‹ Nouveau recueil de Notes historiques et archéologiquesChapitre 28 sur 32 · LA RESTAURATION DE VITRAUX A SAINT-NICAISE DE ROUEN · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION DE VITRAUX A SAINT-NICAISE DE ROUEN

Je crois de mon devoir de signaler à la Commission des Antiquités la rstauration, récemment effectuée, de deux grands vitraux du xvr* siècle, qui décorent les bas-côtes de F église Saint-Nicaise de Rouen.

Vous savez combien ces sortes de travaux exigent de patience, de sagacité, et aussi de désintéressement, des artistes qui en sont charges. Ce n'est pas, en effet, une petite besogne, que de remettre à leur place des morceaux déplacés par des ouvriers ignorants, de reconnaître ceux qu'un motif d'économie, ou tout simplement la nécessité pressante de fermer une ouverture, ont fait emprunter à d'autres vitraux, de restituer les parties qui font défaut, en s'inspirant du style de l'époque et du goût particulier du verrier primitif. Le public, en général, n'a point égard a des ditlicultés de cette nature : il réserve ses applaudissements pour les compositions originales, qui souvent demandent moins d'application et occasionnent moins de frais : raison de plus pour que la Commission des Antiquités ne marchande pas ses éloges à ceux qui veulent bien entrer dans ses vues et employer leur talent à la restauration de nos monuments historiques. C'est ce que vient de faire, avec un plein succès, M. Boulanger, peintreverrier de Rouen, en se conformant scrupuleusement au vœu du Conseil de fabrique et de feu M. le Curé de la paroisse Saint-Nicaise.

En comparant les photographies qui ont été faites des deux vitraux en question, avant et après la restauration, il sera aisé de rendre compte du mérite de l'œuvre. L'un, celui du bas-côte droit, porte la date de 1 555, en chiffres arabes. Il n'est pas douteux que l'autre, qui lui répond, et qui est au bas-côte gauche, ne soit de la même époque bien qu'il ne soit pas prouvé qu'il soit de la même main.

Le premier vitrail présente trois grandes figures : un évoque, accompagné de deux anges tenant des flambeaux. et, vers le bas, deux enfants; — une femme assise qui paraît tenir dans la main un rouleau; — une autre femme accompagnée d'une ancre, d'une ruche, d'une cage, et au-dessus de laquelle, dans un médaillon, on a figuré un vaisseau voguant sur la mer.

Le second vitrail présente trois figures de femmes debout. L'une a la tète couverte d'un voile ; elle s'incline dans l'attitude de la prière, et tient dans ses mains jointes un chapelet. Celle du milieu élève de la main droite une horloge qu'elle paraît consulter, tandis que, de l'autre, elle presse sur son cœur un mors, symbole de la retenue dans les paroles et dans la conduite. La troisième, remarquable entre toutes par la noblesse et par la pureté de son expression, a le Iront ceint dune couronne, et sa main gauche porte un rameau de lis, double symbole de la victoire remportée sur les passions et de l'innocence, conservée ou reconquise. Il n'y avait pas d'inscriptions au-dessous de ces ligures. M. Boulanger s'est cru fonde à nommer les \ertus que les emblèmes sont censés représenter. Ce sont. au premier vitrail, la Foi, la Charité, l'Espérance; au second, la Mortitication, la Tempérance, la Chasteté. Après y avoir réiléchi, j'éprouve, je dois l'avouer, quelques doutes sur la justesse de quelques-unes de ces qualifications. La Charité, s'il faut la reconnaître dans cette figure grave et méditative du premier vitrail, s'éloignerait notablement du type généralement adopté. La Mortification pourrait

être tout aussi bien la Pénitence, la Chasteté l'état de Grâce, et la Tempérance la Discrétion, c'est-a-dirc trois figures qui s'appliqueraient assez naturellement à la confession, et dont le choix s'expliquerait, comme profession de foi, dans un temps où ce sacrement était battu en brèche par les protestants.

Sur un cartouche au-dessus de la figure du milieu, dans le second vitrail, on lit Gib y ce qui pourrait bien être le nom abrégé du peintre-verrier. Or, parmi les noms de verriers que j'ai recueillis, je trouve : Marguerin Giboult ou Guiboult, mentionné, avec Guillaume Le Vieil, autre peintre-verrier, dans un compte de la fabrique de Saint- Sauveur de Rouen, de i 3*7-1 3XS.

Il n'est pas douteux cependant que, précisément à l'époque où ces vitraux furent composés, Noël Le Tardif n'ait été employé, comme peintre-verrier, a la décoration de Saint-Nicaise.

Il était tils d'Olivier Le Tardif, comme lui peintre-verrier, et qui paraît avoir joui d'une très grande réputation a Rouen.

Le nom d'Olivier Le Tardif est fréquemment cité dans les comptes de la fabrique de la cathédrale, de 1 534Î1 1 333

Cet artiste est mentionné comme notable dans k*N regiNtresde délibérations de THotel-de-Ville de Rouen, de i33o à i33o 11-. Il fut délégué par sa paroisse pour répartir, avec les échevins, l'imposition demandée par le Roi, pour la solde des troupes, le <> mars i33<».

Il demeurait à Rouen, paroisse Saint-Nicolas, rue de la Croix-de-Ker, anciennement rue des Verriers, dans une maison qui avait pour enseigne TKcr dk Vkkkk.

Il dut mourir en 1337. Du moins voit-on, dans un compte de la communauté des Carmes de Rouen, qu'on paya, cette année, à ces religieux, une somme de 20 sous,

(1) 22 août i33ô, H) août i3.*8, 14 nov. 1340. n> mai i34*. 2 juin 1348, 28 août i33o.

pour leur assistance à son convoi : t De conductu Oliverii Tardif apud Sanctum-Nicolaum, 20 s* »

Noël Le Tardif fut chargé de plusieurs travaux de réparation de verrières à la cathédrale. Il vivait encore en 1 575. Dans un contrat du i3 décembre 1575, il s'intitule vitrier, demeurant en la paroisse Sain te-Crotx-des- Pelletiers, seul fils et héritier de défunt Olivier Le Tardif, en son vivant, demeurant paroisse Saint- Nicolas. Il signe Noël Le Tardif. Sa signature est accompagnée de sa marque, qui représente quatre carrés plus ou moins réguliers, inscrits dans un écusson de fantaisie.

NOTE

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