satisfaire au désir de mesdits sieurs Le Tcllier et premier président, il a esté enjoint à M* Louis Le Carpentier, maître des ouvrages, de faire travailler incessamment a faire Huer ladite fonteinc dans la grosseur qu'elle avoit cy-devant, et ce pendant le temps que demeurera mondit sieur Clarendon en ladite maison,

lequel temps passé, sera ladite fonteine couppéc et remise en l'état quelle est à présent. •

c Monsieur, le Roy ayant eu bien agréable de permettre à monsieur le comte de Clarendon, chancelier d'Angleterre, de demeurer en tel lieu du royaume qu'il voudra en suitte du consentement que a donné le Roy de la Grande-Bretagne, ledit sieur chancelier a choisi pour son séjour la ville de Rouen et y a loué pour cet effet une maison, et comme le jardin de ceste maison estoit cydevant décoré d'une pièce d'eaue, j'ai esté prié de m'employer auprès de vous, Monsieur, pour interposer votre authorité afin de l'y faire remettre. C'est la grâce que je prends la liberté de vous demander, de laquelle je vous scray très obligé. Et si j'ay occasion de m'en revencher, je vous feray connoistre que je suis, Monsieur, vosirc très humble et très affectionne serviteur — LeTcllier. Etàcostc: à Chaville, le xi« juin 1674, et au-dessous : M. Pellot. >

L'hôtel en question est situé paroisse Saint- M aclou, nie Damiette, n° 3o, au bout d'une longue allée, entre cour et jardin.

Il est ainsi désigné dans le compte de la paroisse Saint- Maclou, de Noël 1672 à Noël 1673 :

« De M. M c Henry Dambray 11), conseiller en la cour, fils et héritier Je feu M. Dambray, vivant aussi conseiller en la cour, représentant M r Guillaume Le Fieu au droit de Pierre Dufour, la somme de 3o sous pour Tannée

(1) Henri D.im k ray, teuyer, conseiller au parlement» nb et héritier de Henri Dambray, sieur de Montigny, conseiller au parlement, est indique comme domicilié en la paroisse Saint» M. ici ai, rue p.unxtte, d uis un acte du tabcllionage de Rouen, du dernier juillet it>-\ (Minutes vie liorcl). Le même est indique comme domicilie sur la paroisse Saint-Lô, dans un acte du tabellionage de Rouen du 20 nov. 1674 (Minutes de Haubert).

escheuc à Noël 1673 sur la maison où il est demeurant, seize, rue de la Miette, autrement l'Hostel des Presses (1), bournéc d'un costé Pierre de la Follie, représentant Jean et Jacques Dupin, d'autre costc ledit sieur Dambray, représentant M« Robert de Bonnevin, sieur de Galleville, et Thostel des Deux-Amants ; d'un bout par derrière le grand cimetière de Saint-Maclou, d'aultre bout ladite rue, jouxte les lettres de la fondation d'icellc rente fontière, fatetc par Estiennc Dufour, passées au tabellionage de Rouen, le 21 octobre 1448, revalidée par ledit sieur Dambray le 9 e janvier 1646. »

En parcourant les comptes de la paroisse Saint-Maclou, à l'article qui concerne cette rente de 3o sous, il est aisé d'établir la liste des propriétaires de l'Hôtel des Presses, et de déterminer, au moins approximativement, la date des mutations.

Le compte, de NoC-1 1673 à Noël 1674, manque malheureusement. Il est à croire qu'il nous eût donné le nom de Clarcndon comme nom do locataire

Le compte de Noël 1674 à Noël 1675 nous montre comme propriétaire de l'Hôtel des Presses M. Dambray, comme locataire M. Poërier d'Amfreville, président en la cour.

Vers 1694, l'Hôtel des Presses devint la propriété de M.Turgis, marchand de Rouen, qui conserva pour locataire M. Poërier d'Amfreville.

Vers 1729, M. Tûrgis vendit cet hôtel à M. Godefroy de Senneville (2), dont les représentants l'occupaient encore à la Révolution, et qui est arrivé par eux à la fa* mille de Pommereux.

(i) Hôtel des Presses, rue Damiettc, cité dès 144').

(2) Un membre de cette famille, Charles-David Godefroy, cheYdlter, sieur de Senneville, Cressanville, la Poterie, Daubcuf et Vertot, l'un des gentilshommes ordinaires de la Chambre du Roi, habitait la rue de l'École, le 12 octobre 1772.

Connu au xviir 3 siècle sous le nom d'Hôtel de M. Godefroy de Senneville, il Test actuellement sous le nom de ses derniers propriétaires, Hôtel de M. de Pommereux ou Hôtel d'Alligre.

A l'époque où Clarendon vint s'établir à Rouen, M. Dambray, qui occupait la rue Damiette en 1672-1673, comme il paraît par les comptes de Saint-Maclou, se transporta dans un hôtel situé rue du Cordier.

Avant d'appartenir aux Dambray, cet hôtel avait été la propriété et la demeure de Guillaume Le Fi eu, d'abord trésorier de l'écurie de Catherine de Médicis, plus tard receveur général de la Généralité de Rouen, en dernier lieu, après résignation de son office de receveur général de la Généralité de Rouen, maître ordinaire de la Chambre des Comptes de Normandie.

Guillaume Le Fieu décéda dans cet hôtel, le 9 no* vembre 1584, laissant une veuve, Marie Troullart, et une fille, Marie Le Fieu, qui avait épouse Pierre du Couldray, sieur de Freville, secrétaire du Roi.

Avant Le Fieu, et dès 1446, cet hôtel appartenait à la famille Dufour, laquelle contribua, plus qu'aucune autre, par ses libéralités, à la décoration de l'église Saint-Maclou.

Un des membres de cette famille avait établi, dans cet hôtel, antérieurement à 1446, des presses qui donnèrent leur nom à l'hôtel, et aussi à la famille qui l'occupait (Hôtel des Presses, Dufour des Presses).

Par ce mot presses, je suis porté à entendre descalendres pour presser et lustrer les étoffes, sans pouvoir dire s'il s'agissait d'une invention récente ou tout simplement d'un établissement mieux organisé et mieux achalandé que les autres.

Quoi qu'il en soit, ce n'est point aux Dufour, manufacturiers, qu'est due la construction de l'hôtel choisi par Clarendon; mais, suivant toute vraisemblance, à Guillaume Le Fieu, contemporain de Henri III et de Henri IV.

On en jugera, du reste, par le charmant dessin que

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