‹ Nouveau recueil de planches coloriées d'oiseaux (volume 3)Chapitre 3 sur 173 · PAR M. LE BARON CUVIER · texte numérisé non relu

PAR M. LE BARON CUVIER

L’UN DES QUARANTE DE L’ACADEMIE FRANGAISE, SECRETAIRE PERPETUEL DE CELLE DES SCIENCES.

Eine naturelle des animaux n'a point de branche plus intéressante, et pour le naturaliste, et pour l’amateur, que celle qui fait connoître les espèces innombrables des oiseaux.

Les singularités de leur organisation , le mécanisme admirable de leurs mouvements, l’éclat des couleurs de leur plumage, la variété de leurs formes extérieures, celle de leur chant et de leurs moeurs; l’instinet qui les fait voyager pour trouver dans chaque climat, selon les saisons, une température et des alimens convenables ; celui qui les porte d’avance à construire, pour déposer leurs ceufs et élever leur progéniture, ces demeures disposées et appropriées avec tant d’art aux divers besoins de leurs petits, sont autant de circonstances dignes de toute l’attention des amis de la nature; mais pour étudier avec fruit ces circonstances dans tous leurs détails, il est nécessaire avant tout de distinguer avec précision les espèces dans lesquelles on les observe; et le nombre prodigieux des oiseaux qui ont déjà été re-

verses parties du monde, rend cette d

illis € i istinction cueillis dans les di très-difficile. i paturalistes ont été obligés de former des divi-

Non-seulement les ‘dres, qu'ils ont fondées sur les

sions et des subdivisions de divers ot diverses formes des becs et des pieds, sur les proportions des ailes,

s et des jambes, ou sur d’autres caractères également sen-

des queue Pour arriver à la distinction des espéces, il leur s du plumage, et méme de déterminer

éprouvent dans chaque

sibles a été néces-

saire de recourir aux couleur avec soin les changemens que ces couleurs espèce, selon l'ige, le sexe et la saison.

Or, aucun langage humain ne serait capable d’exprimer avec clarté des nuances si nombreuses, si fugitives; de rendre tant de taches, de lignes, de traits, de points dont se compose la coloration des plumages , ni méme de faire concevoir l’effet général plus ou moins éclatant, plus ou moins suave, plus ou moins bizarre qui résulte de l’alliance ou de l’opposition de toutes ces teintes.

La peinture seule peut en approcher, et encore n’en approchet-elle que dans le faible degré où l’art peut approcher de la nature; mais toujours est-il certain que dans cette partie de la science son secours est absolument indispensable.

C'est ce que les naturalistes ont senti de bonne heure, et ils ont eu soin, aussitàt que les arts ont été assez répandus, de les appeler a leur aide, et d’orner leurs ouvrages de figures, et autant quiils le pouvaient, de figures colorides.

Déjà Belon et Gesner ont donné des images grossièrement enluminées de quelques oiseaux; mais ce n'étaient encore que des essais informes. ;

Frisch, en Allemagne; Albin, Edwards, Catesby, et d’autres encore en Angleterre, surpassèrent beaucoup ces premiers ornithologistes, par l’exactitude du trait, la finesse de la gravure, la vérité et l’éclat des couleurs. Cependant leurs recueils demeurèrent dans des limites trop étroites. Le nombre des espèces qu'ils représentèrent resta trop peu considérabie en comparaison de celles qui existent dans la nature, et quil est important de connolître.

