SUR LE NOVICIAT DES JÉSUITES
(Caserne de la rue d'Amiens)
Le Noviciat des Jésuites de Rouen date du commencement du xvu c siècle. Il est antérieur, de quelques années, à celui de Paris, qui est de 1612.
Il eut pour fondatrice Isa beau Du Moucel, dame de Graimbouville et de la Brière, qui était restée veuve, en secondes noces, de Guillaume Novincc, sieur d'Aubigny, baron de Crcspon, président au Bureau des Finances de Caen (i).
Par cette fondation, suivant les termes d'un contrat qui fut passe devant les notaires de Rouen, le 14 février 160S, clic réalisait le projet, qu'elle avait conçu, • dès longtemps, de donner et faire quelque libéralle distribution de biens à l'honneur de Dieu et de son Eglise, service de Roy, proticl Je sa patrie, et aussi pour le repos et salut de son àmc, de ses père, mère, maris et autres parents. » Dans cet acte, elle exprimait sa confiance, « que de ce Noviciat et maison de probation, comme d'une vraye et parla icte ecolle de pieté et dévotion, se tireroit plusieurs
(i.i Klle av. »it cp<iusc, en premières noces, Pierre de m «rc, premier président en la Giur des Aides de Normandie. Mlle JiitM-t le 17 juillet KîoS, et fut inhumée en l'église des Min: mes Aj Rouen, dans une chapelle qu'elle y avait fondée* Kllc et. ut vlumicilice, à Rouen, sur la paroisse Sainte~Crout«Seiat» Oucn.
dévotes et religieuses personnes, qui, non seulement en la France, mais aussi en toutes les provinces de la terre, cultiveroient la vigne de Jésus-Christ en la prédication de son saint Evangile, administration des Sacrements et instruction de la jeunesse. >
Cet établissement avait été autorise par lettres-patentes du Roi, datées de Paris, février 1604, dont la vérification avait été obtenue, en la Cour du Parlement de Normandie, le 5 avril de la même année.
Par le contrat précité, M me Du Mouccl donnait aux Jésuites 3o,oool., y compris 4,125 l. qu'elle avait déjà employées (26 janvier i6o5) à Tachât d'une maison sise sur la paroisse Saint-Vivien, rue du Gril, et 4,000 1. qu'elle destinait a la construction de la chapelle.
Le Noviciat devait être appelé la Maison de la Trinité.
On lit, au bas du contrat, a la suite de la signature de M** Du Moucel, celle du P. Ignace Armand, provincial de la Compagnie de Jésus, et celle de Jean de Machault, rentre en possession de la charge de recteur du collège, qu'il exerçait au moment de l'expulsion des Jésuites après l'attentat de Châtel.
Le terrain acquis avec l'argent <le M me Du Moucel ne suffisant pas pour l'installation de la communauté, les Jésuites se virent bientôt dans la nécessité d'employer d autres fonds, qui leur étaient propres, à l'achat de quelques immeubles avoisinants. Ce qu'ils y mirent ne fut pas sans dépasser dune manière notable le prix de l'emplacement primitif. Une rue fut supprimée en 1^22, et le terrain en fut attribué par Louis XIII au Noviciat, après avis favorable du Bureau des Finances de Rouen : ce fut en cela seulement que consista la part qui revint au Roi dans cet établissement.
L'autorité pontificale y contribua pour une part plus importante. Une bulle du pape Paul V ordonna la sécularisation et l'union au Noviciat du prieuré de Saint- Gilles-jouxtc-Boulleng, resigné entre ses mains, précisé-
ment dans ce but, par Michel de Mouchy, qui en était prieur commendataire : le revenu annuel en était enlue à 24 ducats d'or. Ce prieuré dépendait de l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen : l'abbé, Charles de Clennoot, donna son consentement le 3 octobre 161 1 ; les reliaient de Saint-Ouen, au contraire, protestèrent et firent opposition à la mesure prescrite, en invoquant le respect dû aux intentions des anciens donateurs. La bulle du pape reçut cependant son exécution, en vertu d'une sentence de l'oftkialité et de lettres-patentes de Louis XIII, du aS novembre 1628, confirmatives d'autres lettres-patentes de Henri IV, du 6 février 16 10.
Dans les informations qui furent faites en cette dernière année, on constatait que le Noviciat pouvait contenir 65 religieux, bien qu'il ne s'y trouvât encore que 7 prêtres et 35 novices; que plus de S40 écoliers s'étaient piesentes pour y être admis, mais que le peu de revenu on disposait empêchait de les recevoir; enfin que maison reconnaissait pour bienfaiteurs, après M"» Da Moucel, les PP. Sitius et de Frémicourt.
Sitius avait donné 6,85o 1. pour rétablissement «Ta» premier Noviciat des Jésuites en France. Frémicoort avait donne 1 , 100 1., sous condition que, des que le Norici t de Rouen aurait une dotation suffisante, cet ferait retour à la maison de Paris.
Je ne saurais dire pourquoi on passait sous silence donation de 3 >r> I. de revenu, faite par Vincent deChrille, sieur de Bouville, conseiller au Parlement, et par Marthe de liassent, veuve de Guillaume Auber, donation qaû avait été acceptée par le P. Ignace Armand, en qualité de provincial de la Compagnie, et par Charles de la Tonr, qui nous parait avoir été le premier recteur du Noviciat »«i* novembre i»'»o5).
L'édite du Noviciat, que tout récemment nous vu disparaître pour taire place à une nouvelle aurait été achevée \ers 1Ô22, s'il faut en croire
- < Priez Dieu pour le repos de son âme. >
Cette maison paraît avoir eu plus d'importance au xvii c siècle qu'au xvm<\ Elle ne fut jamais que très faiblement dotée. Une déclaration, adressée à la Chambre du cierge du diocè>e, vers 1728, établissait que le revenu du Noviciat suffisait alors a grandpeinc pour l'entretien de huit ou dix personnes; que le nombre, du reste, n'en était pas fixe; qu'il y en avait tantôt plus, tantôt moins, suivant le nombre des prêtres qui, après avoir fini le cours de leurs études, étaient envoyés faire, à Rouen, une troisième année de probation, conformément a l'usage de la Compagnie (11.
Je n'ai pu relever qu'un petit nombre de noms de recteurs de cette maison. Ce sont :
Ch. de la Tour, déjà cité, iôo3;
Jean de la Brestechc , vice-recteur, iôot»; recteur, 14 mars n"»oo, <> décembre it>i 1 ; Charles Bildstein, s nov. n>i 3, dernier décembre ihitî; Marin I^incelot, 2 décembre HM7, 2 janvier 1020 (2); Exupère Roger, n» octobre if>it»; Julien Hayneuftc, 27 novembre 1029 (3); J.-B. de Machault, 22 novembre 1634; Jacques Bertric, 10 mai H07; J.-B. Jobert, i(V3S % ]*r août 1640; Philippe Chahu. <» février 1Ô45 141; Nicolas Jaudonnet, 12 mai 1Ô48; II. Godefroy, 10 juillet ko 3, «j juillet 1654; Alain de Launay, kow; Louis Voysin, hm»o, ô juillet 1061;
(1) « U y en a eu, selon Ls temps, de six à dix-neuf sans compter deux ou trois prêtres ages et deux frères. »
(a) Marin Lancelot, connu par quelques ouvrages, mort à Caen, le 10 septembre i63o.
(3) Un des plus connus; décrié à Paris, i6o3.
(4) Fut recteur du collège de Rouen.
Charles Castelet, 5 mars 1666; Honoré Niquet, 1667; Jacques Le Picard, 4 juin 1674; Michel Nyon, 1680; Pierre de Bellouan, 1686-1688; Gilles Rossignon, 1693; L. Froger, 1705-1 71 7; J.-B. Herry, 1718; Cl. F. de Paris, 1721 ; Etienne Rossignol, 23 janvier 1729; A. Roger, août 1729, 1730;
François Lauverjat, 29 janvier 1737, 3 septembre 1739, date de son décès;
François Le Maire, 8 mai 1743;
J.-J. de Kersaintgilly, 1745;
Denis Adrien de Mingrival, 1749-1752;
N. de Captot, 1 754-1756 ;
René Fronteau, 1756;
Pierre Gautier, 1757- 1762.
Le P. Louis Lallcmant, dont la vie et les œuvres ont été publiées par le Père Champion, fut instructeur des pères du troisième an, dans cette maison, à l'époque où le Père Julien Hayneufve (1) en était recteur, et y eut, je crois, pour disciples, les Pères Jean Rigolcuc et Jean- Joseph Surin.
C'est du Noviciat de Rouen, pour ne citer que quelques noms connus, que sortirent le P. de Brcbeuf, l'apôtre des Hurons, dont la mémoire est restée en véne-
(1) « Le P. Julien Hayneufve, qui a mérité par ses écrits et par ses héroïques vertus, l'estime et la vénération de tout le monde, étant recteur du Noviciat de Rouen pendant que le l\ Lîillemant y était directeur des Pères qui y faisaient leur troisième année de probation, voulut être disciple de ce maître m accompli. » Vie et doctrine spirituelle du P. L. Lallcmant, Paris, Et. Michallct, 1694.
ration au Canada; Nie. Caussin et Michel Boutault(i); Claude Buffier, Fauteur du célèbre Traité des premières Vérités; Pierre-Joseph Cantel, savant professeur, à qui Ton doit plusieurs ouvrages estimés et Jean Hardouin, écrivain plus fécond que judicieux (2).
