CHAPITRE PREMIER
LE RAISOIflfBMlSNT PAR IDÉES MOYElf»Bi. — SYLLOGISME*
T. ce Quel âge avez-yous? — Yingt ans. — Est-ce que vous n'allez pas songer à prendre un ëtat? -«- Je ne sais. — Songez-«y, jeune homme; c'est à votre &ge qu'il faut faire ce choix. »
2. « — Pourquoi ? — - Comment » pourquoi f s'il est un âge oùToisiveté soit un mal, c'est celui oùrac* ûVité humaine se développe dans toute son énergie : vous y voilà parvenu , à cette époque heureuse : rougissez de rester oisif. »
3. ce — Mais on est bien bon de travailler quand on est riche ! — Vous avez donc beaucoup de fortune ? — Plus qu'il ne m'en faut : ainsi je puis vivre en repos. »
4. « — Et la patrie? n'est-elle pas en droit de réclamer vos services? vous allez être citoyen. — Eh bien? — Tout citoyen se doit à son pays. »
5. « — Prouvez-moi cela. — Noua devons tout à qui nous a tout donné. — Sans doute : que doia-je donc à mon pays? — L'emploi de votre liberté, de vos propriétés, de votre vie : car voilà les biens qu'il vous garantit et qu'il vous conserve. 9
Voilà comme on raisonne par idées moyennes :
voilà 5 syllogismes.
iS4 PHIL03OPHIE.
Expliquons ces deux assertions :
1^ J^ai voulu prouver à un jeune homme qu'il devait prendre un état. J'avais à rapprocher deux idées* En voici les termes : Vous = choix d'état.
Dans chacune de ces deux idées, une idée com<mune m'a frappé : celle de l'âge. En voici le terme : vingt ans. J'ai dit dans mon esprit : à vingt ans*... choix d'état. • . . Vous ...à vingt ans ..... vous. . . choix d'état.
De ces trois rapprochement sont résultées trob propositions. Â vingt ans il faut choisir un état ^ vous avee vingt ans : vous devez choisir un état.
Qu'on retourne comme on voudra ces trois ,pre^ posiiicaiif qu'on leur donne, comme je t'ai lah, }àr forme du dialogue , ou qu'on les rattache Funei^ l'autre par les mots , car , puisque , parce que , or , donc y peu importe : qu'on supprime même, si l'on veut , une des trois , toujours est-il qu'on aura tes trois termes vous ^ vingt ans, choix itétat^ sans quoi il n'y a pas de raisonnement.
De ces trois termes, l'un, appelé petit terme y exprime l'idée sujet ^ c'est vous : l'autre^ appelé grand terme ^ exprime l'idée attribut^ c'est choix d'état. Le troisième enfin, nommé moyen ^ est le signe de l'idée moyenne , c'est-à-dire , de celle qai ae place entre les deux autres pour servir de mesure commune.
L'idée moyenne se trouve dans l'analyse des deux autres.
Si elle se rencontre dans toutes deux, c'est que
PRBMIÀRB PARTIS. l55
toutes deux se couviennent : deux choses égales à une troisième sont égales entre elles.
Si elle apparaît dans Tune, et n'est pat dans l'antre, alors conclusion négatiye : les deux idées comparées s'excluent. Ce qui serait arrivé ici dans le cas oà le jeune homme n'aurait eu que quinze ans*
Tout raisonnement , considéré ainsi , est ime équation. A = B : B= G : donc, retranchant de part et d'autre les quantités communes , A = G.
Tout raisonnement est une classification. Nos idées en effet sont toutes composées. Le rapprochement d'une idée de peu d'extension ayec une autre qui en a plus n'est qu'une introduction de la première comme partie « dans la seconde comme genre. Or, genre signifiant collection de ressemblances, cette introduction ne peut se faire qu'au mojen d'une ressemblance commune. Gette ressemblance , c'est l'idée moyenne. Preuve ;
Vous : (idée individuelle, extension fort res4reinte par conséquent).
Tous ceux qui doivent choisir un état i (idée g>énéraie , extension fort vaste , coUeclioi^» de ressemblances entre un grand nombre d'individus ^. ) •
Vingt ans : ( c'est une de ees ressemblances , d'une part; c'est, de l'auljre, un des. caractères de l'idée vous s donc c'est un moyen pour classer l'idée vous dans le genre de tons ceux qui doivent faire choix d'un état. )
* Yoilà pourquoi on appelle Taltribut grand terme ^ et le »u|et petit terme.
l56 l^HILOSOFHIE.
Ainsi , Ton ne raisonne qu'avec des idées générales*
Ainsi , Ton ne conclut qu avec des analogies»
La perfection du raisonnement consisterait dans l'identité des termes.
Cette identité est impossible. Toujours l'un déborde l'autre. Vingt ans n'est pas synonyme de vous : il n'est pas non plu^ synonyme de choix d^état.
Mais il est égal , identique à une partie de l'idée vous j et à une partie de l'autre idée.
Cette identité partielle, ou si l'on veut, cette identité de parties , suffit pour conclure.
Il en résulte aussi que trop souvent, des autres parties, de l'idée, de ceux de ses élémens qu'on a laissés de côté, comme inutiles à la preuve, peuvent sortir des conclusions contradictoires.
Yoilà pourquoi il y a tant de pour et de contre dans les opinions humaines.
Nons engageons nos lecteurs à essayer sur les quatre autres exemples précités le travail que nous venons de faire sur le premier. Nous nous contenterons de leur indiquer les trois termes de chacun de ces raisonnemens.
Ou verra dans le second.
Honteux iPétre oisifs grand terme , attribut.
VouSf petit terme, sujet.
jigedetactisfité^ moyen terme.
Dans le troisième :
Droit de vivre en repos , grand terme.
Moi , petit terme.