‹ Nouveau système d'études philosophiquesChapitre 28 sur 101 · PREMIÈRE PARTIE. ï^i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. ï^i

Notre intention n'est pat de nous étendre sur les tnreurs des sens : c'est à la physique , à l'optique , à l'aooustique, à les signaler, aies combattre. Nous n'avons qu'une seule observation à faire , c'est que ces sciences ne sont des sciences que parce qu'elles raisonnent.

Donc l'action des sens , considérée en elle-même , est subordonnée à la conscience : ou phKÔt c'est la conscience elle-même.

Considérée dans son rapport -.fivec les qualités du monde extérieur , elle n'est et ne peut être 40umise qu'à la raison.

Ainsi, le témoignage des sens, principe de jugement, n'est qu'un principe secondaire. C'est tou)oui*s «ux deux autres qu'il en faut appeler.

$ 3. Témoignage des hommes.

1 . Le témoignage des hommes est bien plus un instrument de croyance qu'un principe de certitude, et par cela seul , il se placerait en seconde ligne. Mais comme il est des vérités que nous lui devons , il importe d'examiner à quel caractère on a reconnu leur évidence- Unanimité! universalité! va-t-on répondre de toutes parts.

Qu'on le montre, ce témoignage unanime, un iversel! La seule pensée des moyens a employer pour l'aller recueillir est une chimère indigne 'd'exaqtien. L'induction n'est donc jamais complète, et queUe

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induction peut l'être ? Singulière nniversalltë d'ailleurs que ]e premier sophiste peut détruire , en niant ce que tous affirment ! Que ferez*yous pour le démentir? Vous Taccuserez de mauvaise foi : vous lui prouverez qu'il doit penser comme tous les autres. Qui vous Fa dit? Le bon sens, la raison. £h bien 9 vous voyez donc qu^il en faut toujours revenir là.

Mais pourquoi combattre des fa atomes ? On fait sonner bien haut eette universalité de témoignages, pour arriver à expliquer ce mot par celui de majorité. £h bien , cette majorité même , la connaissez-vous? où est l'urne dans laquelle le genre humain tout entier est venu déposer ses suârages ? avez*vous compté ? Vous riez de ces objections : il est plus facile d'en rire que d'y répondre. Car enfin , la majorité^ c'est un calcul de chiffres : quand une objection se présente avec des chiffres, elle est composée des mêmes élémens que le système qu'elle attaque; le système n'a pas le droit de la dédaigner.

A Dieu ne plaise que nous portions la moindre atteinte à ces vérités éternelles que tous les hommes eonnus ont admises ^ que des insensés ont pu seuls révoquer en doute , et que l'ignorance des uns naltérerait pas plus que la dénégation sophistique des autres* A Dieu ne plaise que nous accusions Cicéron de légèreté pour avoir dit que l'assentiment de tons ( consensus ) doit être regardé comme la loi de la naiure. Oui , ce que tous les hommes sentent est vrai , non pas parce que tous les hommes le sentent, mais parce qu'on ne peut être homme, et ne pas le sentir:

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ÎRierprëtation bien différente , puisqu'elle fait du «témoignage humain un argument à priori , au lieM d'une preuve à posteriori : interprétation .solide, puisqu'elle dérobe la vérité au calcul, en soumettant la preuve qui l'atteste, non plus à des récits qui l'apportenti mais à des raisons qui la pèsent. Que les hommes racontent maintenant^ qu'ils s'accordent ou se contredisent , qu'ils soient trois téinoins ou trois milliards de témoins « que m'importe? Socrate eut raison contre le polythéisme, et Galilée contre l'inquisition. Qu'il y ait dans ma conscience un écho •pour Socrate , dans ma raison ua tribunal pour Galilée , et je me dispenserai d'aller de porte en porte mendier des témoignages. La vérité m'<est apparue.

Tout le monde fera comme moi : tout le monde dira : « Il n'y a qu'un Dieu. » — « La terre tourne! >» non pas parce que les deux sages ont parlé , mais parce que la conscience et la raison ont fait entendre leur voix. Si Socrate m'avait dit : « Dieu n'est pas , » sans attendre des consultations étrangères, j'aurais répondu : ce Tu mens ! » Si , après la démonstration de Galilée, quelqu'un venait me dire: a La terre est immobile., » je m'écrierais : c< Prouvez , » et sans me déranger de ma place , j'attendrais ses preuves.