En 161 5 on y voyait, parmi les novices, Michel Anguicr, d'Eu, âgé de dix-neuf ans, entré le 3 septembre 1614 ; Hercule Grisel, âgé de vingt ans, entré le i5 oct. 1CM4. Ce dernier est l'auteur des Fasti Rothomagenses, publiés après qu'il fut sorti de la compagnie; André Castillon, de Caen, âgé de seize ans ; René Chassebras, de Paris, âgé de dix-sept ans.
En 1760, la maison comptait 25 religieux, approuvés par l'archevêque pour la confession et la prédication dans le diocèse.
Nous devons rappeler que, lors de la peste de !f>5<), les Pères du Noviciat s'étaient olferts pour porter secours aux pestiférés: la ville leur prêtera les capucins, dont plusieurs périrent victimes de leur dévouement.
Ils furent charges, pendant un certain temps, de l'exercice du culte dans la chapelle de la tour aux Galériens, près la porte Guillaume- Lion, dite aussi tour des Espagnols, des Insensés, des Libertins, d'après les diverses catégories de prisonniers auxquelles elle fut successivement destinée. Le public les connaissait surtout par les soins qu'ils se donnaient pour catéchiser les enfants, soit dans les églises de la ville, soit dans leur chapelle. Aussi YHistoire de Rouen, édition de 1732, signalait-elle cette œuvre comme leur principal emploi.
Le Noviciat fut supprimé, en même temps que le Collège, par arrêt du Parlement du 12 février 1762.
Dès le 9 août suivant, on procédait à la vente du mobilier, dont l'inventaire, dressé sans grand souci de l'in-
(1) Caussin y était en 1608, et Boutault en 1640.
(2) Il figurait parmi les patres tertiani en 1680.
térêt artistique, ne présente rien qui soit digne de remarque. Presque tous les objets du cuite forent vendus à des particuliers. Le corps du maître-autel, avec son grand tableau et les statuettes de la sainte Vierge et de saint Joseph, paraît avoir eu quelque mérite : il fut adjugé pour 3oo 1. aux trésoriers de la paroisse Saint- Lô, qui remployèrent à la décoration de leur église.
Quelques mois auparavant, le 22 janvier 1762, en vue de parer le coup qui les menaçait, les Jésuites du Noviciat avaient signé, à l'officialité, un acte d'adhésion formelle aux quatre propositions de l'Assemblée du cierge de 1682. C'étaient le recteur Pierre Gautier, Pierre De la Haye, Patrice-François Busson, Gabriel-François de Carmoy, Théophile-Ignace de Londres, Nicolas Guéret, J.-B. De la Borde et Pierre Ferrand.
Au moment de la suppression du Noviciat, la fondatrice, M m ° Du Moucel, se trouvait représentée par Claude- Bernard-Antoine comte de Maulévrier, baron haut-justicier du Boscachard, chevalier de l'Ordre, et par Anne- Marguerite Du Fay du Taillis, comtesse de Maulévrier, dame des chatellenies du Taillis, du Trait et de Sainte- Marguerite. Ils ne manquèrent pas de rappeler, ainsi que c'était leur droit et leur devoir, les réserves faites par la fondatrice dans son contrat de fondation.
Elle avait déclaré vouloir et entendre que sa donation fût nulle (1), t s'il advenoit que le Noviciat désemparas hors la ville de Rouen pour quelque occasion que ce fût, et que la dite maison et chapelle, en Testât que pour lors elles scroient, avec tout ce qu'elle avoit donné, ou bien l'estimation de ce qui ne scroit plus en essence et valeur, fussent convertis et appropriés au logement, donation et entretènement d'un collège, qui seroit nommé le Collège Du Moucel, pour instruire la jeunesse en la R. C. A. et R. et aux bonnes-lettres, duquel collège la dite dame et ses
(1) V. le contrat aux registres du tabclliouage de Rouen.
héritiers catholiques nommeraient le principal et ung chapelain pour desservir la dite chapelle, en laquelle se dirait, tous les jours, une messe basse à l'intention de la donatrice, où assisteraient tous les écoliers dudit collège. Ce principal et ce chapelain devraient être appouvés par le théologal de la cathédrale de Rouen. > En conséquence de ces dispositions précises, un arrêt du Parlement, du 3 février 1763, se fondant sur ce que la modicité des revenus attachés au Noviciat (1) ne permettait pas d'y établir une maison d'instruction particulière, unit ces revenus au collège de Rouen, en ordonnant que les trois épitaphes ou inscriptions qui y étaient, seraient transportées avec leurs ornements dans une des chapelles de l'église du collège, et que le comte de Maulévricr et la comtesse du Taillis, ainsi que leurs successeurs ou représentants à perpétuité, auraient droit de placer au dit collège quatre boursiers en état de suivre au moins la classe de sixième.
Il se rencontra de grandes difficultés à l'exécution de cet arrêt.
D'une part, le Roi ordonna, par lettres-patentes des 14 juin et 21 novembre ijô3, la vente, au profit des créanciers des Jésuites, de tous les biens qu'on justifierait avoir appartenu à leurs maisons, autres néanmoins que les collèges, à titre d'acquisitions pures et simples faites par ces religieux. En 17Ô6, ces créanciers s'autorisèrent des lettres-patentes en question pour s'opposer à l'exécution de l'arrêt du 5 février 1763, en tant qu'il unissait au collège des biens étrangers à la fondation de M mc Du Mouccl.
D'autre part, en même temps que les créanciers élevaient cette prétention, le gouvernement, qui s'occupait de proscrire la mendicité, ne voyait rien de mieux à faire
(1) D'après la déclaration du recteur, adressée à la Chambre ecclésiastique du diocèse, ces revenus ne se seraient élevés qu'à 3,3a6 livres.
que de prendre le Noviciat pour y installer un dépôt de
mendiants.
Le contrôleur général en fit la demande aux administrateurs du collège, auquel cette maison avait été unie. Ceux-ci ne crurent pas pouvoir se dispenser de déférer au vœu du gouvernement, et firent remettre le Noviciat à l'Intendant, moyennant un loyer annuel de 1,000 1. Les mendiants y furent immédiatement installés, dans des conditions qui laissaient infiniment à désirer, et qui toujours, même après de très grandes dépenses en achats de terrains et en constructions, furent jugées des plus défectueuses.
Cette cession donna lieu à un procès qui n'était pas encore terminé en 1770.
Dès le 7 décembre 1768, les administrateurs avaient déclaré qu'ils n'entendaient plus exécuter les charges et conditions portées par l'arrêt du Parlement, ni retenir aucun des biens dont cet arrêt avait ordonné la réunion au collège, mais qu'ils en faisaient plein et entier abandon au Roi. En conséquence, ils s'étaient crus autorisés à congédier les quatre boursiers qu'ils avaient reçus sur la présentation des héritiers de la fondatrice.
Le 18 janvier 1768, les mêmes administrateurs décidaient de remettre à M me du Taillis et à M. le comte de Maulévrier tous les titres, pièces et écritures concernant le Noviciat.
La délibération qui suit fait connaître l'objet du litige, et comment les administrateurs, qui ne réclamaient plus rien dans les biens du Noviciat, se trouvaient pourtant impliqués dans des procédures qui, par-dessus leurs têtes, visaient le gouvernement.
18 juillet 1770. € M. Le Breton (1) a dit que, suivant un arrest du Conseil, rendu le 1 1 juin dernier, le Roy a jugé à propos de prendre à toujours la propriété de la
(1) Arch. de la S.-Inf. D. 5o.
maison appelée le Noviciat que les Jésuites occupoient en cette ville, pour y fixer à perpétuité le dépôt général des mendiants et vagabonds. Par ce mesme arrest, S. M. a déclaré que, de son ordre, M. l'Intendant a fait estimer cette maison par deux sous-ingénieurs, qui en ont déterminé la valeur à 3 0,000 l. de principal, laquelle somme S. M. veut être payée comptant aux propriétaires de ladite maison ; et. attendu qu'il y a incertitude sur cette propriété, ce qui a donné lieu à une instance pendante au Parlement, le Roy ordonne que ladite somme de 3o,oool. produira intérest au denier 20, à compter du i er juillet 1770, pour ainsi continuer jusqu'à ce que le Parlement ait statué sur la contestation d'entre les prétendants droit à ladite propriété, après quoy ladite somme principalle de 3 0,000 1. et les interests encourus seront payés aux mains de ceux qui auront été jugés propriétaires, sauf alors, si la fixation à 3o,ooo 1. ne leur convient point, à être procédé à nouvelle estimation par experts, qui seront commis et nommés, l'un par M. l'Intendant, pour le compte du Roy, et l'autre par les propriétaires. En conséquence, S. M. veut et entend qu'il soit incessamment fait, à la maison du Noviciat, les travaux convenables pour remplir l'objet de sa destination. Cet arrest du Conseil est revêtu d'une commission qui en attribue l'exécution à M. l'Intendant, et évoque au Roy et à son Conseil toutes ditlicultés qui pourraient être faites sur la dite exécution. M. l'Intendant a fait signifier cet arrest a M me du Taillis, • à ce qu'elle n'en ignore. Aussitôt, il a donné des ordres pour les travaux prescrits par larrest. M Ue du Taillis a prétendu traduire en haro les ouvriers préposés au travail ; mais, l'entrée du Noviciat ne lui ayant point été accordée, elle a présenté au Parlement, les Chambres assemblées, une requête expositive qu'elle est en instance avec l'administration du collège pour l'obliger à lui fournir un emplacement et bâtiments équivalents au Noviciat, ou à lui en payer la vraie valeur, faute par MM. les adminis-
trateurs de lui avoir rendu cette maison libre pour y établir un collège sous le titre de Collège Du Moucel, et que cette instance est appointée au rapport de M. de Bellegarde. Elle rend compte des dispositions de l'a rr est du Conseil du 1 1 juin dernier, qu'elle ne craint pas d'imputer et d'attribuer à MM. les administrateurs comme l'unique ressource qu'ils ont imaginée pour se tirer de l'embarras où les met la justice de sa demande; enfin, elle représente qu'elle a le plus grand interest à s'opposer aux changements projetés au Noviciat, jusqu'à ce que, par un procès-verbal en forme, elle ait fait constater, contradictoirement avec MM. les administrateurs, la vraie valeur de cette maison, à l'effet que cette valeur soit la règle des condamnations qu'elle a conclues contre eux, pour quoi être dénoncé à la cour ledit arrestdu Conseil et conclure, entre autres choses, à ce que mandement lui soit accorde pour assigner MM. les administrateurs pour faire juger qu'ils seront tenus de convenir d'experts qui procéderont contradictoirement au procès-verbal estimatif du Nomciat et dépendances, et que mandement d'ouverture lui sera accordé des portes de cette maison aux fins dudit proces-vcrbal. M' 1 ' du Taillis a obtenu le mandement par elle requis; elle l'a fait signifier, ainsi que la requeste et l'arrcst du Conseil, au procureur de l'administration, avec sommation pour en venir à l'audience de la cour, les Chambres assemblées. La cause a été portée à l'audience le \endrcdy i .> de ce mois, continuée le mardi 17, et rer.\oiee par suite au jeudi nj.
