‹ Nouveau recueil de Notes historiques et archéologiquesChapitre 29 sur 32 · SUR LK CUIR DORÉ · texte numérisé non relu

SUR LK CUIR DORÉ

En i83o, M. E. De la Quérière publia un mémoire intitulé : Recherches sur le cuir doré, anciennement appelé or basané et description de plusieurs peintures appropriées à ce genre de décor. Plus tard, en 1S41 , il revenait sur ce sujet, lorsqu'il eut à s'occuper de tableaux en or basané, qui ornaient autrefois un appartement de Phôtel Détancourt, ancien hôtel du Lion-d'Argcnt, rue de la Grosse- Horloge, en face de la rue Thouret (1).

J'ajouterai quelques renseignements a ceux qui ont été fournis par notre collègue.

Mczeray, dans son Abrégé chronologique de l'Histoire de France, parle des manufactures de cuir doré qui avaient été établies par Henri IV. vers iôo3, aux faubourgs de Saint-Honoré et de Suint-Jacques de Paris 12}.

Ces manufactures réussirent si bien qu'elles furent bientôt en mesure d'approvisionner à leur tour l'Espagne, d'où antérieurement, selon toute vraisemblance, la France Élisait venir des produits analogues.

J'en trouve la preuve dan* une attestation certifiée devant les tabellions de Rouen, le u mai 11*07, par un nommé Mathieu Doom, l'un de ces riches négociants flamands qui avaient élu domicile dan< cette \ille. Il certifie que, vers le 7 avril précédent, il avait chargé dans le na\ ire la Marie,

(1) Description historique des maisons de Rouen, II, 102 et suiv.

(a) 3* partie, tome V, page 2S8 (édition d'Amsterdam, chez Abraham Wolfgang).

capitaine Pedro de Thubic, de Saint-Jean-de-Lux, pour être expédié à Saint-Sébastien, un ballot de trois douzaines de cuir maroquins de couleur et de 200 clous à tête dorée. petits, moyens et grands, avec un pavillon de serge jaune imprimée et deux douzaines de parchemin. Les cuirs venaient de Paris; le pavillon avait été fabriqué à Rouen.

A une époque plus récente, Rouen devait avoir aussi ses manufactures de cuir dore. Je citerai, à l'appui de cette assertion, le contrat de mariage passé, le 4 juillet 1684, entre Jeanne Carré et Jean Delpergat, peintre tapissier en cuir dore, demeurant à Rouen, paroisse Sainte-Croix - Saint-Ouen, fils unique de feu Jean Delpergat, bourgeois de Rouen, aussi peintre tapissier en cuir doré, et de Jeanne Parent. On note que Jeanne Parent s'était remariée avec un autre tapissier en cuir doré, Jean Jourdain, domicilié sur la paroisse Saint-Hilaire de Rouen.

11 est à remarquer que le cuir doré était employé pour la décoration des églises, aussi bien que pour celle des maisons particulières. Ainsi, le compte de Saint-Maclou de Rouen de 1675 mentionne le paiement fait, aux sieurs Vinant van llomomcn et François Le Coultrc, d'une somme iii- ; - iives pour ic cuir d rc mis a la connétable du grand au ici de cette église.

Vinant van llomomcn et Delpergat sont des noms étrangers. Je suis porté à supposer que la fabrication du cuir doré fut introduite à Rouen par des ouvriers espagnols ou flamands, et que c'est à Rouen que furent fabriquées les curieuses tentures de l'hôtel Détancourt, peut-être uniques dans leur genre, dont nous devons la description à M. De la Quérière.

NOTE

SUR UNE MAISON DE ROUEN AYANT APPARTENU A LA VEUVE ET AUX ENFANTS DE GROTIUS

Hugo de G root ou (jrotius, ne ù Dclft en i 583, mort en 1Ô46, est trop connu comme érudit, comme publiciste et comme homme politique, pour qu'il soit nécessaire Je rappeler ici ses titres à la célébrité. 11 sutlira d'indiquer qu'il vécut onze ans en France avec une pension de Louis XIII, qu'après une absence de quelques années, qui tenait a ce qu'il était mal vu de Richelieu, il revint dans notre pays en it>35, comme ambassadeur du roi de Suéde, et qu'il y resta jusqu'en 1 04 5 (1).

Je ne serais pas surpris qu'il eût eu quelques rapports avec la ville de Rouen.

Ce qui me le ferait croire, c'est un contrat passé devant <Iavé, notaire en cette ville, le dernier mars m'ho. Par cet acte, Jean Barton. vicomte de Mnnthas. grand maître des eaux-et-forêts au département de Normandie u), colonel d'un régiment d'infanterie au service de MM. des Etats des Provinces-Unies, capitaine et major de cavalerie au même service, vend à Joachim Colinet, marchand a Rouen, une maison bâtie et plantée, paroisse Saint-Sevcr, au carrefour de Bonne-Nouvelle, proche la place de la foire du Pré. Il est spécifié que Barton agissait, dans cette circonstance, au

(1) Voir l'i'e dv Grotius, de Burigny, Paris, Dcbure, i7.*>-i, a toI. in- 12.

(a) II avait été nomme i;rand maître vies eaux-et-t«>rcts en

nom de sa femme Cornelia Grotius, et de son beau-frère Pierre Grotius. pensionnaire de la ville d'Amsterdam. enfants et héritiers de défunte dame Marie de Reygisberg. lors de son décès veuve de M. Hugues Grotius, ambassadeur de S. M. Suédoise.

Notre collègue M. Paul Baudry est mieux placé que qui que ce soit d'entre nous, pour arriver â déterminer avec précision l'emplacement de cette maison, à laquelle le nom de Grotius, qu'il l'ait habitée ou qu'il Tait simplement possédée, prêterait quelque intérêt.

A l'époque du séjour de ce haut personnage en France. le quartier Saint-Sever était habité par une colonie hollandaise. C'étaient des Hollandais qui s'étaient proposes pour la reconstruction du pont de Rouen. C'étaient des Hollandais qui, en iôo5, avaient établi dans ce quartier des manufactures de toiles, façon de Hollande. On rencontre aussi plus d'un nom hollandais parmi les ouvriers qui furent employés a la fabrication des faïences (i) dans les ateliers de Poterat.

(i) 3 juillet 1672, baptême, par le ministre de Qyevilly, <Ju fils de Girard-Nicolas van Braquel, travaillant à la valencerie, et de

Marie Acart.

NOTICE

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