Au reste ^ à quoi bon combattre un système qui se détruit lui-même , puisqu'il raisonne sans cesse pour prouver qu'il ne faut pas raisonner , mais se soumettre ? c'est le suicide de l'intelligence^

a. Le témoignage des hommes nous est nécessaire : il est tant de faits que nous ne pouvons con«

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naître par nous-mêmes^ à cause de leur éloîgnement dans le temps et dans l'espace. Les hommes nous les apportent , çl nous vérifions l'authenticité de leurs récits.

De ces faits, les uns tombent sous les sens, les autres sont découverts par la raison. Nous ne parlons pas des faits de conscience : il est ridicule de ies soumettre au témoignage.

Pour les découvertes rationnelles, une seule condi* tioh en constitue la certitude à notre égard ^ la démonstration. Or cette démonstration n'est pas toujours possible, soît parce qu'elle est au-dessus de notre portée , soit parce que notre indifférence ou notre défaut de temps pour y arriver nous la rendent impraticable. Alors nous ne sommes pas certains, nous croyons : et il n'est pas défendu de croire. Ainsi dans les sciences naturelles nous admettons sur la foi des savans, bien des théories que nous ne pouvons vérifier. Quels que soient alors nos motifs pour ne pas soupçonner les habiles d'une erreur on d'un mensonge, ce n'est jamais de notre part qu'une croyance. Il n'y aura certitude que si nous les suivons dans leurs déductions , si nous n'y apercevons pas de lacune.

Quant aux faits qui tombent sous les sens, pour les admettre sur le témoignage d'autrui , nous avons deux opérations & faire ^ i^ Examiner la nature du fait, 2^ peser la validité du témoignage. L'un dé ces travaux , sans l'autre , est dénué de bon sens. > Qu'importent mille récits quand le fait est impos«

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«tble? Et d'ua autre c6té, la possibilité d'un fait prouye-t-elle son existence ?

Toutefois , malgré l'importance de la première considération^ elle exige une grande réserve. Que de gens mesurent le possible à leur science individuelle! et comme ils seraient étonnés si on leur prouvait que cette mesure n'est pas même dans la science de tous ! Il est bien aisé de dire d'un fait : il est surnaturel : il est contre nature !.. Eh I mon Dieu ! qui vous garantit l'un ou l'autre ? qu'est-ce que la nature ? l'ensemble des lois établies par le Créateur. Ces lois, les connaissez-vous ? tous les jours de nouveaux faits , mieux observés , dérangent vos grandes théories en déplaçant quelques rapports , en brisant quelques hypothèses. Les faits de l'électricité, du galvanisme , du magnétisme animal , ont été des miracles , puis des mensonges , puis des vérités* Soyons circonspects, et attendons, pour jeter un phénomène hors de la nature , que la nature ellemême ait signé larrét de son exil.

Mais , me dira-t-on , nous ne sommes donc sûrs de rien ? vous-même avez dit le contraire. Et si nous sommes sûrs de quelque chose , le contradictoire A ce quelque chose est donc impossible.

Sans doute, et c'est pour cela que nous conseillons d'examiner avant tout si le fait attesté est possible , c'est-à-dire , conforme ou contradictoire à des vérités bien établies dans la conscience ou dans la raison. Il est inutile d'indiquer ici ces vérités , quoiqu'elles soient en petit nombre, et notre île voir, comme

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plDilofiôphe, était plutôt d'en rappeler le pôttt nom» bre que d'eu faire de nouveau sentir la valeur.

Eiismte il faut peser les témoignages ; et œtte tftche est bien difficile. Tous les livres de Logiqtte OnI> tracé les règles de cet examen. Ces règles sont îrttstes, mais vagues, et d'une application très-eitibarrassante.

1* Que les témoins n'aient pas eu d^intérêt i tromper. Mais comment descendre dans les replis du cœur buinain , pour y sonder les intentions? L'intérêt personnel se manifeste sous tant de formes, et se cache sous tant de masques ! la personne qte aous oroyons le mieux cônnaitre est à chaque instant une énigme pour nous : et tel qui se pique d'étudier les autres est le premier à s'ignorer soimême.