* Les conclusions prises en l'audience de mardi par M. I)u\.il. a\ocat île l'administration, sont : à ce qu'il plaise à i.i cour, attendu que l'administration a satisfait à i exécution de l'airest du i-jaoùt 170s par la remise laite a M - du Luilis de tous les biens, dons et titres du NoMci.it puur autant que ledit collège en a\oit este >aisi, accouler a MM. les administrateur* acte de ce qu'ils n'entendent piendre aucune part ny interest au procès-verbal
demandé, et de ce qu'ils protestent de nullité de tout ce que veut et pourra faire M» e du Taillis, sauf à elle à faire dresser ce procès-verbal avec telles autres parties qu'elle avisera bien.
« Sur quoi délibère, on a approuvé les conclusions prises par M e Duval, et il a été arresté que cette affaire sera suivie. >
L'accord finit par se faire entre le Roi et les deux représentants de M ,,M » Du Moucel : le gouvernement garda le Noviciat, et paya, à titre d'indemnité, une somme d'argent à M rae du Taillis et au comte de Maulévricr.
L'arrêt du Parlement ne reçut son exécution qu'en ce qui concernait les restes de Gilles Du Fay.
La translation s'en fit dans l'église du collège, le vendredi il février i7<*>3, sans grande cérémonie : le procèsverbal, inséré parmi les actes de l'état-civil de la paroisse Saint-Godard, n'indique pas d'autres assistants que le vicaire de cette paroisse, le curé de Saint-Vivien, le principal et l'économe du collège. L'épitaphe, naturellement, avait suivi le corps.
Au dernier moment, on s'était aperçu que les ornements, accompagnant cette epitaphe, étajent en pierre de taille incrustée dans le mur. et ne pouvaient être enlevés sans une dépense dont le chiffre eût excédé le prix de réfection. On ne poussait pas alors, aussi loin que nous le faisons, le respect des monuments historiques, et d'archéologie on n'avait nul souci. On se contenta de mettre autour de l'épitaphe, établie dans l'église du collège, une imitation en plâtre des ornements en pierre, qu'on laissa dans la chapelle abandonnée.
L'épitaphe de Gilles Du Fay occupe encore la place qu'on lui assigna en 1763, et c'est, à notre connaissance, tout ce qui existe présentement du Noviciat.
Quant au cœur d'Isabeau Du Moucel, on ne sait ce qu'il devint. En 1763, on le chercha vainement dans le chœur et dans le caveau de la chapelle.
L'inscription qui le signalait, et dont le texte est rappelé dans l'Histoire de Rouen, était-elle mensongère? Il n'est guère permis de le supposer. Nous croirions toIoo* tiers que M™* Du Moucel, qui n'avait pas tu sans anéantir l'établissement du Noviciat, fit enlever le de la fondatrice, et lui prépara un asile qu'elle se dispensa de révéler aux administrateurs du collège avec lesquels elle était en procès. Le Parlement dut attacher à ce dépôt funèbre trop peu d'importance pour prescrir e des recherches et pour assurer l'entière exécution de son arrêt (i).
Dans l'église des Minimes, en une chapelle dite d'An* bigny, réservée aux membres de la famille Do Fay, se lisait une autre inscription ainsi conçue :
c Si la vertu pouvoit mourir, tu la trouverais, lecteur,
(i) Farin dans son Histoire de Rouen, fait connaître les iat»
criptions de M™ Du Moucel :
« Au côté de l'Evangile : Noble Dame Isabeau Du Moucel, dame de Grainbouville et la Brière, etc...., portée d'une singulière et ardente dévotion envers Dieu, et honorée d'une parues» lière et pieuse affection à l'endroit de la Compagnie de Jésus, • donne et légué à cette Compagnie la somme de dix mille écoa, au moyen de laquelle a été achetée cette maison de probation, et fondée de six cents écus de rente, et l'ancienne chapelle bâtie de fond en comble, qu'elle avoit choisie pour y laisser son jusqu'au jour du jugement; partant, lecteur, quiconque tu qui te ressens et jouis du bénéfice d'une tant libérale trice, prie Dieu pour elle, pour ses feus mari, pour ses et pour tous ceux qui lui appartiennent. »
Au côté île l'Epître : « Ce jourd'hui 3i juillet 1627, l'épittohe et le cœur de Madame d'Aubigny, fondatrice de ce Noviciat» a été transporte de son ancienne chapelle, et posé dans le chûMir de cette église par le désir de Messire Jacques Du Fay, chevalier de l'Ordre, comte de Maulévricr, bailly de Rouen, etc., héritier représentant ladicie dame, laquelle église a été bâtie par la Itl ralité de gens de bien et sur les fonda que cette dame tnce a donnés, auquel bâtiment ledit sieur comte a contribué. »
en ce lieu, où gist noble dame Elisabeth Du Mouccl, fondatrice de cette chapelle et du Noviciat des Jésuites establis en cette ville, laquelle décéda le 17 juillet 1Ô08, vefve de feu noble homme Guillaume Novince, vivant sieur d'Aubigny, baron de Crespon, et président au Bureau des Finances en la Généralité de Cacn. Elle fut en son vivant dame de Grainbouvillc, la Bricrc, Colleville et autres lieux ; mais sa plus noble seigneurie fut sa rare piété, qui relève de Dieu seul, et ne fait hommage à la mort! Prie Dieu qu'elle en reçoive le loyer éternel. •
NOTICE
SUR LES ARCHITECTES DE SAUfT-MACLOf)
La partie de Rouen qui s'étend sur la rire gauche de Robcc, et qu'on désigne sous le nom de quartier Martainville, était, à l'origine, un faubourg marécageux se* parc de la cite par des fosses et des remparts. On y comptait deux paroisses seulement, l'une et l'autre peu anciennes et d'un assez vaste territoire, tandis que, sur la rive opposée, elles remontaient, presque toutes, à une haute antiquité, n'avaient qu'une étroite circonscription et étaient si nombreuses qu'il y en avait dont les cimetières se touchaient.
Malgré l'accroissement que prit la population, dans ce quartier, par suite du développement des manuJactures, on n'augmenta pas le nombre des paroisses. On se tenta d'agrandir l'église Saint-Vivien, en adjoignant vaisseau du xiu e siècle, qui longe la rue, deux larges nefr construites dans un goût différent et avec la liberté qu'il était alors d'usage de laisser aux architectes. Il est à croire qu'on eût fait de même pour Saint-Maclou, si un accident n'eût rendu nécessaire une reconstruction complète, qu'on dut naturellement concevoir d'après un plan uniforme et songer à mettre en rapport avec la population, déjà plus considérable en cette paroisse qu'en aucune autre de k ville, et avec la multiplicité des services religieux auxquels il fallait pourvoir. Une seule remarque permettra de juger de leur importance : vers le milieu du xv« siècle, il se disait, a Saint-Maclou, plus de quarante messes par jour.
L'événement auquel nous venons de faire allusion arriva vers la fin d'août, peut-être dans les premiers jours de septembre 1432. Une partie de l'église s'écroula. C'était un édifice qui avait été bâti, suivant toute vraisemblance, au commencement du xin* siècle, dans le temps où Saint* Maclou n'était que chapelle, et postérieurement à un incendie qui avait réduit en cendres une notable partie du quartier.
Cette date de 1432 nous reporte à une époque néfaste, au plus fort de la domination anglaise, à la deuxième année qui suivit le supplice de Jeanne d'Arc, presque au lendemain de l'exécution des compagnons de Ricarvillc.
C'est une chose bien digne de remarque, que, malgré le malheur des temps, on ait eu la pensée de faire, de la nouvelle église, un des plus beaux monuments d'une ville où il y en avait tant d'admirables.