REA pa o les surpasser à cet égard. Il concut un plan dont da a celle de son génie; c'était de rassembler dans sa collection d’estampes, tous les oiseaux qu'il pourrait se procurer,

sans distinction de climats ni d’espè i SA le climats ni d espèces, et de former ainsi pour le

naturaliste une sorte de cabinet portatif et durable, plus complet quaucun de ceux qu'un particulier pourrait réunir, et surtout conserver. Il chargea Daubenton le jeune de diriger cette entreprise; et tant que Buffon a vécu, elle a été continuée sans interruption. Le nombre des planches se porte aujourd'hui à 1008, cu à 975, si l’on en retranche 35 qui représentent des objets étrangers a l’ornithologie. Ces 975 planches contiennent 1239 figures d’oiscaux. Aucune des collections existantes n'est aussi complète à beaucoup près; on pourroit dire méme qu’en ayant égard à tout ce qu'un pareil ouvrage exige , aucune n'est aussi parfaite ; car il n’en est aucune où les détails des formes du bec et des pieds, ces parties si essentielles à la détermination des genres, aient été exprimées avec autant de soin. Et méme l’espèce de dureté, de crudité que l’on peut regré dans tous les exemplaires, et que d’ailleurs elle n'empéche nullement

procher à Penluminure, outre qu'elle n'existe pas au méme de

de reconnoître les espèces, a eu son còté avantageux, en ce quelle a permis de donner ces planches à un prix moins élevé , et par conséquent de les répandre en beaucoup plus grand nombre.

Les planches enluminées de Buffon sont donc devenues la collection fondamentale et classique de figures pour l’étude de l’ornithoconnaftre; et malgré les ouvrages infiniment plus magnifiques dont cette branche de la science a été enrichie, dans ces derniers temps, par les soins de MM. Levaillant, Vieillot, Meyer, Temminck, Wilson, etc., les naturalistes sont toujours obligés de consulter et de citer le recueil de Buffon.

En effet, les ouvrages dont nous venons de parler, et qui par la beauté de leurs planches, non moins que par l’intérét des observations dont ils sont remplis, méritent toute sorte d’'éloges, sont tous limités ou à certaines familles d’oiseaux, ou aux oiseaux de certains pays. Il men est aucun d’universel, et qui embrasse l’ornithologie toute entière ; il n’en est aucun qui puisse tenir lieu des autres, et éviter au naturaliste peu favorisé de la fortune les frais énormes qu'exige l’acquisition de tant de figures qui font doubles emplois, et doubles emplois d’autant plus multipliés, qu’aucun de ces auteurs ne sest abstenu de reproduire les figures qui avaient déjà ét6 données par ses confrères, et méme par Buffon.

Cependant les planches enluminées de Buffon ont un grand incon- P } 5

3 = Fi METE 4 pROSPECTUS.

icati sé interrompue € 0, 1000

vénient; c'est que leur publication ayant ere inter] ompue au n0. 1000, elles ne comprennent aucune des espèces s1 nom" i inté . + té découvertes et rapportees en

breuses et si interessantes qui ont ele découvertes et rap] Ort que. Les ociscaux que les Anglais ont rasseni-

hissent les nombreux

’ ; (ex) et en l'année 1700,

Europe depuis cette époc blés dans leurs vastes colonies; ceux qui enric ts des amateurs de Hollande, et qui ont é x que le commerce nous

cabine té recueillis à grands frais en Afrique et dans les deux Indes; ceu

rte chaque jour de Cayenne, du Cap et des autres endroits ou

appo breuses et intéressantes especes

il est établi des préparateurs; les nom Sparman, de Maugé,

1 ocsspedo sal que nous 01 procurces les voyages de Cook, de »

È ER 0 CR de Péron; celles que nous transmettent maintenant les courageux

naturalistes qui sont allés séjourner quelque temps dans des pays nos cabinets, MM. Leschenault - Delatour,

lointains pour enrichir Auguste de Saint-Hilaire, Diard,

Reinward, Milbert, Lesueur, Duvaucel, Delalande, e.c., n'ont pas pu entrer dans les planches enluminées, et un très-grand nombre manque encore , méme dans les ouvrages plus modernes que nous avons cités.

Les naturalistes instruits désiraient donc vivement un recueil qui, par son format, pit faire suite A celui de Buffon ; qui fùt susceptible, par son prix modéré, de se continuer assez long-temps pour offrir un grand nombre d’espèces, et où Yonett soin de ne comprendre que celles qui ne sont point encore dans les planches enluminées. Mais pour que ce voeu fui satisfait, il fallait une condition difficile à remplir; C'est que l’entreprise fùt dirigée par des personnes dont la fortune leur permit de faire de grandes avances, et dont la position dans le monde écartàt toute idée de spéculation financière.

