‹ Nouveau recueil de planches coloriées d'oiseaux (volume 2)Chapitre 34 sur 121 · IU · texte numérisé non relu

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MEGAPODE A PIEDS ROUGES.

MEGAPODIUS RUBRIPES. Txuw.

Le Mdle adulte. — Planche 411.

La seconde espèce de ce groupe est facile à reconnattre de celle publiée planche 220, et de la troisieme nommée dans le pays Tavon (1), que M. Gaimard vient de dédier à la mémoire de l’infortuné La Peyrouse : ces deux espèces ont les pieds noirs; celle-ci les a d'un beau rouge. Elle ne diffère point par la taille du Megapode Freycinet; mais il y a une assez grande disparité dans les couleurs du plumage.

Notre Mégapode d pieds rouges a, comme ses congénères, une grande partie de la gorge et les joues couvertes à claire-voie de petites plumes; l’intervalle quelles laissent entre elles montre la peau nue, plus ou moins rougeàtre de ces parties; de petites plumes brunes alongées couvrent la téte et l’occiput ; le cou, la partie supérieure du dos, la poitrine et tout le devant du corps sont d’un bleuàtre terne, ou couleur de plomb; les ailes et le dos ont une teinte olivAtre foncée; le croupion, l’abdomen, les còtés des cuisses et la queue sont rouxmarron; le bec est brun; les pieds sont d'un rouge-vermillon, et les ongles, à peu près droits ou très-peu courbés, sont noîrs. Longueur totale, treize pouces.

Jai lieu de croire que les sexes ne different point : quatre individus rapportés par M. Reinwardt, de ses voyages dans l’archipel des Indes, ne présentent aucune différence dans les couleurs du plumage.

Le grand Mégapode, connu aux Célèbes sous le nom de Maleo, ne nous est point encore parvenu. Jen fais la remarque, afin que

l’espèce décrite dans cet article ne soit pas confondue avec ce qua-

(1) Nous faisons suivre ici la description du Mégapode Tavon figuré dans la partie zoologique du Voyage du capitaine Freycinet. C'est sans doute par erreur que M. Gaimard g’attribue la séparation genérique du groupe Megapodius.

Recuerr D’OrseAux, 69°. LIvRAISON.

MÉGAPODE A PIEDS ROUGES.

triéme Mégapode, l'un et l’autre se trouvant aux Ceélèbes : celle du présent article habite aussi l’ile d’Amboine. M. Reinwardt a trouvé les ceufs de cet ciseau enfouis isolément sous le sable du rivage, et recouverts de débris de plantes.

La découverte des oiseaux que jai désignés sous le nom de Meégapodes paraît dater du temps des premiers navigateurs dans ces régions; il en est fait mention dans le Voyage autour du Monde par Magellan. Pigafetta dit, pag. 88, en parlant des oiseaux qui habitent

ile Massana oa Massava, une des Petites Philippines : « Il Ya aussi d'autres oiseaux noirs et gros comme une poule (1), qui font des ceufs aussi gros que ceux du canard, et qui sont fort bons à manger. On nous dit que la femelle pond ces ceufs dans le sable, et que la chaleur du soleil suffit pour les faire éclore. »

Cette remarque, et toutes celles consignées dans notre article du genre Mégapode et dans ceux des espèces du Mégapode Freycinet et La Peyrouse , ne laissent plus aucun doute sur la singulière habitude propre à toutes les espèces connues de ce genre. Il nous tarde d’apprendre, par nos naturalistes voyageurs, si les jeunes Mégapodes nés sur le sable de la grève, par la seule influence de la chaleur du soleil , n'obtiennent aucun soin ni aucune protection de la part de leurs parens ou de parens adoptifs, ou bien s'ils sont abandonnés è eux-

mémes dès leur naissance.

(1) Probablement notre Mégapode Freycinet, pl. 220.

MEGAPODE LA PEYROUSE,

OU TAVON.

MEGAPODIUS LAPEYROUSILGuimirbi

Cette espèce, découverte pendant l’expédition du Voyage autour du Monde, sous la conduite du capitaine Freycinet, est plus petite que les deux autres décrites par nous, et figurées dans les planches 220 et 411; elle a les tarses moins élevés, et sa taille est environ d’un quart moins grande dans toutes ses dimensions. Les plumes de la partie postérieure de la téte sont d’un brun-clair, effilées et susceptibles de se redresser un peu; celles du dos et des ailes sont brunes, irrégulitrement mélangées de roux vers la pointe; la couleur rousse est un peu plus claire sur la queue, à la poitrine et au ventre. Le bec est noiràtre en dessus, et couleur de corne dans ses autres parties. La peau nue du cou est d’une teinte jaune tirant sur le rougedtre ; les tarses sont jaundtres; les doigts et les ongles sont noirs.