Les ressources dont on disposait étaient cependant modiques et ne paraissaient pas permettre une si haute prétention. Nous ne saurions dire si Saint-Maclou était déjà qualifiée de fille aînJc de l'archevêque. Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'elle était pauvrement dotée : les rentes et les loyers dont elle jouissait ne produisaient pas un revenu de 100 1. par an.
On tirait, il est vrai, quelque parti des échoppes des deux cimetières, dits le grand et le petit aîtres, dont le sol n'était pas tellement sacré que, par un abus, du reste assez ordinaire, on ne permît aux charpentiers et aux maçons moyennant un prix d'argent, de l'occuper pour des travaux étrangers à l'œuvre de l'église paroissiale.
On voit aussi figurer, au chapitre des recettes, des amendes prononcées contre des blasphémateurs; des droits dus pour réceptions aux deux maîtrises de la draperie et de la boulangerie; d'autres redevances exigées à l'occasion des mariages, quand il arrivait que l'un ou l'autre des époux abandonnait la paroisse, redevances A peu près hors d'usage dans les villes, mais assez communes dans les
campagnes. On les trouve énoncées «a profit des seigneurs dans les aveux d'un certain nombre de fiefs.
Mentionnons encore, comme donnant Heu â quelque profit, une dévotion particulière à Saint-Maclou.
11 y avait, dans cette église, une chapelle dédiée à saint Leu, archevêque de Sens, où Ton venait faire des neuvaines. Une chambre avait été disposée au portail pour ceux qu'y attirait cette dévotion. Nous avons signalé à Saint-Vivien une pratique du même genre, en l'honneur de saint Mathurin. Saint Mathurin était invoqué pour la guérison des aliénés ; saint Leu l'était pour celle des épi* leptiqucs, mais plus ordinairement pour le soulagement des enfants qui souffraient de douleurs d'entrailles.
Ajoutons, pour ne rien omettre, les droits d'inhumation, presque nuls quand l'enterrement se faisait dans l'un des deux aîtres, et qui méritent à peine quelque considération, quand il se faisait à l'intérieur de l'église, et que Ton prêtait pour la cérémonie funèbre la bière commune, les chandeliers, les courtines et les bons vêtements de b fabrique.
Tout cela réuni ne fournissait que les fonds indispensables aux frais d'entretien. On n'eût pu faire face à une dépense extraordinaire sans les quêtes, les legs et les mônes des paroissiens.
Bien des donateurs, les plus généreux peut-être, toujours inconnus. Du moins a-t-on conservé le souvenir de quelques-uns, que nous aimons a rappeler, tels que : le curé Jean Boissel; deux de ses successeurs, Auvrc cl Fillon, plusieurs membres de la famille Dufbur, parmi lesquels les Basin, les Masselin, les de Croix mare, et ce Jean de (îrenou ville, qu'une inscription mutilée, qui ne donne qu'une partie de son nom, signalait • comme ayant fait faire le plus de l'église (1). •
(1) Cette inscription est rapportée dans V Histoire ée de Fakim. Je ne sais pourquoi dans l'Histoire de Sr-JteJou à
D'autres secours vinrent de personnes étrangères à la paroisse, et furent provoqués par des indulgences.
Dès le 16 septembre 1432, lorsqu'on était encore sous l'impression du malheur arrive à l'église de Saint-Maclou, des indulgences avaient été accordées par l'archevêque Hugues d'Orges à ceux qui visiteraient cette église a certaines fétes déterminées et con tri huera icrrt par leurs aumônes à sa reconstruction.
Des faveurs du même genre furent accordées par le cardinal d'Estouteville et par le cardinal d'Amboisc.
Quanta l'autorité civile, sa participation à l'œuvre paroissiale se réduit a des lettres d'amortissement du roi Henri VI, pour une rente de 40 livres 120 avril 144^), pour 4 perches de terrain contigues au cimetière (t"> février 1447), et à l'approbation de deux impositions paroissiales, par Louis XI en i4<"><r, par Louis XII en 1 5 1 1 -
La première de ces impositions fut la plus importante. Elle était de 2 s. 6 d. par chaque pied d'héritage édifié et assis sur rue en la paroisse, à lever pendant trois ans, a partir du 10 août 1 -f*>«). L'imposition de 1 5 1 1 ne fut que de 12 d. par pied d'héritage assis en devanture sur rue, à percevoir sur les hérités (2) de la paroisse.
Les documents précités ne fournissent que des renseignements très vagues sur la construction de Saint- Maclou. Nous pouvons les résumer en quelques lignes :
C'est par les lettres d'indulgences de l'archevêque Hugues d'Orges que nous savons que l'église de Saint-Maclou s'était écroulée casu fortuito. causa vetustatis, et que, réduite de moitié par suite de cet accident, elle ne pouvait contenir que le quart des paroissiens.
Les lettres dam >rtissement du roi Henri VI sont fondées sur ce que les paroissiens avaient renoncé à l'idée de
nom incomplet on a substitué celui de Pardiei: sieur d'Ouville. (2) Il faut entendre par ce mot possesseur d'héritage ou d'immeuble.
restaurer une église notoirement insuffisante et dont la partie conservée ne présentait que de faibles garanties de solidité ; sur ce qu'ils avaient pris le parti de la faire démolir et avaient entrepris une construction plus belle, plus vaste, et dont la dépense devait être très considérable (i).
Les motifs allégués pour justifier l'imposition de 1469 donnent l'idée d'un travail important. Il s'agissait d'entretenir pendant trois ans un atelier de treize maçons, leurs aides et autres ouvriers qu'il c conviendrait pour la charpenterie, couverture et agréémens. »
Les lettres de Louis XII, tout aussi concises, indiquent du moins nettement l'objet de la seconde imposition. On touchait à l'achèvement de l'œuvre. « Il restait à paragréer une lanterne cncommencée de pierre et clocher de bois, lesquels les paroissiens avoient intention de foire couvrir de plomb, parce que les eaulx chéoient et tomboient en faute de ce. »
Pour suivre les travaux énoncés trop brièvement dans les lettres que nous venons d'analyser, nous aurions besoin d'avoir à notre disposition des comptes ou des pièces justificatives de comptes. De cette seconde sorte de documents, devis, mémoires, quittances, pas un seul n'a été conservé. En fait de comptes, on a les suivants :
« C'est le conte de Colin Le Roux, Pierre Le Coq, Ktiennot Dufour, Guillaume De la Mare, Colin Le Fevre
et Cardinot Coquin, trésoriers pour ung an corn-
menchant le premier jour de juillet 1436. »
Compte pour deux ans, commençant au 16 septembre
Autre compte pour trois ans, de 1476 a 1478.
IV 147S à 1 5 14, absence complote de comptes.
( 1 ) Kcclcsiam HLim que ex wtustate diu caduc a et ruimosa extiterat evelli fecerunt, et majorent et pulcriorem quant antea fuerat omnino de wow. nuximis suis sumptibus, reedificari fjtciunt et jam per multos annos inceperunt.
Ils reprennent cette dernière année et se suivent sans trop de lacunes.
« Compte du trésor et fabrique de l'église et paroisse de Mons. saint Maclou de Rouen, fait par Jehan Dufour le jeune, fils de deflfunct Pierre Dufour, Jehan Dufour le jeune, quartenier, et maistre Jehan Orel, trésorier de ladicte église, commençant à la Toussaint, l'an de grâce mil xv« et quatorze, et finissant semblable jour de Toussaint mil xvc dix-sept. »
Comptes pour trois ans commençant au dimanche i" novembre i 5 1 7 ; — pour trois ans commençant A la Toussaint i52o; — pour trois ans commençant à la Toussaint i52t">.
Ainsi, à partir de 1432, où il fut question de reconstruire Saint-Maclou, jusqu'en 1 5 14, on n'a de comptes que pour sept années.
Pour l'époque comprise entre à i53o, on possède quatre comptes, qui nous permettent de juger des travaux exécutés dans un espace de douze ans.
D'après cet exposé, il est aisé de voir que ce qui nous reste est peu de chose, si on le compare à ce qui a été perdu.
Essayons cependant, sans nous exagérer la valeur de nos constatations, de tirer parti des documents qui nous ont été conservés.
D'abord, reconnaissons qu'on n'avait pas attendu l'année 1430 pour commencer les travaux, ainsi que le disent M. l'abbé Ouin-l^icroixdans son intéressante Notice sur Saint-Maclou, et M. l'abbé Cochet, dans son savant Répertoire archéologique de la Seine- Inférieure.
On voit, en effet, dans le compte de cette année, qu'on posa la charpente de la nef du moutier; qu'on fit une lucarne sur la voûte de la chapelle Saint-Clair; qu'on couvrit de tuiles cette chapelle; qu'on mit au pignon une verrière où était représentée l'histoire de la Nativité, tous travaux qu'il semble assez ditTïcile de ne point rapporter à un édifice en cours de construction.
Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est, en premier lieu, un contrat de fondation du 19 octobre 1434, transcrit au Petit Cartulaire, f° 3o, dans lequel Tassin Amyot et Guillote, sa femme, imposent aux trésoriers de Saint-Maclou « l'obligation de faire dire, chanter et célébrer en tous les jours de Tan, une messe en la chapelle Notre-Dame, nouvellement encommencée à faire, pour les a mes des donneurs, leurs pères et mères, parents, amis et bienfaiteurs trépassés, 1 et retiennent le droit d'être enterres dans cette chapelle et d'y avoir telle tombe qu'il leur plaira.