Les auteurs de la présente entreprise, MM. C. J. Temminck et Meiffren Laugier, baron de Chartrouse , se sont chargés de répondre aux désirs des naturalistes et aux besoins de la science. Lat. vues sont précisément celles que nous venons d'exprimer. Ils offrent en ce moment au public une collection de planches coloriées qui aura pour objet essentiel les oiseaux qui ne sont point encore représentés dans les planches enluminées de Buffon, et dans laquelle, s'ils sont secondés, ils espèrent arriver au point de les comprendre successivement tous.

n pour commencer par ce qui est le plus pressant, pour satisfarre en mème temps, et au got des amateurs, et à ce que doivent

naturellement demander ceux qui possèdent déjà les autres colle eC=

ùons modernes, les auteurs donneront d’abord une préférence marquée aux espèces qui manquent aussi dans les Recueils les plus répandus, tels que ceux de MM. Levaillant, Vieillot, Temminck, ete., et parmi ces espèces, à celles qui offrent le plus d'intérét par leur beauté, leur rareté ou la singularité de leurs caractères.

Ainsi l'on peut s'attendre que pendant long-temps, dans chaque livraison de ces planches coloriées, le plus grand nombre des espèces seront entiérement nouvelles pour l’ornithologie, et qu'il y en aura toujours quelques-unes qui se distingueront par desavantages éclatants.

C'est ainsi que les auteurs espèrent obtenir les suffrages des diverses classes d’amateurs et de savans, et les conserver assez pour ériger un monument imposant à la science ornithologique. Ils sont déjà assurés d’avoir à leur disposition un nombre suffisant d’espèces nouvelles ou intéressantes pour continuer cette entreprise aussi long-temps que les souscripteurs consentiront à la soutenir.

Le format, comme nous l’avons dit, sera le méme que celui des planches enluminées; mais on peut promettre hardiment que l’exécution sera de beaucoup supérieure, principalement sous le rapport du fini, de l’enluminure et de la vérité des teintes.

Les figures d’histoire naturelle ont besoin d’étre faites d’après des règles particulières. Elles doivent en quelque sorte tenir lieu des objets. Ainsi, il est nécessaire que l’on puisse y remarquer à peu près tout ce que l'on remarqueroit dans l’objet lui-méme si on l’avoit sous les yeux. L’artiste a donc à éviter les positions forcées, les raccourcis qui pourroient faire méconnoître la véritable forme des parties. Il doit distribuer également sa lumière, montrer partout la couleur fondamentale sans laltérer par des reflets trop éclatants ou par des ombres trop profondes. Son principal soin doit étre d’exprimer avec une exactitude minutieuse les détails des formes, et surtout ces différences légères de courbure et de saillie, dans lesquelles, pour la classe des oiseaux, les naturalistes ne sont que trop souvent réduits a chercher leurs caractères génériques.

On a indiqué ces règles aux artistes que l’on se propose d’employer, et l'on veillera attentivement à ce qu'ils ne s'en écartent jamais.

On peut également promettre que, sous le rapport scientifique , cette nouvelle collection sera de beaucoup supérieure à la précédente.

Les oiseaux ont été infiniment mieux étudiés quils ne l’étoient du temps de Buffon. Les observations suivies des naturalistes ont fait

6 PROSPECGTUS.

pèces d'Europe des changements i té impossible de soup-

connoitre dans les es de plumage produits par l’àge ou par le sexe, et quil auroit é g

xpérience n'en avoit donné la preuve. L'examen aliena éué obligé de se livrer pour établir des classificatons mesauxquelles on n’avolt

conner si l'e auquel ona a fait apercevoir des différences de for

exactes, Les genres ont été plus divisés ; les espèces

pas donné d’attention.

mieux distinguées; leurs rapports entre elles mieux ont au profit du nouveau Recueil.

a ppréciés. ‘Toutes

ces découvertes tourner |

La nomenclature, qui est si vague et si irrégulière dans les planches de Buffon, que Buffon lui-méme a sans ce écrivant le texte de son admirable Histoire d’après une marche fixe, et correspondra è des mé de MM. Iliger, Temminck et Cuvier;

sse été obligé de modifier en des Oiseaux, sera établie thodes connues.