Cette espèce a été dédiée par M. Gaimard à la mémoire du célèbre et malheureux navigateur La Peyrouse. On la trouve dans l’archipel des Mariannes, où autrefois elle était très-commune. Les anciens habitans lui donnèrent le nom de Sasségniaz; on assure méme qu'elle vivait en domesticité. Aujourd'hui on ne trouve plus de ces oiseaux dans les îles principales de l’archipel mentionné, telles que Guam, Rotta et autres; il faut aller à Tinian pour en trouver, encore sontils rares.

M. Dussumier a rapporté de l’ile Lucon un ceuf de cet oiseau ; que les habitans nomment Tavon. La couleur en est la méme que celle des ceufs des autres Mégapodes, c'est-à-dire d'un rougeàtre trèsclair; ils sont très-grands en proportion de la taille de l’oiseau. On trouve ces ceufs enfouis dans le sable, et recouverts par des feuilles ou bien de toutes autres matières qui sont à portée de l’endroit où

la couveuse dépose ses ceufs.

M. Dussumier m'a dit qu’en langue tagalle , le mot tavon signifie

MÉGAPODE LA PEYROUSE.

enfowir, étymologie qui servirait de preuve certaine et viendrait à l’appui du témoignage des voyageurs sur une habitude si remarquable dans des oiseaux de lordre des gallinacés.

L’individu tué par M. Bérard dans l’ile de Tinian est déposé dans les galeries du Musée de Paris.

Nous ne fournirons point de portrait de cette espèce, vu quelle est très-bien figurée dans la partie zoologique du voyage du capitaine

Freycinet.

GENRE TINAMOU.

GENUS TINAMUS. Lyra.

Bec médiocre ou long, gréle, droit, déprimé, plus large que haut; pointe arrondie, obtuse; aréte distincte formant une longue fosse nasale.

Narines latérales, percées dans la fosse nasale, vers le milieu du bec, ovoides, percées de part en part.

Pieds ; tarse long, garni d’aspérités à la partie postérieure, ou lisse; doigts courts, entièrement divisés ; le pouce très-court, élevé ou touchant la terre. Orggles petits et déprimés.

Queue nulle ou totalement cachée.

Atles courtes. Les quatre premières rémiges étagées; la première très-courte.

SI les oiseaux de l’ancien Continent et ceux de la partie septentrionale du Nouveau-Monde, qui composent le genre de la Perdrix, sont exposés aux poursuites d'une multitude d’ennemis, ceux de la partie méridionale de l’Amérique, compris dans le genre qui fait le sujet de cetarticle, sont encore plus que les premiers en butte aux attaques d'animaux qui cherchent à en faire leur proie. Une multitude d’espèces différentes d’oiseaux de rapine, attirées par l’abondance du gibier ; les troupes affamées des jaguars et autres mammifères carnassiers; le nombre considérable de reptiles qui se propagent dans ces chaudes contrées; plusieurs espèces d’insectes venimeux dont le sol est couvert; les fourmis marchant en essaims nombreux et en colonnes pressées; tout concourt à la destruction d’un genre d’oiseaux dépourvu de défense et souvent incapable, par son vol lourd et peu soutenu, de se dérober a la poursuite de ses adversaires. Point de tranquillité pour eux sur la surface de la terre, où ils se trouvent enveloppés par leurs persécuteurs; point de refuge assuré dans les airs, où les véloces oiseaux de proie, dont les espèces sont très-nombreuses dans ces contrées, fondent dessus avec la rapidité de l’éclair; aucun espoir d’échapper dans l’épaisseur des humides foréts, où l’animal carnassier et les serpens ont établi leur repaire.

L'instinet a enseigné aux Tinamous des bois un moyen plus sùr

REGUEIL D’OISEAUX , 70° LIVRAISON.