C'est, ensuite, une note versifiée, insérée sur une feuille de garde du même manuscrit, où se trouvent indiqués non moins clairement des travaux, non pas en projet, mais commences.
Voici le texte de cette note, que M. Ou in- Lacroix ne me paraît pas avoir comprise, à en juger par une ponctuation dont les erreurs portent précisément sur le passage qui présente le plus d'intérêt.
t A celle fin qu'on ait memore
D'aucuns biens faiz et bénéfices,
Que on a fait et fait encore
Pour croistre Feuvre et édifices
D'un lieu où les divins services
Sont faiz et diz dévotement;
(C'est de l'église proprement
De Saint Maclou, qui commencée
Est puis nagaires), en pencée
Ont eu les trésoriers présens,
Qui pour eulx est un très grand sens.
De faire escrire en telle guise
Aucuns proutîiz de leur église,
Qu'on peult nommer Chartres par nom,
A celle fin qu'on s'i avise
Dorénavant et par raison.
Car plusieurs lettres, ce sect-on, Sont empires par mal garder.
Qui ne m'en croit voit regarder!
Beneiz soient cculx en paradis Qui, le temps passé, com je dis, Ont donne de leurs biens au lieu, Et pose soient au millicu Les âmes de cculx à venir, Qui, pour ledit lieu maintenir Et pour aider à le parfaire, En airont aucun souvenir, Comme de leur omosne y faire. »
Actum anno Domini millesimo quadringentesimo tricesimo sexto in mense maii die xxui*.
Du 8 juillet 1436 à la tin de cette année, les travaux subirent un ralentissement marqué. On n'y employa que deux maçons, Perrin Cossart et Jean Le Large, payés, le premier. 3 sous <> deniers; le second, 4 sous 7 deniers par jour. Pour six mois, on n'eut ù compter que 27 jours et demi de besogne, et encore faut-il observer qu'on ne lit absolument rien dans le dernier trimestre de cette année.
A partir des premiers jours de Tannée suivante, les travaux prennent de l'importance.
Pierre Robin, que la qualification de maître signale ù notre attention, toucha, le 19 mai 1437, une somme de 40 livres pour ses gages, a compter du premier jour de Tan. Pour la fixation de cette allocation, on avait eu égard h la remise faite par lui, entre les mains des trésoriers ; t du parchemin où l'église (en construction) estoit jectéc. •
Son nom disparaît ensuite, et la fabrique n'a plus affaire qu'à Oudin de Mantes.
Comme je n'ai point trouvé, dans d'autres comptes de la ville de Rouen, de mention de Pierre Robin, comme le
compte de Saint-Maclou ne constate la présence de cet architecte dans notre ville que pour une période de temps assez courte, je ne fais aucun doute qu'il ne fût étranger
à notre pays.
Suivant toute vraisemblance, c'était le même que ce Pierre Robin, maître des œuvres de Paris, mentionné, ainsi qu'il suit, dans un compte de la prévôté de cette ville pour les années 1429 à 1 43 1 : « Maître Pierre Robin, sergent d'armes et maçon général du Roi notre Sire » (1).
Appelé de Paris à Rouen, à cause de la réputation dont il jouissait dans une cité qui était déjà en possession de fournir à la province des maîtres en tout genre, on comprend qu'il y soit rentré, pour ne plus s'en éloigner, lorsque la capitale fut retombée au pouvoir de Charles VII, et que les communications furent devenues presque impossibles entre cette ville et la nôtre.
Ouoi qu'il en soit, c'est en lui qu'il faut saluer le premier architecte de l'église Saint-Maclou, et, jusqu'à preuve contraire, à lui que doit être attribué le principal honneur de cette remarquable construction.
Oudin de Mantes, qui le remplaça, ne me paraît pas non plus avoir été rouennais d'origine.
Bien qu'il ne soit pas qualifié maître, je pense qu'il faut voir en lui. plus qu'un simple ouvrier.
On le paya d'abord à la journée, sur le pied de 5 sous par jour, maximum du salaire des meilleurs ouvriers à cette époque.
Mais bientôt, on fit un traité avec lui et avec son fils. On s'engagea à leur donner, pour leur année, commençant à la Chandeleur 1436 (V. S.), une somme de 65 livres; et, ce qui prouve bien qu'ils n'avaient point de domicile à Rouen, on leur assigna pour se loger une maison, située rue du Bac, qu'ils eurent la permission d'occuper pendant tout le temps qu'on les emploierait.
(1) Dictionnaire de Lance.
On leur fit de plus une avance de 100 s. t.
Le compte de 1446 nous fournit un autre nom d'architecte, celui-là rouennais de naissance ou tout au moins par le fait d'une résidence prolongée. Je veux parler de Simon Le Noir, qui fut maître des œuvres du Roi au bailliage de Rouen, après Alexandre de Berncval, et avant Richard Dcsbustz. Simon Le Noir figurait déjà avec la qualification de maître dans le compte de 1436, au mois de mai, pour <) jours qui lui furent payés à raison de 4 s. 2d. le jour. Ainsi, il est certain qu'avant de devenir architecte ou patron, comme nous dirions, il avait été employé comme ouvrier, suivant les habitudes de l'ancien temps, à un certain point de vue plus démocratique que le nôtre.
Un passage du compte de 1446 nous donne lieu de penser qu'il était paroissien de Saint-Maclou.
Dans ce compte, on l'appelle Simon Le Noir, mais plus ordinairement maître Simon, sans indication de nom de famille, conformément à un usage très commun pour les artistes (1).
Saint-Maclou l'occupa longtemps. Outre une pension annuelle, fixée d'abord à 5 1., puis à 6 1. 1 3 s. par an, Simon touchait de la fabrique 5 s. par journée de travail. Les gages de son valet étaient payés à part.
Pendant les trois années Je ce compte, les travaux furent menés avec une grande activité. On y employa plus de 218 tonneaux de pierre de Vcrnon, 43 toises de pierre de Val-dcs-Lcux, 28 quartiers et 69 parpains de la même carrière.
Déjà, on voyait s'élever autour du chœur de hautes et vastes chapelles : celle de la Vierge, celle de saint Louis, au pilier de laquelle un imaginier, Noël Legrand, eut € à tailler deux angelos à mettre image. • Pendant l'hiver, on
(1) De même Jesson Salvart, maître des œuvres du Roi, architecte de la cathédrale, était dit maître Jesson.
3oo
avait dû en couvrir les murs de roseau, indice d'une construction inachevée. A propos de la chapelle de la Vierge, on note qu'un nommé Pierre Prévost, qui y travaillait, se blessa en tombant des échafaudages. On voit aussi figurer, comme article de dépense, la pose d'une piscine en la hucherie d'auprès le maître-autel, auquel, ainsi que nous rapprend un contrat du 3 février 1441. un autre autel était adossé.
Vers cette époque, Guillaume Pontis est mentionné comme simple ouvrier maçon avec un compagnon, du nom d'Etiennot Charuel. Pontis fut employé peu de temps. C'est lui qui, plus tard, fut choisi par le chapitre pour architecte de la cathédrale.
Le 8 août 1433, maître Jean Pajot, curé de Notre- Damc-dc-la-Rondc, et son frère, Pierre Pajot, curé de Saint- Laurent-en-Caux, donnèrent a l'église de Saint- Maclou, leur paroisse natale, leur maison de la rue des Crottes, « en considération de l'excellent, notable et somptueulx édifice, de grâce Dieu, merveilleusement commence et désignantement en chapelles faictes, fondemens et autres édifices en l'honneur de Dieu et dudit patron glorieux, bien advancé. »
Par testament du iô février 1460, Pierre Pajot, chanoine de Rouen, en même temps que curé de Saint- Laurent-en-Caux, léguait 10 1. à l'église de Saint-Maclou, en souvenir de son père et d'une sienne sœur, mère de maître Pierre Coutier, qui avaient, l'un et l'autre, leurs tombes dans cette église.
Ce Pierre Coutier était physicien royal et citoyen d'Aixen-Provence. A l'exemple de son neveu, et par son entremise, il donna, le 2*3 février 14Ô1, à la même église, une propriété sise a Neuvillc-sous-Farceaux, qui lui venait de son père Cardon Coutier, enterré a Ktrépagny.
Le compte de 147*1 nous fournit un autre nom d'architecte, que nous avons eu ailleurs l'occasion de citer à pro-
pos de l'église Saint-Vincent, Ambroise Harcl. dit plus simplement maître Ambroise (i).
Je serais assez porté à voir en lui l'architecte du grand porche et de la lanterne.
Dans ce compte, les travaux ne sont pas spécifiés ; on voit cependant qu'ils ne laissèrent pas d'être considérables.
On avait emprunté d'une paroissienne, Jeanne la Baillardc, trésorière, la somme de 3o 1. « pour fournir la parpaie de 60 tonneaux de pierre de Vernon, »ct on lui avait donné en gage les couronnes de l'église, notamment celle de la M ère- Dieu.
Du 22 septembre 1470 à la Toussaint 147^, on eut à payer 62 1. 10 s. 6 d. aux déchargeurs et traîneurs qui charrièrent la pierre, du quai à l'aître de l'église.