On suivra principalement celles et quand il sera nécessaire, on donnera des synonymes tirés des autres ornithologistes.

Pour que cette précision de nomenclature ait tout son effet, et que le nouveau Recueil continue aussi long-temps qu'il sera possible de servir de point de ralliement aux naturalistes , M. Cuvier a promis de citer constamment ces planches dans les éditions ultérieures de son Régne Animal, comme il avoit cité pour les autres espèces les planches enluminées; et M. Temminck s'est engagé à en faire de méme dansl’Index général d’Ornithologie qu'il prépare en ce moment, et dont le premier volume doit paroître incessamment. M. Cuvier a promis, de plus, de contribuer, autant que ses autres occupations le lui permettront, au succès de l’entreprise, en communiquant ce quil a pu observer relativement aux caractères et à la classification , ainsi qu'à la nomenclature et à la synonymie. Il veillera méme aussi pour sa part à la rigoureuse exactitude des dessins.

On doit espérer que les autres naturalistes favoriseront également cet ouvrage. Le grand nombre d'oiseaux qui se trouveront dans cette collection, la vérité avec laquelle ils y seront représentés, la facilité qu'on aura de se la procurer, ne peuvent du moins manquer d’engager les ornithologistes à la considérer comme l’ouvrage fondamental qu'ils allégueront d’ordinaire dans les leurs, parallèelement aux planches enluminées. ‘

Par ce moyen, on pourra, d’un bout de l’univers à l’autre, s'en= tendre parfaitement sur les oiseaux dont on aura è parler.

Iv , i.

ny aura point de texte joint è ces planches; mais l’enveloppe

É de chaque livraison portera ; outre le nom frangais de l’oiseau indiqué sur la planche, et lorsqu'il sera déjà connu dans les systèmes, la citation du nom de l’auteur qui en aura parlé, l’indication exacte du pays dont l'individu représenté sera originaire. On a pris les précautions les plus suivies pour constater authentiquement ces origines, qui sont du plus grand intérét non -seulement pour l’histoire de chaque espèce, mais souvent pour celle du globe entier. M. Temminck se charge de ce travail de nomenclature. Les citations plus détaillées qu’on pourroit désirer feront partie des synonymes dans son Index général d'Ornithologie qui sera publié dans le format et sur le méme papier que les planches coloriées.

Les cabinets où l’on va puiser, indépendamment de ceux de MM. Temminck et Laugier, les deux auteurs de l’entreprise, qui possedent l'un et l’autre un grand nombre d’espèces nouvelles, d’espèces rares, et méme d’espèces uniques, seront le cabinet du Roi, à Paris, qui a été si prodigieusement enrichi depuis quelques années par les voyageurs que le gouvernement francais a envoyés et entretient dans toutes les parties du monde; les cabinets impériaux et royaux à Vienne, à Londres et à Berlin; celui de S. A. le prince de Neuwied, etc. La libéralité éclairée des administrateurs ou des propriétaires de ces riches dépòts nous a permis de faire tourner ces trésors au profit de la science : c'est dire assez aux Souscripteurs quels puissants moyens les auteurs vont avoir de satisfaire à leurs engagements. Jls promettent de ne rien négliger pour en tirer tout le parti que les amis de l’histoire naturelle peuvent désirer.

L'ouvrage paroitra chaque mois par livraison de six planches confiées aux soins des premiers graveurs en ce genre, d’après les dessins de M. Huer, peintre attaché au Muséum d’Histoire Naturelle, et de M. PrirRrE, bien connu par les figures dont il a enrichi plusieurs ouvrages modernes. Tous les deux sont chargés spécialement aussi de la surveillance de l’enluminure.