Il y a pourtant quelque chose de juste et d'utile dans cette règle. Voulez-vous juger autrui ? descendez en vous-même : interrogez votre conscience. Dites : si j'étais à la place de cet homme , yoict comme j^agirais. Remarquez bien que nous ne faisons pas autre chose dans tous nos jugemens sur nos semblables. Nous supposons une situation , nous concluons des sentimens. Or, ce n'est pas la conclusion qui est fausse , mais l'hypothèse qui «pfeut l'être. La conséquence de si fêtais à votre place est juste , mais le moyen de se mettre à ]# place d'autnii !

Nous faisons cette observation pour rappeler que le témoignage des hommes, d'un côté se soumet k la conscience, qui apprécie bien la part qu'elle est

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chargée de juger ; de Tautrè k la niisoii , qui ptut se tromper dans ses arrêts.

Nous ajoutons qu'il est des personnes à la place desquelles il nous est beaucoup plùs^ facile de nous mettre qu'à celle de toute autre.

Il est dçs nœuds secrets , il est des syinpathies Par qui sont en naissant les âmes assorties ;

et la fille n'a pas besoin des règles de la logique pour être sure de ce que lui dit sa mère.

a^ Il faut que les témoins n'aient pas pu nous tromper , quand il l'auraient voulu. Cest^i-dire , qu'ils soient en nombre ; que sans qu'il leur ait été possible de s'entendre , ils disent tous la même chose ; enfin qu'il soit bien démontré que s'ils ayaient menti , des milliers de voix se seraient élevées pour renverser leur témoignage. A ces conditions il y aura certitude ; et ces conditions peuvent te rencontrer : mais elles sont bien rares.

Nous laissons à la science des maîtres , ou à la sagacité des élèves le soin d'appliquer ces règles , que jamais personne n'a contestées.

Nous ferons seulement observer aux partisans de la doctrine de l'autorité, que ces règles , tracées pour l'usage de l'individu , soumettent le témoignage de tous à la raison de chacun, et n'ont de poids que celui que leur donne la raison individuelle.

Aux sceptiques , qu'il est un assez grand nombre de faits , attestés par des hommes , entièrement hors de notre portée, et pourtant reconnua indubitables:

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que p£^r ponséquent l'incertitude des autres n'est pas un motif pour les rejeter tous.

Au^ cirédules , enfin , que Tautorité d'un homme , de plusieurs hoqnnes , n'est pas l'évidence ; qu'un fait n'est pas vrai par cela seul qu'il est tracé sur du vélin en beaux caractères typographiques : erreur bien commune parmi les jeunes gens , dont Finexpérience croit à l'imprimerie plus qu'à la révélation , et ne peut concevoir qu'un homme qui parle ait raison contre un livre : erreur qui ferait du journalisme la première puissance du monde , s'il n'y avait de journaux que dans un parti , et qui rend l'empire de ces feuilles si absolu sur celui qui n'en lit qu'une.

Oui , peu de faits sont certains dans nos conversations, dans nos monumens, dans nos histoires : il y eo a beaucoup plus de faux; et un nombre encore bien plus considérable d'incertains, abandonnés à nos disputes, à nos interprétations, à nos croyances. Â côté des sceptiques qui rejettent tout , des crédules qui admettent tout, on voit des hommes, qui s'appellent positifs , qui se contentent des faits évidens, et s'enveloppent d'ailleurs d'une indifférence absolue , dédaignant tous ceux que la raison ne peut démontrer ni vrais ni faux. Il nous semble qu'ils ont tort, et que Je but du s^ge , après avoir reconnu et mis a part les premiers , est de choisir dans les autres , étendant ou resserrant sa croyance à mesure que les probabilités décroissent ou se multiplient. Nous l'avons dit ; le principe de .croyanee a été déposé ea

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nous par le créateur : c'est une loi de nature : il est aussi impossible de la détruire « qu'il est orgueilleux de le tenter : nous ne pouvons que le concilier avec la raison ; c'est un droit pour nous , c'est une tâche i remplir : honte à celui qui abandonne ce droit, mal* heur à celui qui néglige ce devoir !

iSçf FfiilJbO&Oie^BSS.

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