Un procès s'engagea en cour d'église entre la fabrique et les maçons, je ne sais pour quel sujet. Il y est fait allusion, en ces termes, a la date du 3 mars 1479 (V. S.) : € Pour avoir mené le procès en cour d'église contre les mâchons, 3o s. •
Le M) août 1487, Colette Masselin, veuve de Pierre Dufour, donna ce qu'il fallait pour Tachât de verre nécessaire « être mis à l'OO du grand portail et 6 petits fourmeemens de verre qui sont au-dessous dudit OO. »
Quand on fit la voûte de devant la chapelle des Trois- Nativités de Jésus, de Marie et de saint Jean- Baptiste, la même paroissienne donna à la fabrique un écu d'or du Roi avec un surplis et un doublier d'œuvre de Venise (Pentecôte i4«iô).
Aux premières années du siècle suivant, nous trouvons
(1) Ou maître Ambroise de Saint-M.uiou. — « Collation flic te avec les maîtres de maçonnerie de Rouen, c'est assavoir Le Ggncrre, Ambroise de Saint-Madou et Jean Le Vite, pour sçavoir si la tour Saint-Romain pourrait porter et soutenir un estage de machonnerie de hauteur, 2 5 s. 6 d. » Arch. de la Seine-Inférieure. G. i5o3.
mention d'un architecte bien connu, Pierre Gringore. Ce fut lui qui acheva la lanterne (i) et qui fit les escaliers par lesquels on y accédait, ainsi que l'élégant escalier de pierre des orgues.
En 1 5i4, la tour est visitée par les maîtres maçons de la ville : Maîtres Rouland Le Roux, Pierre Gringore, Pierre Delorme et Jacques Theroulde.
Peu de temps après, on fit les quatre tourelles, en finissant par celle qui est du côté du presbytère, ainsi que les piliers entre lesdites tourelles, et la vis de pierre de la tour. Le travail fut exécuté par Etienne Cauchée et par son fils, payes, le premier, à raison de 4 s. 6 d. par jour, le second, à raison de 2 s. 6 d.
Gringore avait tracé les pierres aux maçons et fait faire en bois les moules de la vis. On voit aussi figurer une somme de 102 1. 2 s. 6 d., à lui payée, c pour avoir fait et parfait ladite vis de pierre, pour peine de maçons, tailler et maçonner. »
Une aiguille en bois ne tarda pas à s'élever, et Ton n'épargna rien pour la rendre agréable à la vue. Ce fut l'œuvre d'un nommé Martin Desperrois. Il se mit au travail en 1 5 17-
Les huit piliers qui entouraient cette aiguille furent dorés et peints en blanc, rouge, jaune et noir.
Bientôt elle fut revêtue de plomb, peinte de fleurs de lys de noir. On y figura un grand prophète en plomb, lequel fut exécuté d'après un patron en bois de noyer que fournit l'imaginicr Jean Pottyn. Jean De Lion peignit ensuite cette figure.
Une croix de fer, œuvre du serrurier Martin Le Bourg, fut fabriquée au château et montée au haut de la flèche.
(1) Le compte de 1 5 16 à 1 5 1 7 prouve bien que déjà la lanterne était voûtée, puisqu'on paya 2 s. à un maçon pour avoir fait les trous ù la voûte de ladite lanterne pour passer les cordes du contre-poids de l'horloge.
Elle pesait ySj livres. Elle fut dorée et blanchie de blanc de plomb ù huile pnr un nomme Barail ; on peignit de même les dauphins qui l'accompagnaient.
Le coq (ou coquet), qui la surmontait, fut « rhabillé et refait par un dinand. »
Ce clocher fit pendant longtemps l'admiration des connaisseurs. II était réputé un chef-d'œuvre dans le temps où notre ville n'était pas moins fière de ses œuvres de charpenterie que des œuvres de maçonnerie.
Il est ainsi décrit dans l'Histoire de Rouen, de Farin : « La hauteur de la lanterne qui est sous le crucifix est de 124 pieds. De ce lieu jusques aux cloches, on en compte i3, et le reste du clocher, qui tinit en pointe, est encore de 100 pieds ou en\iron. On y peut monter par dehors jusques a la croix sans échelles et sans établies, tant il est artistement travaillé. Il faut bien dire que les arcs-boutants et les autres ornements qui embellissent ce dehors sont admirables; presque tous les étrangers en ont pris le modèle, qu'ils ont tait graver en taille-douce, dont les copies se vendent publiquement a Rome. •
Cette flèche subsista jusqu'en 1 730.
En 1732, elle menaçait ruine.
Après avoir constaté dans un mémoire l'état de ce monument, t entièrement caduc et dont la chute eût causé un effroyable dommage ù l'église et aux maisons a voisinantes, » le curé et les paroissiens eurent recours ù l'autorité de l'Intendant, lequel ordonna qu'en présence de quatre des principaux habitants, un procès- verbal serait dressé par le sieur J.-B. Delorme, architecte de Rouen (22 août 1732).
Cet architecte, auquel fut adjoint un maître charpentier, François Gibon, s'acquitta de sa commission, le 6 septembre 1732.
On voit par son procès-verbal que la flèche de Saint- Maclou reposait sur un corps carré de maçonnerie de
108 pieds de hauteur, à commencer du dessus du porche de l'église et de 2 1 3 marches ;
Qu'elle était en charpente, dont tous les bois étaient revêtus de plomb dans Je pourtour du dedans et du dehors ainsi que les amortissements du clocher-;
Que le clocher avait i32 pieds, y compris la croisée, de 17 pieds sur 28 pieds de largeur à sa base, et qu'elle comptait 10 enrayures.
L'édifice surplombait d'environ 6 à 7 pieds en trois endroits.
L'inclinaison se faisait sentir du côté du midi.
Les experts estimaient que, pour éviter la chute totale du clocher, il fallait le démolir en entier; ils reconnaissaient toutefois qu'il pouvait encore durer quelques années ; mais, à leur avis, c'eût été beaucoup risquer.
On en fit cependant l'expérience, et les choses restèrent en l'état pendant deux ans entiers.
En 1734, nouvelle requête des trésoriers. Us demandaient avec plus d'instance « que le clocher fût démoli et qu'il fût en ensuite réédifié, ainsi et de même qu'il était, sur la promesse faite par eux de fournir, pour leur contribution à la dépense, une somme de 10,000 livres, qui serait empruntée, au nom du Trésor, parce que les propriétaires ac maisons et héritages de l'étendue de la paroisse seraient tenus de contribuer et suppléer au surplus des dépenses, par taxe et imposition, à proportion et au marc la livre de leurs revenus, objet de peu de consé* quenec pour les propriétaires, si Ton considérait le grand nombre de maisons qui dépendaient de la paroisse, laquelle composait au moins le cinquième de la ville, et si Ton taisait attention, qu'anciennement, lorsqu'il y avait moitié moins de paroissiens, pareille contribution avait été ordonnée et levée pour la construction de l'édifice en question. »
L'Intendant ordonna, sur cette requête, qu'en présence de six des principaux habitants, il serait dressé par lt
même Delorme, un nouveau procès-verbal et un devis estimatif de ce qu'il en coûterait pour la démolition et la reconstruction en question (14 janvier 1734).
Conformément à l'avis de cet architecte, on décida de démolir le clocher jusqu'à une ligne courbe, marquée sur le plan, c'est-à-dire d'en abattre une longueur de 54 pieds, formant, à 2 pieds près, la moitié de la construction, et de prendre son temps pour le reconstruire, tel qu'il était, suivant le vœu exprimé par le Conseil de ville.
Le 21 mars 1735, l'adjudication des travaux se fit au rabais. Pierre Le Brument se rendit adjudicataire pour la somme de 5,900 livres. Les bois furent réservés.
La construction était évaluée à une soixantaine de mille livres. Mais elle fut toujours ajournée. Ce n'est que de notre temps, après plus d'un siècle et demi d'attente, que Saint-Maclou a recouvré sa flèche : elle se marie heureusement avec les tours et les clochers qui sont un des plus beaux ornements de la ville.
Le Conseil municipal contribua à la dépense de ce travail avec une générosité qui l'honore, et s'estima heureux de le voir confié à un habile architecte. M. Barthélémy.
La flèche nouvelle, toute en pierre, vaut bien sans doute celle de Martin Despcrrois.
Et, toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de regretter la décadence, ou plutôt la disparition complète d'un art dont Despcrrois et Robert Bccquet ont été, à Rouen, les illustres représentants. Les charpentiers, qui construisaient des pignons de formes si pittoresques, si variées et si élégantes, qui élevaient dans les airs, au sommet des tours, des flèches si hardies, allaient de pair avec les architectes les plus renommés. C'étaient de véritables artistes qui peu à peu ont été remplacés par des hommes de métier.
Comme il y a tout lieu de supposer que dans le choix des architectes, dans la direction des travaux de Saint- Maclou, une part assez considérable revient aux curés de
cette église, nous croyons à propos, par motif de gratitude, et aussi en vue de favoriser des recherches encore incomplètes, de donner leurs noms en nous en tenant à la période comprise entre les années 1432 et i522.
Jean Boissel, docteur en droit, était curé de Saint- Maclou, lorsque la construction de l'église fut commencée.
Il avait succédé, dans cette cure, à Jean Le Mercier, chanoine de Rouen, qui avait été privé de ses bénéfices, le 21 juillet 142 1, pour avoir adhéré au Dauphin. Ce qui prouve sa capacité, c'est qu'il avait tenu , ■ pendant un certain temps, la cour de l'official (18 décembre 1426), et qu'il fut un de ceux que le chapitre désigna pour représenter rKglisc de Rouen au concile de Bâlc. Il décéda vers le () décembre 1436, après avoir légué à la fabrique une somme de 5o livres qui fut versée, le i« p mars 1437, par son héritier, comme lui nommé Jean Boissel.