Ces six planches, où les oiseaux seront représentés de grandeur naturelle autant que la dimension du format pourra le permettre , seront combinées de manière que la livraison entière contienne huit à neuf figures. Le nombre des planches de chaque livraison pourra méme étre augmenté par la suite, si les Souscripteurs en témoignent

le désir, mais en conservant toujours la méme base pour les prix.

è PROSPECTUS.

. <P - de iamal nner que Les Editeurs prennent 1c1 l’engagement de ne jamais donner q

des figures d’après nature. I échelle d'un douzième servira a deter

Comme dans Buffon, une obligé de réduire. On

miner la grandeur des individus quon sera ajoutera le trait du bec vu en dessus pour les ciseaux dont le genre est difficile à déterminer.

Les planches porteront chacune un numéro pour les personnes

qui voudront les citer; mais il sera loisible è chacun de les classer

comme il conviendra à ses idées ou aux méthodes qu'il aura adoptées. On pourra méme les intercaler dans un ordre mé thodique quelconque parmi les planches enluminées de Buffon ; mais pour qu’alors on puisse toujours les reconnoitre, les planches coloriées n’auront point de cadre.

Les naturalistes pourront les citer par ces mots de planches colo= riées , qui les distingueront suffisamment des planches enluminées.

Elles seront sur papier vélin.

La livraison coùtera, à Paris, 9g fr. in-4°.,, et 12 fr. in-folio.

M. G. Durour, libraire, quai Voltaire, n°. 13, est chargé de la distribution et de la vente.

Au surplus, pour donner ici une idée plus précise de la manière dont l’ouvrage est concu et sera exécuté, on croit devoir faire paroitre la première livraison avec le présent Prospectus.

Cette livraison servira de type, et les Editeurs osent méme se flatter que les livraisons suivantes acquerront une exécution plus parfaite , lorsque les artistes qui en sont chargés se seront fait une habitude de ce genre de travail.

Les précautions a prendre pour que l’ouvrage marche avec exactitude exigent un intervalle de deux mois entre la première et la seconde livraison, afin qu'elles puissent ensuite se succéder sans interruption.

——————IREEis*o«o none

GENRE VAUTOUR

GENUS VULTUR. Linn

Bec gros, fort, beaucoup plus haut que large; base couverte d’une cire ; mandibule supérieure droite , seulement courbée vers la pointe; mandibule inférieure droite, arrondie et inclinée vers la pointe. Téte nue ou couverte d’un duvet très-court.

Narines nues, latérales, percées diagonalement, placées vers les bords de la cire.

Preds forts, munis d’ongles faiblement arqués; le doigt du milieu très-long; celui-ci et l’externe sont unis à la base par une grande membrane.

Ailes longues; la première rémige courte et n’aboutissant pas à l’extrémité de la sixième; la deuxième et la troisiime moins longues que la quatriòme, qui est la plus longue.

Ces ciseàux, portés par leur appétit à purger la terre des cadavres privés de sépulture , rendent par leurs habitudes un service signalé aux étres vivans. Ils sont làches a l’excès; leur figure ignoble et dégoùtante offre des caractères tranchés, au moyen desquels il est facile de les distinguer des oiseaux de rapine chasseurs qui, de préférence, font leur proie d’animaux vivans, dont ils ont le moyen de semparer par violence ou par ruse. Les /autours, Gypaétes et Cathartes, par la conformation des pieds, des doigts et des ongles, se trouvent privés d’une arme'redoutable échue en partage aux autres oiseaux rapaces (le seul Messager, Gypogeranus, excepté); ils ne peuvent se servir de ces membres ni comme moyens de préhension et de défense , ni pour emporter dans leur aire des parties de leur proie, qu'ils consument sur les lieux. Ils vivent par palre, mais se réunissent en grandes troupes à la curée autour des cadavres quils éventent de très-loin; leur ample jabot recoit la chair dont ils se gorgent; repus, ils ont de la peine à reprendre le vol. Leur aire est placée dans les rochers les moins accessibles; c’est dans ces repaires isolés qu'ils vont pourvoir à la subsistance de leur progéniture, en dégorgeant devant elle une partie des alimens contenus dans leur Jabot. Ils n’attaquent jamais un étre vivant, et lorsqu'ils ne sont point réunis en troupe, le plus timide des animaux les met en fuite. Leur vol est

