Le sentiment ne se définit pas
Définir , en effet , c'est expliquer ; expliquer , c'est décomposer : on ne décompose pas ce qui est simple.
Aussi , tous les mots qui dans nos langues expri* ment des sentimens , n'ont de signification que pour ceux qui éprouvent ces sentimens. Pour en saisir la valeur, il» n'ont pas besoin de réflexion; les autre» n'j voient que de vains lons^; que la plus brillante éloquence ne pourrait leur faire comprendre. Quel autre qu'une mère sait tout ce que veuf dire amour mBtemel ?
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De là ce pouvoir d'un mot qui ébranle des masses.
De là la simplicité du sublime *.
Tous les sentimens peuvent se ramener à deux : encore l'an n'est-il à proprement parkr que la négation de l'autre : amour; aversion.
Hinc cupiunt , metuuntque ; dolent, gaudentque...
L' espérance , la crainte, l'admiration, l'horreur » l'amour de soi , dans ses petitesses , comme dans ses élans vers le bonheur, l'amour des autres, soit qu'il embrasse le genre humain, soit qu'il se concentre sur un seul être , forment dans leurs développemens le&. innombrables combinaisons dont le sentiment se compose. •
Nous en avons dit assez pour déterminer le sens qae nous donnons à ce mot.
2. Le sentiment est la première manière d'être-, ou^ plutôt, c'est l'être lui-même : par une abstraction, hardie, séparez cet être du monde matériel, alora. vous anéantissez la sensation; mais quelque chose reste : mettez ce quelque chose dans le vide, suspendez , si vous l'osez , la marche du temps , retenes la réflexion toujours active ; l'être existe, l'être sent son existence, l'être est bien ou mal, il aime ou hait ce qu'il sent : vous ne pourrex jamais , dans vos térné-* raires conceptions, supposer le contraire sans chan« ger sa nature : alors ce serait le bloc inerte, la froide
"^ Il n y a pas un Rhéteur qui ne perde ses parole» en Toulant expliquer le guUl mounU; le Mv^aae warpôç atîo.
Statue , el non plus la merveilleuse créature que la suprême intelligence appelle à l'honneur de contempler et de comprendre l'univers.
Un sentiment commença la vie , un sentiment doit la finir. Quand les organes seront morts et les sensations éteintes ; quand la raison s'évanouira dans les derniers rêves, que restera-t-il de tant de magnifiques pensées ? une crainte... une espérance.
L'homme est donc là tout entier : c'est le fonds sur lequel il travaille , c'est son essence , sa nature , c'est Dieu en lui. Partout où je verrai un sentiment, j'adorerai le Créateur. Nous pouvons , jusqu'à un certain points en combinant les propriétés de la matière, produire des sensations nouvelles , perdre des sensations autrefoisT connues. Où sont les sentimens que l'homme a faits, ceux qu'il a supprimés? Ressuscitez Achille , Hector , Enée : promenez-les dans vos brillantes cités; qu'ils s'asseoient à vos tables somptueuses : éblouissez-les du prestige de vos arts ; que U guerre et la paix les enveloppent de leurs merveilles : quelle existence difiîérente ! tout en eux sera changé, tout, excepté eux-mêmes, c'est-à-dire, ce qui est en eux comme en vous , ce qui est de tout temps, de tout pays, ce qui ne varie jamais, ce qui Tait que l'Iliade est un poème immortel : bonté , bravoure, amitié , tendresse filiale, patriotisme , l'homme en un mot, l'homme tel que Dieu l'a fait, tel qu'il sera toujours.
Qu'on ne prétende donc plus expliquer la nature humaine avec des sensations.