On trouve, après lui, en 1444, Guillaume de Livet; le 1 dinars 1448, Raoul Bourdon, chanoine de Rouen et curé dcConnelles, décédé antérieurement au 3 juin 1458 ; en 1462,
Guillaume Auvray, chanoine de Laon et d'Evreux, dernier février 1481. Ce dernier était originaire d'Auffay. II fit ériger au cimetière de cette paroisse, dit le Clos- Jacquet, une chapelle dédiée à saint Claude. Par son testament de 1480, on voit qu'il avait légué à son église de Saint-Maclou, pour faire des orgues, une somme de 200 francs, « lesquels avoient été payez et les orgues faictes. » Il dJcéda le 20 août 1480.
Guillaume de Bricquebcc, licencié en droit, lit ter arum apostolicarum scriptor (i), et commensal du cardinal d'Kstoutcville, archidiacre de Bauptois, en l'église de Coutanccs, et vicaire général de Rouen, 23 août 1480- 26 août 1482.
(1) Il parait avoir été nommé curé de Saint-Maclou une première fois en 1472. Je ne saurais dire pourquoi sa nomination n'eut pas d'elle t.
Guillaume de Perrieres, i5o6-i5o7.
Arthur Fillon, docteur en théologie, ami et vicaire général du cardinal d'Amboise, 22 juin i5o8. Il fut nommé àTévèchéde Senlis en i522.
Ce fut sous lui qu'eut lieu la dédicace de Saint-Maclou. Il fît, à cette occasion, une donation à son église.
J'ignore pourquoi, en i522, lui étant encore curé de Saint-Maclou, ses paroissiens furent excommuniés.
Jean Le Sueur (Sudoris), proviseur du collège de Justice à Paris, comme Fillon, comme lui, docteur en théologie, député plusieurs fois aux États de la province de Normandie. 11 décéda en 1 543.
Comme supplément à cette Notice, nous rangeons quelques notes relatives à Saint-Maclou. Elles sont relatives a la décoration intérieure de cette église et a certains usages religieux ou civils, en général assez peu connus.
Banc des reliques donné, antérieurement à 1527, par MM. Dufour, et orné de leurs armoiries.
Bancs, — Il n'y eut, d'abord, de bancs que pour les femmes, et encore par exception. — 1479 : « De la Faufrcline, pour sa place de l'église, 2 s. 6 d. •. — 1519:* Binot Hamcl a donné au Trésor, pour ung petit banc qu'il a faict asseoir au long du degré des ogres (1), pour asseoir sa femme, 20 s. ... ; de Marion de Bourdeny, vcfve, pour asseoir ung petit banc contre le pillier de la chappelle Saint-Cler pour soy asseoir, 3o s.; de Katherine Le Pcsqueur, pour ung petit banc qu'elle a faict asseoir contre le pillier d'au long la chapelle Mons. Saint Leu, 3ô s. »
Chaires. — Il y avait, dès le xv* siècle, une ou deux
(1) Les ogres, ces êtres fantastiques, plus connus par les contes que par la littérature sérieuse, ne me paraissent être autre chose que les orgues de nos églises, personnifiés par une imagination enfantine.
chaires à Saint-Maclou. Mais ce devaient être des meubles d'une faible valeur et sans le moindre intérêt artistique. t Paie à Loys Papillon, huchier, pour la chaire Saint- Maclou, 1 1 s. 3 d. — A ung huchier, pour avoir faict une chaire neuve à preschcr pour M. le curé, 40 s. 1 — ibyZ 1 t Paye à ung brouettier, pour avoir este par plusieurs fois, quérir la chaire de Saint-Ouen, à faire tant le sermon à lad. église Saint-Maclou comme à l'aistre, 7 s. 6 d. »
Horloge. — En 1478, on fit une collecte dans la paroisse pour l'achat d'une horloge : t De Mons. de Saint-
Pol pour ayder à faire l'orloge, etc » — € Paiement
fait, en i5i8, à Philippe Marie, orloger, demeurant à Blainvillc pour avoir rabillé l'orloge et le cadran, 5o s. ; paiemcns fait au même pour y avoir mis des contrepoids sur la voûte du portail du côté de la rue Martainville. » — Chargés de Yarrunage ou gouvernement de l'horloge : en 1 5 1 7-1 5 1 9, Jean Le Tellier; en i52i et i522, Bertrand Marsis ; en 1 523, Jean Sebire. Leurs gages étaient de 6 1. par an. Chargé de Yarrunage du cadran, en 1 5i 5 et 1 5 1 8, Guillaume Le Maistre, aux gages d'une cinquantaine de sous par an.
Orgues. — Il y avait des orgues antérieurement à 1480, ainsi qu'il a été dit précédemment (1). En 1 5 17, ces orgues furent réparées par un fabricant nommé Pierre Bert.
De i5i8à 1 5 19 on eut à payer au menuisier Nicolas Castillc, plus de 400 livres, pour la hucherie des orgues. Le mot menuisier avait alors plus de valeur artistique qu'il n'en a de nos jours.
Les pendants des orgues, en étoffe, attachés à des anneaux en mitraille, furent peints par un nommé
(1) Les organistes furent Raoulin Bouchart, i5i7-i5i8; Thomas Bonncullc, 1 5 14-1 523. En i5ao, les gages de ce dernier étaient portés de 8 1. à 16 1.
J acques De Sccz, et bordés de longue frange et de ruban teint en jaune.
Dans le même temps, Pierre Gringore fit le degré des orgues, dont la dépense s'éleva h 2o5 1. (23 nov. 1 5 18- 5 avril i52o).
Outre ces grandes orgues, faut-il croire qu'il y en ait eu d'autres au Jubé, à l'entrée du chœur, ainsi que cela eut lieu pendant un certain temps à la Cathédrale, ou bien faut-il entendre, par ce pupitre qui soutenait les orgues, la tribune du bas de la nef?
Dans un contrat du 7 juillet 1527, transcrit au f°VIII xx XII du cartulaire de Saint-Maclou, on lit que M. Dufour, conseiller de la ville «c avoit donné et livré ungs orgres estans au pourpisire de l'église, ayant parement devant et derrière, dont les tuyaulx dudit parement de devant estoient de boys ayant pieds jusques à la lumière, en façon de tuyaulz d'estain, et le parement en tuyaulx de derrière estant destain, fourni 430 de tuyaulx tant de bois que d'estain, ausquelles orgres y avoit d'abondant ung jeu de trompette de bois, et la hucherie et fust d'icelles orgues faict en façon d'antique, èsquelles y a 2 claviers au parement de devant, èsquelles orgues sont ellcvez en escuchons les armarics dudit Dufour, conseiller, et de la défunte de Croismare, sa femme \i). t
M. Dufour et sa femme ne s'en tinrent pas a cette libéralité; ils décorèrent le chœur en faisant mettre aux piliers les statues des Apôtres.
Les comptes de 1 5 1 7 et i52i, nous apprennent qu'outre ces statues il y avait quatre grands anges autour du maîtreautel, que surmontait une crosse a laquelle était suspendu le Corpus Domini.
Chaque année, un dinand devait fourbir et nettoyer ces anges et cette crosse, qui étaient en cuivre aussi bien que
(1) On voit par le même contrat que M. Dufour, leur fils, fit faire et parachever de ses deniers le pupitre.
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Tange du lutrin, les bassins des guérites (i), les six chandeliers devant le crucifix et la lampe du chœur. Cette décoration, qui rappelle celle qu'on avait adoptée pour le chœur de la Cathédrale, disparut en 1 562, lorsque Rouen tomba au pouvoir des protestants. Mais le goût ne changea pas pour cela, et quand Tordre fut rétabli, et que Ton se fut procuré quelques fonds, on se borna à reproduire ce qui avait été détruit.
Par marché conclu le 4 mars 1 567, Thomas Le Boucher et Pierre Le Fort, fondeurs à Rouen, s'obligèrent à faire, pour Saint- Maclou, « une croche de cuivre qui se roi t posée sur le maître-autel et serviroit à mettre le tabernacle, ainsi que quatre colonnes avec leurs piédestaux, le tout de cuivre. » Les colonnes devaient être surmontées d'anges du même métal.
Le contrat porte les signatures et les marques des deux artistes. La marque de Le Boucher était un canon, d'où il est permis de conjecturer qu'il fondait plus souvent des objets de piété que des pièces d'artillerie.
On avait prévu qu'on ne devait pas employer à cet ouvrage moins de i,5oo de cuivre. Le prix était fixé à 40 L le cent, soit 600 1. pour le tout, déduction faite de i5 1. par cent, prix du cuivre à fournir par les trésoriers de la fabrique. Ceux-ci devaient encore fournir aux artistes les ferrailles, le bois, le plomb, les planches et tout ce qu'il fallait pour asseoir les colonnes, ainsi que les ouvriers que nécessitait ce travail.
On accorda aux artistes jusqu'à la Saint-Jean pour la livraison de la moitié des colonnes, et jusqu'à la Saint- Michel pour la livraison de l'autre moitié.
De plus, on leur paya par avance 12 écus d'or.
Les délais s'écoulèrent sans que les deux fondeurs eussent rempli leur engagement.