lent, mais soutenu; on les voit s'élever dans les alrs A des hauteurs

REGUEIL D’OISEAUX, 72°. LIVRAISON

GENRE VAUTOUR

leur ascension a lieu en tournoyant,

Il d’où ils échappent aux regards; se diriger vers la terre. Leur

(ll et c'est de cette maniere qu'on les voit | I attitude est lourde, leurs mouvemens embarrassés; repus et posés è iù terre, Ou perchés, on croit voir une masse emplumée privée de mou- | vement; leur petite téte, et le cou gréle, le plus souvent nu, sont alors retirés vers la cavité thorachique, ombragés par les plumes de la il fraise, et les pieds totalement cachés par les longues plumes des flanes.

La mue n'a lieu qu’une fois dans l'année. On distingue les màles des femelles par la taille plus forte de celles-ci: l’àge opère des changemens très-marqués dans les couleurs du plumage et dans la forme, comme dans la distribution des taches; l’adulte est facile à distinguer des

individus dans les premiers périodes de l’age; ces derniers ont le

plumage bigarré et tacheté, le sommet de la téte couvert de duvet et les parties nues parsemées à claire-voie de faisceaux duvetés; l’adulte

est le plus souvent unicolore, ou son plumage est coloré par grandes

i masses ; les parties nues le sont totalement ou portent rarement quelques parcelles d’an léger duvet. Toutes les espèces connues vivent dans l’ancien continent.

Il faudrait entrer dans une longue et aride discussion, et remplir une grande quantité de pages pour discuter la nomenclature de ce groupe composé, il est vrai, d’un nombre très-borné d’espèces, mais encombré d’une foule de noms tantòt bien, tantòt mal appliqués, et

Pour donner

i d’une quantité à peu près du double d’espèces nominales. Il une idée de cette confusion dans les synonymes, nous nous borne- Il rons à citer ici quelques remarques très-exactes faites à ce sujet par il M. Savigny. Le Yultur cireneus de Gmelin, à doigts jaunes, à tarses | emplumés jusqu'aux doigts, ce Vautour décrit par Brisson , Buffon, 1 La Peyrouse, et autres, est-il autre chose qu'une espèce défigurée, Hi | un étre imaginaire (1)? et cependant c'est lui que Daudin cite sous Vultur vulgaris. Buffon a décrit sous Percroptère un grand Vautour, Vultur fulvus de Gmelin, et Hasselquist, sous le méme nom, un petit | Vautour blanc et brun dans le jeune age (2). C'est de la description {ll | d’Hasselquist que Linné a emprunté la phrase et la description du

sien : ainsi l’identité des deux oiseaux n'étoit pas douteuse. Latham

Î : Ì | (1) C'est, à mon avis, un Vautour affublé des pieds d’un Aigle royal. DI :

ig (2) C'est notre Cazkarte alimoche du Manuel d’Ornithologie. Cette espèce, aujourd’hui bien

| connue dans to 3 ivré i i O i us ses états de livrée, a fourni aux naturalistes l’énumération de onze deterin minations différentes.

