ÊLÉMEMS DE LA PENSEE
L*£ifFANT vient de naître : le plaisir et la ctoaleur étaient là pour le recevoir. Attii'és par les ciâs et le sourire de sa mère, ils s'emparent de son existence ; ils ne le quitteront plus. L'être humain s'est senti par l'angoîsse de la souffrance, ou par la douce émotion dli bien-être. \
Ge n'est pas tout. Le monde entier assistait à sa naissance , avec son éblouissante lumière , ses couleurs, ses formes, ses bruits incompréhensibles, et ses fantastiques mouvemens. L'enfantn'a rien démêlé dans ces rêves de la vie : ce qu il était , ce qu'il est , même s'il est quelque part , il l'ignore : ses organes ne pourraient supporter le travail de cette recherche, il mourrait s'il voulaix se comprendre. Mais il sent qu'il n'est pas seul : et là commence sans doute» quoique bien obscurément , la distinction duiiioi et du non moij qui doit renfermer un jour^ toute la phi-^ losophie.
Tout entier à chaque manière de .sentir, identifié tour à. tour avec son premier malaise , son premier besoin., sa première jouissance , le reste est quelques momens pour lui comme s'il n'était pas. Cependant il sent; etndtis pouvons déjà considérer en lui cette manière d'être, sous deux points de vue divers ; sen-*
liment, sensation. Voyons la différence de ces deux états : mais laissons un moment la chétive créature savourer la douceur du lait maternel, ou réparer par le sommeil les premières fatigues de sa pensée ; et poursuivons, aidés de notre expérience, une distinction qu'il n'a fait qu'entrevoir.
Comme nous sommes convaincus que Tœuvre du Créateur en nous, c^ est. ce ^ue nous sentons ; que notre œuvre , c'est ce que nous pensons ; que l'homme par conséquent ne peut rien sur le sentiment, et peut tout sur la pensée : comme notre but est de ramener tous les jugemens à la conscience, c'est-à-dire^ l'action de l'homme à son divin modèle , nous recommandons à nos lecteur^ de méditer les deu]^ parargraphes de ce chapitre , qui doit servir de base à notre philosophie.
§ i. Le Sentiment.