Il est vraisemblable que Le Boucher n'avait pas tardé
(1) J'avoue ne pas savoir ce qu'il faut entendre par ce mot.
à mourir ou à s'absenter, car dès le 22 juin 1 571 , il n'est plus question que de son associe.
Les trésoriers de la fabrique poursuivirent ce dernier au bailliage pour le faire condamner, corps et biens, à opérer la livraison promise des quatre piliers ou colonnes de cuivre et des quatre anges.
Le 1 1 juin 1 5y 1 , il alléguait, comme motifs d'excuse, t les empeschements survenus en son estât depuis la conclusion du marché et durant les troubles estant en ce pays. »
L'année suivante, il déclarait qu'il lui était impossible « de trouver gens et ouvriers pour pollyr l'ouvrage et qu'il ne s'en pouvoit recouvrer. »
On peut se demander quand le travail put être achevé, et même s'il le fut.
La dernière quittance de Le Fort est datée du 14 août
Disons, pour compléter ce que nous avons appris de la décoration du chœur de Saint- Maclou, que dans la fondation de Jean Douchin et d'Agnès, sa lemme, il est fait mention « d'une piscine et repositoire faite et ordonnée à Saint-Maclou pour la distribution du pain et du vin des messes » (20 fév. 1477).
Le 26 janvier 1 5^3, on attacha un broc d'étain près du maître-autel, pour y mettre le vin quand on l'apportait chaque jour pour célébrer les messes de l'église. Ce broc était accompagné de six chopincttes.
Brodeurs. — Les comptes de Saint-Maclou fournissent les noms de plusieurs brodeurs et chasubliers.
Karadas. — 1621, «AAnthoine Karada*, marchand, demeurant auprez du pont de Rouen, pour 21 aulnes et demie de damas rouge pour les 4 chappes, à 65 s. l'aulne, 69 l. 17 s. 6 d. — Pour 5 aulnes de velours vert, 3o 1. Pour 1 aune de damas rouge, 5i sous. — Pour 4 quartiers d'ostade noire, 45 s. — Ô22, pour 3 aunes de damas rouge à fleurons d'or, y s. l'aune; pour 5 quartiers de velours vert pour faire les orfrais, 6 1. l'aune ; pour
16 aunes de damas noir, 3 aunes 3 quarts de velours pers pour les orfrais, 44 1. ; pour velours rouge, 22 1. 10 s. »
Polet Tyrée ou Tyret et Richard et Roger Baudry, chasubliers. — i522, « A Polet, chasublier, pour avoir fait 22 fleurons d'or à Tune des chapes de velours cramoisi, 4 1., etc. »
Gosse Yponense, chasublier. Le 23 novembre i523, on lui paya 74 1. pour orfrais de la chape blanche et pour l'ornementation de la chasuble.
Le 2 5 mars 1 5 17, M c Jacques Dufour donna un contreautel, fait tout de broude de soie et de fil d'or, et un calice d'argent, doré de fin or.
Marguerite Dufour, veuve d'Antoine Dufour, donna pour sa part, un contre-autel de velours rouge, où il y avait « ung crucifix et un saint Anthoine et une sainte Marguerite. » Antoine Langlois, flamand, et des Espagnols domiciliés chez lui, donnèrent de leur côte, le 22 juin i5i6, un autre contre-autel représentant un crucifiement par personnages, à champ vert.
En 1 523, Guillaume Dufour, chasublier, fit pour l'église Saint- Maclou des ctolcs et des fanons. Un membre de la même famille, aussi chasublier, Jean Dufour, fut chargé d'acheter, à Lyon, pour ladite église, 16 aunes de velours cramoisi.
Livres. — 22 décembre 1476, on eut à payer à M e Jean Le Carpcntier, prêtre, sur deux processionnaires qu'il avait écrits pour la paroisse, 20 1. 12 sous, et, le 16 mars, pour parfait paiement, ou comme on disait, pour par paie y ij s. 6 d.
Mars 1479 (v. s.), de la Baillardc donne tpour avoir ung manuel pour l'église, 5o s. D'unes matines trouvées dans l'église et que l'on vendit, 12 d. A Jacqueline, fille de Jeufïin Vastel, pour avoir fait un psautier au livre de la Chcsnave, 22 sous.»
1 5 1 5, t paie à Pierre Le Breton, pour 2 manueuls escripts en moullc, 8 s. Pour deux autres manueux à batiser et
onction; 8 s. Pour escrire de grosse letre et noter sur parchemin la passion de mardi en la Semaine Sainte, 28 sous. »
• Le 26 septembre i5i8,à Nicolas D'Auberville, libraire, pour avoir recouvert, relié et nectoyé ung épistolicr de l'église, 1 2 s. 6 d.
« 24 juillet 1 520, à Mathieu De La Londe, pour avoir faict des cayers de Sanctus et Agnus, avecques les Kyriés, 5 1. ; le dernier août, pour le gradal, 40 s. A Estienne Du Moustier, pour 52 lettres carrées d'or bruny et pour 260 versets d'or bruny, ~b sous. Le 17* jour d'octobre i520, à Nicolas D'Aubcrvillc, libraire, pour 2 couvertures et ferrures de 2 volumes du gradal, pour les avoir relayez et nectoyez et pour 4 fermans, 7 1. 5 s. »
2 5 mai i52i, achat d'un missel, 26 sous.
« 2t) juin i522, à Nicolas D'Aubcrville, pour avoir relie, nectoyé, reblanchy et recollé 2 psautiers avec 3 processionnaires et 2 manuels, 4 1. 10 s. »
Orfèvres. — En i5i6, Colin Auzoult fait un sacraire et répositoire ou custode d'argent pour le Corpus Domini, d'après le pourtrait (dessin) donne par un nommé Linard Fesche, qui eut 18 s. pour sa peine. Le sacraire coûta plus de 140 1.
Verrières. — Le 10 juillet i52o, on paya à Jean Le Vieil, 4 1. pour 3 panneaux de verre à personnages, mis à la chapelle Sainte- Barbe, que les grands vents avaient fait tomber. Le même verrier, au mois d'août i52i, ncttova et refit les verrières du Revestiaire ou sacristie. Le 14 janvier i520, on paya à Jean Barbe, autre verrier, pour 3 panneaux de verre du côté de la petite aître, 72 sous 6 deniers. Le 25 janvier i522 (V. S.), on paya à Gabrielle Harcnc 40 s. pour avoir fait un panneau sur le portail de ladite petite aître, ainsi que des vitres à la chapelle de l'Annonciation. Le 17 juin 1 523, Barbe reçut 8 livres pour avoir livré 12 panneaux des verrières
des chapelles de Saint-Maclou et avoir mis et ajouté le nombre de 1 3o pièces de verre, tant aux chapelles qu'en la nef.
Les comptes de Saint-Maclou mentionnent des achats de vin vermeil pour administrer les paroissiens aux principales fêtes de Tannée, spécialement à Pâques.
c Pour ung poinsson de vin vermeil qui a esté achepté par les trésoriers, pour administrer les parroissiens à la leste de Pasques i5i8, 6 livres.
» Pour ung poinsson de vin vermeil de Paris, pour administrer les paroissiens durant la feste de Pasques i5ic>, 8 1. 20 d.
• Pour ung poinsson de vin vermeil de Paris, pour administrer les personnes pour la feste de Pasques 1 520, 4 1. »
< En 1 52 1, a la foire de la Chandeleur, achat d'un poinsson de vin pour l'administration de Pâques, pour les paroissiens, 8 1. 1 1 d.
» En 1 522, achat d'un autre poinsson de vin vermeil pour administrer les paroissiens à la même fête, 6 1. 12 s.
» En 1 523, à la foire de la Chandeleur, achat d'un muid de vin pour l'administration de paroissiens, 9 1. 1 1 s. »
Au compte de 1 585, t est à noter qu'il n'est faictaulcung article de mises pour le vin des communians ny de ceulx qui l'ont verse et distribue, ensemble pour le charpentier qui a dressé les lyces pour le jour de Pasques, d'aultant que le tout a esté payé des deniers provenus et cuellis aux reliques le jour de Pasques. •
Cette sorte de fourniture, nous avons eu l'occasion de le constater bien des fois, n'avait rien de particulier à l'église Saint-Maclou.
Il en est de même d'une autre fourniture qui figure également, aux chapitres de la dépense, dans tous les comptes ; nous voulons parler d'herbes pour faire la pavée à la Pentecôte, à la Trinité, au Saint-Sacrement, ù la
Saint-Jean-Baptiste, à la Saint-Martin, a l'Assomption ; — de feurre ou pouldreure sèche à No£l, à la Dédicace, à la Saint-Maclou, à la Chandeleur.
On peut remarquer, dans ces comptes, des sermons faits au grand aître, ou grand cimetière, le mercredi de Pâques et le i« r mai i5o5. A cette dernière date, les processions générales de la ville vinrent en ce lieu, et Ton y porta les reliques.
Cette même année, un grand if, donné par un paroissien, fut planté au cimetière par le fossoyeur.
Nous rappelons encore, pour clore cette série de notes, qu'à Fentrée du roi François I er , on abattit, par ordre de la Ville et moyennant indemnité, des maisons qui appartenaient à la fabrique, sises en la rue Claquerel.
Une aumône d'un écu sol, offerte par le Roi, le dimanche 23 avril 1 5 1 7, fut remise entre les mains de Nicolas Castille, ce menuisier dont nous avons cité le nom.
NOTE