GENRE VAUTOUR

en a jugé autrement; en conséquence, il attribue è la citation d'Hasselquist celle de Buffon, arrangement assez bizarre: car, comme il a copié d’'ailleurs le texte de Linné, il en résulte que le Percroptère d’Hasselquist se trouve expulsé par le Percroptere de Buffon d'un article dont il fait tous les frais. Le Yautour percnopière dans Gmelin est en effet une espèce composée de quatre autres indications qu'on pourrait rapporter a des états différens de la mue d’espèces distinctes. L’erreur ne s'est pas bornée aux écrits des naturalistes anciens; les modernes en ont également leur part. Nous avons aussi commis des erreurs nouvelles dans ce dédale de descriptions imparfaites et de citations accumulées. Les états différens sous lesquels la livrée de ces oiseaux se présente dans les différens états de mues des trois premières années de leur vie, et les occasions peu fréquentes qu'on a de faire des observations comparatives sur le vivant, sont les causes auxquelles on peut attribuer l’erreur commise par une fausse application de nom et de synonymie de nos planches coloriées 15 et 426, et dans la réunion du Chasse fiente de Le Vaillant avec le jeune ge du Vautour percnoptere de Buffon, quia eu lieu dans la seconde édition du Manuel d’Ornithologie; enfin la citation erronée du Grazd Vaw tour des Indes de Sonnerat avec notre /autour indou, tandis quiil faut classer ce Vautour de Sonnerat avec le Chasse fiente de Le Vaillant, qu'on trouve aussi dans l’Inde et à Java. L’article que nous publions aujourd'hui sert à relever toutes ces erreurs; on est invité de s'en rapporter, quant aux citations, à l’Index ci-joint, et de remplacer le texte du Yautour chincou, pl. 13, publié dans la 3°. livraison, par celui qu'on donnera incessamment sous le nom de /autow a calotte.

Buffon, article des Vautours, a tracé la comparaison entre les rapaces ignobles et les rapaces chasseurs; nous renvoyons à cette partie du texte des planches enluminées, et offrons ici le tableau systématique des espèces distinctes qui sont connues. Cet Index est basé sur la vue d’un grand nombre d’individus; mais il n’offrira pour synonyme des espèces bien constatées, que l’indication d’un petit nombre des espèces inscrites dans les catalogues méthodiques, et la classification plus exacte des figures publiées dans les ouvrages d’Histoire naturelle ; car il est préférable de supprimer totalement les indications embrouillées, publiées sous Yu/tur cireneus, bengalensis,

vulgaris, niger ei cristatus.

GENRE VAUTOUR

\ i i très-exacte Esp. 1. VAUTOUR ORICOU de Le Vaillant, pl. 9, figure

( ‘ie, VAfrique de V’adulte. C'est Yultur auricularis des auteurs. Patrie, VAfriq

méridionale.

Esp. 2. ViUTOUR ROYAL de nos pl. col. 2

Sonnerat. Voy. Ind, pl. 104. Vultur Pondicerianus ans les iles de Java et de

, l’adulte. Voyez aussì des méthodes.

Patrie, l’Inde, et irouvé récemment d Sumatra.

Esp. 5. VAUTOUR impfriAL ou Cnincou, figuré sous le premier a dans nos pl. col. 426, sur un individu dans le passage de la livrée de l’age moyen à l’état adulte. Le Chincou de Le Vaillant, pI. 12, CONStaté étre un jeune sujet du Crested black vultur d'Edwards, tab. 290, et devant conséquemment faire partie des synonymes indiqués sous Vultur monachus des méthodes. Patrie, l’Inde, une partie de l'Asie, et peut-étre le nord de PA frique.

Esp.4. Vaurour zeverus de nos pl. col. 407, l’adulte. Le méme que le Zautour noir du grand ouvrage sur l’Egypte, ou le type du genre Agypius de M. Savigny, mais point le Vultur niger des méthodes (1), qu'il faudra rayer des synonymes. C'est notre Vultur cegypius. Patrie, les parties septentrionales de l’Afrique.

Esp. 5. Vaurour aRRIAN du Manuel d’Ornithologie, nouv. édit., pag. 4, où on a donné un essai de synonymie plus correcte; il serait nonobstant préférable de supprimer totalement des catalogues tout le composé bizarre des Y. cinereus, bengalensis, vulgaris, niger et cristatus, en adoptant pour nom systématique de cette espèce VuLruR arRIANUS de Picot La Peyrouse, Zool. des Pyrénées. Buffon a donné une bonne figure de l’adulte sous le nom de Yautour ou grand Vautour, pl. enl. 425. Patrie, l'Europe et l’Asie.