GENRE TINAMOU.

de se soustraire à tous ces dangers : cet instinct, qui paraît ètre commandé par la localité, les fait échapper pendant le jour à la poursuite opiniatre, et les garantit pendant la nuit d’étre enveloppés dans leur sommeil; c'est en se posant sur les plus grosses branches des arbres, et par une habitude qui semble contraire en quelque sorte à celle de tous ‘les autres oiseaux auxquels on pourrait les comparer, qu'ils se dérobent aux enquétes de leurs nombreux ennemis. C'est pour se soustraire aux mémes dangers que les Colins, ou Perdrix d’Amérique; et presque tous les ciseaux fissipèdes et palmipèdes de ces contrées, se perchent la nuit sur les arbres, ou se dérobent, sous l’ombrage hospitalier du feuillage, aux poursuites de cette multitude d’oiseaux de rapine et de mammifères carnassiers attirés par l’abondance du gibier.

Plus exposées aux poursuites de leurs ennemis, ces espèces de Tinamous, qui ont recu pour demeures habituelles les champs et les pays découverts, se voient réduites à chercher leur refuge dans un autre expédient, qui leur réussit pour se dérober aux yeux des animaux, mais duquel l'homme a su profiter pour leur livrer une guerre à mort. Opiniatrément blottis dans les fourrés des herbes très-hautes, les Tinamous des champs ne prennent que rarement recours au vol, et se laissent facilement tuer à coups de bàton par le chasseur qui a pu découvrir leur remise.

Si les Tinamous de la Guiane ont toujours l’habitude de se poser sur les branches basses des arbres, c'est qu'ls y trouvent un refuge contre les poursuites de leurs nombreux ennemis : l’absolue nécessité qui commande cette précaution è la Guiane n'est point la méme au Paraguay ni au Brésil, vu que ces ciseaux, très-nombreux dans ces contrées, y sont moins en butte aux persécutions d'animaux et de reptiles voraces. Toutefois, il est certain que M. d’Azara a eu tort de dire si positivement que les Ynambus ne se posent jamais sur les arbres, puisque des observations plus récentes faites au Brésil nous ont appris que deux espèces également propres aux contrées de la Guiane s'y posent de méme pendant la nuit sur les branches basses des arbres. Jobserverai encore qu’ l’exception de ces deux espèces, toutes les autres décrites par M. d’Azara sous le nom d' Ynambus, sont étrangères aux contrées de la Guiane, et ne se trouvent quau Paraguay. Quelques-unes de ces dernières vivent aussi au Brésil.

Il est essentiel de prévenir les naturalistes que le Choro (1) de

(1) D’Azara. Yoy. au Parag., v. 4, p. 156, n. 333, Traduct. frane.

GENRE TINAMOU.

M. d’Azara n'est point un Tinamou; l’oiseau décrit sous ce nom est une Poule d’eau des mieux caractérisées. L’Uru (1) du méme auteur est le véritable Tocro ou la Perdix Guyanensis des nomenclateurs. Cette espèce se trouve également à la Guiane , où elle est absolument la méme: ce que j'ai eu occasion de vérifier sur des individus des deux pays.

Je ne m'occuperai point à prouver ici que les Tinamous ne sont point des Perdrix ni des Gailles, bien moins des Outardes; le naturaliste un peu exercé à observer les caractères distinctifs des genres, se gardera bien de les confondre avec les espèces qui composent les genres d’oiseaux mentionnés.

Il paraît que Linné n'a point été à méme de voir une dépouille de Tinamou, puisqu'il range ces oiseaux dans le vaste cadre qu'il a donné au genre Tetrao; des caractères marquans et faciles à saisir distinguent les Tinamous de tous les Gallinacées, tant de l’Ancien que du Nouveau-Monde. C'est Latham qui leur a le premier assigné un genre particulier, sous la dénomination de Zinamus; depuis, le savant professeur Illiger a pu trouver bon de changer ce nom adopté contre celui de Crypturus (2).

Une des causes qui a le plus contribué à faire croire aux naturalistes que les Tinamous d’Amérique étaient du méme genre que les Perdrix ou les Cailles de l’ancien Continent, c'est que les colons, tant ceux de la Guiane que les Espagnols établis au Paraguay, et les Portugais du Brésil donnent aux grandes espèces de Tinamous le nom de Perdrix, et aux petites espèces, le nom de Cai/le. Les indigènes de la Guiane désignent ces oiseaux par le nom de Tiramou; au Paraguay et au Brésil, ils sont connus sous le nom d’ Ynambu.

Les Tinamous sont des oiseaux stupides, peu sociables, dont le vol est lourd, peu élevé et de très-peu de durée; mais en revanche ils courent avec une extréme vitesse. Quelques espèces habitent les pays découverts et les champs, d'autres vivent toujours dans l’épaisseur des foréts. Ils vivent en petite famille, mais ne se réunissent point comme le font nos Perdrix, qui prennent leur vol ensemble. La jeune famille des Tinamous est davantage éparpillée; chaque individu se choisit un abri: ce qui fait que lorsqu’une telle compagnie prend l’essor, elle se disperse toujours de còté et d’autre, et ne vole point vers un méme endroit comme le font le plus souvent les compagnies

(1) D’Azara, Yoy. au Parag., v.4, p. 190. 220% 324. (2) Miger, Prod. Mamm. et Av. p. 244, Gen. 23.

GENRE TINAMOU.

de Perdrix. Ils se nourrissent d’insectes et de fruits qu'ils ramassent a terre; leur nid est comme celui de la plupart des Gallinacées, sans aucun apprét; leur ponte est de plusieurs ceufs verdàtres, et communément deux fois par an : le cri d’appel qu'ils font entendre de jour comme de nuit est un sifflement lent, mais assez fort. Il n'y a guère de diff&rence dans les sexes; leur plumage est coloré des mémesteintes.

Sonnini dit que leur chair est blanche, ferme, cassante et succulente, surtout celle des ailes dont le goùt a beaucoup de rapport avec celui de la Perdrix rouge; mais les cuisses el le croupion sont d’ordinaire d’une amertume qui les rend désagréables: cette amertume vient des fruits du balisier dont ces oiseaux se nourrissent, et l'on trouve la méme amertume dans les pigeons ramiers qui mangent de ces fruits; mais, lorsque les Tinamous se nourrissent d’autres fruits, comme de cerises sauvages, etc., alors toute leur chair est bonne, sans cependant avoir de fumet. Ils aiment de préférence, non-seulement les cerises sauvages, mais encore les fruits du palmier Comon, et méme ceux de l’arbre A café. Ce n'est pas sur les arbres mémes quiils cucillent ces fruits, ils se contentent de les ramasser à terre; ils les cherchent : ils grattent aussi la terre et la creusent pour y faire leur nid, qui n'est composé pour l’ordinaire que d'une couche d’herbes sèches; ils font communément deux pontes par an, et toutes deux très-nombreuses (1).

Les plumes des Tinamous, particulièrement celles du dos et du croupion, ont des baguettes très-larges, lisses et votitées à leur partie supérieure, profondément cannelges en dessous et très-peu ad= hérentes à la peau; les baguettes vers le milieu des plumes deviennent tout à coup très-minces; elles sont à tel point déliées , que vers le bout il n’est plus possible de les distinguer des barbes : dans quelques espèces, il sort deux plumes du méme tuyau, l’inférieure est simplement garnie de duvet; nous avons vu que la méme particularité a lieu dans le genre des véritables Zeirao. Les Tinamous ont le corps massif, très-charnu, le cou long et mince, portant une téte petite et plate; les jambes longues et gréles.

Ceux qui aiment les coupes nombreuses, et qui désirent un échafaudage artificiel très-compliqué peuvent séparer génériquement les Tinamous sans queue de ceux qui en ont une, mais cachée sous les plumes du croupion, et par la occulte. Nous les sectionnons, en re-

marquant toutefois que la charpente osseuse et la manière de vivre

(1) Buff., édit. de Sonn., v. 14, p. 33.

GENRE TINAMOU.

de ces oiseaux n’offrent aucune différence propre à faire admettre une séparation générique.

La connaissance exacte des différentes espèces de T'inamous nous a offert jusqu'ici de grandes difficultés : les formes totales du corps, les caractères empruntés du bec et des pieds, et les couleurs sombres

et mélangées du plumage, donnent à toutes ces espèces

une apparence d’analogie très-marquée; tandis que les S quee; q

légères nuances dans le plumage et la distribution assez irrégulière des taches et des raies dont il est peint aux différentes époques de l’Age et de la mue portent à faire naître le doute sur l’identité reconnue des individus. Les observations établies sur un très-grand nombre de dépouilles de Tinamous, et l’examen comparatif de toutes les espèces connues me mettent à méme de fournir un tableau plus exact de ce genre que celui donné dans le troisieme volume des Pigeons et des Gallinacées. La publication récente du second volume des oiseaux du Brésil, par M.deSpix(1), nous met à méme d’intercaler les portraits des espèces rapportées par lui à leur véritable place. On verra par cette révision que des neufespèces données par M. de Spix comme inédites, il sen

trouve seulement deux qu'on puisse appeler nouvelles (2).

are SECTION, comPosfe DES TINAMOUS QUI N'ONT POINT DE PENNES

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