Esp. 6. Vaurovr erirron. Manuel d’Ornithologie ; figuré trèsexactement par Buffon, pl. enl. 426; l’adulte, sous le faux nom de Percnoptere des anciens; encore Alb. Orn. vol. 3, tab. 1, figure exacte. C'est Yultur fulvus des méthodes. Patrie, l'Europe et l’Asie, probablement aussi le nord de l’Afrique.

Esp. 7. VautouR INnpou cu Caavcoun. L’adulte figuré dans nos pl. col. 26, et l’îge moyen, par Le Vaillant, Ois. d’Afr. » pl. 11,

individu que nous possédons. C'est Yultur indicus.

sur un

Mais point Son-

nerat, Voy. Ind., pl. 105, qu'il faut classer avec le Chasse fiente, vu

(1) Niger pedibus pennatis, rapproché par nous,

dans le Manuel d’Ornithologie Gypaéte barbu. :

» du jeune

GENRE VAUTOUR, la forme indiquée des plumes longues et subulées de la fraise ; l'Zndou ou Chaugoun a la fraise composée de plumes courtes et arrondies. Patrie , l’Inde et Ceylan.

Esp. 8. VauroUR cHasse FIENTE. Figure assez exacte de l’adulte donnée par Le Vaillant, Ois. d’Afr., pl. 10; rapportée par erreur, dans le Manuel, au jeune Vauzour griffon que nous avons vérifié depuis sur huit dépouilles et sur le sujet rapporté par Le Vaillant. C'est Vultur kolbii de Latham et de Daudin, et ajoutez Sonnerat, Voy. Ind. , vol. 2, pl. 105, description exacte du moyen Age. Patrie, différentes parties de l’Afrique, l’Inde et Java.

Esp. 9. VautoUR A caLorTtE donné erroneusement dans nos pl. col. 15, sous le nom de Chircou; cette dénomination doit étre supprimée, et on est invité de remplacer le texte par une autre feuille portant le nom ci-dessus indiqué. Ce sera /ultur galericulatus. Patrie, les parties occidentales et septentrionales de l’Afrique.

Esp. 10. VAUTOUR cATHARTOIDE non figuré, mais assez bien indiqué par Latham sous Vu/tur angolensis ; indication selon laquelle Daudin en a fait un Gypaéte. C'est un Vautour décrit dans le catalogue des Oiseaux du Zaire, et dont il existe un individu dans le Bri tish Museum à Londres. Pazrie, les parties occidentales de lA frique.

Nous avons donné, dans l’article sur le genre Catharte, toutes les indications des Vautours qu'il faut rapporter au genre Cathartes d'Illiger. Pour compléter ces notices, il nous reste encore A indiquer cinq espèces classées sous Zu/tur. La première, Y. ambustus, ne nous est connue que par la figure donnée par Brown, Zool. Illus. tab. 1: Daudin en a fait un Gypaéte ; nous n’émettrons aucune opinion sur cette espèce avant de l’avoir vue en nature. La deuxième, V. plancus, nous paraît, d’après la belle figure publiée par Miller, tab. 17, une grande espèce voisine de Fa/co brasiliensis, Latham, sp. 40, ou le Caracara d’Azara, sp. 4. La troisieme, Y. Cherivay, d'après Jasquin, voy. tab. 4, est une figure exacte du Falco brasi= liensis des méthodes, où elle figure conséquemment en double emploi. La quatrièéme, Y. audax, n'est guère mieux connue que la première espèce ; mais à en juger par la description fournie par Latham, on serait porté d’en faire un 4ig/e. Enfin la cinquième, sous Z. serpentarius, forme le type et l’espèce unique du genre Gypogeranus,

Buffon, pl. enl. 721.

RecurIL D'OrsEAUX, 72°. LIVRAISON,

RSI

Page 1